Comprendre le cycle du blanchiment des capitaux


Paul Bauer et Rhoda Ullmann
Banque f・・ale de r・erve de Cleveland



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Les origines du blanchiment des capitaux se confondent avec celles des premiers gains issus d'une activit?illicite, mais c'est une pratique qui n'est ill・ale aux ・ats-Unis que depuis 1986, expliquent M. Paul Bauer et Mme Rhoda Ullmann, de la Banque f・・ale de r・erve (Federal Reserve Bank) de Cleveland.

L'article ci-apr・ a pour objet de d・rire les modalit・ du blanchiment des capitaux, de r・apituler l'・olution des lois y aff・ant et de pr・iser le r・e du Syst・e f・・al de r・erve (la banque centrale des ・ats-Unis) dans leur application.

M. Bauer et Mme Ullmann sont respectivement conseiller ・onomique et charg・ de recherche ?la Banque f・・ale de r・erve de Cleveland.

« Suivez l'argent. » C'est le conseil qu'avait donn? l'informateur surnomm?Deep Throat au journaliste du Washington Post, Bob Woodward, qui enqu・ait sur le scandale du Watergate.

Conseil judicieux s'il en est et que les enqu・eurs de police suivent depuis longtemps, m・e si le terme de « blanchiment des capitaux » ne fit son apparition dans la presse ・rite qu'?l'・oque de cette intrigue politique. Officiellement interdite depuis 1986 seulement, la pratique du blanchiment des capitaux a domin?bien des affaires. Deux des criminels les plus notoires des ・ats-Unis au XXe si・le se firent prendre ainsi faute d'avoir su couvrir leurs traces financi・es : Al Capone fut finalement condamn?pour fraude fiscale, et non pour extorsion de fonds ; Bruno Richard Hauptmann, qui avait enlev?le fils du c・・re aviateur Charles Lindbergh en 1932, tomba entre les mains de la police parce qu'il n'avait pas r・ssi ?effacer l'origine illicite de la ran・n qu'il avait touch・. Comme on l'a encore constat?en 1999, lorsqu'on craignait que des fonds provenant d'activit・ illicites en Russie n'aient ・?introduits dans le syst・e bancaire des ・ats-Unis, le probl・e de « l'argent sale » est toujours d'actualit?

Comme les malfaiteurs ont tout int・・ ?dissimuler leurs activit・, on ne conna・ pas pr・is・ent le volume total du blanchiment des capitaux, mais le Fonds mon・aire international le situe dans une fourchette allant de 2 ?5% de la production mondiale. Selon une autre estimation, celle du Groupe d'action financi・e sur le blanchiment de capitaux (qui a ・?cr蜑 par le groupe des Sept), ce montant oscillerait entre 300 et 500 milliards de dollars ?l'・helle mondiale. D'apr・ le magazine Business Week, c'est 2 milliards de dollars qui sont inject・ chaque jour dans l'・onomie des ・ats-Unis ; d・ lors, il est aussi difficile de d・usquer un blanchisseur que de trouver une aiguille dans une botte de foin.

Aper・ des modalit・ du blanchiment des capitaux

Le blanchiment s'effectue en trois ・apes, qui se chevauchent parfois : il s'agit du placement, de l'empilement et de l'int・ration. La premi・e phase - celle du placement -consiste ?convertir les fonds de fa・n ?en masquer l'origine illicite. Par exemple, les recettes tir・s du trafic des stup・iants se pr・entent essentiellement sous forme de petites coupures, qui sont plus encombrantes et plus lourdes que la drogue elle- m・e. Il convient donc de les convertir en billets de banque de plus grande valeur, en ch・ues ou en d'autres instruments mon・aires n・ociables, ce qui se fait souvent en passant par des entreprises qui manipulent beaucoup d'argent liquide (tels les restaurants, les h・els, les soci・・ de gestion de distributeurs automatiques, les casinos, les laveries de voitures) et qui peuvent servir de couverture.

Pendant la phase de l'empilement, le blanchisseur entreprend une s・ie de transactions financi・es complexes destin・s ?・oigner les fonds de leur source. Par exemple, ceux qui ont de grosses sommes ?blanchir cr・nt des entreprises fictives dans des pays qui sont r・ut・ soit pour avoir des lois strictes en mati・e de secret bancaire, soit pour appliquer avec laxisme celles qui r・issent le blanchiment. Les fonds d'origine douteuse sont ainsi transf・・ d'une soci・??l'autre jusqu'?ce qu'ils aient une apparence l・itime.

