LA TECHNIQUE AU SERVICE DE L'ENSEIGNEMENT
En cette fin de XXe si・le, ・udiants et ・ucateurs peuvent acc・er plus rapidement que jamais ?une masse toujours croissante d'information. Dans un monde dont l'interd・endance ne fait qu'augmenter, sur le plan ・onomique comme dans d'autres domaines, les ・・es sont oblig・ d'・argir constamment leurs connaissances et, gr・e ?la technique, ils y parviennent beaucoup mieux que par le pass? Dans notre monde ax?de plus en plus sur la technologie, les jeunes assimilent tr・ t・ les nouvelles techniques. Internet donne aux personnes de tous ・es, qu'elles fr・uentent ou non l'・ole, un acc・ direct ?une multitude de sources d'information ?travers le monde. L'・olution rapide de la technique et le volume de l'information disponible posent de nouveaux probl・es aux ・ucateurs, aux ・udiants et ?tous ceux qui s'int・essent ? l'acquisition du savoir. Afin de tirer pleinement parti de ces nouvelles techniques, les milieux enseignants doivent s'adapter plus rapidement qu'ils ne l'ont fait jusqu'?pr・ent.Deux sp・ialistes, Mme Barbara Means et M. Seymour Papert, se consacrent ?l'analyse des liens de plus en plus ・roits qui existent entre la technique et l'enseignement. Ils nous ont r・emment fait part de leurs r・lexions sur ce ph・om・e.
Question - Un grand nombre d'enfants am・icains ont fait connaissance avec les ordinateurs (soit gr・e aux jeux ・ectroniques soit dans le cadre de programmes didactiques ?nbsp;s・ieux ? bien avant d'aller ?l'・ole. Dans quelle mesure cette familiarit? avec la technique affectera-t-elle les ・oliers et les adultes de demain ?
Mme Means - La familiarit?croissante des ・・es avec la technique offre ?l'enseignement de grandes possibilit・ si les ・oles et les enseignants ont la sagesse et la confiance n・essaires pour en tirer parti. Plut・ que de tenter d'apprendre au fur et ?mesure ?se servir eux-m・es de tous les nouveaux logiciels et outils d'Internet qui apparaissent et d'assurer eux-m・es le bon fonctionnement de l'outil informatique, les enseignants peuvent commencer ?se consid・er comme des cr・teurs et des administrateurs de programmes ・ucatifs auxquels les ・udiants int・ess・ apportent leur contribution sous forme de comp・ences techniques. Un enseignant suffisamment s・ de lui-m・e pour se concentrer sur le contenu, sur le diagnostic de l'・udiant et sur l'・aluation des activit・ de la classe, tout en permettant aux ・・es qui poss・ent l'expertise technique n・essaire d'aider leurs camarades ?ma・riser l'utilisation des logiciels ou d'Internet, peut beaucoup mieux exploiter la technique dans ses cours. En outre, ce genre de collaboration, o? diverses personnes apportent des types diff・ents d'expertise, est un bon mod・e du cadre p・agogique que pr・onisent de nombreux partisans de la r・orme de l'enseignement.
Un exemple int・essant d'un tel cadre nous est fourni par Generation WHY, programme novateur gr・e auquel des lyc・ns apprennent ?aider leurs professeurs ?appliquer en classe un enseignement assist?par des outils informatiques. Tout en se familiarisant avec ces techniques, les ・・es re・ivent une formation en tant que consultants, ce qui les pr・are ?travailler avec les enseignants.
Ce genre de programme pr・ente des possibilit・ extraordinaires, ? condition que le corps enseignant ne craigne pas de perdre de son autorit?ou de ne pas ?nbsp;tout savoir ?sur le contenu des cours, au point de l'emp・her de mettre ?profit les nouvelles aptitudes des ・・es. En m・e temps, une grave question de justice se pose. Tous les ・・es n'ont pas un ordinateur chez eux et, bien que le prix du mat・iel diminue, cette situation va probablement se maintenir. C'est pr・is・ent ?cause de cette disparit?entre les ・・es que l'acc・ aux ordinateurs ?l'・ole pr・ente un tel int・・ sur le plan social.
