LES DANGERS DE L'INACTION
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Dans un rapport publié en décembre 1995, le Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat affirme que le climat mondial est affecté par l'activité humaine et que la coopération internationale est nécessaire pour le protéger.
« Nos délibérations ont bénéficié des travaux minutieux et approfondis réalisés en toute objectivité par le Groupe intergouvernemental d'experts pour l'étude du changement climatique (GIEC), dont les efforts sont à la base des préoccupations internationales dans ce domaine et dont les avertissements précis sur les tendances actuelles du climat expliquent le sentiment d'urgence que mon gouvernement éprouve à cet égard.
« Permettez-moi de préciser le point de vue des États-Unis : la science nous invite à prendre des mesures urgentes ; le rapport du GIEC est le meilleur exposé scientifique que nous possédions et nous devrions l'utiliser. »
Timothy Wirth
Sous-secrétaire d'État chargé des affaires
mondiales.
Extrait d'un discours prononcé à la
Seconde
Conférencedes parties à
la Convention-cadre sur le
changement climatique.
Genève, 17 juillet 1996
Nous donnons ci-après des extraits de la Seconde synthèse d'évaluation des données scientifiques et techniques du GIEC. Tous les États membres de l'Organisation météorologique mondiale et des Nations unies font partie du GIEC.
Le rapport du GIEC peut être consulté sur Internet à l'adresse suivante : http://www.ipcc.ch/cc95/synt.htm
L'objectif de la Convention-cadre des Nations unies sur le changement climatique, tel qu'il est défini à l'article 2, est le suivant :
« ... stabiliser dans l'atmosphère les concentrations de gaz à effet de serre à un niveau qui préviendrait une dangereuse interférence anthropique avec le climat terrestre. Un tel niveau devrait être obtenu dans un délai suffisant pour permettre aux écosystèmes de s'adapter naturellement au changement climatique, afin que la production alimentaire ne soit pas menacée et que le développement économique puisse se poursuivre de façon durable. »
Au cours des dernières décennies, deux facteurs importants concernant les rapports entre l'homme et le climat terrestre sont devenus évidents.
Primo, les activités humaines, notamment la consommation de combustibles fossiles, l'utilisation des sols et l'agriculture, augmentent la concentration, dans l'atmosphère, des gaz à effet de serre (qui tendent à réchauffer l'atmosphère) et, dans certaines régions, celle des aérosols (minuscules particules en suspension dans l'air, qui tendent à refroidir l'atmosphère).
On prévoit que, pris collectivement, ces changements dus aux gaz à effet de serre et aux aérosols modifieront le climat, tant au niveau régional que mondial, ainsi que divers paramètres climatiques comme la température, les précipitations, l'humidité du sol et le niveau des mers. Secundo, certaines populations sont maintenant plus exposées que jadis à des catastrophes naturelles telles que tempêtes, inondations et sécheresses en raison de la croissance démographique dans des zones vulnérables comme les bassins fluviaux et les plaines côtières.
La tâche exigée des responsables politiques à l'article 2 consistera à déterminer à quel niveau les concentrations de gaz à effet de serre constituent une interférence anthropique dangereuse avec le climat terrestre, et à concevoir une solution d'avenir permettant le développement économique durable.
Étant donné les tendances actuelles à l'accroissement des émissions de la plupart des gaz à effet de serre, leur concentration dans l'atmosphère va augmenter pendant tout le siècle prochain et même au-delà. De ce fait, l'interférence anthropique avec le système climatique va prendre de l'ampleur et les conséquences défavorables, et sans doute dangereuses, du changement climatique vont devenir plus probables.
La protection du climat terrestre exigera la coopération internationale dans le contexte d'une grande diversité de revenus, de facultés d'adaptation et de points de vue sur l'avenir, ce qui soulève des questions d'efficacité et d'équité, tant sur les plans national et international qu'entre générations. L'équité est un élément important de légitimation des décisions et de promotion de la coopération.
La lenteur des modifications du climat terrestre et du remplacement de l'infrastructure, ainsi que l'intervalle de plusieurs décennies séparant la stabilisation de la concentration des gaz à effet de serre et la stabilisation des températures et du niveau moyen des mers, soulignent l'importance d'agir à propos.
Interférence anthropique avec le climat terrestre :
Bilan à ce jour :
L'accroissement de la concentration des gaz à effet de serre mène généralement au réchauffement de l'atmosphère et de la surface terrestre. Nombre de ces gaz demeurent dans l'atmosphère et affectent le climat pendant longtemps.
Contrairement aux gaz à effet de serre, les aérosols anthropiques restent très peu de temps dans l'atmosphère et leur effet varie rapidement en fonction des émissions.
