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Par un choix de quelques phrases dans chacun de ses romans sur la famille américaine d'aujourd'hui, le romancier Pat Conroy lève le voile sur les basses terres de la Caroline du Sud qu'il connaît depuis son enfance. E.L. Doctorow révèle des lieux et des expériences du New- York d'antan par de vibrantes images qui restent d'actualité. Ivan Doig, des montagnes escarpées de l'ouest des états-Unis, fait admirer au lecteur, par son assemblage de phrases, l'immensité du Montana, tandis que David Guterson, en traversant le pays, émaille les pages de ses livres de regards sur la vie le long des côtes atlantique et pacifique.
Aujourd'hui, la littérature régionale fleurit aux états-Unis, qu'il s'agisse des descriptions du Maine par Stephen King ou de celles de Hawaï par Garrett Hongo. L'impact des écrits de centaines de romanciers, poètes, essayistes, naturalistes et biographes est palpable. En fait, pour bien comprendre notre nation, ses paysages, son esprit, ses réalisations et ses problèmes, on ferait bien de laisser de côté les particularités des guides touristiques et de se plonger simplement dans les oeuvres de nos écrivains, tout comme d'autres pourraient se tourner, dans d'autres circonstances, vers les toiles des peintres.
En fait, la tradition régionale n'a rien de nouveau dans la littérature américaine. Elle est aussi vieille que les légendes des Indiens d'Amérique, aussi évocatrice que les écrits du XIXe siècle de James Fenimore Cooper, de Mark Twain et de Bret Harte, aussi vivante que les mondes créés au début de ce siècle par le romancier William Faulkner et le dramaturge Tennessee Williams, aussi révélatrice de la société que les romans de Sinclair Lewis et d'Eudora Welty. Aujourd'hui, ces écrivains et d'autres des générations passées ont leurs homologues, qui gardent vivante cette tradition.
La littérature régionale des années 1990 est vaste et diverse. Elle se retrouve dans tous les genres. Elle s'exprime dans les écrits d'auteurs dont la famille est américaine depuis dix générations et dans les ouvrages de nouveaux venus dans le pays. Les particularités de certaines régions transparaissent dans la poésie et le théâtre, dans les oeuvres de fiction ou autres. Comme par le passé, les écrits régionaux reflètent non seulement la diversité géographique, mais aussi les états d'esprit et les aspirations, les dialectes et les idiosyncrasies de telle ou telle région. Ils décrivent le tangible et l'intangible. Le plus souvent, la littérature « locale » tend à avoir des racines, à être engagée, à être porteuse d'un message, souvent frappant, ce que l'auteur naturaliste Barry Lopez appelle « un ton riche d'espoir » à une époque « marquée par le détachement et le cynisme ». Et elle clame, en cette aube du XXIe siècle, que la culture américaine est créative et riche de signification, d'une région à une autre, et par delà les différences sociales et économiques.
L'intérêt porté à la littérature régionale, phénomène qui serait, d'après le critique Sven Birkerts, une réponse à la fiction minimaliste ou post-moderniste de la dernière génération, a un impact considérable et de nombreuses répercussions. C'est ainsi qu'il est à l'origine de l'ouverture de nombreuses librairies telles que le Globe de Boston et le Savvy Traveler de Chicago, spécialisées dans les ouvrages romanesques ou généraux liés à certains terroirs et classés selon la région à laquelle ils se rapportent. Ainsi, le lecteur qui se dirige vers le rayon des livres sur le « sud-ouest des états-Unis » en prévision d'un voyage dans cette région a toutes les chances d'y trouver les mystères de Tony Hillerman et les romans de Rudolfo Anaya.
Les causes et les effets n'apparaissent pas toujours d'emblée. Par exemple, il est difficile de déterminer avec certitude si les petites maisons régionales d'édition ont vu le jour par suite de la prolifération d'écrivains dans leur région, ou si, au contraire, c'est l'ouverture de ces librairies qui a inspiré des talents littéraires aux états-Unis. Par ailleurs, parallèlement à l'ascension de maisons d'édition telles qu'Algonquin Books de Chapel Hill en Caroline du Nord, qui a fait connaître par exemple Clyde Edgerton et Jill McCorkle, le nombre de journaux littéraires régionaux ne cesse d'augmenter. Il faut ajouter à cela l'appui que la Fondation nationale des arts apporte depuis plus d'un quart de siècle aux ateliers littéraires solidement établis ou naissants qui ont découvert de nouveaux talents dans tout le pays. (Il est vrai que le Gouvernement américain ne peut plus fournir le même niveau de financement que par le passé, en raison de contraintes budgétaires, mais les entreprises et le secteur privé en général continuent d'appuyer ces activités.)
