Les envois de fonds par les migrants,
instrument de d・eloppement

Susan Martin
Directrice de l'Institut d'・ude des migrations internationales,
de l'universit?de Georgetown

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Les envois de fonds par les travailleurs r・idant ?l'・ranger ont des effets positifs sur les pays en d・eloppement bien plus importants qu'on ne pensait jusqu'ici, indique Mme Susan Martin, professeur de l'universit?de Georgetown. « Les effets multiplicateurs des envois de fonds peuvent ・re consid・ables : chaque dollar d・ens?produit des dollars suppl・entaires sous la forme de croissance ・onomique pour les entreprises qui produisent et fournissent les biens achet・ avec ces fonds », fait-elle remarquer.

S'il est clair que les envois de fonds par les migrants sont n・essaires et utiles, ce sont les r・idents les plus pauvres des ・ats-Unis et d'autres pays riches qui supportent la plus grande partie de l'aide aux habitants des pays en d・eloppement, pr・ise-t-elle. Les migrants renoncent souvent ?consacrer de l'argent au perfectionnement de leurs ・udes ou ?l'obtention de la formation qui sont n・essaires pour trouver un bon emploi dans leur nouveau pays.

Le pr・ent article reprend la communication que Mme Martin a pr・ent・ lors d'une conf・ence organis・ par la Banque interam・icaine de d・eloppement.


Au cours des derni・es d・ennies, l'ampleur et les r・ercussions des envois de fonds par les migrants ont augment?consid・ablement. Le rapport du Fonds mon・aire international sur la balance des paiements en 2000 montre que les pays du continent am・icain ont re・ en 1999 plus de 16 milliards de dollars envoy・ par des travailleurs r・idant ?l'・ranger. Dans le monde entier, le volume des envois de fonds par les migrants est sup・ieur ?100 milliards de dollars par an, et plus de 60 % de ce montant vont aux pays en d・eloppement.

Il convient cependant de faire ・at de l'impr・ision de ces statistiques. Il est probable que ces chiffres sont inf・ieurs de plusieurs milliards de dollars au volume r・l ・ant donn?que de nombreux pays ne disposent pas de m・anismes adapt・ pour ・aluer ou pour signaler les fonds envoy・ par les travailleurs ・rangers. La Banque interam・icaine de d・eloppement estime que le montant total des envois de fonds dans le continent am・icain est probablement sup・ieur ?20 milliards de dollars par an.

La croissance des migrations internationales

Ces envois de fonds devraient continuer de prendre de l'ampleur vu que les migrations internationales ne cessent de s'accro・re. Au cours des 35 derni・es ann・s, le nombre de migrants a doubl?pour passer de 76 millions ?plus de 150 millions dans le monde. Le continent am・icain a observ?une augmentation comparable du nombre des migrants qui vivent et travaillent ?l'・ranger, ce nombre ・ant actuellement d'environ 40 millions. Pr・ de trois quarts d'entre eux vivent aux ・ats-Unis. Plus de la moiti?de ceux- ci viennent de pays autres que les pays du continent am・icain. Les autres principaux pays qui comptent un grand nombre de migrants sont le Canada, le Venezuela et le Costa Rica. Certains pays, comme le Mexique, connaissent simultan・ent les ph・om・es de l'・igration, de l'immigration et du passage en transit.

Un certain nombre de raisons laissent penser que les migrations internationales vont continuer de prendre de l'ampleur, m・e si les pays d'origine et les pays de destination sont susceptibles de changer. Selon la th・rie classique, l'immigration se produit lorsque l'offre et la demande existent et que des r・eaux peuvent mettre en rapport les migrants avec les employeurs et les familles d・ireux de les embaucher dans les pays d'accueil. La mondialisation et l'int・ration ・onomiques contribuent ?favoriser ce ph・om・e. Pour ce qui est de la demande, les entreprises, en particulier, mais non exclusivement, les soci・・ multinationales, cherchent ?avoir acc・ au march?mondial du travail pour embaucher leur personnel, qu'il s'agisse de travailleurs qualifi・ ou non. Quant ?l'offre, l'expatriation est tentante pour les travailleurs qui peuvent gagner beaucoup plus dans les pays riches lorsqu'ils ne peuvent pas r・liser assez rapidement leurs aspirations d'ordre ・onomique dans leur propre pays. En g・・al, ceux qui sont le plus susceptibles de s'expatrier disposent d'un p・ule dont ils peuvent se servir pour se rendre dans un autre pays.