M. Papert - Il appara・ clairement qu'?long terme, la scolarit?des enfants sera radicalement chang・ par la pr・ence des ordinateurs, des m・ias ・ectroniques et de leurs successeurs. La tendance la plus prometteuse de ces changements est une plus grande ind・endance dans l'acquisition des connaissances. Les enfants grandiront en sachant qu'ils peuvent apprendre ce qu'ils ont besoin de conna・re et quand ils en auront besoin.
Question - Certains ・ucateurs estiment que la pr・ence de la technique dans la soci・?est un facteur majeur de modification de l'acquisition du savoir. Comment les ・oles peuvent-elles ・oluer de pair avec les changements techniques et que se passera-t-il si elles ne le font pas ? Prennent-elles du retard ? Quelle est l'importance de l'acc・ physique ?la technique et de l'aptitude des ・ucateurs ?la ma・riser et ?la communiquer ?leurs ・・es ?
M. Papert - Il est ・ident que les ・oles tardent ? s'adapter aux changements profonds qui s'op・ent dans notre soci・? Elles sont encore organis・s ?la fa・n des cha・es de montage de l'industrie. La raison la plus profonde de ce retard n'est pas l'absence d'・uipement ou le manque d'aptitude des enseignants ? en comprendre l'importance. C'est avant tout le conservatisme inn? l'instinct de pr・ervation de l'enseignement en tant qu'institution. ? mon avis, la situation est tout ?fait comparable ?la fa・n dont la bureaucratie sovi・ique s'est accroch・ au pouvoir alors m・e qu'elle pouvait constater la d・radation rapide de l'・onomie du pays. Ce n'est que lorsque tout s'est effondr?qu'elle a abandonn?la partie. J'esp・e que le syst・e d'enseignement sera capable de se r・ormer avant d'en arriver l?
Mme Means - Bien des gens disent que les ・oles sont tr・ en retard sur le monde des affaires et sur les institutions d'・at en ce qui concerne l'utilisation des techniques nouvelles. Il est certain que la salle de classe moyenne ne diff・e gu・e, actuellement, de ce qu'elle ・ait il y a quarante ans, alors qu'on ne peut pas en dire autant de beaucoup d'entreprises. Cependant, si on tient compte de l'・e des int・ess・, je pense qu'un grand nombre d'enseignants sont g・・alement en avance sur le grand public pour ce qui est de l'utilisation de ces techniques. L'important n'est pas de franchir les ・apes de leur utilisation, mais de prendre conscience de leur potentiel au service d'objectifs p・agogiques pr・is et d'avoir le temps, l'imagination et le courage n・essaires pour tenter d'exploiter ce potentiel.
Nous sommes nombreux ?exhorter les enseignants ?abandonner des m・hodes d'enseignement qui s'apparentent aux recettes de cuisine et des activit・ scolaires enti・ement pr・ar・s d'avance, au profit de m・hodes qui donnent aux ・・es beaucoup plus de latitude pour explorer les sujets qui les int・essent, pour se livrer ?des recherches et utiliser des outils techniques, quand cela est opportun, pour leurs expos・. De telles approches exigent des enseignants qu'ils se consid・ent comme des consultants, des tuteurs, des diagnosticiens, des ・aluateurs perspicaces du travail de leurs ・・es. C'est l'apprentissage de ces r・es qui exige beaucoup de temps et d'efforts.
Question - Comment la technique affectera-t-elle la nature et le contenu de l'enseignement, le lieu o?cet enseignement est dispens?et la personne qui enseigne ? Par exemple, Arthur Lewis, de l'universit?Columbia, demandait, dans un article r・ent, si le t・?enseignement rendait les campus inutiles. Il d・larait que les meilleurs enseignants pourraient dispenser leurs cours ?travers les fronti・es des ・ats et ?de grandes distances.
Mme Means - Comme je l'ai dit, quand les ・udiants utilisent les techniques de communication en tant qu'outil pour entreprendre des projets complexes et des enqu・es, les enseignants assument un r・e fort diff・ent de celui qui pr・aut actuellement. Ils passeront moins de temps ?donner des cours et ?noter m・aniquement leurs ・・es et davantage de temps ?concevoir leurs cours, ? faciliter la t・he des ・udiants, ?leur donner des explications.