Le tableau est donc sain, pour le plus grand bien des écrivains comme des lecteurs.
Qui sont ces écrivains, et où sont-ils ? Et comment le « terroir » se manifeste-t-il dans leurs écrits ?
Un périple le long des chemins détournés de la littérature régionale pourrait commencer dans le Nord-Est, à Bangor (Maine), patrie de Stephen King, l'un des plus célèbres auteurs américains de romans d'épouvante. Utilisant cette région qui lui est familière, il y a implanté une longue série d'ouvrages de fantaisie ou d'horreur qui sont devenus des succès de librairie. Par delà la frontière de la Nouvelle-Angleterre, dans l'état du New-York, Albany est le centre d'attention d'un enfant du pays, le journaliste devenu romancier William Kennedy, dont les récits, qui ont pour scène la capitale de l'état, croquent de façon élégiaque, quoique souvent caustique, la vie des êtres qui composent la faune des rues et des bars de la ville.
New-York est peut-être la ville des états-Unis, voire du monde, qui compte le plus d'écrivains par habitant, bien que la plupart d'entre eux ne prennent pas leur ville comme sujet principal. En vérité, pour un lieu qui fascine autant les touristes et autres voyageurs, New-York n'est décrite que par un petit nombre d'écrivains de renom qui, le plus souvent, utilisent la voie littéraire pour cerner un problème social. Tom Wolfe, avant tout auteur d'ouvrages de littérature générale, a peut-être écrit le roman new-yorkais par excellence avec The Bonfire of the Vanities, ouvrage socio-économique bouillonnant sur les liens entre la politique et la société. L'oeuvre de E.L. Doctorow est tout aussi incisive dans sa description de la vie new-yorkaise à des époques plus reculées. Elle sait saisir l'ambiance de la ville à diverses périodes de ces cent dernières années : les tensions de l'Amérique du début du siècle, le mépris des lois qui a marqué les années de la Prohibition, le futurisme échevelé suscité par l'Exposition universelle de 1939, et les réalités moins exaltantes de l'époque de la guerre froide, le tout avec la ville comme toile de fond. Et le lecteur qui a envie de jeter un coup d'oeil sur la vie des différents quartiers a le choix entre l'innocence des images de quartier d'Avery Corman, le monde plus interlope du crime des romans de Richard Price et les battements rythmés du quartier hispanique de la ville, que connaît si bien le romancier Oscar Hijuelos.
Traversant au passage le centre de la Pennsylvanie, où John Updike a suivi l'itinéraire de « Rabbit Angstrom » à travers trois décennies d'histoire américaine contemporaine, nous arrivons dans le Maryland. Là, dans les environs de Baltimore, Anne Tyler continue de relater, dans une langue sobre, les événements ordinaires et extraordinaires qui décrivent la vie de ses personnages et l'ambiance réservée de la région. Dans la baie de Chesapeake, qui borde le flanc est de l'état, où le romancier John Barth a régné des années durant, nous trouvons un nouveau talent, Christopher Tilghman, dont les récits se situent sur les cours d'eau qui convergent vers cette baie.
En descendant de Baltimore par l'autoroute, on arrive à la capitale des états-Unis. Aux yeux du lecteur, Washington peut paraître occuper une place privilégiée dans les ouvrages de fiction de la littérature américaine, étant donné le nombre d'aventures populaires à rebondissements politiques de portée mondiale qui s'y déroulent ou qui y font une incursion. Pourtant, il n'existe pas de vrais romans washingtoniens. Ward Just est peut-être celui qui peut se réclamer le plus justement du titre de romancier washingtonien : naguère correspondant de la presse internationale, il a embrassé une deuxième carrière, recréant dans la fiction l'univers qu'il connaît le mieux (peuplé de journalistes, de députés, de diplomates et de militaires), et s'attachant non pas aux intrigues politiques ou aux crises mondiales, mais aux émotions et aux phénomènes psychologiques.