Ces manipulations doivent ・re d・uis・s pour se fondre sans se faire remarquer dans les transactions l・itimes qui se d・oulent tous les jours et qui portent sur des billions de dollars. Les « auto-pr・s » et la double facturation sont des techniques courantes. Dans le premier cas, le blanchisseur d・ose les fonds dans un ・ablissement extraterritorial qu'il contr・e secr・ement et il se consent ensuite un pr・ ?lui-m・e. Cette technique est efficace, parce qu'il est difficile de d・ouvrir, dans certains pays, qui contr・e effectivement les comptes extraterritoriaux. La double facturation est une escroquerie qui permet de faire passer des capitaux d'un pays ?un autre avec l'aide d'un ・ablissement extraterritorial, charg?de tenir deux livres de comptabilit?nbsp;: pour faire entrer des fonds « propres » aux ・ats-Unis, l'entreprise am・icaine grossit le prix des biens ou des services indiqu・ sur la facture ; pour faire sortir des capitaux (en vue de se soustraire ?la fiscalit? par exemple), c'est elle qui est surfactur・.

D'autres techniques d'empilement consistent ?faire des achats co・eux (valeurs mobili・es, voitures, avions, titres de transport, etc.) en les enregistrant au nom d'un ami pour ・oigner encore davantage les fonds de leurs origines illicites. Les blanchisseurs font parfois appel aux casinos parce que ces ・ablissements manipulent l'argent liquide en grande quantit? Une fois convertis en jetons, les fonds ne se distinguent pas des gains amass・ aux tables de jeu ; il suffit ensuite de les ・hanger contre un ch・ue tir? sur la banque du casino.

La derni・e phase, celle de l'int・ration, est la plus payante pour le blanchisseur. ?ce stade, il est en mesure d'investir les fonds dans des activit・ ・onomiques l・itimes, qu'il s'agisse d'investissements commerciaux, de l'acquisition d'immeubles ou de l'achat de produits de luxe.

Les principales lois antiblanchiment des ・ats-Unis

Les organes charg・ de l'application des lois affectionnent les lois antiblanchiment parce qu'elles pourraient bien constituer un outil de r・ression plus efficace que les attaques directes visant les activit・ criminelles. Dans le commerce illicite des stup・iants, par exemple, les b・・ices peuvent atteindre 1.000%, ce qui est une perspective suffisamment s・uisante pour garantir que l'on trouvera toujours des revendeurs pr・s ?prendre la place de ceux qui se font incarc・er. En revanche, ce trafic perd de son attrait lorsqu'on r・ssit ?en diminuer les b・・ices en se dotant de lois et en les appliquant.

La cl?de vo・e de la l・islation antiblanchiment des ・ats-Unis est la loi de 1970 relative au secret bancaire (Bank Secrecy Act), qui ne pr・oit pas l'incrimination de cette activit? mais qui oblige les institutions financi・es ? cr・r et ?conserver des traces ・rites relatives ?divers types de transactions. Cette loi a ・?contest・ ?plusieurs reprises. D'aucuns s'insurgent contre le co・ de sa mise en ・uvre. D'autres arguent qu'elle n'est compatible ni avec le quatri・e amendement de la Constitution des ・ats-Unis, qui conf・e une protection contre les perquisitions et les saisies d・aisonnables, ni avec le cinqui・e amendement, selon lequel nul ne peut ・re oblig?de t・oigner contre lui-m・e. Bien qu'elle ait ・?d・lar・ valable ?chaque fois, elle demeure controvers・ dans certains milieux. Dans une affaire qui aboutit devant la Cour supr・e des ・ats-Unis, l'un de ses membres, le juge Douglas, ne m・ha pas ses mots lorsqu'il ・rivit dans l'opinion en d・accord avec la majorit?nbsp;: « Je ne suis pas encore pr・ ?convenir que l'emprise du mal est si forte aux ・ats-Unis qu'il nous faut d・anteler toutes les barri・es constitutionnelles pour donner aux autorit・ civiles les moyens d'appr・ender les criminels. »

