La r・uction de la pauvret?dans le monde

Paul O'Neill
Ministre des finances des ・ats-Unis

ligne bleue


« L'ensemble des r・ultats de l'aide tant bilat・ale que multilat・ale au cours des 50 derni・es ann・s a ・?d・evant », indique le ministre des finances des ・ats-Unis, M. Paul O'Neill. La communaut? internationale peut mieux lutter contre la pauvret?dans le monde en accordant une plus grande importance ?l'aide destin・ ?am・iorer la productivit?dans ces pays.

M. O'Neill souligne aussi que les pays dont l'action a ・?r・uli・ement couronn・ de succ・ ont fait des choix judicieux dans quatre domaines essentiels : 1) en encourageant le secteur priv?au moyen de m・anismes ax・ sur l'・onomie de march?nbsp;; 2) en reconnaissant l'importance de la bonne conduite des affaires publiques et d'une administration publique comp・ente ; 3) en ouvrant leur ・onomie au commerce et aux investissements ; 4) en renfor・nt les capacit・ au moyen de la valorisation des ressources humaines et de la transmission des meilleures m・hodes de travail.


La r・ision de nos id・s sur le d・eloppement, qui est ?la base de tout effort de r・uction de la pauvret? ne constitue pas seulement une obligation morale ; c'est aussi une n・essit?sur le plan ・onomique. Comme le pr・ident George W. Bush l'a dit : « Un monde o?certains vivent dans le confort et dans l'abondance, alors que la moiti?de la population mondiale ne dispose que de moins de 2 dollars par jour pour vivre, n'est ni juste ni stable. »

Au cours de mes voyages ?travers le monde ces 40 derni・es ann・s, j'ai pu observ?de pr・ les effets tragiques de la pauvret?nbsp;: des enfants malades faute d'eau potable ou d'・uipements d'assainissement, et des adultes qui ne gagnent pas assez pour subvenir aux besoins alimentaires de leur famille. Trop souvent, les difficult・ personnelles se trouvent accentu・s lorsque le milieu social et politique est instable. La mauvaise conduite des affaires publiques, l'instabilit? politique et les conflits, le sida et les autres maladies infectieuses ainsi que les catastrophes naturelles ont tous des cons・uences consid・ables pour les membres les plus vuln・ables de la soci・?

Si nous devons repenser le d・eloppement, il nous faut tout d'abord tirer les le・ns de notre exp・ience, distinguer les succ・ des ・hecs tout en envisageant des fa・ns novatrices de s'attaquer aux probl・es fondamentaux. ?mon avis, les quelques principes suivants constituent les fondements de tout succ・ ?venir.

Encourager la productivit?pour stimuler la croissance

La hausse de la productivit? la quantit?produite par chaque travailleur, est le facteur qui a ・??la base de la croissance ・onomique et de l'augmentation du revenu par habitant tout au long de l'histoire de l'humanit? Une ・onomie en expansion se traduit par des emplois meilleurs, par une hausse des salaires et par l'am・ioration du niveau de vie de toute la population. Lors d'une communication qu'il a faite r・emment ?l'Institut de la Banque mondiale, M. John Page a indiqu? que les ・arts de productivit?constituaient la raison la plus importante de la dichotomie consid・able entre le croissance ・onomique spectaculaire que l'Asie de l'Est connaissait depuis 25 ans et la faible croissance observ・ au Moyen-Orient et en Afrique du Nord (la productivit?n'y a gu・e augment?.

Qu'est ce qui permet aux travailleurs de devenir plus productifs ? Une multitude d'・・ents dont le fait de valoriser les ressources humaines, de cr・r des institutions fondamentales telles qu'un syst・e juridique, d'offrir de bons stimulants pour r・ompenser ceux qui travaillent dur, de supprimer les obstacles aux entreprises cr蜑s par l'administration publique, d'enseigner de nouvelles connaissances et m・e de mettre en place des choses que beaucoup d'entre nous consid・ent comme allant de soi, telles que des ・outs qui fonctionnent bien et une alimentation en eau potable pour ・iter les maladies.

Les pays dont l'action a ・?r・uli・ement couronn・ de succ・ ont fait des choix judicieux dans quatre domaines essentiels : 1) en encourageant le secteur priv?au moyen de m・anismes ax・ sur l'・onomie de march?nbsp;; 2) en reconnaissant l'importance de la bonne conduite des affaires publiques et d'une administration publique comp・ente ; 3) en ouvrant leur ・onomie au commerce et aux investissements ; 4) en renfor・nt les capacit・ au moyen de la valorisation des ressources humaines et de la transmission des meilleures m・hodes de travail.

