Heinz Ickstadt
L'Europe s'intéresse à la civilisation américaine depuis bien avant la Deuxième Guerre mondiale, et les perturbations que cette guerre a provoquées dans sa vie politique, culturelle et intellectuelle n'ont fait qu'aiguiser encore davantage sa curiosité pour les États-Unis. C'est de cet attrait qu'est née l'étude de la civilisation américaine en tant que discipline scolaire. En effet, de même que les États-Unis ne demandaient qu'à apporter leurs traditions culturelles démocratiques à un ancien continent épuisé sur les plans tant physique que moral et intellectuel, de même la génération européenne de l'après-guerre s'est tournée vers cette jeune et vigoureuse société américaine en quête d'inspiration culturelle. C'est sur cette toile de fond que l'auteur traite l'évolution de l'étude de la civilisation américaine en Europe, ses contraintes actuelles, et ses perspectives d'avenir.
Les débuts
En dépit de la fascination grandissante qu'exerçait sur l'Europe la société américaine, l'étude des États-Unis, après la Deuxième Guerre mondiale, s'est développée lentement dans ce continent. Elle s'y est implantée à travers des organisations professionnelles, des cours dans les universités, des départements universitaires distincts et des institutions spécialisées, tel le Séminaire de Salzbourg, en Autriche, établissement important qui a puissamment contribué à l'essor de cette discipline en Europe.
Dans la plupart des cas, il s'agissait simplement de la création d'une chaire ou de l'affectation d'un maître de conférences à un département d'anglais ou, beaucoup plus rarement, d'histoire. Comme les structures académiques traditionnelles résistaient au changement, il était plus facile à des universitaires désireux d'enseigner une matière et de faire de la recherche sur les États-Unis de former des organismes nationaux d'études américaines. Ceux-ci, en retour, ajoutaient eux-mêmes du poids aux efforts entrepris par ceux qui voulaient élargir la base institutionnelle de l'étude des États-Unis dans les universités.
Il est intéressant de noter que les fondateurs de ces associations nationales d'études américaines étaient pour la plupart des historiens, des sociologues et des spécialistes des sciences politiques - alors que les essais d'institutionnalisation de l'étude des États-Unis réussissaient particulièrement bien en littérature. Pendant les années cinquante, dans beaucoup d'universités d'Allemagne et de Grande-Bretagne, les départements d'anglais se sont scindés en sections de littérature anglaise et de littérature américaine, qui jouissaient à des degrés divers d'une certaine indépendance.
Dans certains cas, le dévouement et l'énergie des professeurs ont permis de créer de vastes départements de littérature américaine. L'établissement d'instituts pluridisciplinaires d'études américaines est venu par la suite. Jusqu'alors, les études de civilisation américaine se faisaient à travers diverses disciplines telles que la philologie, l'histoire, et les sciences politiques.
Parfois, la pluridisciplinarité se manifestait, par exemple dans les réunions annuelles de l'Association allemande d'études américaines, où des spécialistes des différentes disciplines présentaient des exposés sur un thème de conférence choisi. Peu à peu, cependant, cela s'est révélé insuffisant. La fondation de plusieurs instituts d'études américaines en Allemagne (à Berlin, Francfort et Munich), en Grande-Bretagne (à Nottingham et Keele), en Pologne (à Varsovie) et, plus récemment, au Danemark (à Odense) est née du désir de réunir différentes disciplines (le plus souvent, la littérature et l'histoire) sous un même toit.
Le plus grand de ces instituts était l'Institut John F. Kennedy d'études nord-américaines de l'Université libre de Berlin, fondé en 1963. Cet institut accueille des spécialistes de huit disciplines (culture, littérature, langue, histoire, science politique, sociologie, économie et géographie). Mais même dans les pays dépourvus d'instituts d'études américaines pluridisciplinaires (comme la France), de petites équipes de recherche ou des centres ont été formés dans plusieurs universités, où des spécialistes de différentes disciplines coopèrent à des travaux de recherche communs sur les États-Unis.
