LES COURS DE CIVILISATION AMÉRICAINE
    AUX ÉTATS-UNIS


    John Stephens

    Introduction

    Durant les soixante années qui ont suivi leur établissement officiel aux États-Unis, les cours de civilisation américaine sont devenus une matière interdisciplinaire à part entière, destinée à faciliter la connaissance générale de la culture américaine passée et présente, à encourager les spécialistes des diverses disciplines à échanger des idées sur les États-Unis d'Amérique et à examiner les relations entre la société américaine et le reste de la société mondiale. Il s'agit d'une matière à la fois multidisciplinaire et interdisciplinaire qui sert de point de rencontre aux spécialistes de diverses disciplines et de base à des travaux novateurs sur des sujets donnés.

    Dans le domaine de la connaissance interdisciplinaire, les cours de civilisation américaine cherchent à intégrer dans leurs travaux les résultats des dernières recherches effectuées dans d'autres domaines et à établir des liens entre les disciplines. C'est ainsi qu'au cours de ces dernières années, les études féministes, la communication, l'analyse critique de l'histoire, la culture politique, les études internationales comparatives et divers autres domaines ont été incorporés dans des programmes et recherches dynamiques sur la civilisation américaine. En collaboration avec des spécialistes de domaines interdisciplinaires plus récents comme les études sur les minorités ethniques et autres, les spécialistes de la civilisation américaine examinent d'un œil critique les mythes et réalités de la société américaine et cherchent des réponses à des questions complexes sur son histoire et sa culture qu'on ne peut traiter dans les limites des disciplines établies. Cette collaboration entre spécialistes interdisciplinaires est stimulante sans toutefois négliger l'intérêt traditionnellement porté par les cours de civilisation américaine à la culture et à la qualité de citoyen. En franchissant tant de frontières sur le plan des thèmes et des périodes étudiés, les cours de civilisation américaine ont de plus en plus convaincu les spécialistes de la nécessité de comprendre l'histoire et la culture des États-Unis dans un contexte planétaire.

    Les cours de civilisation américaine portent sur l'expérience, les valeurs, les perspectives et les préoccupations des groupes divers qui forment les États-Unis ainsi que sur leurs contacts et leurs conflits. Leur but est de montrer comment est née la diversité d'un pays composé de gens persécutés et d'immigrants venus non seulement d'Europe, mais aussi d'Asie, des Antilles, du Proche-Orient et d'Amérique latine. Mais les cours de civilisation américaine tiennent également compte du fait que les Américains ont en commun un vaste patrimoine culturel, un ensemble de croyances, de comportements, de symboles et de biens matériels venus de nombreuses sources à travers le monde et façonnés par les idéaux et pratiques démocratiques, et qui donnent un sens à leur existence. Ces cours explorent leurs différences et leurs points communs, et préparent l'étudiant à assumer ses responsabilités de citoyen dans un État démocratique caractérisé par la diversité.

    L'attrait des cours de civilisation américaine

    On étudie la culture américaine pour parvenir à la connaissance de soi. Cette étude répond au précepte que les Grecs avaient établi il y a des siècles comme le plus noble objectif de l'existence humaine : « Connais-toi toi-même. » Socrate nous dit que ce n'est que lorsque nous nous examinons que nous prenons conscience de notre existence humaine, que notre vie vaut la peine d'être vécue. Mais l'étude de la nature humaine implique beaucoup plus que l'étude de l'être individuel. « Je fais partie de tout ce que j'ai rencontré. » Cette réflexion de l'Ulysse de Tennyson nous donne la clé de la principale utilité des cours de civilisation américaine. Nous sommes façonnés non seulement par nos relations personnelles et familiales, mais aussi par la multitude de changements qui se sont opérés dans la vie sociale et culturelle, la plupart d'entre eux il y a des siècles. C'est l'étude de cette mémoire culturelle qui donne tout son sens à l'affirmation de Socrate.

    Les efforts que nous faisons pour nous connaître nous-mêmes, pour nous comprendre nous-mêmes en tant qu'Américains, se poursuivent tout au long de notre existence, la plupart du temps en dehors des milieux universitaires. Cette recherche revêt diverses formes, mais elle mène inexorablement au même but. Nous espérons tirer le meilleur parti possible du monde dans lequel nous vivons, vivre bien nous-mêmes et œuvrer pour l'amélioration de la société. Les cours de civilisation américaine nous encouragent à être sensibles aux expériences d'autrui, à fonder sur la raison la conduite de nos affaires personnelles et nos relations sociales et à ne pas établir de vérité absolue. Pour ceux qui suivent les cours de civilisation américaine comme pour ceux qui les donnent, l'éducation est peut-être la chose la plus importante au monde.

