Les dons aident davantage les pays pauvres que les pr・s,
et leur co・ est le m・e

Adam Lerrick
Professeur d'・onomie ?l'universit?Carnegie Mellon

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Les banques multilat・ales de d・eloppement devraient accorder des dons et non des pr・s aux pays pauvres, estime M. Adam Lerrick, professeur d'・onomie ?l'universit?Carnegie Mellon et directeur du Centre Gailliot de prospective.

M. Lerrick rejette l'argument selon lequel les dons ・uiseraient les ressources de la Banque mondiale. Les dons ne co・ent pas plus cher que les pr・s, dit-il, car le crit・e de financement est le m・e si le montant de l'aide est identique. Les march・ financiers financeront, selon lui, les programmes de d・eloppement s'ils ont l'assurance que la Banque mondiale r・un・era leurs services.

M. Lerrick fut le principal conseiller du pr・ident de la commission consultative sur les institutions financi・es internationales qui a soumis au Congr・ des ・ats-Unis, en mars 2000, un rapport pr・onisant la r・orme de ces institutions.


Partout dans le monde, la vue d'un enfant affam?cause aux gens bien nourris un malaise qu'aucun m・icament antiacide ne saurait calmer. ?une ・oque o?l'・ectronique fait du monde un village, la salle de s・our est devenue un isoloir comme l'avait pr・it dans les ann・s 1950 Marshall McLuhan, le grand sp・ialiste des m・ias. Gr・e ?la t・・ision, le d・at sur l'aide au d・eloppement ne se d・oule plus seulement autour des tables de conf・ence des institutions multilat・ales, mais dans les ・lises et dans la rue, entre autres.

S'abstenir d'aider les pays pauvres n'est plus une option. Tout le monde veut leur donner davantage. Mais comment accorder une aide judicieuse, efficace par rapport aux co・s, et s'assurer qu'elle profite directement aux pauvres? Et comment mettre fin plus simplement et de fa・n suivie aux emprunts n・essaires pour faire face au paiement annuel d'une dette croissante? Ces deux objectifs demeurent inaccessibles. L'initiative d'all・ement de la dette en faveur des pays pauvres tr・ endett・ (PPTE) ne constitue qu'une solution provisoire.

Dans l'ensemble, on n'a gu・e pr・?attention au triste bilan de l'aide ou aux 50 ann・s de gestion, par la Banque mondiale, de 500 milliards de dollars d'aide en provenance des pays industriels. D'apr・ la Banque mondiale elle-m・e, moins de 1 projet sur 3 qu'elle finance dans les pays pauvres donne des r・ultats satisfaisants et durables. Quarante-deux pays pauvres ont actuellement accumul?175 milliards de dollars de dette publique qu'ils sont manifestement incapables de rembourser, et tout ce qu'ils ont ?montrer en contrepartie est une baisse de 25 % du niveau de vie de leur population depuis 1980.

Pourquoi des dons ?

Ce sont de telles statistiques qui ont amen?le pr・ident Bush ?proposer que l'on apporte un changement majeur ?la composition de l'aide au d・eloppement, lors de la r・nion des sept grands pays industriels (G7) qui a eu lieu ?G・es, en juillet dernier. Mettons fin aux pr・s classiques que les pays pauvres sont dans l'impossibilit?de rembourser, a-t-il dit. Accordons-leur plut・ des dons purs et simples pour financer l'am・ioration fondamentale tant du niveau de vie de leur population que de leur infrastructure dont d・end leur passage de la pauvret??la productivit?

Les dons ne sont pas nouveaux, mais ceux qui suivent ont ・?con・s pour ・re efficaces :

    red bullet des dons ax・ sur des projets dont les t・hes sont facilement quantifiables, telles que la vaccination, l'alphab・isation, le traitement des eaux us・s et l'・ectricit?

    red bullet des dons utilis・ dans le cadre d'appels d'offre reposant en grande partie sur les capacit・ de fournisseurs du secteur priv?et d'organisations caritatives,

    red bullet des dons pr・oyant le partage des co・s entre donateur et b・・iciaire sur une ・helle mobile, selon les besoins,

    red bullet des d・ours fond・ uniquement sur une ex・ution du projet mesur・ par un v・ificateur des comptes ind・endant. Aucun paiement en l'absence de r・ultat. Aucun transfert de fonds ?des comptes en banque offshore, aucun projet motiv?par la vanit? aucune acquisition d'avion ?des fins personnelles.