L'enseignement de la civilisation américaine dans les universités européennes a suivi les méthodes traditionnelles. L'impact du mouvement ne s'est fait pleinement sentir que vers la fin des années soixante et au début des années soixante-dix, où une approche principalement philologique a laissé la place à une lecture culturelle et socio-historique des textes. Ce « tournant culturel » a transformé radicalement l'enseignement de la littérature américaine. Dans les instituts pluridisciplinaires comme l'Institut Kennedy (ou dans les départements d'études américaines de plusieurs universités britanniques) il a débouché sur des tentatives d'établissement d'un programme pleinement intégré de préparation à la maîtrise en études américaines - tentatives qui n'ont abouti que durant les années quatre-vingt.
À la longue, le champ des études de civilisation américaine en Europe s'est amplement diversifié : il recouvrait tout à la fois les approches traditionnelles de la littérature américaine au sein d'un même département d'anglais (formule qui domine encore en Italie et en France), l'enseignement de la littérature élargi par des études culturelles (comme dans la plupart des départements de littérature américaine d'Allemagne), et le traitement spécialisé de l'histoire, la littérature, la société et la culture américaines dans les instituts d'études spécialisés dans ce domaine.
Pourquoi les Européens étudient-ils la littérature et la civilisation américaines ?
L'attitude des étudiants au cours des années quatre-vingt et quatre-vingt-dix est en grande partie une réaction à ce qui précédait. Durant la première vague, l'enthousiasme des professeurs américains de la fondation Fulbright et les efforts d'une génération de professeurs plus âgés qui sont retournés en Allemagne après la chute du nazisme ont stimulé l'intérêt des jeunes Européens. Ces derniers se sentaient attirés par leurs aînés érudits, qui répondaient aux besoins d'une jeune génération exaspérée par les convictions et les silences de leurs parents, ainsi que par les traditions et conventions qui avaient été si profondément souillées par le passé récent de l'Allemagne.
L'étude de la littérature et de la culture américaines offrait non seulement le charme de la découverte d'un nouvel ensemble de textes, mais aussi celui de la rencontre avec une ambiance académique détendue, qui inspirait confiance, une conception des rapports humains spécifiquement américaine. Je me rappelle clairement que c'était cette absence libératrice de rigidité académique - rigidité qui avait caractérisé traditionnellement l'université allemande - qui a décidé de mon choix de la littérature américaine comme principal thème d'études. Derrière cette décision se cachait toutefois un vif attrait pour une culture nouvelle, subversive et populaire - pour laquelle mes aînés n'avaient guère de respect. Et c'est ce pouvoir subversif de la culture américaine qui en a rendu l'étude si attrayante encore aujord'hui.
Cet attrait n'a pas diminué lorsque les études américaines se sont heurtées aux conflits idéologiques des années soixante-dix. En Allemagne comme ailleurs, les États-Unis dérangent et fascinent parce qu'ils semblent remettre en cause la culture de l'étudiant tout autant qu'ils semblent prévoir son cours prochain.
Il semble que les étudiants européens se soient un peu dégrisés au cours des années quatre-vingt et quatre-vingt-dix. À la suite des périodes d'idéalisation et de désillusion, la jeunesse européenne a tendance à analyser les États-Unis d'un oeil réaliste, quoique foncièrement sceptique. Il n'en demeure pas moins vrai que ce qui l'intéresse personnellement et intellectuellement - les droits de la femme, le pluriculturalisme, l'impact des médias modernes - provient des États-Unis. Même dans l'Europe unifiée d'aujourd'hui, les étudiants jugent souvent leur continent comme étroit et restrictif en comparaison des États-Unis, qu'ils perçoivent comme une société ouverte et tournée vers l'avenir.
Peut-on parler d'une perspective européenne des études de civilisation américaine ?