    Pour que notre société démocratique fonctionne, les citoyens doivent être capables de parvenir à une compréhension commune de questions complexes. Les cours de civilisation américaine les y aident. C'est ce qu'exprimait il y a longtemps Thomas Jefferson lorsqu'il affirmait :

    Il n'existe à ma connaissance aucun autre dépositaire sûr des pouvoirs ultimes de la société que le peuple lui-même ; et si nous pensons qu'il n'est pas assez éclairé pour les exercer avec une saine discrétion, le remède consiste non pas à les lui retirer, mais à l'informer en vue d'un tel exercice.

    Les valeurs, aspirations et objectifs des cours de civilisation américaine forment le noyau d'une société démocratique composée de gens libres. À l'origine, ces cours répondaient à une motivation sociale. Ils étaient liés à une version antitotalitaire du progressisme du New Deal qui préconisait pour la société américaine une démocratie économique, juridique et législative. Cet idéal démocratique doit être nourri et renouvelé par chaque génération. Les cours de civilisation américaine sont l'instrument commun de ce renouveau. Le citoyen est donc en droit, en quelque sorte, d'exiger que les cours de civilisation américaine excellent sur les plans moral et intellectuel.

    L'histoire des programmes de civilisation américaine

    Aux États-Unis, les cours de civilisation américaine sont nés, dans les années 1920 et 1930, du mécontentement des universitaires, principalement dans les départements d'histoire et d'anglais. Ces derniers étaient frustrés par la préférence accordée à l'histoire et la culture européennes à l'exclusion de l'étude des formes d'expression « autochtones ». L'époque qui a précédé l'institutionnalisation des cours de civilisation américaine a été caractérisée par la recherche de ce qui conférait à l'expérience américaine son caractère unique. Au début des années 1940, l'université George Washington, l'université de Pennsylvanie et l'université Harvard, entre autres, établirent des programmes et offrirent des cours de civilisation américaine. Dès 1933, l'université Yale avait décerné son premier doctorat en civilisation américaine. Durant les années 1950, ces cours commencèrent à être institutionnalisés, les départements et programmes se substituant aux cours individuels. En 1958, on comptait cent programmes de civilisation américaine.

    Les cours de civilisation américaine subirent leur plus grande transformation durant les années 1960. En 1968, les tensions culturelles causées par le mouvement en faveur des droits civiques, la guerre du Viêt-Nam et le mouvement féministe mirent en lumière la diversité culturelle qui fait la force des États-Unis. En réponse à cette dynamique de changement, les cours de civilisation américaine débordèrent leur cadre pour inclure les études afro-américaines, les études féministes, la culture populaire, le folklore et les aspects matériels de la culture. Ils contribuèrent à abattre les cloisons entre les disciplines pour permettre l'établissement de programmes et recherches plus exhaustifs et pluralistes.

    Il existe à l'heure actuelle deux cent soixante et un programmes ou départements de civilisation américaine de niveau universitaire aux États-Unis. Durant les années 1980, des programmes et associations ont été établis sur tous les continents du fait de l'intérêt porté par les universitaires du monde entier à l'histoire et à la civilisation américaines. Dans la plupart des pays, les cours de civilisation américaine jouissent d'un grand prestige et nombreux sont ceux qui envoient des chercheurs aux États-Unis pour qu'ils se documentent sur nos cours de civilisation américaine.

    Les programmes de civilisation américaine offerts aux États-Unis se prêtent parfaitement à un milieu universitaire dans lequel il s'avère souvent difficile de concilier le souci de l'économie budgétaire et la qualité de l'enseignement. Leur pluridisciplinarité signifie que leur contribution ne peut être égalée par aucun autre département ou programme. Ils donnent à l'étudiant une perspective unique parce qu'ils transcendent les domaines individuels et lui permettent d'acquérir une éducation intégrée. Ils le préparent à son rôle de citoyen dans une démocratie pluraliste où le respect et l'acceptation des différences culturelles sont indispensables.