La synthèse des éléments de preuve que nous possédons (...) met en lumière l'influence de l'homme sur le climat mondial. Les données sont insuffisantes pour déterminer si des changements systématiques du climat, au plan notamment de sa variabilité et de ses extrêmes, se sont produits au cours du vingtième siècle à l'échelle mondiale, mais, au niveau régional, on a des preuves nettes de changements.
Conséquences éventuelles d'une interférence anthropique
En l'absence de mesures correctives ou de progrès techniques importants qui permettraient de réduire les émissions, on pense que la concentration de gaz à effet de serre et des aérosols dans l'atmosphère tout au long du siècle prochain.
Toutes les simulations qu'ont réalisées le GIEC, soit avec des concentrations accrues de gaz à effet de serre et d'aérosols, soit uniquement avec des gaz à effet de serre, mettent en lumière les caractéristiques suivantes :
Le réchauffement des températures conduira à un cycle hydrologique plus intense, ce qui se traduira vraisemblablement par des sécheresses ou des inondations plus ou moins graves selon les régions.
Fragilité et adaptation des écosystèmes au changement climatique
Le changement climatique provoqué par l'homme représente une grave tension supplémentaire, particulièrement pour les nombreux systèmes écologiques et socio-économiques déjà affectés par la pollution, l'accroissement de la demande de ressources et la gestion irrationnelle.
La fragilité de la santé humaine et des systèmes socio-économiques et, à un moindre degré, celle des écosystèmes, dépendent de la situation économique et de l'infrastructure institutionnelle. Cela implique que les systèmes sont généralement plus vulnérables dans les pays en voie de développement où les conditions économiques et institutionnelles sont moins favorables.
La fragilité des systèmes :
Ecosystèmes terrestres et aquatiques
Les écosystèmes contiennent tout le réservoir de diversité génétique et biologique de la planète, et ils sont une source de nombreux biens et services (...) On assistera vraisemblablement à une réduction de la diversité biologique et à une diminution des biens et services que les sociétés humaines pourront puiser dans les écosystèmes.
Certains systèmes écologiques ne parviendront peut-être à un nouvel équilibre que plusieurs siècles après la stabilisation du climat.
Forêts. Les modèles permettent de prévoir que, du fait des changements éventuels de température et de disponibilité de l'eau (...), il se produira, dans une partie importante des zones terrestres actuellement couvertes de forets (qui vont, selon les régions, d'un septième à deux tiers, la moyenne mondiale étant d'un tiers) des changements majeurs dans la répartition des principaux types de végétation, les plus grands changements se produisant à des latitudes élevées et les moins grands dans les zones tropicales.
Déserts et désertification. Le climat des déserts deviendra vraisemblablement plus extrême en ce sens qu'à de rares exceptions près, on prévoit qu'il sera plus chaud, mais guère plus humide.
Ecosystèmes des montagnes. La répartition de la végétation selon l'altitude devrait changer au profit des altitudes plus élevées ; certaines espèces qui ne peuvent exister que dans des zones climatiques limitées au sommet des montagnes pourraient s'éteindre en raison de la disparition de leur habitat ou de la réduction de leur possibilité de migration.
Ecosystèmes aquatiques et côtiers. Dans les lacs et cours d'eau, le réchauffement aurait les plus grands effets biologiques à des altitudes élevées, où la productivité biologique augmenterait et, en basse altitude, à la frontière entre les zones froides et tempérées, où la disparition des espèces serait la plus importante (...) Certains écosystèmes côtiers sont particulièrement menacés, y compris les marais salants, les mangroves, les marécages côtiers, les plages sablonneuses, les récifs et atolls coralliens, et le delta des fleuves. Les changements qui s'y produiraient auraient d'importants effets négatifs sur le tourisme, l'alimentation en eau douce, la pêche et la diversité biologique.
Hydrologie et gestion des ressources en eau
Les modèles permettent de prédire que du tiers à la moitié de la masse glaciaire actuelle des montagnes pourrait disparaître au cours des cent prochaines années. La diminution de l'étendue des glaciers et de l'épaisseur de la couverture neigeuse affecterait également le débit saisonnier des cours d'eau ainsi que l'approvisionnement en eau des usines hydroélectriques et de l'agriculture.
Le changement climatique conduira à une intensification du cycle hydrologique mondial et pourrait avoir des conséquences majeures sur les ressources régionales en eau. Les changements prévisibles du volume total des précipitations, de leur fréquence et de leur intensité affecteront directement l'ampleur et l'époque du ruissellement ainsi que la gravité des inondations et des sécheresses. Cependant, les effets régionaux précis sont encore indéterminés.
