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Les banques am・icaines et le blanchiment des capitaux
Anne Vitale
Conseill・e juridique
A la fois pour prot・er leur r・utation et pour respecter la
r・lementation en vigueur, les banques am・icaines appliquent des mesures ・ergiques
visant ?pr・enir toute utilisation abusive de leurs services pour le blanchiment des
capitaux, d・lare Mme Anne Vitale, ancienne conseill・e juridique de la
Republic National Bank de New York, dont elle dirigeait le
programme de lutte contre le blanchiment international des capitaux.
La d・ermination des dirigeants des banques dans ce domaine rev・ une
importance primordiale pour la r・ssite de ces mesures, dit-elle.
Aux ・ats-Unis, les mesures prises par les banques pour emp・her le
blanchiment des capitaux non seulement sont exig・s par la loi, mais sont aussi
conformes ?leur propre int・・. Toutes les institutions financi・es, tant les banques que
les ・ablissements financiers non bancaires, sont susceptibles d'・re utilis・s pour le
blanchiment. Toutefois, les banques ont ・?les premi・es ?adopter des mesures visant ?
emp・her et ?d・ecter de telles activit・, dont leurs homologues des ・ablissements non
bancaires feraient bien de s'inspirer. Le blanchiment des capitaux ainsi que les activit・
criminelles ?l'origine d'un tel comportement - fraude, fausse monnaie, trafic des
stup・iants et corruption - nuisent ?la r・utation de toute institution financi・e. Une
banque accus・ de blanchiment par les autorit・ de r・lementation et de r・ression ou par
la presse voit sa r・utation gravement entach・.
C'est pourquoi, ces dix derni・es ann・s, les banques am・icaines ont ・abor?
des programmes d・aill・ pour emp・her que leurs activit・ ne soient utilis・s ?leur insu
pour le blanchiment des capitaux.
Pour mettre en ・uvre des m・hodes efficaces contre le blanchiment, les banques
doivent bien comprendre le processus de blanchiment. Il comporte essentiellement trois
phases, et une institution financi・e est impliqu・ dans chacune d'elles :
- le placement : les fonds provenant d'activit・ ill・ales sont introduits
dans le syst・e financier ;
- l'empilement : les recettes illicites sont ・oign・s de leur source gr・e ?
une s・ie de transactions financi・es complexes visant ?brouiller la piste des contr・eurs,
?masquer l'origine de ces fonds et ?assurer l'anonymat de leur propri・aire ;
- l'int・ration : les fonds en question sont r・ntroduits dans l'・onomie de
telle fa・n qu'ils semblent r・ulter d'activit・ ・onomiques l・itimes.
Les autorit・ de r・lementation et de r・ression exigent que les institutions
financi・es adoptent des dispositifs pour pr・enir les transactions suspectes et pour les
signaler ?chacune des phases ci-dessus. Les banques am・icaines s'efforcent donc de
faire preuve de la diligence n・essaire pour emp・her l'utilisation de leur ・ablissement ?
des fins criminelles.
Cette diligence facilite le respect par la banque des lois et r・lementations en
vigueur et diminue son risque de devenir la victime du blanchiment, de fraudes ou
d'autres activit・ ill・ales. Elle prot・e en outre la r・utation de l'institution financi・e
sans nuire au maintien de bonnes relations avec sa client・e.
Les banques am・icaines adoptent g・・alement des m・hodes leur permettant
de faire preuve de vigilance quand un client ouvre un compte et de surveiller ensuite les
activit・ auxquelles il donne lieu.
On trouvera ci-apr・ une description sommaire des ・・ents d'un programme
antiblanchiment efficace.
Les m・hodes d'identification : les banques doivent ・aborer des
modalit・ g・・ales pour l'ouverture d'un compte, l'octroi de pr・s et autres relations
commerciales et pour les transactions avec des personnes non titulaires d'un compte dans
leur ・ablissement. Elles doivent conna・re la v・itable identit?des personnes qui utilisent
l'un quelconque de leurs services. Il convient de proc・er ?une telle identification afin de
pr・enir l'ouverture de comptes ?l'intention de b・・iciaires fictifs.
De plus, toute banque doit ・re au courant des activit・ commerciales ou
professionnelles de ses clients, de la source de leurs revenus, de leur patrimoine ou de
leurs biens ainsi que de l'origine pr・ise des fonds faisant l'objet de transactions
bancaires. Le but du compte doit ・re indiqu? La banque doit avoir une id・ du genre de
transaction auquel se livre habituellement le client. Lors de l'ouverture d'un compte, le
personnel de la banque doit savoir s'il convient de faire figurer son titulaire sur la liste des
clients ?haut risque justifiant une surveillance particuli・e.
