LE TH病TRE AM・ICAIN VU PAR L'AM・IQUE PROFONDE
Dan Sullivan
Minneapolis, Minnesota - Il y a pr・ d'un demi-si・le, en septembre 1951, la revue Theater Arts constatait : ?nbsp;Le th蛯tre am・icain est ・idemment le th蛯tre new-yorkais. Il est dommage que tr・ peu de pi・es dignes d'un int・・ national soient pr・ent・s en dehors de Manhattan ?
Ce n'・ait pas tout ?fait exact, m・e ?l'・oque. En effet, une impresario intr・ide du nom de Margo Jones montait de nouvelles pi・es d・ 1947 dans son petit th蛯tre de Dallas (Texas), notamment Summer and Smoke. En 1928, l'auteur dramatique Eugene O'Neill avait pr・ent?Lazarus Laughed au Pasadena Playhouse, en Californie du Sud.
Theater Arts n'avait cependant pas enti・ement tort. En fait, il y avait autrefois Broadway et off-Broadway (hors Broadway), un point c'est tout. Tout le reste, Boston, Cleveland, Denver, Los Angeles, Chicago, ・ait ?nbsp;out-of-town ?(la province) et personne ne le contestait. Quand, dans la p・iode d'apr・-guerre, une pi・e de th蛯tre ou une com・ie musicale qui avait ・?pr・ent・ ?Broadway venait en tourn・ au th蛯tre Orpheum ?Minneapolis, il fallait rassurer le public en pr・isant que la pi・e ?nbsp;venait directement de New York ? En d'autres termes, que c'・ait du vrai th蛯tre.
Les spectateurs risquaient quand m・e d'・re peu nombreux. L'Orpheum ・ait d・abr? La qualit?des tourn・s baissait et les gens pr・・aient rester chez eux pour regarder la t・・ision. On pouvait se demander s'il y aurait, dans cinquante ou soixante ans, un th蛯tre professionnel ?Minneapolis .
Nous sommes maintenant en 1998. En descendant Hennepin Avenue, dans le centre de Minneapolis, je passe devant l'Orpheum qui, apr・ des travaux de restauration, a retrouv?son ancienne splendeur. Le Roi Lion, adaptation du dessin anim?de Walt Disney qui triomphe actuellement ?Broadway, avait d'abord ・? pr・ent?ici, durant l'・?1997. Bring In 'Da Noise, Bring In 'Da Funk, histoire des Afro-Am・icains racont・ ?l'aide de danses ex・ut・s au rythme d'instruments ?percussion, a ・? jou・ ?Minneapolis pendant les f・es de fin d'ann・. L'une des reprises les plus acclam・s de Broadway, Chicago, y a ・? jou・ au printemps. La tourn・ nationale de la troupe qui joue la nouvelle com・ie musicale Ragtime, ・ocation ・louissante du d・ut du XXe si・le aux ・ats-Unis, est actuellement en route vers Minneapolis. Il n'y a aucun doute. Le circuit des tourn・s a repris.

--Foto du haut par Catherine
Ashmore;
foto du bas par Michael Cooper
Mais un autre circuit, en fait toute une fili・e est visible au c・ur de l'Am・ique moyenne. D'autres changements s'op・ent ・alement. La d・entralisation du th蛯tre am・icain, qui s'est ・helonn・ sur une g・・ation, est aujourd'hui une r・lit? Elle est ・idente ?Minneapolis et partout ailleurs, de Seattle (・at de Washington) ?Hartford, dans le Connecticut.
?quelques rues de l'Orpheum, par exemple, on trouve un autre type de th蛯tre, le ?nbsp;Tyrone Guthrie Theater ? qui a ouvert ses portes il y a trente-cinq ans, avec la pr・entation de Hamlet par le l・endaire metteur en sc・e qui a donn?son nom au th蛯tre. Le Guthrie n'a pas ・?le premier th蛯tre r・ional am・icain dot?d'une troupe d'acteurs professionnels. Il ne sera pas non plus le dernier. Durant la derni・e g・・ation, le pendule du monde th蛯tral a oscill?de Broadway vers toutes les r・ions des ・ats-Unis et les th蛯tres locaux donnent souvent de l'impulsion au th蛯tre new-yorkais. Ces temps-ci, si de nouvelles compagnies ne font pas leur apparition partout, du moins celles qui ont ・?cr蜑es entre 1950 et 1975 construisent de nouvelles salles et s'agrandissent pour pouvoir ・endre leurs activit・.
Dans les ann・s 1940, Margo Jones r・ait de sillonner le pays et de trouver, ?chacune de ses ・apes, un th蛯tre professionnel offrant de bonnes pi・es, bien pr・ent・s. Dans les ann・s 1990, son r・e s'est r・lis? Un coup d'・il ?la liste des pi・es pr・ent・s dans plus de deux cents th蛯tres locaux, d'Hawaii au Maine, publi・ dans le dernier num・o de American Theater, successeur de Theater Arts, en donne la preuve.