Internet offre des possibilit・ nouvelles d'apprentissage ? distance, mais je ne m'attends pas, pour ma part, ?voir dispara・re les b・iments universitaires et les contacts directs. L'・ude du comportement de groupes de gens qui collaborent ?distance a mainte fois montr?que de tels groupes avaient plus de chances de conserver leur coh・ion si leurs membres avaient des contacts face-?face. Bien que la communication synchrone, gr・e aux vid・conf・ences et aux environnements virtuels, soit maintenant possible avec la participation de nombreux utilisateurs, la plupart des gens ont besoin des nuances et des subtilit・ qu'offre le contact face-?face.
La technique est un compl・ent merveilleux lorsqu'un tel face-? face est peu commode, co・eux ou impossible, mais je crois que, si on leur en donne le choix, les gens continueront ?opter pour la possibilit?d'apprendre face-?face dans un cadre social, plut・ que dans un cadre virtuel. Je pense toutefois que nous allons assister ? un enseignement passionnant et attachant (avec unit・ de valeur et d・ivrance de dipl・es) par le truchement d'Internet et d'autres techniques nouvelles ; cela incitera ceux qui dispensent leur enseignement et une formation en personne ?faire un meilleur travail.
M. Papert - Le meilleur enseignant est celui qui fait b・・icier ses ・・es de ses connaissances personnelles, qui entretient avec eux des rapports chaleureux. Ces nouvelles techniques leur permettent de communiquer directement, dans de meilleurs conditions, avec leurs ・・es. Certes le t・?enseignement a un r・e ? jouer, mais j'esp・e que ce ne sera jamais la principale forme d'enseignement.
Question - Les progr・ de la technique affecteront-ils la participation du secteur priv??l'enseignement, tant en mati・e de soutien qu'en ce qui concerne les comp・ences que devront poss・er les ・udiants quand ils recevront leur dipl・e ? Pensez-vous que l'on va mettre davantage l'accent sur l'enseignement technique que sur l'enseignement g・・al, m・e au niveau secondaire ?
M. Papert - ?mon avis, le d・eloppement d'une ・onomie bas・ sur la connaissance implique que la plus importante qualit? n'est pas la somme des connaissances techniques que poss・e un individu, mais son aptitude ?apprendre et ?travailler de fa・n ind・endante. Pour encourager cette tendance, nous devons remplacer les ・oles qui suivent rigidement leurs programmes d'・udes par l'environnement p・agogique souple que permettent les nouvelles techniques.
Mme Means - Nous assistons, c'est vrai, ?une participation croissante du secteur priv??l'enseignement, notamment dans d'importantes initiatives mettant en jeu la technique. D'apr・ mon exp・ience, toutefois, le secteur priv?ne demande pas aux ・oles de former des ・・es ayant de plus grandes capacit・ techniques. Il estime que les ・udiants peuvent acqu・ir ces capacit・ dans une formation postsecondaire ou au sein de l'industrie elle-m・e. Ce que l'on souhaite, c'est que les ・udiants poss・ent une solide formation de base ainsi que les nouvelles ?nbsp;comp・ences fondamentales ?que sont les techniques d'acquisition des connaissances, l'art de la collaboration et la capacit?de tirer parti des ressources disponibles.
Question - Nous n'avons parl?jusqu'ici que de l'acc・ ? Internet. Comment envisagez-vous la fa・n dont d'autres techniques seraient susceptibles d'affecter l'enseignement aux ・ats-Unis ?
M. Papert - En fait, ce n'est pas de l'acc・ ? Internet que je parlais, mais d'un ph・om・e beaucoup plus profond, o?les ordinateurs servent ?la fois de mat・iau de construction et de moyen d'acc・ aux connaissances. C'est ainsi qu'en collaboration avec la soci・?Lego, mes coll・ues du MIT et moi-m・e avons mis au point de petits ordinateurs qui peuvent ・re incorpor・ dans les jeux de construction qu'utilisent les jeunes enfants. Ces derniers acqui・ent ainsi un comportement nouveau tout en construisant des structures mat・ielles. Quand ces appareils seront disponibles, ce qui arrivera prochainement, ils aideront consid・ablement tout enfant ?se rendre compte de ce que repr・ente la r・lisation d'un projet complexe en utilisant des id・s de pointe emprunt・s ?l'ing・ierie et ? la psychologie.