De toute évidence, les études américaines, à leurs débuts en Europe, n'ont pas souffert de cette croyance en « l'exceptionnalisme » américain implicite dans les études américaines aux États-Unis. Au contraire, cette conviction du caractère exceptionnel des États-Unis répondait à l'attente qu'avaient les Européens de l'Amérique - une attente de modernisation et de démocratisation. Méthodologiquement, les études de civilisation américaine en Europe suivaient des voies traditionnelles : étude de l'influence de la littérature européenne sur la littérature américaine (ou vice versa) ; ou recherche sur la culture américaine à travers la tradition intellectuelle européenne; ou analyse de textes par la richesse de la tradition philologique. Comme je l'ai indiqué, tout cela a changé à la fin des années soixante et durant les années soixante-dix, l'accent étant placé, dans l'analyse d'un texte littéraire, non pas comme s'il s'agissait d'un écrit indépendant ni même comme s'inscrivant dans une tradition littéraire, mais comme l'expression intégrante de « toute une culture ». Ce phénomène a fait des études américaines un sujet captivant en soi. Il a entraîné la découverte de textes inconnus ou négligés, et une étude de plus en plus spécialisée de la culture populaire, et de la littérature et de la culture des femmes et des minorités ethniques. En cela, les études américaines en Europe ont fait plus ou moins écho au développement des études américaines aux États-Unis. Si les théories européennes (structuralisme et poststructuralisme, ou le socialisme raffiné de l'Ecole de Francfort) ont eu un puissant impact aux États-Unis, elles n'ont influencé les études américaines en Europe qu'après avoir été absorbées et recyclées comme déconstructionnisme, ou nouvel historicisme, ou théorie féministe.
Quelque puissant qu'ait pu être l'impact des « nouvelles » études américaines (à tel point que leur valeur culturelle commence à présent à influer sur l'enseignement de la littérature anglaise), il y a des limites institutionnelles à leur transposition en Europe. Le nombre relativement faible de chaires d'études américaines rend la spécialisation dans un seul domaine rare et difficile. Mais ce n'est pas seulement la pression institutionnelle qui semble assurer une perception plus large des États-Unis. C'est la vision de l'extérieur et de loin qui facilite la perception de l'Amérique comme une culture spécifiquement américaine, quoique perçue à travers des cultures et traditions culturelles différentes. On note aussi une tendance de plus en plus marquée à introduire l'Europe dans les études américaines en comparant les cultures et les sociétés, ce qui est un moyen de reconnaître que si l'Amérique est en grande partie une création de l'Europe, une bonne part de l'Europe d'aujourd'hui a été créée par l'Amérique. Ce nouvel intérêt pour les comparaisons provient d'un scepticisme croissant à l'idée qu'une culture ne peut être comprise que par référence à elle-même. Reste à savoir si l'on en arrivera à donner un tour « européen » aux études américaines.
L'enseignement des études de civilisation américaine en Europe : modèles et exemples
Néanmoins, il serait tout à fait faux de supposer que les études de civilisation américaine en Europe sont un mouvement homogène, ou qu'elles ont développé des programmes d'une coordination facile (ainsi, une maîtrise en civilisation américaine demeure une impossibilité en Europe, même si on entreprend les premiers pas en ce sens). Elles sont, en fait, marquées par les conditions structurelles particulières autant que par les traditions intellectuelles et culturelles de chaque pays. Dans la majeure partie de l'Europe, et surtout dans le Sud et dans l'Est, la littérature et la culture américaines sont enseignées dans le cadre d'un programme d'études qui prépare les étudiants à un diplôme d'enseignement de la littérature et de la langue anglaises. La petite section américaine au sein d'un vaste département d'anglais reste encore aujourd'hui le cadre institutionnel le plus commun de l'enseignement de la civilisation américaine en Europe. Dans ce modèle, une chaire ou une section de littérature américaine offre un diplôme de ce que les Allemands appellent l'« Amerikanistik » (englobant la littérature et la civilisation américaines) dans le cadre soit d'une maîtrise d'anglais soit d'un programme indépendant d'études.
Dans d'autres parties de l'Europe, l'établissement de programmes de maîtrise et l'attrait que ces programmes exercent sur un nombre croissant d'étudiants ont renforcé les tendances à la création de départements, instituts ou programmes indépendants d'études américaines. C'est ainsi qu'à l'université d'Alcal? en Espagne, il est possible d'étudier la littérature américaine dans le cadre d'un vaste département de langues modernes. Il y aussi un Centro de Estudios Norteamericanos, qui offre des cours d'économie, d'histoire et de sciences politiques et a mis au point (en collaboration avec la Casa de America de Madrid) un programme de deuxième cycle débouchant sur une maîtrise d'études américaines. On peut considérer ce programme comme un deuxième modèle : une chaire de littérature combinée à une ou deux autres facultés, offrant un diplôme centré sur les études « amerikanistik » et incorporant des éléments d'autres disciplines. Le vaste département d'études de civilisation américaine et canadienne de l'université de Nottingham en est une variante : il offre un large programme de cours sur différents aspects des études américaines, mais permet une plus grande spécialisation à travers ses divers programmes de maîtrise, notamment la préparation d'une maîtrise en théorie littéraire et culturelle.
