LA MONDIALISATION DU COMMERCE ・ECTRONIQUE

Interview de M. Ira Magaziner,
Conseiller principal de la Maison-Blanche en mati・e de politique g・・ale

M. Magaziner a dirig・une ・ude r・ente qui a d・ouch・sur un rapport de la Maison-Blanche intitul・・nbsp;La structuration du commerce ・ectronique mondial ・ et qui conclut ・la n・essit・ d'une coop・ation mondiale en vue de la mise en place d'une ・onomie ・ectronique. L'interview ci-apr・ ・ait men・ par Edmund Scherr.

Question - Quel est l'objectif du rapport sur le commerce ・ectronique ?

M. Magaziner - Le commerce ・ectronique naissant promet d'・re l'un des moteurs de la croissance ・onomique mondiale durant le prochain quart de si・le, pourvu que nous parvenions ・mettre en place la structure dont il a besoin pour se d・elopper et prosp・er. Ce rapport a pour but d'amorcer une s・ie de discussions mondiales en vue de la cr・tion d'un cadre qui permette au commerce et ・la nouvelle ・onomie ・ectroniques de prendre un bon d・art.

Question - Pourriez-vous nous d・rire les initiatives internationales qui visent ・encourager le commerce ・ectronique ?

M. Magaziner - Le gouvernement am・icain s'efforce de travailler sur un pied d'・alit・avec les autres gouvernements et avec les milieux d'affaires du monde entier pour tenter de cr・r l'infrastructure de cette future ・onomie ・ectronique.

Nous estimons qu'il doit s'agir d'efforts fond・ sur la coop・ation. Nous pensons qu'aucun d'entre nous ne poss・e toutes les r・onses. Aucun de nous ne sait comme ce march・va se d・elopper, comment la technologie va ・oluer. Nous devons donc coop・er pour mettre en place les cadres juridiques et ・onomiques qui permettront ・ cette nouvelle ・onomie de na・re.

Nous ne consid・ons pas les discussions internationales que nous entamons actuellement comme des n・ociations commerciales traditionnelles dans lesquelles les pays s'affrontent pour s'inciter mutuellement ・changer de syst・e. Ce que nous voulons faire, c'est mettre en place une structure commune qui constituera la premi・e vraie industrie cr蜑e mondialement.

Question - Quelle a ・・la r・ction internationale ・ ce rapport ?

M. Magaziner - Aux ・ats-Unis, nous avons eu de nombreuses manifestations de soutien de la part de l'industrie, des usagers d'Internet et du grand public. ・l'・ranger, au cours des entretiens que j'ai eus ・propos de l'initiative du Pr・ident, j'ai constat・avec une vive satisfaction que, dans de nombreux pays, le commerce ・ectronique ・ait devenue une question de premier plan, ・ laquelle on accordait une grande importance. De surcro・, les principes que nous appuyons semblent b・・icier d'un soutien g・・al.

Certes, un grand nombre de questions devront ・re r・l・s en d・ail, au fur et ・mesure du d・oulement des discussions, mais nous jugeons les premi・es r・ctions tr・ encourageantes.

Question - Pourriez-vous nous citer des mesures que ce rapport aurait incit・d'autres pays ・adopter ?

M. Magaziner - Dans l'ensemble, on en est encore au niveau des discussions et de l'・aboration des principes de base. Cependant, le minist・e japonais du commerce international et de l'industrie, par exemple, a publi・un rapport sur le commerce ・ectronique, ainsi que l'Union europ・nne.

Nous savons qu'un certain nombre de gouvernements ont ・alement entam・ou acc・・・l'・aboration de leur propre politique dans ce domaine.

Question - Pouvez-vous nous d・rire la croissance du commerce ・ectronique ?