    Principaux programmes

    Les étudiants qui ont choisi la civilisation américaine comme matière principale suivent l'une des quatre voies suivantes : les arts, les sciences sociales, l'histoire et la littérature. Dans les arts, ils peuvent travailler avec des spécialistes de l'architecture, de l'art, de la danse, du cinéma, de la musique et du théâtre américains ; dans les sciences sociales, avec des spécialistes de l'anthropologie, de la géographie, des sciences gouvernementales, du droit et de la sociologie. En histoire, ils se concentrent sur différentes périodes ou régions tout en choisissant des thèmes se rapportant à l'histoire culturelle, intellectuelle et sociale des États-Unis. En littérature, ils étudient des écrivains classiques et autres et les relations entre texte et contexte à toutes les époques de notre histoire. Dans tous ces domaines, les professeurs et les étudiants sortent du cadre traditionnel des diverses disciplines.

    Les cours typiques de première année passent en revue la civilisation américaine, de la conquête et de la colonisation de l'Amérique à nos jours. Il s'agit d'une introduction aux disciplines, aux méthodes et aux perspectives applicables aux cours de civilisation américaine. Certains sont consacrés à une période donnée de l'histoire, d'une durée de dix ans ou plus (par exemple la guerre d'Indépendance, la guerre de Sécession et la Reconstruction, les États-Unis des années 1960), et ils abordent le passé des États-Unis à travers une série d'œuvres et de textes contemporains comprenant films, fiction, musique, peinture, photographie, art et architecture. D'autres portent sur des thèmes tels que l'immigration, la famille, le réalisme américain et une série de cours régionaux sur le Sud, l'Ouest et la Nouvelle-Angleterre. D'autres encore sont méthodologiques ( par exemple, la culture américaine vue sous l'angle autobiographique ou ethnographique) et se concentrent sur la théorie, les méthodes et l'historiographie des cours de civilisation américaine.

    Durant leurs deux dernières années d'études, les candidats au diplôme de premier cycle universitaire se concentrent sur des thèmes ou domaines d'intérêt liés à l'expérience américaine. Chaque étudiant consulte un conseiller d'études et se concentre sur des sujets précis. Il peut s'agir de thèmes comme la culture populaire, le régionalisme, la race et l'ethnicité, le rôle de la femme, le droit et la société. Les étudiants peuvent également combiner des cours de civilisation américaine avec des cours dans une ou plusieurs autres matières comme les études afro-américaines, l'anthropologie, la communication, l'anglais, la géographie, l'histoire, les sciences politiques, la psychologie, la religion, la sociologie et les études féministes. Le programme comporte généralement des séances de travaux pratiques durant les deux dernières années ; les étudiants explorent généralement plus à fond les traditions du domaine en question grâce à des lectures avancées et ils ont la possibilité d'effectuer des recherches de façon indépendante.

    Les candidats qui n'iront pas au-delà de la maîtrise (deuxième cycle universitaire) passent habituellement une année de résidence à l'université et doivent suivre au moins huit cours, dont pas plus de la moitié ne doit porter sur une seule discipline. Un professeur désigné comme conseiller aide l'étudiant à établir son programme d'études. Le candidat à la maîtrise doit satisfaire aux mêmes exigences que le candidat de première année au doctorat. Certaines maîtrises exigent un stage sous supervision dans un musée ou une institution culturelle approuvée. En général, les candidats à la maîtrise font des travaux de recherche inédits menant à une thèse.

    Pour obtenir un doctorat, le titulaire d'une maîtrise doit suivre huit cours principaux et facultatifs. Il se concentre ensuite sur des domaines principaux et secondaires reposant sur des cours existants et des lectures indépendantes et qui servent de base aux examens généraux de qualification, tant oraux qu'écrits, qui peuvent être exigés pour le doctorat. Ces domaines peuvent être définis de façon relativement classique (par exemple l'histoire de la société et des milieux intellectuels américains, la littérature américaine jusqu'à 1865), ou aborder les disciplines sous un angle thématique ou théorique (par exemple les femmes de lettres américaines ; la géographie et les régions dans la culture américaine). L'étudiant conçoit lui-même les domaines dans lesquels il se spécialisera. Dans chaque cas, il a pour conseiller un professeur qui le guide dans cette tâche et qui fera partie du jury lors des épreuves orales.

    La préparation au doctorat comprend généralement deux années de cours et de préparation à l'examen général et au moins un an d'expérience en tant qu'enseignant, après quoi le candidat fait ses recherches et rédige sa thèse. On s'attend que celles-ci constituent d'importantes contributions à l'érudition, et qu'elles soient interdisciplinaires dans leur portée, dans leur conception et dans leur méthode.