?mesure que le trafic des stup・iants prenait de l'ampleur, le blanchiment suscitait des inqui・udes croissantes au Congr・, ?tel point que celui-ci entreprit d'en interdire la pratique en 1984 en pla・nt les violations de la loi sur le secret bancaire sous le coup de la loi relative ?la criminalit?organis・ (Racketeer Influenced and Corrupt Organizations Act). En 1986, il adopta une loi qui assimilait le blanchiment des capitaux ?un grave d・it f・・al. Il ajouta trois nouveaux d・its au code p・al, ?savoir le fait de contribuer sciemment au blanchiment de fonds issus d'une activit?illicite, de participer sciemment ?une transaction d'une valeur sup・ieure ? 10.000 dollars et concernant un bien provenant d'une activit?illicite et de fractionner les transactions de mani・e ?se soustraire ?l'obligation de faire une d・laration pr・ue par la loi sur le secret bancaire. Cette derni・e consid・ation vise les individus qui sont recrut・ par les blanchisseurs pour faire de multiples d・・s bancaires ou acheter des ch・ues de caisse en veillant ?ne jamais atteindre le seuil de 10.000 dollars.

Cette loi a fait l'objet de plusieurs modifications. Ainsi, une loi adopt・ en 1988 (Anti-Drug Abuse Act) a consid・ablement durci les p・alit・ et astreint les institutions financi・es ?la plus grande rigueur en mati・e d'identification des clients ainsi qu'?l'obligation de conserver des ・rits pour les achats en esp・es de certains instruments mon・aires. (La plupart des mesures relatives ? l'obligation de documenter ces achats ont ・?abrog・s depuis.) De surcro・, cette loi autorisait le minist・e des finances ?imposer des d・larations suppl・entaires dans le cas des transactions mon・aires effectu・s dans certaines zones g・graphiques. Aujourd'hui, le ministre des finances peut exiger que les institutions financi・es domicili・s dans une zone g・graphique donn・ d・larent aux autorit・ les transactions d'un montant inf・ieur ?10.000 dollars. D'autre part, l'« Anti-Drug Abuse Act » donnait pour instruction au minist・e des finances de n・ocier des accords bilat・aux concernant l'obligation d'enregistrer les importants mouvements d'esp・es en dollars et de transmettre les informations de cette nature.

Par ailleurs, la loi antiblanchiment de 1992, dite loi Annunzio-Wylie, a ・argi la d・inition des « transactions financi・es » figurant dans la loi sur le secret bancaire, ajout?une disposition relative ?l'association de malfaiteurs et prohib?« les entreprises qui font commerce de la transmission de capitaux illicites ». La loi Annunzio-Wylie est surtout connue pour avoir introduit une disposition, dite « de la peine de mort », selon laquelle la banque f・・ale charg・ de surveiller toute banque qui aurait ・?reconnue coupable de blanchiment doit mettre en route une proc・ure visant soit ?abroger les statuts de cette derni・e, soit ?r・oquer son assurance, suivant le cas pr・u par le principal organe de surveillance comp・ent. En outre, la loi de 1992 a cr蜑 un groupe consultatif (dont la R・erve f・・ale est un membre fondateur) qui a pour mission de sugg・er des m・hodes de nature ?renforcer l'efficacit?des programmes de lutte du minist・e des finances contre le blanchiment.

La loi de 1994 de suppression du blanchiment des capitaux a retouch?les dispositions relatives ?l'association de malfaiteurs et au fractionnement des transactions, tandis que la loi de 1996 de pr・ention du terrorisme a li?les attentats aux infractions commises en mati・e de blanchiment et que la loi dite « Health Insurance Portability and Accountability Act », adopt・ la m・e ann・, classait dans la m・e cat・orie les violations f・・ales dans le domaine des soins m・icaux.

La loi pr・oit des peines allant de l'emprisonnement (jusqu'?20 ans de r・lusion criminelle) ?l'imposition d'amendes jusqu'?concurrence de 500.000 dollars, ou deux fois la valeur mon・aire des instruments, le plus grand de ces deux montants ・ant retenu. Outre les sanctions au p・al, les accus・ sont passibles de p・alit・ civiles ?hauteur de la valeur des biens, des fonds ou des int・・s mon・aires en jeu dans la transaction incrimin・. Le Congr・ entendait r・rimer ces d・its avec la plus grande s・・it? Avant la loi antiblanchiment de 1986, les d・inquants devaient ・re poursuivis en justice sur la base d'autres lois aff・entes aux activit・ illicites sous-jacentes qui avaient induit le blanchiment, qu'il s'agisse par exemple d'・asion fiscale, d'association de malfaiteurs, de violations de la loi sur le secret bancaire, de pots-de-vin ou de fraude. En r・le g・・ale, ces lois comportent des p・alit・ beaucoup moins s・・es.