M. Magaziner - Le commerce ・ectronique n'a vraiment commenc・・d・arrer qu'il y a un an environ. Selon certaines pr・isions, que nous jugeons r・listes, si, ・l'heure actuelle, le commerce ・ectronique ne repr・ente que deux milliards de dollars d'achats par Internet, il en repr・entera pr・ de trois cents milliards de dollars en l'an 2002, et cela rien qu'aux ・ats-Unis.

Nous observons ・alement un volume extraordinaire d'activit・ maintenant que les soci・・ commencent ・mettre leurs services ・ la port・ des consommateurs sur Internet. Nous constatons le d・eloppement du commerce ・ectronique de d・ail - ventes de livres, de fleurs, d'automobiles et de toute une gamme d'autres produits et services - ainsi que l'apparition de nouveaux services de livraison ・ectronique comme le t・・hargement d'enregistrements sonores ou d'articles de presse. Le commerce ・ectronique n'a qu'un ou deux ans d'existence, mais nous croyons que son essor sera exponentiel.

Question - Y a-t-il des domaines du commerce ・ectronique qui se d・eloppent plus rapidement que d'autres ?

M. Magaziner - Il est difficile de dire ce qui se d・eloppera le plus rapidement. Il est certain que l'industrie des services financiers progresse tr・ rapidement sur Internet de m・e que les applications commerciales, les achats des entreprises ou les relations avec les consommateurs. Les compagnies a・iennes et les agences de voyage traitent de plus en plus sur Internet. Il y a, sur Internet, des soci・・ qui s'adressent ・des groupes d'int・・ particuliers comme les nouveaux parents ou les horticulteurs, par exemple.

Question - A-t-on vraiment besoin d'accords internationaux pour promouvoir le commerce ・ectronique ?

M. Magaziner - Du fait que le commerce ・ectronique est en train de na・re mondialement en tant que march・ nous esp・ons obtenir des accords internationaux bas・ sur les principes ・rouv・ du march・ afin de limiter le plus possible la r・lementation internationale. Des accords fiscaux doivent ・re n・oci・ pour qu'il y ait de l'uniformit・et nous esp・ons obtenir des accords gouvernementaux pour faire de Internet une zone affranchie de droits de douane, une zone de libre-・hange. Il y a donc toute une gamme de domaines dans lesquels nous esp・ons conclure des accords internationaux qui permettront au march・de se d・elopper.

Question - Comment le commerce ・ectronique encourage-t- il la libert・et l'ouverture du march・mondial ?

M. Magaziner - Internet va ・re un v・icule commercial mondial. D'ici l'an 2005, plus d'un milliard de personnes y seront branch・s et nous ne voulons pas que des barri・es artificielles soient ・ig・s dans le but de les emp・her de traiter entre elles.

Nous esp・ons obtenir des accords pour ・iminer les obstacles non tarifaires. Les exigences des t・・ommunications entravent parfois la circulation de l'information. Nous aimerions que la circulation de l'information soit affranchie de la censure et voudrions obtenir un accord dans le cadre duquel le commerce ・ectronique ne serait frapp・ ni de droits de douane, ni de taxes excessives.

Nous esp・ons ・alement que des mesures positives pourront ・re prises dans les domaines o・l'intervention des gouvernements s'av・e n・essaire, par exemple pour mettre au point un code commercial mondial uniforme afin que la signature ・ectronique figurant au bas d'un contrat conclu ・ectroniquement soit valable dans tous les pays, ou que la propri・・intellectuelle soit mondialement prot・・. Certains accords positifs sont donc n・essaires, ainsi que des accords pr・oyant la non-ing・ence des gouvernements.

Question - Comment Internet affectera-t-il les pays en voie de d・eloppement ?

M. Magaziner - Nous pensons que ses effets seront soit bons, soit mauvais selon son ・olution, et il est tr・ important que ce soient les bons que l'on choisisse.