L'accroissement de l'immigration a en g・・al pour effet d'augmenter les envois de fonds. Jusqu'?une p・iode relativement r・ente, les chercheurs, les ・onomistes et les organismes de d・eloppement avaient tendance ?faire peu de cas de l'importance des envois de fonds des migrants ou ?n'en souligner que les aspects n・atifs. Ils pr・endaient souvent que l'argent envoy?par les travailleurs ・rangers ・ait consacr?en grande partie ?des biens de consommation et qu'il ・ait rarement investi dans des activit・ productives favorables ?la croissance des pays en d・eloppement. Ils craignaient aussi que ceux qui recevaient ces fonds en deviennent d・endants et qu'ils ne soient plus incit・ ?investir dans des activit・ r・un・atrices.

En outre, ce qu'ils consid・aient comme une consommation excessive de biens allait, selon eux, aboutir ?des in・alit・, du fait que les m・ages recevant des fonds de l'・ranger auraient un niveau de vie sup・ieur ?celui des m・ages ne comptant aucun migrant. Souvent, les tentatives des pouvoirs publics visant ?exiger que ces fonds soient investis ou ?encourager les gens ?le faire ont ・?maladroites et ont abouti ?peu de r・ultats. Enfin, les adversaires des envois de fonds ont soulign?que ceux-ci allaient diminuer au fur et ?mesure que les travailleurs ・rangers s'installeraient dans leur nouvelle vie et qu'ils perdraient contact avec leur localit?d'origine, laissant parfois femme et enfants et ne subvenant plus ?leurs besoins.

Les effets des envois de fonds

Un grand nombre de ces probl・es existe encore, mais les travaux r・ents portant sur les envois de fonds pr・entent une image beaucoup plus complexe. Peut-・re, du fait que l'ampleur des envois de fonds est devenue si grande ces derni・es ann・s - elle a presque quadrupl?dans le continent am・icain au cours des 10 derni・es ann・s - les sp・ialistes reconnaissent maintenant que ces envois ont une incidence beaucoup plus positive sur les localit・ des pays en d・eloppement qu'ils n'avaient pens? Le professeur Edward Taylor, de l'universit?de Californie ?Davis, soutient que m・e l'achat de biens de consommation gr・e ?ces envois de fonds stimule le d・eloppement ・onomique, en particulier lorsque les m・ages font leurs d・enses au niveau local. Les effets multiplicateurs des envois de fonds peuvent ・re consid・ables : chaque dollar d・ens?produit des dollars suppl・entaires sous la forme de croissance ・onomique pour les entreprises qui produisent et fournissent les biens achet・ avec ces fonds.

Les effets micro・onomiques des envois de fonds peuvent ・re aussi consid・ables. Par exemple, la contribution des associations de migrants qui envoient en commun des fonds ?leur village d'origine est importante. Recueillis de diverses fa・ns, ces fonds aident des villages ?remettre en ・at des routes, ?se doter de r・eaux d'alimentation en eau et d'assainissement, ?construire des dispensaires, des ・oles, etc. Ces associations commencent souvent avec des fonds r・uits, mais ceux-ci peuvent devenir importants. Selon une ・ude, l'association salvadorienne de Chinameca a commenc??consacrer 5.000 dollars ?la construction d'une ・ole, 10.000 dollars ?la mise en place d'une fosse septique, puis 43.000 dollars ?la construction d'un dispensaire de la Croix-Rouge et 32.000 dollars ?l'acquisition d'une ambulance. Certaines administrations centrales ou collectivit・ locales fournissent des sommes ・uivalentes ? celles envoy・s par les associations de migrants pour que ces derni・es aient une plus grande incidence. Une tendance r・ente consiste ?encourager les associations de migrants ?investir dans des petites entreprises pour cr・r des emplois pour les villageois. Il s'agit l?d'initiatives v・itablement locales qui favorisent le d・eloppement au niveau local.