Agriculture et sylviculture
Les rendements agricoles et les fluctuations de la productivité dus au changement climatique varieront considérablement selon les régions, modifiant ainsi la production. La productivité devrait s'accroître dans certaines régions et diminuer dans d'autres, principalement dans les régions tropicales et subtropicales. Les études actuelles montrent que, dans l'ensemble, la production agricole mondiale pourrait être maintenue par rapport à la production de référence, en dépit du changement climatique prévu pour une concentration de gaz carbonique correspondant au double du niveau enregistré à l'époque préindustrielle.
Infrastructure humaine
Le changement climatique accroîtra manifestement la vulnérabilité de certaines populations côtières aux inondations et à l'érosion des sols . On estime à environ quarante-six millions le nombre de personnes menacées chaque année d'inondations dues à des tempêtes. En l'absence de mesures d'adaptation et abstraction faite de l'accroissement démographique à prévoir, une élévation du niveau des océans de l'ordre de cinquante centimètres porterait le nombre de personnes menacées à quelque quatre-vingt-douze millions ; une élévation d'un mètre à environ cent dix-huit millions (...) Les montées subites du niveau des eaux dues aux tempêtes et les inondations pourraient menacer toutes les cultures. Pour les populations de ces pays, l'élévation du niveau de la mer pourrait entraîner des migrations internes ou à l'étranger.
Santé humaine
Le changement climatique aura vraisemblablement de vastes répercussions négatives sur la santé humaine, et il sera la cause de nombreuses morts. Il entraînera notamment un accroissement des taux de mortalité et de morbidité (principalement d'origine cardio-respiratoire) en raison de l'augmentation à prévoir de l'intensité et de la durée des vagues de chaleur. Par contre, dans les zones froides, les hausses de température devraient entraîner une diminution du nombre de décès dus au froid. Les effets indirects, qui devraient dominer, seront une recrudescence des maladies à transmission vectorielle (paludisme, dengue, fièvre jaune et certaines encéphalites virales) en raison de l'extension des zones d'habitat des vecteurs et des saisons propices à leur développement.
Techniques et options en matière d'adaptation
D'une manière générale, les progrès techniques multiplient les options en matière d'adaptation. Cependant, un grand nombre de régions du globe n'ont actuellement qu'un accès limité à ces techniques et à la documentation pertinente (...) L'efficacité et la rentabilité des stratégies d'adaptation dépendront de la disponibilité des ressources financières, du transfert des techniques et des pratiques culturelles, éducatives, administratives, institutionnelles, et juridiques, tant nationales qu'internationales. Cette adaptation sera d'autant plus facile qu'on aura tenu compte du changement climatique dans les décisions relatives à l'utilisation des ressources et au développement, et dans la planification des investissements infrastructurels.
Conception analytique de la stabilisation de la concentration dans l'atmosphère des gaz à effet de serre
La plupart des scénarios relatifs aux émissions de gaz à effet de serre indiquent qu'en l'absence de mesures correctives, ces émissions continueront à augmenter durant le siècle prochain et qu'elles mèneront à des concentrations qui, d'ici à l'an 2100, devraient modifier le climat au-delà de ce qui est prévu pour des concentrations de dioxyde de carbone correspondant au double du niveau enregistré à l'époque préindustrielle.
Stabilisation des gaz à effet de serre
Tous les gaz à effet de serre doivent être pris en considération quand on cherche à stabiliser leur concentration. Il y a, en premier lieu, le dioxyde de carbone, ou gaz carbonique qui, du fait de son importance et de la complexité de son comportement, nécessite une attention plus détaillée que les autres gaz à effet de serre.
Le gaz carbonique
Le gaz carbonique est retiré de l'atmosphère par un certain nombre de procédés qui agissent selon des calendriers différents. Il reste actif dans le système climatique pendant un temps relativement long, de l'ordre d'un siècle ou plus. Si les émissions anthropiques mondiales nettes (... ) se maintenaient à leurs niveaux actuels, (...) elles mèneraient à une augmentation pratiquement régulière de sa présence dans l'atmosphère pendant au moins deux siècles (...) Les modèles du cycle du carbone montrent qu'une stabilisation immédiate de la concentration de dioxyde de carbone à son niveau actuel ne pourrait être obtenue que si l'on réduisait immédiatement ses émissions de cinquante à soixante-dix pour cent et si l'on procédait ultérieurement à des réductions supplémentaires.
Le méthane
Les concentrations de méthane dans l'atmosphère s'adaptent à l'évolution des émissions anthropiques sur une période de neuf à quinze ans.
L'oxyde nitreux
L'oxyde nitreux a une grande longévité (environ cent vingt ans). Pour que sa concentration soit stabilisée à des niveaux proches des niveaux actuels (...) les sources anthropiques devraient être immédiatement réduites de plus de cinquante pour cent.