LES ?nbsp;EAST WEST PLAYERS ? AVOCATS DE L'ART
Quand le rideau s'est lev? il y a quelques mois, sur une production de Pacific Overtures de Stephen Sondheim dans la nouvelle salle des ?nbsp;East West Players ??Los Angeles, c'est un nouveau chapitre des annales de la troupe, et plus g・・alement de l'histoire du th蛯tre multiculturel aux ・ats-Unis, qui s'est ouvert.
Les ?nbsp;East West Players ?sont la compagnie asio-am・icaine de th蛯tre la plus ancienne des ・ats-Unis, l'une des plus influentes aussi. Elle accueille depuis plus de trente ans des acteurs du bassin du Pacifique pour leur permettre de pratiquer leur art, de travailler leur m・ier et d'approfondir leurs connaissances des activit・ commerciales li・s au th蛯tre.
Le succ・ de la troupe ?nbsp;a ・?pr・・?par celui de ses anciens ?a r・emment ・rit Jan Breslauer dans le Los Angeles Times, en faisant l'・oge de cette ?nbsp;p・ini・e d'une valeur inestimable ? Pat Morita, John Lone et Sab Shimono, acteurs de cin・a et de t・・ision connus aux ・ats-Unis, figurent parmi ces anciens, ainsi que les dramaturges David Henry Hwang (dont quatre ・uvres ont ・?mises en sc・e ici) et Philip Kan Gotanda.
Les ?nbsp;East West Players ?ont aujourd'hui ・u domicile au ?nbsp;David Henry Hwang Theater ?(deux cent vingt places), am・ag?dans une ・lise d・affect・ que l'on a baptis・ ?nbsp;Union Center for the Arts ? o?se trouvent ・alement une galerie d'art et une firme de production cin・atographique ind・endante. Au nombre des principaux donateurs, on rel・e les noms de Henry et Dorothy Hwang, parents de l'auteur ・onyme du th蛯tre. Celui-ci, auteur de pi・es telles que M. Butterfly et Golden Child, produites ? Broadway, est le plus c・・re des dramaturges asio-am・icains en activit? Le premier directeur artistique de la troupe a ・? Mako. Connu pour ses r・es de genre dans une s・ie de films hollywoodiens, il a ・alement ・?la vedette de la premi・e pr・entation ?Broadway de Pacific Overture, com・ie musicale de Stephen Sondheim d・rivant l'ouverture du Japon par le monde occidental au milieu du si・le dernier. Ses coll・ues et lui, note-t-il, ?nbsp;ne cherchaient pas consciemment ?・ablir un mod・e ?lorsqu'ils ont commenc??faire de la mise en sc・e. ?nbsp;Ce que nous recherchions consciemment, c'・ait d'・re honn・es envers nous-m・es, d'apprendre ?faire face ? certaines r・lit・ du monde qui nous entourait, telles que le racisme et la discrimination ? d・lare-t-il.
Beulah Quo, actrice asio-am・icaine de talent et membre des ?nbsp;East West Players ?d・ leur cr・tion, se rem・ore les d・uts de la troupe : ?nbsp;Nous sommes les premiers acteurs Am・icains d'origine asiatique ?avoir travaill?ensemble ?Los Angeles. Cela n'a plus rien d'inhabituel aujourd'hui, mais ?l'・oque, personne n'y avait jamais pens? ?
Au fil de trois d・ennies, les ?nbsp;East West Players ? se sont fait le miroir des th・es de la soci・?am・icaine, depuis les politiques de l'identit?culturelle des ann・s soixante et soixante-dix jusqu'aux grandes questions de la vie et de l'amour. La compagnie, dont l'exemple a ・?suivi dans les ann・s soixante-dix par d'autres groupes asio-am・icains en raison de ses succ・, est typique du th蛯tre pluriculturel des ・ats-Unis. Elle repr・ente un segment de la soci・?am・icaine, au m・e titre que le th蛯tre hispanophone de Los Angeles, New York et autres villes, que le th蛯tre afro-am・icain dans tout le pays et, ?l'instar de ceux-l? le th蛯tre asio-am・icain se porte bien. ?nbsp;Le public se d・eloppe, a dit r・emment David Hwang au Washington Post. Les productions sont plus accessibles, plus visibles que nous ne l'aurions imagin?il y a vingt ans. C'est passionnant, comme de regarder un enfant grandir. ?