Toutefois, d'un point de vue mon・aire, la vie devient dure pour les personnes reconnues coupables de blanchiment lorsque les lois sur la confiscation des avoirs entrent en jeu. Celles-ci visent ?emp・her les malfaiteurs de conserver les recettes de leurs activit・ illicites aussi bien que les moyens utilis・ pour les commettre. La loi 2000 de r・orme de la confiscation des avoirs augmente l・・ement les exigences auxquelles sont astreintes les autorit・ des ・ats-Unis en la mati・e. Pour confisquer des avoirs, elles doivent en effet prouver l'existence d'une cause raisonnable donnant ?croire que les biens en question sont effectivement le fruit d'une activit?illicite. Pour obtenir leur confiscation au civil, elles doivent prouver les faits qu'elles avancent selon le principe de la pr・ond・ance de la preuve ; au p・al, elles doivent ・ablir la culpabilit?de l'accus?« au-del?de tout doute raisonnable ». Les avoirs confisqu・ peuvent ・re r・artis entre tous les organismes charg・ de l'application des lois qui ont contribu??obtenir une condamnation, mesure qui s'av・e particuli・ement efficace pour inciter certaines autorit・ ・rang・es ?faire preuve de coop・ation.

D'un point de vue juridique, le blanchiment des capitaux est d・ini comme toute tentative visant ?participer ?une transaction mon・aire qui met en jeu des biens d'origine illicite. Pour obtenir une condamnation, le minist・e public doit d・ontrer que l'accus? s'est livr??des transactions financi・es, ou qu'il a transport?des fonds d'un pays ?un autre, en rapport avec « une activit?illicite pr・is・ ». La liste de ces activit・ est extr・ement longue ; elle inclut notamment les pots-de-vin, la contrefa・n de monnaie, le trafic des stup・iants, l'espionnage, l'extorsion, la fraude, le meurtre, les rapts, l'escroquerie et certaines pratiques bancaires.

Les traces ・rites

Les repr・entants du minist・e public voient dans l'obligation de conserver des traces ・rites, qui est faite par la loi sur le secret bancaire et ses amendements, un outil crucial pour mener ?bien les enqu・es sur le blanchiment et poursuivre les blanchisseurs pr・um・ en justice. Il existe cinq types de d・larations qui permettent de conserver la trace des transactions financi・es :

  • la d・laration de transactions en esp・es : elle doit ・re remplie lorsqu'une institution financi・e re・it ou verse plus de 10.000 dollars en esp・es. La d・laration doit indiquer le nom et l'adresse de la personne qui effectue la transaction ainsi que l'identit? le num・o de compte et le num・o de s・urit?sociale de toute personne au nom de qui elle est faite. (Ce genre de d・laration n'est pas n・essaire pour toutes les transactions en esp・es qui portent sur une grosse somme. Les banques peuvent exempter certains clients de cette obligation, ce qui r・uit le nombre de ces d・larations) ;

  • la d・laration d'activit?suspecte : elle doit ・re remplie quand tout employ?de banque a des raisons de soup・nner un individu de se livrer au blanchiment de fonds, ind・endamment du volume de la transaction en question ;

  • le formulaire fiscal 8300 : il doit ・re rempli par toute personne participant ?une entreprise qui re・it des paiements en esp・es, en ・hange de biens ou de services, dont la valeur d・asse 10.000 dollars en une seule transaction ou en une s・ie de transactions connexes ;

  • la d・laration d'esp・es et d'instruments mon・aires : elle doit ・re remplie par quiconque entre aux ・ats-Unis, ou quitte le territoire des ・ats-Unis, en possession d'esp・es ou d'instruments mon・aires d'une valeur sup・ieure ?10.000 dollars. La loi autorise les voyageurs ?porter sur eux une somme sup・ieure ?ce montant, mais elle pr・oit des sanctions, pouvant aller jusqu'?cinq ans de prison et ?la confiscation des fonds, si la d・laration d'esp・es n'est pas remplie ;

  • le formulaire de comptes en banque ?l'・ranger : il doit ・re rempli par quiconque dispose de plus de 10.000 dollars dans un compte ?l'・ranger, au cours de l'ann・.