Exemple : un pays dont le revenu par habitant est de 250 dollars et qui remplit les conditions requises pour b・・icier d'une aide compos・ ?90 % de dons d・ide que la vaccination de ses enfants contre la rougeole est un objectif souhaitable. Si la Banque mondiale en confirme la n・essit? le gouvernement fera un appel d'offres aupr・ d'agents du secteur priv? d'organisations non gouvernementales telles que les institutions caritatives, et d'organes du secteur public comme le minist・e de la sant? Si l'offre la plus basse est de 5 dollars par vaccination, la Banque mondiale acceptera de payer 4,50 dollars (90 %) au fournisseur, par enfant vaccin? Le gouvernement sera responsable des 10 % restants, soit 0,50 dollar. Les paiements n'auront lieu que sur d・ivrance, par un agent ind・endant de tous les participants, c'est-?dire le gouvernement, la Banque mondiale et le fournisseur des vaccinations, d'une attestation de l'administration effective du vaccin aux enfants.

La Banque mondiale fournit maintenant son aide aux pays les plus pauvres par l'interm・iaire de l'Association internationale de d・eloppement (IDA), qui propose 6 milliards de pr・s par an ?des taux d'int・・ pratiquement nuls ?72 pays dont le revenu par habitant est inf・ieur ?1.500 dollars. Parmi eux figurent les 59 pays les plus pauvres de la plan・e, dont les habitants ont moins de 2 dollars par jour pour vivre. Ces pr・s repr・entent 33 % des pr・s de la Banque mondiale.

Plus le pays est pauvre et plus il a besoin de dons. ?l'heure actuelle, tous les pays b・・iciaires re・ivent les m・es subsides de l'IDA, bien que certains d'entre eux, manifestement moins pauvres que d'autres, puissent obtenir des fonds au niveau local et sur les march・ financiers ・rangers. Si tous les cr・its de l'IDA ・aient transform・ en dons et si la composante « don » variait sur une ・helle mobile selon les besoins - de 90 % pour les pays les plus pauvres ?50 % pour ceux qui sont sur le point d'・re reclass・ - on arriverait ?une moyenne de 70 ?75 %, identique au niveau global actuel des subsides figurant dans les pr・s, mais avec une r・artition plus ・uitable de l'aide.

Les pays pauvres ne sont pas des spectateurs passifs ?l'・ard des dons. C'est ? eux qu'il appartient de choisir les programmes, avec une obligation de paiement partiel qui ne peut se transformer en dette insoutenable. Ils sont maintenant ?l'abri des risques. Les dons ・ant fonction de l'ex・ution du projet, il ne peut y avoir de d・ours sans avantages ni d'obligation financi・e suivie si le projet ・houe. C'est le secteur priv?qui encourt alors le risque de non-ex・ution.

R・utation des arguments de l'opposition

L'opposition au passage aux dons repose sur l'argument fallacieux selon lequel les dons ・uiseraient les ressources de la Banque mondiale et priveraient celle-ci des moyens d'aider les pays pauvres, sauf si ces dons s'accompagnaient d'un apport ・orme de nouveaux fonds - 800 millions de plus chaque ann・ rien que de la part des ・ats-Unis.

Il semblerait logique, si l'argent est donn?au lieu d'・re pr・? que les r・erves finissent par dispara・re. Mais il n'en est rien. Les dons peuvent fournir le m・e montant d'aide, rendre chaque dollar plus rentable, permettre aux pays les plus pauvres de s'affranchir de fa・n permanente de leurs dettes et mettre les contributions des pays donateurs ?l'abri du risque de perte - sans pour cela diminuer le pool de financement et sans demander aux contribuables des pays industriels davantage d'argent que ce qu'exigent les programmes actuels.

Les dons ne seront pas plus co・eux que les pr・s. Le crit・e de financement sera le m・e dans les deux cas lorsque le montant de l'aide sera identique. Les donateurs n'auront pas ?donner davantage ?moins qu'il ne souhaitent accro・re leur aide.