Premi・ement, des mesures ax・s sur l'・onomie de march?sont essentielles si l'on veut tirer parti du march?mondial. Un pays doit avoir avant tout une bonne politique mon・aire et budg・aire pour garantir sa stabilit?・onomique. Il doit aussi favoriser la concurrence entre les entreprises du secteur priv? ・ant donn?que l'innovation est le moteur de la croissance. L'adoption g・・alis・ de m・anismes ax・ sur l'・onomie de march?a ouvert des perspectives sans pr・・ent et favoris?des progr・ importants sur le plan social au cours des derni・es d・ennies, tout en donnant de meilleures possibilit・ ?un nombre de personnes plus important que jamais. Il suffit par exemple de comparer la croissance ・onomique que les ・ats-Unis et leurs partenaires en Europe et au Japon connaissent depuis 50 ans avec le sort des pays ?l'・onomie dirig・ tels que l'ancienne Union sovi・ique et la Cor・ du Nord.

Deuxi・ement, il incombe aux pouvoirs publics de cr・r les institutions et les stimulants n・essaires pour encourager la productivit?et la cr・tion d'entreprises. Celles-ci d・endent de l'existence d'un climat propice caract・is?par l'・at de droit, l'ex・ution des contrats ainsi que par la stabilit?et la transparence de l'administration publique. La corruption est encore beaucoup trop r・andue et demeure un obstacle ・orme aux investissements tant locaux qu'・rangers ; elle constitue une entrave ?l'efficacit?・onomique et au progr・ social.

Troisi・ement, la lib・alisation du commerce est essentielle. Dans une communication r・ente, MM. David Dollar et Aart Kraay, de la Banque mondiale, montrent que le commerce est depuis trois d・ennies un des principaux facteurs de la croissance ・onomique. Depuis 1980, indiquent-ils, le revenu par habitant dans les pays en d・eloppement qui ont r・uit leurs droits de douane et qui ont augment? le volume de leurs ・hanges commerciaux s'est rapproch?de celui des pays plus riches, alors que celui des autres pays a de plus en plus diminu?

La lib・alisation du commerce n'est cependant pas suffisante. Elle doit s'accompagner de mesures visant ?encourager le secteur priv?de mani・e ? accro・re l'emploi et ?mettre en place l'infrastructure de base dont ont besoin les exploitants agricoles et les autres petits producteurs. Il existe une corr・ation particuli・ement importante entre la croissance dans les zones rurales et agricoles et la r・uction de la pauvret? Les mesures qui favorisent l'・ucation et la formation technique permettent aux pauvres de pr・endre aux emplois qualifi・ qu'exige l'・onomie de march?et facilitent une adaptation plus rapide aux bouleversements in・itables qu'entra・e le changement. Il convient d'accepter la mondialisation pour ses possibilit・ et non pas de la rejeter avec m・ris ?cause de ses risques.

La communaut?internationale reconna・ l'importance de la r・uction par les ・ats membres de l'Organisation de la coop・ation et du d・eloppement ・onomique (OCDE) des obstacles aux importations des pays les plus pauvres, mais il convient d'accorder une plus grande attention au fait que les pays en d・eloppement doivent aussi r・uire les obstacles qui entravent les ・hanges commerciaux entre eux. Par exemple, le droit de douane moyen des pays en d・eloppement pour les importations provenant d'autres pays en d・eloppement est sup・ieur de 20 % dans le cas des produits agricoles et de 300 % dans le cas des produits manufactur・ que le droit de douane moyen des ・ats membres de l'OCDE.

Quatri・ement, les services sociaux de base notamment dans les domaines de la sant?et de l'enseignement sont essentiels pour permettre ?toute la population de participer ?l'activit?・onomique et d'y contribuer. L'histoire r・ente des ・ats-Unis montre clairement le r・e crucial de l'enseignement et de l'acc・ aux capitaux. Cela est particuli・ement vrai dans le secteur agricole. La production par travailleur agricole a augment?de 800 % entre 1948 et les ann・s 1990 au fur et ? mesure que les agriculteurs ont adopt?de nouvelles techniques et qu'ils se sont ・uip・ de nouvelles machines. Par comparaison, la valeur ajout・ par travailleur dans le secteur agricole en Afrique subsharienne est actuellement inf・ieure par rapport ?ce qu'elle ・ait il y a 20 ans.

L'aide ext・ieure

La recherche montre que lorsqu'un pays fait siens les 4 ・・ents examin・ ci-dessus, l'aide ext・ieure a des effets importants et positifs. Et pourtant au cours des 50 derni・es ann・s, l'ensemble des r・ultats de l'aide tant bilat・ale que multilat・ale a ・?d・evant, tout particuli・ement dans les pays tr・ pauvres, d'o? l'importance d'accorder l'aide principalement aux pays r・olus ?appliquer une politique de d・eloppement judicieuse qui favorise l'accroissement de la productivit? Il convient d'utiliser l'aide ?bon escient dans le cadre d'efforts qui sont bien cibl・, bien coordonn・ et qui s'accompagnent d'une mesure rigoureuse des r・ultats.

La r・orme des banques multilat・ales de d・eloppement

La Banque mondiale et les banques r・ionales de d・eloppement ont un r・e important ?jouer dans le d・eloppement ・onomique. Toutefois, les activit・ de ces derni・es ont ・?jusqu'ici beaucoup trop diverses. Ces institutions doivent faire porter leur attention sur les pays qui ont adopt?une politique judicieuse et sur les activit・ qui contribuent ?augmenter la productivit? Trois domaines sont prioritaires ?mon avis.