Autres remarques sur la stabilisation
La stabilisation des concentrations de gaz ayant une grande longévité, comme le SF6 ou les perfluorocarbures, ne peut être obtenue qu'avec l'arrêt pur et simple des émissions.
La stabilisation des concentrations de gaz à effet de serre ne signifie pas que le climat terrestre cessera de se modifier. En effet, une fois la stabilisation obtenue, la température moyenne mondiale à la surface de la terre et le niveau des océans continueront de monter pendant plusieurs siècles.
Techniques et choix en matière de mesures correctives
Des réductions importantes des émissions de gaz à effet de serre sont techniquement possibles et sont réalisables sur le plan économique. On peut les obtenir en recourant à une vaste gamme de techniques et de mesures qui accéléreront la mise au point, la diffusion et le transfert des techniques dans tous les secteurs, y compris l'énergie, l'industrie, les transports, les bâtiments résidentiels et commerciaux, l'agriculture et la sylviculture.
Le degré de réalisation du potentiel technique et de rentabilité dépendra des mesures qui seront prises pour remédier au manque d'information et surmonter les obstacles culturels, institutionnels, juridiques, financiers et économiques susceptibles d'entraver la diffusion de la technologie ou les changements de comportement.
D'ici à l'an 2100, les techniques appliquées à la production d'énergie auront été rénovées au moins deux fois, ce qui permettra le renouvellement des équipements sans occasionner un remplacement prématuré des biens d'équipement ; des quantités importantes d'équipements seront également remplacées dans les secteurs industriel, commercial, immobilier, agricole et sylvicole. Ces cycles de remplacement donnent la possibilité d'utiliser des techniques nouvelles, plus productives.
Demande d'énergie
Le GIEC prévoit qu'en l'absence d'intervention, on pourrait assister à un accroissement important des émissions dues à l'activité industrielle, aux transports et aux bâtiments résidentiels et commerciaux (...) Étant donné que la consommation d'énergie augmente à l'échelle mondiale, même si on remplaçait la technologie actuelle par des techniques à meilleur rendement énergétique, on pourrait assister ultérieurement à un accroissement absolu des émissions de gaz à effet de serre.
Approvisionnement en énergie
Il est techniquement possible d'obtenir, d'ici cinquante à cent ans, d'importantes réductions des émissions dans le secteur énergétique en utilisant des énergies de substitution, parallèlement au calendrier normal des investissements nécessaires au remplacement de l'infrastructure et de l'équipement au fur et à mesure qu'ils s'usent ou deviennent désuets. Les solutions suivantes, non classées selon leur priorité, sont prometteuses :
Emissions dues à l'activité industrielle
D'importantes réductions sont possibles dans certains cas, par exemple au niveau du CO2, du CH4, du N2O, des halocarbures et du SF6 émis lors de la production de fer, d'acier, d'aluminium, d'ammoniaque, de ciment et d'autres matériaux.
Agriculture, pâturages et forêts
En dehors du remplacement des combustibles fossiles par des combustibles provenant de la biomasse, la gestion rationnelle des forêts, des terres agricoles et des pâturages peut jouer un rôle important dans la réduction des émissions de dioxyde de carbone, de méthane et d'oxyde nitreux (...).
Moyens d'action
La disponibilité de techniques permettant de limiter les émissions de carbone est une condition préalable à la réduction des émissions de gaz à effet de serre à un coût raisonnable, mais elle ne la garantit pas. Cette réduction dépend en effet de l'élimination des obstacles à la diffusion et au transfert des techniques, de la mobilisation des ressources financières nécessaires, du soutien de la capacité de construction des pays en voie de développement et en transition, ainsi que d'autres solutions facilitant les changements de comportement et l'adoption de nouvelles techniques dans toutes les régions du globe.
Un développement économique durable :
L'avenir
Les documents scientifiques, techniques, économiques et sociologiques que l'on possède indiquent divers moyens de progresser vers l'ultime objectif de la Convention. Les mesures possibles comprennent l'atténuation du changement climatique grâce à la réduction des émissions de gaz à effet de serre et à l'amélioration de leur dissipation, l'adaptation au changement climatique observé ou prévu, et la recherche, la conception et l'expérimentation visant à améliorer notre connaissance des risques entraînés par le changement climatique et à trouver des solutions.
L'incertitude continue à planer sur ce qui constitue une interférence anthropique avec le climat terrestre et sur les mesures préventives à prendre. La documentation disponible montre cependant que d'importantes possibilités existent dans la plupart des pays (...) Notre problème actuel n'est pas de trouver aujourd'hui la meilleure ligne d'action pour les cent prochaines années, mais de choisir une stratégie prudente et de l'adapter périodiquement, à la lumière des nouvelles données.
Dossiers mondiaux
Revue
électronique de l'USIA, volume 2, numéro 2, avril 1997