Toutes ces d・larations aident les enqu・eurs ?« suivre l'argent ». Le FinCEN (Financial Crimes Enforcement Network), cellule de renseignements financiers qui a ・?cr蜑e en 1990 sur l'ordre du minist・e des finances afin de donner un soutien analytique aux organismes charg・ de l'application des lois, a ・alement pour mission de conserver ces d・larations. Il arrive parfois que l'obligation de remplir de tels formulaires soit rendue moins rigoureuse pour ・iter que la collecte d'informations utiles n'entra・e dans son sillon celle de d・larations superflues.

En remplissant ces formulaires, les institutions financi・es aident les autorit・ comp・entes ?lutter contre le blanchiment, mais il faut reconna・re que cette obligation entra・e des frais pour ces ・ablissements et pour leurs clients l・itimes. D'apr・ les estimations du FinCEN, la facture du respect des dispositions de la loi sur le secret bancaire relatives ?l'obligation de faire une d・laration et ?la conservation de documents se serait chiffr・ ?109 millions de dollars en 1999, ce qui ne comprend pas le co・ de la formation et de la surveillance du personnel, de la modification des programmes informatiques pour faciliter le respect de la loi, ni celui des inconv・ients que subissent les clients l・itimes. En outre, il est ?craindre que les petites institutions p・issent plus durement que les autres de cet ・at de fait.

Par ailleurs, on a mis en question l'efficacit?m・e des formulaires. Ancien gouverneur de la R・erve f・・ale, M. Larry Lindsey, a fait observer que les banques avaient rempli 77 millions de d・larations de transactions en esp・es entre 1987 et 1996 et que, sur ce nombre, on avait d・el?seulement 3.000 affaires de blanchiment, lesquelles ont d・ouch?sur l'accusation de 7.300 personnes, dont uniquement 580 ont ・? condamn・s. L'honn・et?oblige ?ajouter que, outre les 580 verdicts de culpabilit? 2.295 personnes ont reconnues ・re coupables, ce qui correspond ?un taux global de condamnation de 40%. Les organes de r・lementation bancaire et les agents de la force publique d・endent l'application de la loi relative au secret bancaire, faisant valoir que les d・larations de transactions en esp・es n'ont jamais ・?con・es pour occasionner des poursuites judiciaires, et le Conseil d'administration de la R・erve f・・ale y est lui aussi favorable.

Le cycle mondial de la circulation des capitaux

Dans le syst・e financier mondial tel qu'il ・olue de nos jours, on peut transf・er instantan・ent des fonds d'un pays ?un autre, ce qui met en ・idence l'importance de la coop・ation internationale dans la lutte contre le blanchiment. En 1989, le groupe des Sept a institu?le Groupe d'action financi・e sur le blanchiment de capitaux (GAFI), auquel il a confi?la t・he de formuler des strat・ies propres ?r・rimer cette activit? Dans l'ann・ qui a suivi, le GAFI a rendu publiques ses « quarante recommandations », lesquelles incitent ses pays membres ?s'entraider en mati・e d'enqu・es sur le blanchiment, ?・iter de promulguer des lois sur le secret bancaire qui pourraient ・re pr・udiciables ?ce genre d'enqu・es, ?incriminer le blanchiment et ?porter les transactions suspectes ?la connaissances des autorit・ comp・entes.

Il reste encore beaucoup de pays qui ne participent pas au GAFI, alors m・e que ce dernier concerne au premier chef les grands centres financiers d'Am・ique du Nord, d'Europe et d'Asie. En juin 2000, le groupe de travail a rendu publique la liste de 15 pays qui souffrent de « probl・es syst・iques graves ». En juillet, les ministres des finances des Sept ont alors propos?un plan visant ?persuader ces pays de coop・er : ils les ont menac・ de bloquer leur acc・ au syst・e bancaire international - ainsi qu'aux cr・its du Fonds mon・aire international et de la Banque mondiale - s'ils ne participaient pas de mani・e plus active ?la lutte contre le blanchiment. En outre, les institutions financi・es priv・s qui sont domicili・s dans les pays du groupe des Sept seront averties que les transactions r・lis・s avec les pays ou territoires non coop・atifs feront l'objet d'une surveillance intense.