Tim Dang, actuel directeur artistique de la troupe, a d・lar? au Daily Bruin, journal de l'Universit?de Californie ? Los Angeles, qu'il esp・ait que le nouveau site se d・elopperait pour devenir plus qu'un simple th蛯tre, pour devenir en fait un centre artistique. ?nbsp;Si vous voulez, l'un de nos buts, c'est d'am・iorer la prise de conscience des divers publics, pour que les amateurs de th蛯tre s'arr・ent ・alement aux expositions d'・uvres d'art ; et lorsqu'il y aura des projections de films, nous inviterons les cin・hiles ?venir voir nos productions th蛯trales. ?
- Charlotte Astor
Quelqu'un qui traverserait les ・ats-Unis en avril ?partir de la Californie, pourrait voir Brecht ?Los Angeles ; une com・ie de David Ives, All in the Timing ?San Diego ; deux pi・es sur l'exp・ience afro-am・icaine, Having your Say d'Emily Mann et Jitney d'August Wilson, la premi・e ?Ph・nix la seconde ?Denver ; la reprise d'une pi・e d'Oscar Wilde ?Chicago ; les nouvelles ・uvres de deux auteurs dramatiques contemporains, A.R. Gurney et Richard Greenberg, ?Cleveland et Princeton (New Jersey) ; et une anthologie d'Edward Albee ?Boston.
Toutes ces activit・ rel・ent du secteur non commercial, ce qu'on appelle commun・ent ?nbsp;le secteur sans but lucratif ? Le th蛯tre sans but lucratif est aujourd'hui moins lucratif que jamais. Les fonds proviennent de fondations, de conseils locaux des arts, de soci・・ et de m・・es, mais moins qu'auparavant de la Fondation nationale des arts, dont le budget a ・?consid・ablement r・uit.
Le vocabulaire a d?・re chang? On n'entend plus gu・e parler de th蛯tre de r・ertoire de nos jours. Changer de programme tous les soirs s'est r・・?beaucoup plus co・eux que de pr・enter une pi・e ?la fois pendant la saison, comme avaient l'habitude de le faire les anciennes troupes de th蛯tre , en gardant quelques semaines disponibles, au cas o?la derni・e pi・e de la saison, souvent une com・ie, ferait salle comble. ・ant donn?les difficult・ de tr・orerie qu'ils connaissent ?l'heure actuelle, les th蛯tres ont besoin de pi・es ?succ・.
Le mot ?nbsp;troupe ?continue ?・re utilis? mais il d・igne g・・alement le groupe d'acteurs qui pr・ente le programme un soir donn? et non pas, comme autrefois, un ensemble d'acteurs qui interpr・aient un certain nombre de r・es pendant toute une saison. Tyrone Guthrie froncerait les sourcils, mais le nouveau directeur artistique du Guthrie Theater, J? Dowling, est philosophe. Ce v・・an de l'Abbey Theatre d'Irlande sait qu'une troupe peut devenir trop permanente. En outre, les acteurs d'aujourd'hui h・itent ?s'engager pour toute une saison. D'ailleurs, la plupart du temps, les th蛯tres ne peuvent pas se permettre de payer en permanence un groupe important d'acteurs.
Les deux premi・es saisons de Dowling ont ・?davantage ?la port・ du public que celles de son pr・・esseur, Garland Wright, et le nombre des abonnements a augment? ?nbsp;On me dit que je cherche ?attirer la foule. Je suppose que c'est vrai. J'ai un th蛯tre de treize cents places ?remplir chaque soir. J'aime la foule ; je veux lui plaire. ?
Jusqu'o?faut-il s'abaisser toutefois ? Tel est le dilemme de la plupart des th蛯tres sans but lucratif. Ils veulent souvent exp・imenter, se montrer audacieux, d・ouvrir le nouvel auteur dramatique brillant ou remanier avec art les pi・es classiques et changer l'・oque ?laquelle elles sont cens・s se passer ou cr・r des d・ors pleins d'imagination. Mais en demandant trop ?leur public, ils s'exposent ?des lettres pleines de col・e des spectateurs, ?l'annulation d'abonnements, ?la diminution du soutien des soci・・. Si ces compagnies th蛯trales ont ・?cr蜑es pour secouer l'ordre social, elles ne le font assur・ent pas ?l'heure actuelle.
Une autre difficult?tient ?la r・ularit?des programmes des th蛯tres locaux. Les spectacles de Broadway r・ultent d'une alliance temporaire de fanatiques obs・・ par l'id・ de faire de leur production du moment le spectacle le plus extravagant de l'histoire du th蛯tre. Les pressions qui s'exercent sur ces derniers sont impitoyables, le co・ ・otionnel tr・ ・ev?et, parfois, les r・ultats sont sensationnels.
Prenez, par contre, le r・ent d・ut de Sylvia, de A.R. Gurney, au ?nbsp;Cleveland Play House ? pi・e c・・rale et amusante dont le personnage principal tombe (litt・alement) amoureux de son chien. Le texte est plein de charme, le jeu des acteurs excellent et cette pi・e conna・ un grand succ・ aupr・ du public. Mais la prise de risques, le sentiment d'exp・imentation n'entourent certainement pas cette production.
