Les transports peuvent contribuer ?la lutte contre la pauvret?


James Wolfensohn
Pr・ident de la Banque mondiale


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?nbsp;Les besoins en mati・e de transports des pays en d・eloppement sont manifestes, d・lare M. James Wolfensohn, pr・ident de la Banque mondiale. Les pays dont le revenu par habitant est faible ou moyen ne disposent pas de suffisamment de bonnes routes pour assurer la croissance de leur ・onomie et la prosp・it?de leurs citoyens. ?

Dans cet article, M. Wolfensohn explique que la Banque mondiale se d・int・esse progressivement des grands projets d'infrastructures de transport pour privil・ier le financement de routes en milieu rural et de transports urbains, de fa・n ?ce que les pauvres puissent se rendre plus facilement ?leur travail et au march? aller chercher plus rapidement de l'eau et des combustibles et acc・er aux ・oles et aux centres de sant?avec moins de difficult・.

Depuis cinq ans, la Banque mondiale s'emploie ?int・rer le d・eloppement des transports ?sa mission principale : la r・uction de la pauvret? Elle abandonne progressivement les pr・s accord・ aux grands projets d'infrastructure, qui sont plus facilement financ・ par le secteur priv? pour privil・ier les programmes de transports destin・ ?stimuler le commerce r・ional dans les pays en d・eloppement les plus pauvres.

Malgr?cette tendance g・・ale ?se d・int・esser des infrastructures, la Banque mondiale a continu??accorder dans le domaine des transports des pr・s totalisant 3 milliards de dollars par an en moyenne, ce qui repr・ente environ 13 % de l'ensemble de ses engagements. Les organismes d'aide bilat・ale des 22 membres du Comit?d'aide au d・eloppement de l'Organisation de coop・ation et de d・eloppement ・onomiques (?l'exclusion des banques r・ionales de d・eloppement) ont, quant ?eux, atteint un total annuel de 4,5 milliards de dollars en moyenne, dont deux tiers proviennent du Japon.

Les besoins en mati・e de transports des pays en d・eloppement

Les besoins en mati・e de transports des pays en d・eloppement sont manifestes. D'apr・ des ・udes r・entes de la Banque, les pays dont le revenu par habitant est faible ou moyen ne disposent pas de suffisamment de bonnes routes pour assurer la croissance de leur ・onomie et la prosp・it?de leurs citoyens. Sur les 3 milliards de personnes qui vivent en milieu rural dans les pays en d・eloppement, 900 millions n'ont pas d'acc・ s・ ?des routes carrossables en tout temps et 300 millions sont compl・ement coup・s du reste du pays.

Pendant ses premi・es d・ennies, la Banque a principalement accord? en mati・e de transports, des pr・s qui servaient ?financer la construction de voies ferr・s, de ports et de grandes routes. Elle a r・emment d・elopp?ses activit・ dans le domaine de l'aviation, o?elle avait dans l'ensemble ・?peu pr・ente. ?cet ・ard, le partenariat entre la Banque et le minist・e des transports des ・ats-Unis, que le ministre, M. Rodney Slater, et moi-m・e avons r・emment conclu afin d'examiner la s・urit?des transports a・iens en Afrique et d'autres questions annexes d'infrastructure, est une initiative importante. Ces derni・es ann・s, nous avons r・uit nos pr・s destin・ aux ports et aux voies ferr・s, de fa・n ?laisser la place aux investisseurs priv・ qui s'int・essent de plus en plus ?ces secteurs. De ce fait, nous avons privil・i?le financement de routes en milieu rural, de routes de desserte et de transports urbains afin que les pauvres puissent se rendre plus facilement ?leur travail et au march? aller chercher plus rapidement de l'eau et des combustibles et acc・er aux ・oles et aux centres de sant?avec moins de difficult・.

La Banque finance actuellement plusieurs projets de routes rurales au P・ou, au N・al, au Bhoutan, au Bangladesh et au Ghana, pour ne citer que quelques pays. Ces activit・ sont principalement financ・s par le biais de projets autonomes de transports ruraux, de d・eloppement rural multisectoriel et de fonds sociaux mis en ・uvre par la collectivit? Ces projets favorisent ・alement des m・hodes de travail ?forte intensit?de main-d'・uvre, qui optimisent l'emploi et les revenus en milieu rural. Les probl・es particuliers que rencontrent les femmes sont ・alement pris en compte. ?la suite de projets men・ avec succ・ en Afrique du Sud, la Banque mondiale s'est associ・ ?la Self-Employed Women's Association (SEWA, Association des travailleuses ind・endantes) d'Inde pour effectuer une ・ude de faisabilit?portant sur l'usage du microcr・it visant ?faciliter l'acc・ des femmes aux transports. Des projets pilotes de microcr・it sont en cours de r・lisation en Guin・ et au S・・al, afin d'aider les femmes ?acheter des bicyclettes.