Dépassant Richmond, en Virginie, théâtre des crimes que s'efforce de démêler le médecin légiste Kay Scarpetta, héroïne des romans à énigme de Patricia Cornwell, nous arrivons en Caroline du Nord. C'est dans cet Etat que l'on trouve la maison d'édition Algonquin Books, et toute une riche tradition littéraire dont se réclame, entre autres, Thomas Wolfe. Récemment, Reynolds Price, le maître à penser d'Anne Tyler, a été décrit par un critique comme occupant le poste suranné d'écrivain en titre du Sud, distinction qu'il aurait d'ailleurs pu partager avec d'autres. Concentrant son attention sur les habitants et de l'est de la Caroline du Nord, Price a écrit plusieurs livres sur une jeune femme, qui s'appelait Rosacoke Mustian, avant de se tourner vers d'autres thèmes, puis de revenir à une héroïne, en 1986. Jill McCorkle, qui n'a pas encore quarante ans, représente la nouvelle génération d'écrivains de Caroline du Nord. Situant le plus souvent ses romans et ses nouvelles dans les petites villes de l'état, elle se penche sur des sujets qui vont de la mystique chez les adolescents de l'Amérique profonde aux sensibilités particulières des femmes du Sud d'aujourd'hui. Les légendes et l'histoire du sud des Appalaches sont au centre des récits de fiction de Lee Smith, tandis que les antennes de Clyde Edgerton, le Mark Twain d'aujourd'hui, sont à l'écoute de l'esprit satirique des Caroliniens. Si Edgerton a suivi les traces de Mark Twain, on peut dire que T.R. Pearson est le Faulkner de sa génération, Neely (Caroline du Nord) remplaçant le comté de Yoknapatawpha (Mississippi).
Pat Conroy a donné son renom à la Caroline du Sud. Ses âpres romans autobiographiques sur sa famille, dominée par un père tyrannique et souvent brutal, sont empreints d'ambivalence, les thèmes déprimants de sa famille désaxée ayant pour contrepoint les somptueuses descriptions de la beauté naturelle des basses terres qui longent la côte est du pays. Toutefois, avant même de s'attaquer aux chagrins lancinants de sa vie familiale, il a écrit un bel ouvrage de littérature générale, The Water Is Wide, dans lequel il décrit ses expériences de jeune instituteur novice faisant la classe à des enfants pauvres dans une île côtière des Carolines.
Le Centre-Ouest, le coeur des états-Unis, continue d'engendrer une foule d'écrivains de talent, héritiers de Willa Cather et d'Eudora Welty, et d'auteurs citadins, par exemple Saul Bellow. Si la littérature urbaine peut paraître quelque peu en sommeil ces derniers temps, des écrivains de Chicago, notamment Scott Turow, dont les récits juridiques ont redéfini la norme pour beaucoup d'ouvrages de ce genre, et Stuart Dybek, auteur de fiction dont les récits se situent dans les quartiers habités par les minorités ethniques, gardent la ville présente sur la carte littéraire. Jane Smiley, qui enseigne l'art d'écrire à l'université de l'Iowa, occupe une place dominante parmi les talents ruraux. Avant de dépeindre la vie universitaire dans son dernier ouvrage, Moo, elle a remporté le Prix Pulitzer 1992 pour son roman A Thousand Acres, une transposition du Roi Lear de Shakespeare dans l'Amérique contemporaine, est une chronique de l'amer conflit familial qui éclate lorsqu'un agriculteur vieillissant décide de léguer ses terres à ses trois filles. Pas très loin de là, Louise Erdrich, en partie Chippewa, a écrit quelques puissants romans qui se situent dans le Dakota du Nord et décrivent les vies embrouillées de familles d'Amérindiens. Elle est l'une des fondatrices d'un jeune groupe d'écrivains amérindiens des plaines et de l'ouest des États-Unis, parmi lesquels figurent Susan Power, Linda Hogan et Sherman Alexie. Larry McMurtry, auteur plus connu, dont les ouvrages figurent souvent parmi les succès de librairie, a retracé les péripéties de l'histoire du Texas, de l'époque des pionniers à celle des autoroutes. Douglas C. Jones, l'un des auteurs les plus méconnus du pays, a donné une description brillante du recul et de la disparition de la frontière Ouest dans une série de romans profondément évocateurs, centrés principalement sur une famille, du milieu du XIXe siècle jusqu'aux années trente. Parmi les autres écrivains en renom du Sud figurent Ann Mason, l'une des chroniqueuses les plus sédentaires de la vie familiale d'aujourd'hui dans la société du Kentucky, et Lewis Nordan, dont les romans traitent principalement de la guerre de Sécession et de l'avènement de l'intégration.