Mme Means - Les ordinateurs nous permettent de nous repr・enter des concepts abstraits en manipulant des images concr・es. Nous commen・ns tout juste ?explorer la possibilit?qu'offrent de telles techniques de rendre beaucoup plus accessibles des sujets que nous consid・ons comme tr・ difficiles, par exemple l'enseignement du calcul diff・entiel et int・ral dans les ・oles secondaires du premier cycle. Leur potentiel est extraordinaire si nous investissons dans des recherches s・ieuses pour comprendre comment faciliter le plus possible l'acquisition des connaissances gr・e aux nouvelles techniques dont nous disposons.
Question - Comment les nouvelles techniques dont nous venons de parler affecteront-elles les autres pays, en particulier les pays en voie de d・eloppement qui ne poss・ent pas les ressources ・onomiques des ・ats-Unis, du Japon et de l'Europe ? La r・olution technologique, l'autoroute de l'information, profiteront- elles principalement aux pays d・elopp・ ?
Mme Means - Un grand nombre de pays en voie de d・eloppement commencent ?consid・er l'application des techniques nouvelles ?l'enseignement comme une strat・ie importante dans le cadre de leur d・eloppement ・onomique. Forts des le・ns de l'exp・ience des pays d・elopp・ qui ont investi dans des techniques et approches maintenant p・im・s, ils esp・ent se lancer d'embl・ dans l'utilisation des techniques de pointe de diff・entes fa・ns qui seront payantes sur le plan de la comp・itivit?・onomique. On peut en outre soutenir que les techniques de l'information sont susceptibles d'avoir davantage d'effet dans les pays dont les ressources sont limit・s. R・l・hissez ?la valeur en puissance d'une connexion Internet pour un pays qui n'a pas les moyens d'acheter des manuels scolaires, et encore moins de doter ses ・oles secondaires de biblioth・ues. Ses ・udiants ont soudain acc・ ?une multitude de ressources !
M. Papert - Le probl・e n'est pas de s'interroger sur ce qui se passera ou ne se passera pas. C'est une question de d・ision. Je pense qu'il serait tr・ imprudent de la part du monde d・elopp? de laisser passer la chance d'aider le monde en voie de d・eloppement ? acqu・ir les avantages que pr・entent les nouvelles techniques pour leur enseignement. Je me suis associ??Nicholas Negroponte et ? plusieurs autres personnes pour cr・r une organisation appel・ la Fondation 2B1, pr・is・ent dans ce but.
Question - Les universit・ sont d・?interactives de bien des fa・ns, mais pensez-vous que l'enseignement puisse ・re mondialis? ou allons-nous continuer, au contraire, ?nous cantonner dans nos structures linguistiques et culturelles ?
M. Papert - La mondialisation de l'enseignement finira par avoir lieu, mais le conservatisme institutionnel inh・ent aux universit・ entra・era probablement des retards co・eux.
Mme Means - L'・ude de projets comptant des participants de nombreux pays m'a montr?que m・e avec toutes les options offertes par Internet, il faut donner aux enseignants une raison imp・ieuse de vouloir collaborer avec les enseignants d'autres pays et d'autres groupes linguistiques pour obtenir d'eux une participation soutenue. On s'int・esse vivement ?la coop・ation internationale en tant que concept, mais peu d'enseignants la pratiquent vraiment, sauf si on trouve le bon app・. Or de tels app・s peuvent ・re trouv・, par exemple, dans l'・ude des effets d'El Niño sur divers pays.
Question - Nous avons parl?de la fa・n dont la technique influence l'enseignement. L'enseignement influence-t-il ・alement la technique ?
M. Papert - Malheureusement non. Il est regrettable, selon moi, que le monde de l'・ucation ait laiss?l'industrie de l'informatique imposer ses id・s sur ce qu'un ordinateur devrait ・re et sur la fa・n dont on devrait l'utiliser.