Si Internet n'est disponible que dans les pays d・elopp・, cela risque d'avoir des cons・uences tr・ f・heuses dans la mesure o・ ce r・eau ne fera qu'aggraver la disparit・des revenus dans le monde. En revanche, s'il est disponible dans les pays en voie de d・eloppement, il aidera ・combler cette disparit・ Internet peut exercer une influence tr・ positive sur le d・eloppement ・onomique et social de ces pays.

La beaut・de ce dispositif vient du fait que la technologie par satellite sera en place d・ le d・ut du si・le prochain et qu'il sera moins co・eux d'installer Internet dans les pays pauvres et dans les r・ions rurales qu'il n'en co・e actuellement pour y apporter le t・・hone. C'est une technologie qui peut permettre plus facilement au mat・iel p・agogique, ・l'・uipement de diagnostic m・ical, aux nouvelles et autres domaines de l'information de p・・rer dans les pays en voie de d・eloppement.

Internet peut faciliter les transactions commerciales entre les soci・・ des pays en voie de d・eloppement et celles des autres pays. Les petites entreprises des pays en voie de d・eloppement ont actuellement beaucoup de mal ・p・・rer sur le march・mondial. Mais Internet donne aux hommes d'affaires un acc・ instantan・・un milliard de personnes ・travers le monde. S'il atteint le monde en voie de d・eloppement, il pourra ・re un important facteur de d・eloppement ・onomique et social.

C'est pourquoi nous soutenons le financement par les diverses banques de d・eloppement de projets li・ ・Internet. Le probl・e est de faire en sorte que le r・eau se diss・ine dans ces pays pour ・re disponible non seulement dans la capitale, mais dans toutes les r・ions, et c'est l・ ・notre avis, que la technologie des satellites peut aider.

Question - Quels sont les r・es respectifs du secteur priv・et du gouvernement dans le d・eloppement du commerce ・ectronique ?

M. Magaziner - Dans l'ensemble, nous pensons que c'est le secteur priv・qui doit g・er le d・eloppement de la nouvelle ・onomie ・ectronique car l'・e ・ectronique ・olue trop rapidement et de fa・n trop impr・isible pour que les gouvernements y jouent un r・e important. M・e quand une intervention collective est n・essaire, nous estimons qu'une action priv・ est pr・・able ・une action ou ・ une r・lementation gouvernementales.

Certes il y a des exceptions ・cette r・le. Manifestement, les gouvernements ont un r・e ・jouer en mati・e de taxation. Ils doivent aussi intervenir pour prot・er la propri・・intellectuelle, pour aider ・mettre au point un code commercial uniforme de fa・n qu'il existe une base juridique unifi・ pour conclure les contrats et autres choses de ce genre, mais ce r・e devrait ・re cibl・et transparent.

Question - Quelle est la position du gouvernement am・icain sur l'exportation et l'utilisation des techniques de cryptage ?

M. Magaziner - Nous tentons de concilier deux pr・ccupations. D'un point de vue strictement commercial, nous voulons un cryptage de haut niveau qui puisse ・re utilis・pour assurer la confidentialit・et la s・urit・des donn・s transmises et faciliter le d・oulement des transactions commerciales. Mais du point de vue du respect de la loi, il est ・craindre qu'un cryptage de haut niveau ne soit utilis・par des terroristes, narcotrafiquants et autres malfaiteurs pour dissimuler leurs activit・ et entraver l'application des lois.

Nous essayons donc d'adopter une approche ・uilibr・ pr・oyant l'utilisation d'un cryptage de haut niveau dans le commerce, mais qui permette aux autorit・ responsables d'avoir acc・ aux cas dans lesquels notre appareil juridique les autorise manifestement ・ intervenir s'il s'av・e qu'un acte criminel risque d'・re commis.

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Edmund Scherr est r・acteur ・l'Agence d'information des ・ats-Unis, o・il se sp・ialise dans les techniques de l'information et autres probl・es mondiaux.

Dossiers mondiaux
Revue ・ectronique de l'USIA, volume 2, num・o 4, octobre 1997