L'Institut John F. Kennedy d'études nord-américaines constitue un exemple similaire. Probablement le plus grand institut d'études de civilisation américaine d'Europe, il doit son existence à l'idée d'Ernst Fraenkel, politologue venu aux États-Unis après avoir dû quitter l'Allemagne en 1938. À son retour à Berlin après la guerre, le professeur Fraenkel a travaillé avec détermination et énergie pour fonder un institut d'études centré sur les États-Unis. Qu'il ait choisi Berlin pour cela n'était certes pas pure coïncidence. Bien qu'il ait décidé de fonder cet institut avant la construction du mur de Berlin, en 1961, sa décision a connu une nouvelle impulsion et a pris une valeur symbolique du fait de cet événement. D'établissement d'études plus ou moins hétéroclites, cet institut est devenu aujourd'hui un centre pluridisciplinaire d'études de civilisation américaine comportant un programme intégré d'enseignement et de recherche, et comptant un millier d'étudiants et une bibliothèque de plus de six cent mille volumes. Il représente le troisième modèle rencontré en Europe, offrant un diplôme intégré auquel toutes les disciplines participent à part égale. Après avoir suivi deux cours obligatoires de littérature et d'histoire des États-Unis, les candidats à la maîtrise peuvent combiner deux quelconques des huit disciplines enseignées à l'institut (telles que la littérature et la sociologie, ou la culture et l'histoire).
En Europe de l'Est, les études américaines ont suivi une évolution différente. Il y avait les Instituts d'études américaines (tels que le prestigieux Institut Arbatov de Moscou) qui traitaient des études politiques, économiques et historiques de « l'ennemi de classe » ou l'adversaire politique. Mais dans les universités, la résistance institutionnelle des vieilles disciplines (philologie ou histoire) se trouvait renforcée par une résistance idéologique qui suivait la ligne du parti : ensemble, ces deux résistances ont maintenu l'enseignement de la littérature et de la culture américaines à l'état marginal, généralement dans le cadre de la philologie anglaise. (Et pourtant, pour nombre de professeurs et d'étudiants, cette marginalité laissait imaginer un autre monde, ailleurs, un autre mode de vie vivement désiré.) Bien entendu, la situation des études américaines a été affectée par la progression des relations Est-Ouest et par la présence de professeurs de la fondation Fulbright dans toute l'Europe de l'Est. L'amélioration graduelle de la situation à la fin des années soixante-dix et durant les années quatre-vingt a accompagné l'intensification des échanges de professeurs et de travaux de recherche avec les États-Unis et avec des institutions telles que l'Institut Kennedy de Berlin-Ouest. La preuve de l'amélioration des relations nous a été donnée par la tenue de la conférence biennale de l'Association européenne d'études américaines (EAAS) en 1986 à Budapest, pour la première fois derrière le rideau de fer.
Aujourd'hui, la chute du mur de Berlin a ouvert un nouveau chapitre dans l'histoire des études de civilisation américaine en Europe de l'Est. Le Centre d'études américaines de l'université de Varsovie, qui a vingt ans, a lancé son propre programme de maîtrise en 1992 et compte quatre cents élèves. Après un premier semestre de préparation, les étudiants se voient offrir un choix entre la culture, la politique et l'économie américaines. À travers l'American Studies Network - subdivision de l'EAAS - l'Institut de Varsovie est relié à plusieurs centres d'études de civilisation américaine à travers toute l'Europe (notamment le Centre Arthur Miller de Norwich, le Roosevelt Study Center de Middleburg (Pays-Bas) ; l'Institut Kennedy de Berlin, le Séminaire de Salzbourg et le Centre américain d'Alcal?. Il y a maintenant une Association polonaise d'études américaines, et la conférence biennale de l'EAAS de 1996 a eu lieu à Varsovie.