Les terres qui s'étendent à l'ouest et au sud des Rocheuses sont devenues un terrain littéraire fertile. Venu du Tennessee, Cormac McCarthy explore le sud-ouest des états-Unis dans plusieurs de ses romans. Cet auteur solitaire à l'imagination sans limites n'a acquis la notoriété qu'au cours de ces dernières années. Généralement considéré comme l'héritier légitime de la tradition gothique du Sud, McCarthy est intrigué tout autant par la beauté sauvage du paysage que par la brutalité et les réactions imprévisibles de l'homme. L'écrivaine amérindienne Leslie Marmon Silko, qui est née et a grandi au Nouveau-Mexique, a gagné une vaste audience par ses romans, notamment The Almanac of the Dead. Ce récit offre un panorama de la région, depuis les anciennes migrations tribales jusqu'aux trafiquants de drogue et aux promoteurs immobiliers corrompus d'aujourd'hui, qui raflent des bénéfices en faisant un mauvais usage de la terre (thème souvent étudié par l'écrivain Carl Hiaasen, dont les récits se situent en Floride). Il fait parfaitement pendant aux romans policiers de Tony Hillerman, de Santa-Fe, dont les héros sont deux policiers navajos tranquilles. John Nichols, avec tendresse, humour et intelligence, a dépeint l'héritage culturel et les sensibilités des populations ethniques du Nouveau-Mexique dans une trilogie à succès, qui comprend notamment The Milagro Beanfield War.
Le Montana, au nord, doit vraiment avoir un secret pour produire une telle floraison d'auteurs aux talents aussi divers. Les âpres récits d'Ivan Doig, parmi lesquels figure une trilogie sur une famille, sont centrés sur ce qu'il appelle « les vastes étendues de l'Ouest de ce continent ». Ses livres, notamment English Creek et Dancing at the Rascal Fair, sont complétés par les sobres romans minimalistes et les ouvrages généraux de Rick Bass, qui se situent dans les montagnes et dans la nature, et aux antihéros abandonnés et déracinés des romans de Thomas McGuane. Et l'on peut ajouter à ces écrivains le poète-romancier amérindien James Welch, qui décrit les luttes que mènent les membres de son ethnie pour donner un sens aux tensions qui ont marqué leur histoire.
Depuis des dizaines d'années, deux auteurs personnifient le Far- West, surtout la Californie. Wallace Stegner, originaire de l'Iowa, a passé le gros de sa vie dans diverses localités situées entre les Rocheuses et l'océan Pacifique. Il incarnait la région avant même qu'elle soit à la mode, et nombre d'auteurs se réclament aujourd'hui de lui. Son premier grand roman, The Big Rock Candy Mountain (1943), nous présente la chronique d'une famille pénétrée du rêve américain et de sa sensibilité propre à l'Ouest, après la disparition de la « frontière ». Ce récit épique nous transporte du Minnésota, dans le Centre-Ouest, jusqu'à l'état de Washington, dans le Nord-Ouest, et décrit ces « lieux d'une beauté irréelle qui attirent la nation tout entière vers l'Ouest », pour reprendre les mots de Stegner. En 1972, Stegner a remporté le Prix Pulitzer pour Angle of Repose, qui dépeint l'esprit du terroir à travers la description de la personnalité d'une chroniqueuse de l'Ouest traditionnel. La mort prématurée de Stegner dans un accident de la route, en 1993, a privé la littérature américaine d'un artiste au sommet de ses années de création. Complétant Stegner, Joan Didion, journaliste et romancière, décrit la Californie contemporaine dans son oeuvre de littérature générale publiée en 1968, Slouching Towards Bethlehem, et dans son roman caustique et provocateur de 1971 sur la vanité de la scène hollywoodienne, Play It As It Lays. Toutefois, Joan Didion a choisi d'autres sujets d'intérêt dans ses ouvrages récents. Son rôle d'écrivain californien a été repris en partie par plusieurs jeunes talents, parmi lesquels Lisa See, qui a relaté la turbulente histoire de la migration d'Asiatiques vers la Californie et la côte Ouest, et deux auteurs d'ouvrages à énigmes, Sue Grafton, qui dépeint la langueur des collectivités que l'on trouve aujourd'hui le long des plages de la Californie du Sud, et Walter Mosley, dont le détective afro-américain mène ses enquêtes dans le décor du Los Angeles d'après la Deuxième Guerre mondiale. Il y a aussi des auteurs d'origine asiatique, par exemple Amy Tan et Fae Mienne Ng (dont les récits se situent sur la côte Est), et Gish Jen et Chang-Rne Lee, qui utilisent le terroir comme toile de fond pour explorer leurs racines des deux côtés du Pacifique.