L'IDA accorde actuellement des pr・s sur 40 ans assortis d'un taux d'int・・ de 0,75 %. Ce taux pratiquement nul r・uit la valeur de ces promesses de paiement ?27 centimes pour chaque dollar et se traduit en dons repr・entant 73 % de leur valeur. Un pr・ dont la composante « cadeau » est de 73 % ne co・e pas plus qu'un don couvrant 73 % des frais d'un programme. Dans les deux cas, les pays b・・iciaires paient les 27 % restants. En quoi le fait de pr・er 100 dollars et de r・lamer le remboursement de 27 dollars diff・e-t-il d'un don de 73 dollars ? Les pr・s ont un co・ cach?car les emprunteurs des pays les plus pauvres les remboursent rarement.

La r・uction des ressources financi・es due au non-remboursement des pr・s dans un pool de pr・s est toujours la raison avanc・ pour refuser le passage aux dons. Cette affirmation est d・entie dans la pratique car de nombreux pr・s ne sont jamais rembours・. La plupart des dettes sont simplement recycl・s aux m・es emprunteurs, et leur montant augment?pour couvrir le paiement des int・・s. En d・initive, de nombreuses dettes doivent ・re annul・s, comme cela se passe dans le cadre de l'initiative PPTE qui couvre 41 des pays les plus pauvres. Qu'ils soient recycl・ ou annul・, les pr・s sont simplement des dons camoufl・.

Il est inexcusable de continuer ?d・endre une forme d'aide d・u・e qui avait ・? con・e ?une ・oque o?les pr・s directs ・aient la seule possibilit? Les march・ financiers sont maintenant en mesure de fournir des fonds et ils sont dispos・ ?accepter un risque qui d・ourageait autrefois le financement des projets dans les pays en voie de d・eloppement.

Le capital de la Banque mondiale resterait intact; avec des dons, seul le revenu qu'il produit serait d・ours? L'ensemble des concours financiers des donateurs actuellement utilis?pour les pr・s et les cycles futurs de contributions serait transform?en un fonds qui investirait sur les march・ financiers et qui produirait le revenu n・essaire pour assurer de fa・n suivie le paiement des services. Le bilan de l'IDA comporte d・? 108 milliards de dollars de contributions des pays riches, en partie sous forme de pr・s et en partie sous forme d'apports en num・aire. Ces soldes de tr・orerie, augment・ des futurs remboursements de dettes, seraient investis ?un taux mod・?de 8,25 % et produiraient 8,4 milliards de dollars destin・ ?l'octroi de dons chaque ann・, apr・ d・uction des frais administratifs.

Les pays pauvres ne seront pas oblig・ d'emprunter pour financer la r・lisation de leurs projets. Au lieu de cela, le montant annuel de 8,4 milliards de dollars fera l'objet d'un effet multiplicateur sur les march・ financiers. Le financement de projets sera assur? au moyen de march・ de prestation de services dans le cadre desquels la responsabilit? directe de la Banque mondiale sur la part du lion de chaque paiement r・uira consid・ablement le risque encouru par les pr・eurs. Ainsi, une somme identique de 108 milliards de dollars sera perp・uellement maintenue pour les programmes de d・eloppement en cours. Quand l'IDA passera des pr・s aux dons sur une p・iode de transition de 40 ans, le volume des programmes de d・eloppement et le montant des concours financiers apport・ aux pays pauvres ・uivaudront ?ce qu'auraient fourni les pr・s classiques. Le non-remboursement d'anciens pr・s r・uirait les ressources, mais pas plus que dans le cadre des pr・s.

La Banque mondiale va prochainement demander la reconstitution des ressources de l'IDA, comme cela se passe tous les trois ans. Le montant en est important : la derni・e fois, il ・ait de 11,5 milliards. Donner aux pays pauvres est un devoir permanent, tout comme l'utilisation judicieuse de l'argent des contribuables. Si les ministres des finances et les l・islateurs ajoutent une disposition pr・oyant l'utilisation des dons lorsqu'ils verseront leurs nouvelles contributions, l'efficacit?accrue de l'aide les encouragera peut-・re ?donner davantage en ayant bonne conscience.

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Note : les opinions exprim・s dans le pr・ent article ne refl・ent pas n・essairement le point de vue ou la ligne d'action du d・artement d'・at des ・ats-Unis.

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