    Ce qu'offrent les cours de civilisation américaine

    Étant donné que chaque étudiant met au point un programme cohérent d'études basé sur ses intérêts personnels et intellectuels, des contacts fréquents avec les professeurs sont obligatoires. Les relations entre conseiller d'études et étudiant permettent à ce dernier de mieux reconnaître et définir ses intérêts et ses objectifs. L'accent est mis sur le travail écrit, les notes qu'il reçoit étant basées sur les examens, les réactions et le résultat des travaux de recherche qui lui sont fixés - le tout aboutissant à une thèse.

    Les cours de civilisation américaine mènent à des professions diverses qui dépendent, en définitive, des intérêts et objectifs de l'intéressé. Et, comme c'est le cas pour tous les arts libéraux, une licence ès civilisation américaine ne garantit pas un emploi à son titulaire, à sa sortie de l'université, contrairement à la maîtrise ou au doctorat. Mais elle lui donne des connaissances de base qui lui seront utiles dans tout emploi : il apprend à faire des recherches, à organiser son travail et à communiquer aux autres le résultat de ses travaux.

    Très peu de disciplines exposent les étudiants à un aussi vaste éventail de connaissances que les cours de civilisation américaine, qui stimulent le sens critique et la faculté d'imagination nécessaires pour relier les divers aspects de l'expérience américaine. En se concentrant sur la civilisation américaine, les étudiants motivés apprennent à penser par eux-mêmes, ils acquièrent une préparation harmonieuse à la vie au-delà de leurs études universitaires et une formation indispensable à une profession dans l'enseignement, le droit, le journalisme, l'assistance sociale, la médecine, l'administration, les affaires, les musées, le service diplomatique, l'urbanisme et bien d'autres domaines.

    Grâce à la compétence qu'ils acquièrent sur le plan analytique et celui de la rédaction, les étudiants en civilisation américaine ajoutent à leur répertoire des connaissances et techniques spécialisées. Les programmes de civilisation américaine sont souples : un étudiant a la possibilité de suivre des cours dans des matières comme la commercialisation, la finance, les statistiques, le journalisme, l'éducation ou les communications. Il a également tout intérêt - et c'est parfois requis pour le diplôme - à profiter des possibilités de stage qui se présentent (dans un journal, un cabinet juridique, une législature ou un organe de recherche) ou à trouver un emploi d'été afin d'acquérir une expérience sur le tas et de s'exposer de façon pratique aux exigences de sa future carrière.

    Parmi les débouchés attrayants offerts aux étudiants en civilisation américaine figurent les emplois dans la fonction publique, soit dans des agences gouvernementales soit dans des institutions financées par l'État. Nous savons que les programmes de civilisation américaine placent leurs étudiants dans diverses associations historiques, musées et autres institutions culturelles au niveau fédéral et local. Nous savons aussi, d'après le nombre et la variété des stages effectués par les étudiants en civilisation américaine, qu'ils ont des compétences commercialisables, qu'ils décident ou non de faire carrière dans le secteur public.

    Les problèmes auxquels se heurtent les cours de civilisation américaine

    Les difficultés auxquelles se heurtent les cours de civilisation américaine tiennent principalement à leurs rapports avec les disciplines traditionnelles, aux rapports entre ces cours et leur sujet (les États-Unis), et entre les cours de civilisation américaine donnés aux États-Unis et leurs équivalents à l'étranger.

    Les rapports entre les cours de civilisation américaine et les disciplines traditionnelles sont dynamiques et symbiotiques. Les spécialistes de la civilisation américaine sont régulièrement interrogés sur la viabilité de l'interdisciplinarité. Les étudiants qui envisagent de suivre des cours de civilisation américaine mettent les professeurs en demeure de leur expliquer comment ce domaine leur permettra, mieux que les disciplines traditionnelles, d'atteindre leurs objectifs intellectuels. Au début, les spécialistes de ces disciplines traditionnelles sont peut-être déconcertés par le contenu des programmes de civilisation américaine, mais ils sont invariablement disposés à les adopter. La remise en question rigoureuse de leurs méthodes et de leurs idées à laquelle se livrent leurs collègues des disciplines traditionnelles a sur les cours de civilisation américaine un effet tonifiant. Ces collègues, qui sont souvent à la pointe de leurs disciplines respectives, contribuent dans une large mesure au dynamisme intellectuel et à la qualité des publications interdisciplinaires des cours de civilisation américaine.