Premi・ement, la population doit ・re en bonne sant? avoir les connaissances et les comp・ences n・essaires si l'on veut qu'elle devienne plus productive. Ces derni・es ann・s, la Banque mondiale n'a consacr?que 7 % de la totalit?de ses pr・s ?l'enseignement. Le pr・ident Bush a demand??toutes les banques multilat・ales de d・eloppement d'accro・re la part des fonds qu'elles accordent sous la forme de dons aux pays les plus pauvres et les moins solvables.

Deuxi・ement, les investissements des banques multilat・ales de d・eloppement devraient contribuer ?accro・re la productivit?des pays emprunteurs et ?supprimer les obstacles ・onomiques qui entravent leur progr・. Il est possible de le faire, par exemple, en am・iorant l'infrastructure et les services n・essaires pour cr・r une ・onomie rurale dynamique, en renfor・nt les m・anismes de r・lementation n・essaires pour soutenir les entreprises industrielles ainsi que les petites et moyennes entreprises, en donnant acc・ ?des capitaux de d・arrage pour la cr・tion d'entreprises et en aidant ?mettre en place les institutions et les comp・ences dont les pays ont besoin pour profiter du commerce.

Troisi・ement, les banques multilat・ales de d・eloppement devraient redoubler d'efforts pour encourager la bonne conduite des affaires publiques et pour aider les pays emprunteurs ?g・er et ?surveiller leurs d・enses publiques, ? am・iorer la prestation de services et ?justifier l'emploi des cr・its publics et des ressources des donateurs. Il est essentiel que ces banques accordent une plus grande importance ?l'am・ioration de la coordination entre elles et qu'elles fassent en sorte que leur propre gestion soit transparente et au-dessus de tout reproche. Il est aussi n・essaire de faire un effort plus concert?en vue de r・uire les formalit・ administratives que doivent accomplir les emprunteurs en harmonisant les directives des donateurs au niveau le plus ・ev?

L'Initiative en faveur des pays pauvres tr・ endett・

L'Initiative en faveur des pays pauvres tr・ endett・ (PPTE) offre une occasion exceptionnelle pour am・iorer les perpectives ・onomiques des pays les plus pauvres et les plus endett・ qui sont r・olus ?appliquer une politique judicieuse. Lorsqu'on l'allie ?des mesures ・onomiques et sociales adapt・s, l'all・ement de la dette offert dans le cadre de cette initiative peut avoir des effets importants. ?l'heure actuelle, 23 pays b・・icient d'un tel all・ement de leur dette. Toutefois, la r・ssite de cette initiative sera mesur・ non pas par le nombre de b・・iciaires ni par le montant de l'all・ement obtenu, mais plut・ par les effets de cet all・ement sur la r・uction de la pauvret?et sur le bien-・re de la population. Ses effets concrets d・endront de la mani・e dont les pays se servent des ressources ainsi lib・・s pour financer des r・ormes. Comme le pr・ident Bush l'a dit, les ・ats-Unis jouent, et continueront de jouer, un r・e primordial en ce qui concerne un all・ement judicieux de la dette.

Nous avons commenc?d'observer des progr・ notables. La Guin・ met en ・uvre un programme remarquable de r・orme du secteur de l'enseignement avec l'aide de l'USAID et d'autres donateurs qui a permis de faire passer le taux de scolarisation dans l'enseignement primaire de 26 % au taux pr・u de 62 % en 2001 ; le budget du minist・e de l'・ucation augmentera de 39 % cette ann・ par suite de l'all・ement int・imaire de la dette dans le cadre de l'initiative PPTE. La Tanzanie a privatis?pratiquement tout le secteur bancaire et renforc?sa r・lementation en la mati・e. Il s'en est suivi une augmentation du nombre des banques de 2 ?19 (dont 12 sont des filiales de banques ・rang・es) et un accroissement de la concurrence pour ce qui est du cr・it offert au secteur priv? Le Mozambique a renonc??l'・onomie marxiste et s'est engag??favoriser la croissance dans le cadre du secteur priv? Les entreprises publiques ne repr・entent maintenant que 20 % de la production industrielle, contre 66 % en 1990, et la croissance ・onomique devrait atteindre de nouveau plus de 10 % apr・ les inondations d・astatrices de l'an dernier. Le 1er janvier 2000, les 8 ・ats membres de l'Union ・onomique et mon・aire ouest-africaine ont supprim?les obstacles aux ・hanges commerciaux entre eux et mis en place un tarif douanier commun qui est bien plus simple et beaucoup plus faible que les tarifs nationaux qu'il remplace.

Conclusion

Si nous n'avons pas toutes les solutions n・essaires pour susciter le d・eloppement, nous pouvons et nous devons faire un meilleur travail afin de tirer les le・ns de nos r・ssites et de nos ・hecs. Les possibilit・ offertes par l'・olution constante des techniques sont encourageantes. Le d・i que nous devons relever consiste ?aider les pays moins avanc・ ?tirer parti de ces possibilit・.

ligne bleue