Les projets de ce type contribuent ?am・iorer les transports en milieu rural ; ils ont cependant de nombreuses r・ercussions directes sur le d・eloppement d'un pays. Au Maroc, par exemple, l'am・ioration du r・eau routier a permis de r・uire le co・ des bouteilles de gaz livr・s ?domicile, ce qui a permis aux filles de ne plus devoir s'approvisionner tous les jours. Un grand nombre de filles ont alors pu aller ?l'・ole plus r・uli・ement.

Le probl・e ne se limite pas aux r・ions rurales. Dans un avenir tr・ proche, la moiti?de tous les pauvres de la plan・e vivront en milieu urbain. La plupart d'entre eux seront contraints d'habiter ?la p・iph・ie des agglom・ations, loin des emplois et des services, ou dans des taudis, qui sont souvent inaccessibles aux services de transport officiels. Les plus d・unis passent jusqu'?trois heures par jour en moyenne ?se rendre ?leur travail et ?en revenir, et y consacrent jusqu'?40 % de leurs revenus. En accordant des pr・s dans le domaine des transports urbains, la Banque a donc principalement tenu compte de la n・essit?de fournir aux pauvres des transports moins chers, et notamment de meilleurs transports en commun et moyens de transports non motoris・ et une meilleure desserte par la route de certaines des r・ions les plus pauvres.

L'Organisation mondiale de la sant?estime ?1,171 million le nombre de morts par accidents de la route en 1999 et ?plusieurs millions par an le nombre de bless・. Les trois quarts environ de ces accidents se produisent dans les pays en d・eloppement. La plupart des victimes et bless・ sont des personnes pauvres, que leurs d・lacements ?pied ou ?v・o ou leur r・idence le long des routes rendent particuli・ement vuln・ables. Le coup d'envoi d'un Partenariat mondial pour la s・urit?routi・e a ・?donn?en f・rier 1999 lors d'une r・nion organis・ par le Groupe de la Banque mondiale. Ce partenariat, qui vise ?adopter une approche int・r・ en vue d'am・iorer la s・urit?routi・e dans les pays en d・eloppement par le renforcement des capacit・ locales et la collaboration, compte parmi ses membres des repr・entants des organismes de d・eloppement multilat・aux et bilat・aux, des gouvernements, de l'industrie et de la soci・?civile.

Les transports favorisent le commerce

Les investissements effectu・ dans le domaine des transports sont appr・i・ de la population car ils ont pour effet d'am・iorer directement la vie quotidienne. Ils contribuent ・alement indirectement ?d・elopper les ・hanges commerciaux du pays concern? Le volume des ・hanges commerciaux d'un pays sans littoral n'est ・al qu'?30 % du volume des ・hanges d'une ・onomie c・i・e (en valeur m・iane). Mais si l'on r・uit de moiti?le co・ du transport, les ・hanges sont alors multipli・ par cinq. Les r・ormes institutionnelles, par exemple la privatisation des ports et des r・eaux de chemin de fer et la commercialisation de l'entretien des autoroutes, contribuent ・alement pour beaucoup ?l'am・ioration des indicateurs commerciaux de certains pays.

R・emment, la Banque s'est particuli・ement int・ess・ aux r・ercussions commerciales des transports. En 1999, elle a lanc?le Partenariat mondial de promotion des transports et du commerce, qui r・nit des entreprises du secteur priv?et des institutions nationales et internationales.

La Banque participe ・alement ?trois initiatives d'int・ration r・ionale. La composante Commerce et transport du Programme de transports en Afrique subsaharienne aide les pays partenaires ?renforcer les liens r・ionaux en am・iorant les services de transport intrar・ionaux. Le projet Promotion des transports et du commerce en Europe m・idionale aide les pays de cette r・ion ?am・iorer leurs proc・ures et syst・es de passage des fronti・es, en pr・ision de leur adh・ion ?l'Union europ・nne. L'Initiative de transports r・ionaux en Asie du Sud permet d'identifier et de surmonter les obstacles au commerce r・ional qui proviennent des transports. Mais si la construction de routes est un bon d・ut, il est tout aussi important d'en assurer l'entretien. ?la fin des ann・s 80, il est ressorti d'une ・ude de la Banque mondiale que les dommages caus・ ?l'infrastructure routi・e des pays en d・eloppement par une maintenance insuffisante avaient, au cours des deux d・ennies pr・・entes, atteint un montant ・uivalant ?l'ensemble des pr・s accord・ par la Banque au secteur routier pendant la m・e p・iode. En cons・uence, les pr・s octroy・ par la Banque dans le domaine des transports ont de plus en plus eu comme objectif d'aider les pays ?mettre en place des changements institutionnels et politiques qui am・ioreraient la viabilit?fiscale et financi・e du secteur des transports.

