AM・IQUES : LES PI・ES ET LES ESPOIRS
DE LA
LIB・ALISATION DES ・HANGES
Pour impressionnants qu'ils soient, les obstacles ? la cr・tion d'une zone de libre-・hange des Am・iques (ZLEA) ne sont pas irr・uctibles, affirme le directeur de l'Unit?sur le commerce de l'Organisation des ・ats am・icains, M. Miguel Rodriguez.Les partisans de la ZLEA doivent dissiper les appr・ensions nourries aux ・ats-Unis ?l'・ard des m・ites du libre-・hange et chasser le sentiment de lassitude qui gagne l'Am・ique latine, us・ par des ann・s d'application de r・ormes ・onomiques, explique le haut responsable. D・ lors, les n・ociateurs doivent viser la conclusion d'un accord qui devra tenir compte de la triple n・essit?de respecter les alliances en vigueur, d'apaiser les craintes des ・onomies de taille relativement modeste et d'・re conforme aux obligations pr・ues par l'Organisation mondiale du commerce.
L'・ude que la Banque mondiale vient de publier sur les grandes lignes possibles d'un programme de r・ormes en faveur de l'Am・ique latine et des Cara・es donne assur・ent mati・e ?r・lexion. Judicieusement intitul・ ?nbsp;The Long March ? elle nous rappelle en effet que le maintien de la stabilit?・onomique de la r・ion est indissociable de celui de l'attachement ?un large ・entail d'initiatives de grande envergure relevant du secteur public. Les auteurs de cette ・ude ne manquent pas de souligner qu'un grand nombre d'entre elles, si ce n'est toutes, devront b・・icier d'un effort soutenu pendant des ann・s avant de porter leurs fruits.
La lib・alisation des ・hanges s'inscrit indiscutablement dans cette logique. Un haut niveau d'int・ration ・onomique dans les Am・iques pourrait bien faciliter la r・uction des obstacles ?la libre circulation des biens et des services dans la r・ion. Or c'est l?un objectif dont la r・lisation pourrait se faire attendre de nombreuses ann・s. Mais si elle se trouve int・r・ aux mesures ax・s sur la politique budg・aire, l'infrastructure et les march・ du travail - pour ne citer que ces exemples-, la lib・alisation des ・hanges, y compris ?l'・helon r・ional, se r・・era indispensable ? l'heureux aboutissement des r・ormes ・onomiques dites parfois de la ?nbsp;deuxi・e g・・ation ?
Celles de la ?nbsp;premi・e g・・ation ?(qui datent de la fin des ann・s 1980 et du d・ut des ann・s 1990 et gr・e auxquelles la r・ion a pu sortir de l'orni・e de l'endettement) ont cr蜑 des conditions particuli・ement propices ?l'application d'un ・ergique programme d'action, et il faut y voir un signe encourageant. Depuis la fin des ann・s 1980, de nombreux pays ont pris sur eux d'ouvrir unilat・alement leur march? Ils ont ・?aid・ en ce sens par le concert de n・ociations ?l'origine non seulement d'un nouveau r・eau d'alliances de lib・alisation des ・hanges aux Am・iques, mais aussi du resserrement des liens tiss・ de longue date.
Si les feux de l'actualit?se sont braqu・, on le comprend, sur la conclusion de l'Accord de libre-・hange nord-am・icain (ALENA), c'est pourtant en Am・ique latine que s'est produite l'・olution la plus spectaculaire, o?des ・onomies nagu・e protectionnistes ont fait volte-face et embrass?le principe du libre-・hange. Depuis la fin des ann・s 1980, les tarifs douaniers sont ainsi pass・ de quarante pour cent ?onze pour cent dans la r・ion.
Cette baisse a fait l'effet d'un v・itable ballon d'oxyg・e pour les ・hanges et les efforts d'int・ration en Am・ique latine, comme le prouve bien la vitalit?renouvel・ des groupes sous-r・ionaux, tels le Pacte andin, le MCCA (march?commun centre-am・icain) et la CARICOM (Communaut?des Cara・es).
Les retomb・s du MERCOSUR (Mercado Comun del Sur)
Qu'un nouvel ordre ・onomique existe, il n'y a qu'?voir ce qui s'est pass?dans la partie australe de l'Am・ique du Sud pour finir de s'en convaincre. Le Br・il, l'Argentine, l'Uruguay et le Paraguay ont cr蜑 un march?commun, le MERCOSUR, et adopt?des mesures de lib・alisation qui ont contribu? depuis 1990, au triplement du volume des ・hanges entre les pays membres.
Fait tout aussi important, le MERCOSUR tente de s'ouvrir ? l'ensemble de l'Am・ique du Sud. Le Chili et la Bolivie ont ainsi conclu des accords de libre-・hange qui les lient maintenant ?ce march?commun, et des n・ociations sont en cours pour encourager d'autres pays d'Am・ique du Sud (aussi bien que le Mexique et le Canada) ?leur embo・er le pas. Nagu・e al・toire, la cr・tion d'une zone franche en Am・ique du Sud semble aujourd'hui sur le point de se r・liser.
Les d・arches qui s'effectuent actuellement en vue de la cr・tion d'une zone de libre-・hange des Am・iques (ZLEA) laissent pr・ager l'unification des activit・ engag・s tant dans le Nord que dans le Sud au nom de l'ouverture des march・ et qui pourraient ・re couvertes par un seul accord. C'est une id・ qui flotte depuis l'・oque de Simon Bolivar, mais qui a vraiment pris son envol en 1994 lors du Sommet des Am・iques tenu ?Miami, lorsque les dirigeants des d・ocraties du continent am・icain se sont engag・ ?cr・r une zone franche qui irait du Yukon ?la Patagonie d'ici ?l'horizon de l'an 2005.