Au fin fond du Nord-Ouest, dans l'Orégon et l'état de Washington, le paysage hante les écrits du naturaliste Barry Lopez et du romancier et essayiste David Guterson. Guterson, en fait, est devenu une sorte de personnage mythique il y a environ deux ans avec le succès durable de son premier roman, Snow Falling on Cedars, qui relate les événements entourant le procès pour meurtre d'un pêcheur américain d'origine japonaise sur une île éloignée au large de la côte de l'état de Washington. Et Sherman Alexie, qui trouve joie et enchantement dans sa civilisation amérindienne, est considéré comme l'un des jeunes talents les plus prometteurs de notre époque. Et loin, très loin de la côte Ouest, à Hawaï, le développement littéraire est évident dans les oeuvres de Garrett Hongo, particulièrement ses mémoires, « Volcano », et dans les ouvrages romanesques déroutants de Betty Yamanaka.
Deux genres littéraires parallèles marqués par « le terroir » méritent d'être citées. Le lien entre le premier, la poésie, et la sensibilité, est intrinsèque. Les poètes ont peu de temps pour capter l'attention du lecteur, contrairement aux auteurs d'ouvrages romanesques et généraux qui peuvent s'offrir le luxe de paragraphes et de pages entières. C'est pourquoi le terroir prend parfois toute son importance. Autrefois, les états-Unis pouvaient être fiers de Walt Whitman et de Carl Sandburg; aujourd'hui, les noms d'Amy Clampitt, de W.S. Merwin et de Gary Snyder figurent en bonne place sur la liste des poètes attachés à un « terroir ».
Le deuxième genre, l'art dramatique, est plus édifiant encore. Dans une certaine mesure, le développement du lien avec le terroir dans le théâtre contemporain peut être attribué directement à la croissance du théâtre régional. Ces compagnies théâtrales sans but lucratif qui sont à présent au centre de la culture dans les milieux urbains et suburbains, surtout depuis le milieu des années soixante, doivent leur floraison à la Fondation nationale des arts et à l'appui de plus en plus généreux de certaines entreprises. Et l'apparition de troupes de première qualité hors du pôle traditionnel qu'est New-York, par exemple à New-Haven et Hartford (Connecticut) et à Louisville (Kentucky), a permis la floraison d'une foule de jeunes dramaturges de talent. On se demande ce que seraient aujourd'hui le théâtre et la littérature aux États-Unis, sans la société morcelée décrite dans les oeuvres de Sam Shepard, le bruit saccadé des conversations dans les rues de Chicago reproduit dans les créations de David Mamet, l'éventail de héros et d'héroïnes du XXe siècle qui peuplent les pièces d'August Wilson, les regards introspecteurs sur la vie et les préoccupations décrites par Lanford Wilson, et les excentricités typiques du Sud que l'on retrouve dans Beth Henley. Mais alors que leurs prédécesseurs, Eugene O'Neill, William Inge and Tennessee Williams, écrivaient leurs pièces à l'intention du public new-yorkais, ces nouveaux dramaturges sont formés dans leurs régions mêmes ou dans d'autres avant de s'attaquer aux scènes des théâtres urbains
Tant d'écrivains présentent leurs impressions peu communes dans des ouvrages de la littérature américaine. Décrivant et analysant avec passion, à l'intention des lecteurs du monde entier, ce qu'ils voient à la surface et sous le paysage, au delà de l'horizon, aux sens propre et figuré du terme, ils offrent de nouvelles teintes, de nouvelles perspectives et une nouvelle signification aux lieux chers à leurs coeurs.
La
société américaine
Revues
électroniques de l'USIA
Volume 1, numéro 10,
août 1996