Les dispositifs de surveillance : les banques doivent mettre en place des
m・anismes internes afin d'identifier et de surveiller les transactions qui semblent
suspectes, c'est-?dire celles au sujet desquelles aucune activit?l・itime ne peut ・re
・ablie. Il peut aussi s'agir de transactions qui se situent en dehors des param・res ・ablis
par la banque. Il convient de noter qu'・ant donn?le grand volume de transactions
auxquelles elles proc・ent chaque jour, les banques sont dans l'impossibilit?de surveiller
chacune d'elles. Elles doivent par cons・uent ・aluer le risque inh・ent ?une certaine
cat・orie de compte, ?une zone g・graphique donn・ ou ?une cat・orie particuli・e de
transaction.
Une banque devrait examiner de pr・ toute transaction ou s・ie de transactions
portant sur des montants d・assant le plafond ・abli pour les services suivants :
l'ouverture d'un compte de d・・, les virements t・・raphiques mensuels, les transactions
en esp・es, les ch・ues de voyage, les mandats postaux, les ch・ues bancaires, les
ch・ues de caisse, les virements internes, les lignes de cr・it et les op・ations boursi・es,
ainsi que l'achat et la vente de devises, d'options et de m・aux pr・ieux.
En outre, il convient de surveiller tout accroissement important des activit・
bancaires d'un client. Les comptes susceptibles de comporter un risque ・ev?de
transactions suspectes comme les comptes d'institutions financi・es non bancaires, les
comptes ouverts au nom d'une banque ・rang・e, les comptes des hommes politiques, les
comptes de ressortissants de pays ou territoires ?haut risque n'exer・nt pas de contr・e
efficace contre le blanchiment, devraient faire l'objet d'une surveillance particuli・e. Une
banque devrait ・ablir des plafonds et les modifier de temps ?autre pour s'assurer qu'ils
demeurent suffisants. Une fois qu'une banque a identifi?des activit・ suspectes, un
employ?comp・ent doit v・ifier si les transactions en question correspondent ?une
activit?l・itime. Si rien ne permet d'・ablir une telle l・itimit? la banque a le devoir de
les signaler aux autorit・.
La formation du personnel : les banques devraient mettre en vigueur des
programmes de sensibilisation de leurs employ・ aux techniques de blanchiment et les
familiariser avec les mesures antiblanchiment, les changements apport・ aux lois et ?la
r・lementation pertinentes et les types de transactions susceptibles de donner lieu ?une
enqu・e. La formation continue du personnel devrait porter sur l'identification et la
surveillance de toute activit?anormale ou suspecte. La banque devrait former non
seulement tous ses employ・ ayant des contacts avec les titulaires de comptes mais aussi
tout le personnel de bureau. Tout nouvel employ?devrait recevoir des directives sur les
mesures antiblanchiment.
La v・ification des comptes et la responsabilit?nbsp;: toute banque devrait
proc・er ?des v・ifications annuelles pour s'assurer du respect, par chacun de ses
services, de ses directives de surveillance diligente. Chaque employ?devrait recevoir un
exemplaire des directives antiblanchiment et certifier par ・rit qu'il les a lues, qu'il les
comprend et qu'il les respecte. L'・aluation du personnel devrait tenir compte de la fa・n
dont chaque employ?applique les directives antiblanchiment de la banque.
Le service antiblanchiment : les banques devraient ・ablir un service
ind・endant dot?d'un nombre suffisant d'employ・ comp・ents ayant pour t・he
d'・aborer et de faire respecter leurs directives de lutte contre le blanchiment. Il est
indispensable que ce service soit ind・endant du service commercial ; parfois il est
rattach?au service du contentieux ou de contr・e. En plus d'・aborer et de faire respecter
les directives de la banque, ce services devrait enqu・er sur les transactions suspectes qui
lui sont signal・s. Il convient de lui signaler les cas d'activit・ suspectes pour qu'il puisse
remplir les d・larations d'activit・ suspectes exig・s par la loi.
Le r・e de la direction : l'・・ent le plus important de la r・ssite d'un
programme antiblanchiment est probablement l'engagement pris par les cadres sup・ieurs
des banques, notamment leur pr・ident-directeur g・・al et leur conseil d'administration,
envers l'・ablissement et le respect des objectifs de la lutte contre le blanchiment. Ces
derniers doivent faire clairement savoir que la direction se soucie tout autant de la
r・utation de la banque que de ses b・・ices, de son marketing et des services ?sa
client・e.
Il est bien entendu qu'aucun programme ne permettra de supprimer
compl・ement le blanchiment. Les blanchisseurs d'argent utilisent des techniques de plus
en plus perfectionn・s pour se soustraire ?la vigilance des banques. N・nmoins, les
programmes comme celui qui est d・rit ci-dessus am・iorent consid・ablement la capacit?
d'une banque de pr・enir et de d・ecter le blanchiment des capitaux et de satisfaire aux
exigences des pouvoirs publics en montrant qu'elle fait preuve de toute la diligence
n・essaire pour faire obstacle ?ceux qui cherchent ?se livrer ?des activit・ ill・ales.
Bref, un tel programme am・iore la capacit?des banques de pr・erver leur r・utation
d'int・rit?et de se prot・er contre les risques de blanchiment.
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Note : les opinions exprim・s dans le pr・ent article ne repr・entent pas
n・essairement le point de vue ou la politique du gouvernement des ・ats-Unis.
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