L'avenir des études américaines en Europe
En comparaison des disciplines traditionnelles, l'étude des États-Unis reste de petite envergure. (Mais elle est plus importante que toute autre étude régionale, dont la plupart n'ont pas réussi à s'implanter comme disciplines à part entière, et n'ont donc pas de programmes coordonnés d'études ou de recherche, ni l'élan organisationnel du mouvement des études de civilisation américaine.) Si l'étude des États-Unis continue d'attirer des élèves, ceux-ci s'interrogent sur les débouchés que pourrait leur apporter leur diplôme dans cette matière.
Quoi qu'il en soit, il ne peut y avoir de doute que les études américaines connaissent aujourd'hui un véritable essor en Europe. L'EAAS, qui a débuté en 1954, est en passe de devenir le foyer intellectuel des américanistes de toute l'Europe. Ses réunions biennales sont considérées comme la plus importante instance d'études américaines où des universitaires des quatre coins de l'Europe peuvent présenter et débattre les résultats de leurs travaux de recherche. Bien que l'EAAS ne reconnaisse officiellement que les diverses associations nationales comme membres, elle compte officieusement plus de quatre mille membres, et elle continue de croître rapidement. À la récente conférence de Varsovie, le Conseil a admis à l'unanimité la Grèce et la Turquie comme nouveaux membres. La Pologne, la Hongrie et une association regroupant des américanistes tchèques et slovaques avaient déjà été acceptées. En Roumanie et dans certaines régions de l'ex-Union soviétique, en particulier la Russie et la Biélorussie, des organisations nationales sont en train de se former. Bientôt, il y aura peut-être une Association égyptienne d'études américaines. Israël est déjà membre affilié.
À quels écueils les études de civilisation américaine risquent-elles de se heurter à l'heure actuelle ? J'en vois deux, applicables particulièrement à l'Europe. Au plan national, il existe le danger réel qu'au cours des prochaines années d'austérité croissante et de rétrécissements budgétaires en Europe orientale et occidentale, les vieilles structures ne se renforcent au détriment des postes d'américanistes et des instituts d'études de civilisation américaine. Au plan transnational de ces études, la difficulté principale consistera à intégrer les nouveaux membres de l'Europe de l'Est. Une telle expansion présente autant de pièges que d'espoirs. Il faudra beaucoup d'échanges d'opinions, beaucoup de tolérance et de volonté d'apprendre les uns des autres pendant les prochaines années : chacun des éléments devra se montrer tolérant à l'égard de traditions et de ressources intellectuelles différentes, d'intérêts différents et d'approches différentes, voire de situations sociales et financières différentes. Je ne partage pas les doutes de certains de mes collègues américains, qui craignent que cette matière n'ait perdu de son éclat et de sa substance originels. Je n'y vois, pour ma part, aucune perte de vitalité. Car dès leur origine, les études de civilisation américaine ont servi de catalyseur du changement dans l'Europe de l'après-guerre - en partie parce qu'elles ont elles-mêmes continué à changer. N'ayant jamais réussi à établir une méthodologie, elles n'ont cessé de se remettre en question et, par cette volonté de reconsidérer leurs bases, elles ont conservé leur fraîcheur et leur souplesse. C'est cette faculté d'adaptation qui a suscité tant d'attrait pour les études américaines (et pour la civilisation qu'elles étudient) dans tant de pays, à travers tant de chapitres différents de l'histoire du monde, et à des stades aussi différents du développement de cette discipline.
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Heinz Ickstadt est
professeur de littérature américaine à
l'Institut John F. Kennedy d'études
nord-américaines de l'université libre de Berlin.
M. Ickstadt a étudié en Allemagne et aux
États-Unis ; il a été titulaire d'une bourse
Fulbright à l'université Notre-Dame et
chargé de recherches à l'Université Harvard
en 1974-75. Depuis mars 1996, il est président de
l'Association européenne d'études
américaines.
Voici son adresse :
Dr. Hein Ickstadt
Freie Universität Berlin
John F. Kennedy-Institut
Lansstr. 5-9, D-1000
Berlin 33 (Allemagne)