Le r・e de la R・erve f・・ale

Bien qu'elle ne soit pas un organe charg?de l'application des lois, la R・erve f・・ale s'emploie activement ?d・ourager le recours aux institutions financi・es aux fins de blanchiment. Son r・e consiste notamment ?veiller au respect de la loi sur le secret bancaire, ?・aborer des directives ?l'appui de la lutte contre le blanchiment et ?apporter son concours aux responsables de l'application des lois aux ・ats-Unis ainsi qu'?diverses banques centrales et organismes publics ?l'・ranger. Convaincue que les organisations financi・es et leurs salari・ constituent la meilleure ligne de d・ense contre le blanchiment, la R・erve f・・ale insiste sur le r・e important que jouent les banques dans l'・ablissement de mesures de contr・e capables de les prot・er, elles et leurs clients, contre les activit・ illicites. ?chaque fois qu'elle supervise un examen, elle s'assure que la banque en question se conforme ?la loi sur le secret bancaire. La constatation du moindre signe de d・aillance, tel le caract・e inad・uat des contr・es internes ou de la formation, d・lenche un examen au deuxi・e degr? c'est-?dire d'une rigueur accrue.

La R・erve f・・ale se fait le champion de « la diligence renforc・ ». En vertu de ce principe, les banques qui connaissent des difficult・ seront tenues de signer des contrats par lesquels elles s'engageront ?se conformer aux dispositions de la loi. Ces accords sont con・s de mani・e ?faciliter dans toute la mesure du possible l'identification des clients et la d・laration exacte, compl・e et dans les meilleurs d・ais, aux autorit・ judiciaires et de surveillance, des activit・ criminelles connues ou suspectes qui sont dirig・s contre la banque en question ou dans lesquelles celle-ci serait impliqu・.

Perspectives d'avenir

Deux ph・om・es m・itent une attention particuli・e. Le premier, c'est la mise au point de m・anismes de paiement au moyen de l'internet en vue de faciliter les transactions ・ectroniques. Or certaines de ces m・hodes assurent l'anonymat au m・e titre que les paiements en esp・es.

La rapidit?des virements ・ectroniques, conjugu・ ?l'anonymat des paiements, a certainement de quoi s・uire les blanchisseurs. Pour autant, il s'agit l?d'un probl・e potentiel seulement pour les organes de r・ression, parce que le volume des transactions ・ectroniques l・itimes n'est pas suffisant pour couvrir celui des activit・ criminelles. En outre, les blanchisseurs d・aignent la plupart des m・hodes de paiement par porte- monnaie ・ectronique ?cause de la nature limit・ du cr・it qu'elles autorisent et du risque de v・ification des transactions.

Le second ph・om・e digne d'int・・, c'est la proposition de loi actuellement ? l'・ude qui conf・e de nouveaux pouvoirs importants au minist・e des finances au nom de la lutte contre le blanchiment des capitaux et dont la cheville ouvri・e est l'interdiction des transactions financi・es entre les centres financiers extraterritoriaux et les banques et les maisons de courtage sises aux ・ats-Unis. En l'・at actuel des choses, le minist・e des finances n'a pas le pouvoir d'emp・her les institutions financi・es am・icaines de traiter avec des pays qui sont cens・ tol・er le blanchiment, ?moins de demander au Congr・ de d・larer des sanctions d'urgence contre ceux qui constituent une menace pour la s・urit? Le minist・e se borne ?diffuser des avertissements visant ?mettre en garde les banques contre les fonds ・anant d'institutions ・rang・es qui violent de fa・n r・・・ les normes accept・s, mais ces recommandations ne sont pas juridiquement contraignantes.

Au cours des trente derni・es ann・s, donc, les l・islateurs des ・ats-Unis ont adopt?toute une s・ie de lois d'envergure nationale, d・ermin・ qu'ils sont ?forger les moyens de r・ression dont ils ont besoin pour combattre les stratag・es ing・ieux des blanchisseurs, toujours pr・s ?changer de tactique de fa・n ?contourner les lois au fur et ?mesure de leur promulgation. En sa qualit?d'organisme de r・lementation des banques, la R・erve f・・ale a un r・e important ?jouer ?l'appui de la lutte contre le blanchiment. Compte tenu du caract・e mondial de cette activit?illicite, le resserrement r・ent de la coop・ation internationale d・ote une ・olution prometteuse. Bien ・idemment, le z・e que nous mettons ?arr・er les malfaiteurs ne doit pas nous faire oublier que nous devons mettre en balance les avantages des lois et des r・lements, d'une part, et les frais qu'ils entra・ent pour les institutions financi・es et pour leurs clients, d'autre part.

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Note : les opinions exprim・s dans le pr・ent article ne refl・ent pas n・essairement le point de vue ou la politique du gouvernement des ・ats-Unis, de la Banque f・・ale de r・erve de Cleveland ou du Conseil des gouverneurs du Syst・e f・・al de r・erve.

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