La Banque a par exemple entrepris une grande initiative, l'Initiative de maintenance des routes, ?l'origine dans le cadre du Programme de transports en Afrique subsaharienne et ensuite sur d'autres continents, visant ?restructurer les organismes routiers de fa・n ?assurer une meilleure gestion des routes. Dans des pays aussi divers que le Malawi, le Pakistan et le N・al, des organismes de gestion mixtes (publics et priv・) des routes ont ・?cr蜑s, avec une participation importante des usagers, les principaux acteurs ・ant ainsi soumis ?un droit de regard et ?une obligation de transparence plus marqu・. Ces organismes d・ident du montant des p・ges ?imposer et de l'allocation qui sera faite des fonds ainsi obtenus. En outre, ils permettent d'・ablir des flux financiers s・s et stables et fonctionnent efficacement. La participation accrue du secteur priv?(?titre d'entrepreneur et de concessionnaire) s'est g・・alement traduite par une r・uction de 25 % des co・s, le secteur priv?effectuant les travaux financ・ par le secteur public.

Privatisation des transports

Une ・ude portant sur les pr・s accord・ par la Banque mondiale au secteur ferroviaire au d・ut des ann・s 80 a permis d'・ablir que, dans l'ensemble, les investissements r・lis・ n'avaient pas am・ior?durablement le fonctionnement du secteur public. En cons・uence, les investissements r・ents effectu・ dans ce domaine ont de plus en plus privil・i?la privatisation des activit・ ferroviaires.

Par exemple, en Am・ique latine, la Banque a encourag?la privatisation int・rale de la plupart des grands r・eaux ferroviaires de transport de marchandises et l'octroi de concessions au secteur priv?pour de nombreux syst・es urbains de transport de passagers. En Argentine, on estime que les coffres publics ont pu continuer ?recevoir environ 1 milliard de dollars par an, tandis que la qualit?et la quantit?du service ferroviaire public se sont consid・ablement am・ior・s.

Bien que les investissements du secteur priv?ne permettent vraisemblablement pas de r・ondre ?plus de 10 % des besoins en mati・e d'infrastructures de transports, le Groupe de la Banque mondiale a fortement encourag?le financement priv?ces dix derni・es ann・s. En ce qui concerne le transport ferroviaire et les ports, des concessions portant sur des r・eaux entiers ont ・?octroy・s au secteur priv?en Am・ique latine et en Afrique, pour des dur・s allant parfois jusqu'?cinquante ans. L'Europe orientale conna・ra probablement bient・ une ・olution similaire. La Banque mondiale a apport?son assistance en fournissant de l'aide technique lors de l'・aboration de concessions et de r・lementations et en finan・nt la remise en ・at de l'infrastructure et du mat・iel roulant. Dans le secteur routier, de grandes concessions de routes ?p・ge ont ・?accord・s au Mexique, en Argentine, en Malaisie et en Tha・ande. La Banque et sa filiale, la Soci・?financi・e internationale, ont ・alement particip??l'octroi de concessions dans des pays de plus petite taille comme la Colombie et le Costa Rica.

Malgr?ces diverses exp・iences, l'augmentation de la participation du secteur priv?se heurte ?d'importants obstacles. Des facteurs externes complexes et la difficult?de percevoir des revenus sur des routes peu accessibles d'un r・eau ouvert ont dissuad?le secteur priv?d'assumer des risques r・iduels. Le d・i qui se pose ?la Banque consiste donc ?aider les pays ?trouver des m・anismes permettant de mobiliser la participation du secteur priv?et d'exploiter la rentabilit?de l'offre. Ce n'est pas un combat perdu d'avance. Il existe deux domaines dans lesquels les progr・ sont particuli・ement n・essaires. Premi・ement, il est important de mettre en place dans le secteur public des structures r・lementaires et administratives ad・uates, pour attirer les soci・・ priv・s aussi bien que pour ・iter l'instauration de monopoles priv・. Deuxi・ement, il est indispensable de prendre des dispositions, et notamment d'am・iorer les instruments de garantie, afin de r・artir les risques et l'engagement financier entre secteur public et secteur priv?

S'ils sont effectu・ dans le contexte de politiques ad・uates, les investissements en infrastructures de transports peuvent permettre de r・uire la pauvret?en stimulant et en favorisant la croissance. En particulier, il est important de cibler ces investissements en direction de populations particuli・ement d・avoris・s, afin de tirer parti d'un potentiel de croissance qui est ・orme. Nous pourrons alors parler de taux de croissance exponentiels. La priorit?qu'accorde la Banque mondiale aux r・ormes sectorielles, et notamment sa volont?de collaborer davantage avec les groupes concern・ afin de d・erminer o?il est le plus utile d'intervenir, constituent des fondements ?partir desquels l'infrastructure des transports pourra devenir partie int・rante de la lutte mondiale contre la pauvret?

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Note : Les vues exprim・s dans le pr・ent article ne refl・ent pas n・essairement le point de vue du gouvernement des ・ats-Unis.

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