    Les cours de civilisation américaine ont connu leurs moments les plus féconds en réponse aux défis culturels, politiques et sociaux lancés ultérieurement à la société américaine. Il s'agit de problèmes tels que l'immigration, le multiculturalisme, la diversité ethnique et raciale, les conflits de classe et les conflits entre les hommes et les femmes, et les changements économiques et technologiques, pour n'en citer que quelques-uns. Les spécialistes de la civilisation américaine montrent que l'hostilité actuelle à l'égard de l'immigration et du multiculturalisme suit, dans une large mesure, le même schéma qu'il y a soixante ans et plus : innovation, résistance et réévaluation des caractéristiques fondamentales de la culture américaine. Les attaques lancées contre les particularités culturelles des immigrants latino-américains et asiatiques par ceux qui les jugent inadaptables reprennent les prédictions et raisonnements utilisés autrefois à l'égard d'autres immigrants et groupes minoritaires. L'intérêt porté par les cours de civilisation américaine aux changements et aux critiques de la société se reflète dans l'étude du caractère changeant de la notion de citoyenneté dans la mondialisation actuelle de la société. Par des méthodes pédagogiques interculturelles et interdisciplinaires, les spécialistes de la civilisation américaine recherchent des réponses à la remise en question de nos idéaux démocratiques et culturels de la part des féministes, des étudiants de la diversité ethnique et culturelle de la société, et des partisans des modèles d'analyse sociale et culturelle fondés sur le conflit. La génération actuelle de spécialistes de la civilisation américaine aborde de nouvelles questions, problèmes et méthodes qui ne sont que les derniers en date d'une longue série de problèmes et de possibilités d'ordre culturel.

    Les États-Unis et le monde complexe dont ils font partie ont connu des changements spectaculaires durant les soixante années qui ont suivi la création des programmes et des cours de civilisation américaine. L'influence des États-Unis s'étant étendue tout autour du globe, les Américains qui étudient leur histoire, leur société et leur culture sont de plus en plus amenés à se regarder avec les yeux des autres. Bien que les cours de civilisation américaine, à mesure qu'ils développaient une optique plus « mondiale », aient parfois soutenu des thèses sur le caractère « exceptionnel » des États-Unis, ils ont aussi été contraints de révéler certaines des contradictions de la démocratie américaine et des mentalités contestées de la guerre froide.

    Mais l'évolution de l'enseignement de la civilisation américaine à l'étranger est entravée par différentes traditions du monde universitaire. Dans de nombreux pays, les cours de civilisation américaine relèvent des programmes classiques d'histoire, de littérature, d'administration et de sciences économiques. Aux États-Unis, ces études sont interdisciplinaires, mais ancrées dans la culture. Cependant, sur le plan international, les spécialistes de la civilisation américaine cherchent de plus en plus à collaborer avec leurs collègues étrangers. À son tour, cette coopération internationale stimule et même redéfinit les principales questions en jeu dans l'étude de la civilisation américaine. La fin de la guerre froide a toutefois posé des difficultés financières aux cours de civilisation américaine à l'étranger. Le gouvernement et les fondations qui les soutenaient naguère réduisent leur aide au moment même où, aux États-Unis comme à l'étranger, les cours de civilisation américaine s'efforcent de progresser vers un terrain commun et réalisent peut-être leur vocation en tant qu'étude des États-Unis fondée sur une perspective internationale.

    John Stephens est directeur général de l'American Studies Association à Washington depuis 1983. Il a été consultant auprès d'un certain nombre d'agences publiques, privées et étrangères. Il a séjourné en Espagne en 1974-75 en tant que titulaire d'une bourse Fulbright et a reçu, en 1977, un doctorat d'histoire de l'Université d'État du New-York à Binghampton. Il a été élu au conseil d'administration de la National Humanities Alliance et a été directeur du bureau régional de la Commission des sites historiques de la Virginie. Il est le coauteur de plusieurs ouvrages d'érudition et a publié des articles consacrés à l'histoire, à l'archéologie et à la préservation des monuments historiques. Il peut être contacté à l'adresse suivante :

      American Studies Association
      1120 19th Street, NW, Suite #301
      Washington, D.C. 20036
      Courrier électronique : pp001366.interramp.com
      Téléphone : (202) 467-4783
      Télécopie : (202) 467-4786.

      La société américaine
      Revues électroniques de l'USIA, volume 1, numéro 15, octobre 1996