Mme Means - Malheureusement, le march?de l'enseignement est tellement domin?par les march・ commerciaux qu'il n'a eu qu'une influence relativement faible sur la conception des techniques. Celles que nous utilisons actuellement dans nos ・oles ont ・?con・es principalement pour les bureaux. Les sp・ialistes du contenu p・agogique des programmes et de l'acquisition du savoir chez l'enfant ne participent que rarement au d・eloppement de la technique. Am・iorer cette situation est l'un des objectifs du Center for Innovative Learning Techniques, nouveau consortium de recherche dont font partie SRI International, l'universit?de Californie ?Berkley, l'universit?Vanderbilt et le Consortium de Lincoln (avec des fonds de la Fondation nationale des sciences). Dans le cadre d'un programme intitul?Industry Partners Program, les chercheurs de ce centre mettront le fruit de leurs recherches sur les utilisations les plus rentables de la technique et les besoins des ・・es et des enseignants ?la disposition des entreprises qui mettent au point les nouvelles techniques et les logiciels.
Question - M. Papert, vous avez dit, lors de votre d・osition devant le Congr・ des ・ats-Unis, que les responsables de l'・aboration de la politique en mati・e d'・ucation se faisaient une id・ exag・・ du co・ de la technique. Pourriez-vous nous en dire davantage sur cette question ?
M. Papert - C'est une simple question d'arithm・ique. En ・uipant chaque ・・e d'un ordinateur de 750 dollars ayant une dur・ de vie de cinq ans, on n'ajouterait que 2 pour cent au co・ moyen de l'・ucation d'un enfant aux ・ats-Unis. Avec un peu de R&D (Recherche- d・eloppement), les fabricants d'ordinateurs pourraient facilement couper ce co・ en deux ou m・e en quatre.
Mme Means - Selon John D・rr, investisseur de Silicon Valley qui, au cours des quinze derni・es ann・s, a financ?un grand nombre des nouvelles techniques les plus couronn・s de succ・, Internet est grandement sous-estim? Selon lui, nous n'appr・ions pas encore pleinement la fa・n dont ce moyen de communication va changer notre existence ?la maison, au bureau et ?l'・ole. Il a peut-・re raison. Le probl・e est que, bien souvent, les changements entra・・ par la technique ne sont pas lin・ires. Il est tr・ difficile, en se basant sur l'extrapolation des tendances actuelles, de faire des pr・ictions. Je ne me targue pas d'une grande exactitude dans ce domaine, c'est pourquoi je vais vous donner une extrapolation de ce que je per・is maintenant.
Une bonne partie du grand public est fermement convaincue du pouvoir qu'a la technique de transformer l'enseignement, soit ? cause de la ?nbsp;mystique ?de l'enseignement soit pour avoir fait l'exp・ience de son pouvoir dans d'autres domaines. Des probl・es surgissent quand on introduit la technique dans l'enseignement en fondant sur elle de grands espoirs, mais sans avoir r・l・hi ?la fa・n dont elle sera utilis・ ou aux raisons qu'on a de le faire. Le pouvoir ne r・ide pas dans la technique proprement dite, mais dans le contenu social et p・agogique qu'elle peut soutenir. La possibilit? d'introduire la technique dans une ・ole peut inciter les responsables ?repenser la fa・n dont celle-ci devrait structurer l'utilisation de son temps et de son personnel, ce qu'elle tente d'apprendre ?ses ・・es, la fa・n dont les enseignants pensent que ceux-ci acqui・ent et assimilent leurs connaissances.
Question - Enfin, peut-・re pourriez-vous r・umer vos id・s sur la technique et l'enseignement. O?en sommes-nous actuellement et o?irons-nous probablement dans les ann・s ? venir ?
Mme Means - Pris collectivement, les progr・ exponentiels suivis de la technique de l'information, l'・orme int・・ port?au r・eau informatique, notre compr・ension croissante de la cognition humaine et l'int・・ g・・al port??la qualit?de l'enseignement sont les ・・ents de ce qui pourrait ・re une d・ennie marqu・ par une r・olution de l'enseignement amorc・ par la technique.