Par ailleurs, les envois de fonds permettent souvent aux familles ?faire face ? une urgence qu'elles auraient peut-・re pu r・ler par un autre moyen, voire pr・enir totalement. Par exemple, de nombreux m・ages utilisent une certaine partie des envois de fonds pour satisfaire des besoins d'urgence en mati・e de sant?parce qu'ils n'ont pas acc・ ?des soins courants et qu'ils n'ont pas d'assurance-maladie.

Dans le cadre d'une ・ude sur les migrants mexicains, on a demand??ces derniers comment les membres de leur famille utilisaient les fonds qu'ils leur envoyaient. Trois quarts d'entre eux ont indiqu?que l'emploi le plus courant des fonds envoy・ avait trait aux d・enses de sant? De nombreux migrants ne cherchent pas ?profiter d'une mesure du gouvernement mexicain qui leur permet de souscrire une assurance maladie pour leur famille au Mexique moyennant une prime mensuelle tr・ faible. Une telle assurance souscrite aux ・ats-Unis pour leur famille au Mexique pourrait constituer un meilleur emploi des fonds qu'ils envoient que le financement de soins d'urgence. ・ant donn?que de nombreux migrants retournent p・iodiquement chez eux, un tel programme pourrait aussi leur permettre de b・・icier de soins m・icaux alors qu'ils ne sont pas assur・ aux ・ats-Unis.

Une partie consid・able des envois de fonds en Am・ique centrale ont servi ? reconstruire les pays qui ont ・?en proie ?la guerre civile pendant des ann・s et plus r・emment ?faire face aux ravages caus・ par des cyclones et par des tremblements de terre. Les envois de fonds sont devenus un ・・ent si important de la reconstruction qu'ils font partie de la politique ・rang・e. R・emment le pr・ident du Salvador, M. Francisco Flores Perez, a demand?lors d'une entrevue avec le pr・ident Bush que les ・ats-Unis accordent des permis de travail ?ses compatriotes. En effet, les sommes que des travailleurs en situation r・uli・e pourraient envoyer ne manqueraient pas d'・re bien sup・ieures ?toute aide ext・ieure ・entuelle.

Le « co・ » des envois de fonds

Il est ・ident que les envois de fonds sont utiles et b・・iques pour les familles qui re・ivent cette aide. Toutefois, lorsqu'ils servent ?financer le d・eloppement ou ? faire face aux besoins de reconstruction, il s'ensuit que ce sont les r・idents les plus pauvres des ・ats-Unis et d'autres pays riches qui supportent la plus grande partie de l'aide aux habitants des pays en d・eloppement. Les migrants latino-am・icains ont en g・・al un revenu faible, vivent souvent dans la pauvret? et malgr?ce ils envoient des milliards de dollars ?leur pays natal.

Il convient de se demander si ces envois de fonds ne se font pas aux d・ens des migrants. Quels sacrifices font-ils pour ・onomiser suffisamment ?cette fin ? Renoncent-ils ?consacrer de l'argent au perfectionnement de leurs comp・ences, par exemple, pour pouvoir envoyer de l'argent chez eux ? Leur est-il possible d'investir une partie de cette perte de revenu dans des activit・ de d・eloppement dans leur nouveau lieu de r・idence ?

Bref, la question des envois de fonds en tant que ressource pour le d・eloppement exige que l'on obtienne de meilleures r・onses ?certaines questions fondamentales. Par exemple, comment les pouvoirs publics peuvent-ils estimer le mieux le volume des envois de fonds ? Comment ces fonds sont-ils utilis・ et y a-t-il d'autres moyens de les rendre plus utiles ? Dans quelle mesure peut-on augmenter l'effet multiplicateur de ces fonds en prenant des mesures visant ?encourager l'achat de biens produits localement ? Comment peut-on r・uire les frais de virement ? Enfin, comment les pouvoirs publics et les organisations internationales peuvent-ils aider les associations de migrants et les villages d'origine de ces migrants ? utiliser d'une mani・e rentable les envois de fonds aux fins du d・eloppement sans entraver l'esprit d'initiative local ? ・ant donn?l'ampleur actuelle des envois de fonds et les possibilit・ qu'ils ouvrent en mati・e de d・eloppement, ces questions m・itent une grande attention.

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Note : les opinions exprim・s dans le pr・ent article ne refl・ent pas n・essairement le point de vue ou la ligne d'action du d・artement d'・at des ・ats-Unis.

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