Si elle voit le jour, cette zone de libre-・hange sera incontestablement la plus vaste au monde puisqu'elle concernera trente-quatre pays, sept cent cinquante-quatre millions d'individus et des ・onomies ayant un produit int・ieur brut global de neuf mille milliards de dollars.
Les ・ueils ?・iter
Ces deux derni・es ann・s, les gouvernements des pays du continent am・icain se sont employ・ ?jeter les fondements de la ZLEA en se concentrant sur la collecte syst・atique des donn・s techniques qui doivent ・re r・nies pr・lablement ?l'ouverte des n・ociations. Ils sont arriv・ aujourd'hui ?la crois・ des chemins. C'est en avril, lors du Sommet des Am・iques qui se tiendra ?Santiago du Chili, que le coup d'envoi des n・ociations sera officiellement donn? Reste ? savoir ce qui arrivera par la suite.
Les obstacles qui se pr・enteront ?ce stade tiennent de la gageure, mais ils ne sont pas invincibles. Sur le front politique, les n・ociations iront bon train si l'opinion publique se montre r・olument solidaire de la ZLEA. ?cet ・ard, certains points restent ?・ucider. Aux ・ats-Unis, par exemple, o?l'on n'est pas n・essairement convaincu des avantages du libre-・hange, le gouvernement Clinton a du mal ?obtenir la marge de man・uvre dont il aurait besoin dans les n・ociations pour participer pleinement au processus. Et en Am・ique latine, d'aucuns craignent que la population, lass・ d'entendre parler de r・ormes, ne parvienne pas ? s'enthousiasmer pour la cr・tion d'une zone de libre-・hange.
S'agissant de la politique commerciale, la ZLEA doit trouver les moyens de regrouper les ・onomies du continent am・icain dans un seul accord tout en pr・ervant sous une forme ou une autre les alliances actuelles, tels le MERCOSUR et le Pacte andin, dont les objectifs d・assent le cadre habituel des accords de libre-・hange. De surcro・, il lui faut unir des ・onomies dont certaines comptent parmi les plus petites au monde et d'autres parmi les plus grandes. (Par exemple, l'・onomie canadienne repr・ente cent vingt-cinq fois la taille de l'・onomie de la Jama・ue ; or la premi・e n'est pas la plus grande du continent am・icain, ni la seconde la plus petite.) Les ・onomies de taille relativement modeste ont besoin d'・re convaincues que la ZLEA, loin de compromettre leur bien-・re ・onomique, pourrait leur donner les moyens de se d・elopper.
Enfin, l'accord qui sera conclu ne doit pas contenir de mesures incompatibles avec les obligations souscrites dans le cadre de l'Organisation mondiale du commerce (OMC). Pour parler plus clairement, la ZLEA doit am・iorer les termes de l'・hange entre les pays des Am・iques sans ・iger d'obstacles qui nuiraient ? d'autres pays.
Les avantages d'une zone de libre-・hange des Am・iques
Bien ・idemment, tous les ・ueils possibles sont autant d'atouts en puissance.
Sur le plan politique, l'ouverture d'un d・at vigoureux sur les effets positifs de l'ouverture des march・ devrait mobiliser les esprits et favoriser l'adh・ion ?la cr・tion d'une zone franche, en particulier parmi les militants ?l'・helon local. Au lieu de se sentir menac・ par ce d・at, les partisans de la ZLEA devraient saisir l'occasion d'exposer les m・ites du libre-・hange. Pas question, bien s・, de pr・endre que le libre-・hange peut gu・ir tous les maux. Mais il ne faut pas non plus en faire le bouc ・issaire de toutes nos incertitudes ・onomiques.
Enfin, dans le domaine de la politique commerciale, la zone de libre-・hange des Am・iques pourrait consolider les acquis des ann・s 1990 en mati・e d'ouverture des march・ et att・uer d'autant le risque du retour au protectionnisme. Elle serait r・ie par un jeu commun de r・les applicables ?l'ensemble du continent am・icain et relatives, entre autres, ?la politique en mati・e d'investissements, aux proc・ures douani・es et aux normes, ce qui signifie qu'il serait d'autant plus facile d'exploiter les cr・eaux commerciaux.
Par ailleurs, si l'on consid・e les effets qu'elle aurait sur les accords de l'OMC, la zone de libre-・hange peut frayer de nouvelles voies dans des domaines qui n'ont pas encore ・?abord・ ?fond par cette organisation internationale, notamment en mati・e de commerce des services et des param・res de la concurrence. Elle pourrait ainsi servir de calque ?la conclusion de nouveaux accords d'envergure mondiale.
Certes, la lib・alisation des ・hanges aux Am・iques ne se produit pas dans le vide. D'o?l'importance qu'il y a non seulement de surmonter les obstacles pr・・emment ・onc・, mais aussi d'appliquer toute une panoplie de mesures visant diverses consid・ations ・onomiques et sociales : c'est ?ce prix qu'aboutiront les initiatives commerciales, y compris celle en faveur de la cr・tion d'une zone de libre-・hange.
Comme nous le rappelle fr・uemment le secr・aire g・・al de l'OEA, M. C・ar Gaviria, le programme d'action commerciale en faveur des Am・iques ne pourra progresser ?nbsp;que lorsque nous aurons compris les m・anismes politiques de l'int・ration, c'est-?dire le jeu des forces ・onomiques, sociales et politiques indispensables ?la viabilit?de l'int・ration dans la r・lit?du processus de prise de d・isions dans nos pays ?