Les nouvelles techniques du r・eau informatique pourraient encourager la collaboration entre pairs, inciter de nouveaux protagonistes ?apporter leur concours ?l'enseignement (par exemple les scientifiques, les retrait・, les experts) si bien que les salles de classe ne seraient plus tenues ?l'・art des int・・s et ressources du monde r・l. Il devrait ・re possible d'offrir ?tous et partout un vaste choix de cours et d'activit・ d'apprentissage de qualit? L'apprentissage non structur? gr・e ?la collaboration de personnes qui poss・ent d'importantes qualifications professionnelles, devrait ・re un important ・・ent de l'assimilation des connaissances ? l'・ole, sur les lieux de travail et ?la maison.
Tout ceci devrait ・re possible, mais nous n'en sommes pas l? que ce soit sur le plan technique ou sur celui de l'infrastructure. Les logiciels de t・・onf・ence sont peu maniables et se limitent presque exclusivement au texte. L'utilisation des t・・onf・ences s'est av・・ difficile pour les novices. Nous commen・ns tout juste ?voir des applications qui combinent les communications synchrones et asynchrones facilitant l'acquisition des connaissances et l'・anouissement personnel (voir par exemple TAPPED IN, de SRI, institut de d・eloppement professionnel avec enseignant virtuel, que l'on peut trouver sur Internet ?l'adresse suivante : http://www.tappedin.sri.com/info/abut.html). La prochaine d・ennie sera certainement passionnante, tant sur le plan des progr・ techniques que par l'accroissement des connaissances acquises gr・e aux efforts ant・ieurs visant ?exploiter ces possibilit・ au service de l'enseignement.
M. Papert - Faisons une comparaison avec d'autres techniques. Lorsque la cam・a a ・?invent・, son utilisation consistait pratiquement ?placer l'appareil devant une sc・e de th蛯tre sur laquelle les acteurs jouaient comme ils l'avaient toujours fait. Il a fallu beaucoup de temps pour que le monde du spectacle utilise une cam・a comme le font maintenant le cin・a et la t・・ision. Dans l'enseignement, l'utilisation de la technique en est quasiment au stade o?elle permet simplement d'am・iorer ce l'on faisait pr・・emment sans elle. Au cours des deux prochaines d・ennies, nous allons commencer ?constater, dans la fa・n dont les gens con・ivent l'enseignement, des changements aussi profonds que ceux que la technique a apport・ ?notre conception du spectacle. Cela consistera ?faire beaucoup plus qu'?・uiper d'un grand nombre d'ordinateurs des ・oles par ailleurs inchang・s et qui continueraient ?appliquer les m・es programmes d'enseignement que par le pass?
Il est impossible de pr・ire ce que sera l'・ole de demain. L'histoire dame toujours le pion aux futurologues. Il est facile, en revanche, de pr・ire ce qu'elle ne sera pas. Je suis s・ que l'habitude de s・arer les enfants en classes distinctes en fonction de leur ・e sera consid・・ comme une pratique d・od・ et inhumaine, un vestige de l'・oque des cha・es de montage. Je suis certain que le contenu des cours aura tr・ peu de points communs avec les programme actuels .
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Mme Barbara Means est vice-pr・idente de la
division
de politique
g・・ale de SRI International, soci・?californienne de recherche
et
de consultation sur les techniques nouvelles, qui a r・emment
re・ une
subvention de la Fondation nationale des sciences pour financer
un
centre des techniques novatrices d'enseignement. Mme Means est
coauteur de Technology's role in Education Reform (1995)
et a
dirig? entre autres, la publication de Using Techniques to
Support
Education Reform (1993) et de Technology and Education
Reform : The Reality behind the Promise (1994).
M. Seymour Papert est chercheur au Media Lab de
l'Institut
de technologie du Massachusetts (MIT). Il a dirig?le projet du
Media Lab intitul?School of the Future, qui
comprenait
des ・udes intitul・s Children's Learning of Computational
Ideas in
a Multicultural School et Technology Fluency. Ce
dernier
ouvrage mettait l'accent sur l'・ude et le d・eloppement de
l'aptitude
technologique des ・・es de l'enseignement secondaire. L'un des
pionniers de l'intelligence artificielle, M. Papert fut l'un des
fondateurs du Laboratoire d'intelligence artificielle du MIT au
d・ut
des ann・s 1960. Il est le cr・teur du langage de programmation
LOGO
et auteur de plusieurs articles et ouvrages, le plus r・ent ・ant
The Connected Family : Bridging the Digital Generation
Gap
(1996).