Malgr?tout cela, nos th蛯tres locaux tiennent toujours ? pr・enter ce que Peter Hackett, directeur artistique du ?nbsp;Cleveland Play House ? continue ?appeler le ?nbsp;th蛯tre d'art ? une expression si vieille (elle fait penser ?O'Neill et au ?nbsp;Provincetown Playhouse ? qu'elle est redevenue nouvelle. Aussi difficile qu'il soit de d・inir le th蛯tre d'art, il ne signifie ni le fracas des chandeliers du Fant・e de l'Op・a ni les h・icopt・es qui survolent la sc・e dans Miss Sa・on. Les th蛯tres locaux sont cens・ pr・enter des spectacles valables et c'est ce que font la plupart d'entre eux.
De ce fait, les spectateurs s・ieux , o?qu'ils soient aux ・ats-Unis, ne se sentent plus l・・ si une pi・e ?succ・ est retir・ de l'affiche ?New York avant qu'ils n'aient pu la voir. Il est tr・ probable qu'elle figurera, une ou deux saisons plus tard, au programme de leur th蛯tre local, dans une production qui ・alera ou m・e surpassera souvent l'original. Je regrette encore d'avoir d・ens?soixante dollars pour voir une jeune actrice de cin・a, choisie uniquement en raison de sa c・・rit? se d・attre avec How I Learned To Drive, la pi・e qui a valu ?son auteur, Paula Vogel, un prix Pulitzer, alors que je savais qu'une metteur en sc・e intelligente de Minneapolis, Casey Stangl, ・ait sur le point de monter cette pi・e dans son th蛯tre, Eye of the Storm. La jeune actrice que Casey Stangl a choisie pour interpr・er le r・e principal n'est peut-・re pas une vedette d'Hollywood, mais je suis s・ qu'elle saura interpr・er convenablement le monologue en question. Il en sera de m・e, j'en suis persuad? de l'actrice qui jouera ce r・e cette saison ? Providence (Rhode Island) ou Baltimore (Maryland) et la saison suivante ?Washington, D.C. et ailleurs.
Et ces actrices deviendront peut-・re des vedettes, du moins dans leur r・ion. L'un des meilleurs c・・ du th蛯tre contemporain est le fait qu'un bon acteur peut faire carri・e dans un ou plusieurs th蛯tres r・ionaux sans avoir besoin d'aller ?New York ou ?Los Angeles. Il ne conna・ra peut-・re ni la c・・rit?ni la richesse, mais il sera peut-・re chaleureusement salu?au supermarch?local par quelqu'un qui l'aura applaudi la veille au ?nbsp;Twin Cities, au ?nbsp;Guthrie ?ou au ?nbsp;Th蛯tre de la Jeune Lune ?
La renomm・ et la fortune ne sont d'ailleurs pas exclues. John Mahoney, qui n'entama sa carri・e th蛯trale que vers la fin de la trentaine, a d・ut?sur les planches ?Chicago. Il pourrait aujourd'hui se permettre d'acheter une confortable propri・?? Hollywood, apr・ son succ・ dans de nombreux films et, derni・ement, dans le feuilleton t・・is?Frasier. Mais il a choisi de vivre ?Chicago et de s'y produire aussi souvent que possible. C'est ainsi qu'en avril 1998, il a jou?dans une reprise de The Man Who Came to Dinner, com・ie de Kaufman et Hart des ann・s trente, avant d'aller ensuite l'interpr・er ? Londres.
De m・e, Robert Prosky, qui a fait pendant de nombreuses ann・s partie de la troupe de l'Arena Stage ?Washington, a ensuite d・roch?un r・e dans le feuilleton t・・is?Hill Street Blues et dans de nombreux films. L'acteur Jeff Daniels, qui partageait avec Jim Carrey la vedette de Dumb and Dumber, aime tellement les planches qu'il a fond?son propre th蛯tre, The Purple Rose, dans sa ville natale de Chelsea (Michigan). Ce printemps, sa troupe pr・entait la premi・e mondiale de Book of Days, de Lanford Wilson, l'un des auteurs dramatiques am・icains les plus pris・ de la sc・e th蛯trale contemporaine.
Kevin Kling se produit dans le monde entier dans des pi・es ? un seul personnage comme 21A et The Education of Walter Kaufman, mais il n'en demeure pas moins un artiste de Minneapolis, qu'il joue dans Diary of a Scoundrel au Jungle Theatre, dans une adaptation des Jumeaux de Venise de Goldoni au Guthrie, ou qu'il fasse des doublages pour boucler ses fins de mois.
Comparez cela ?l'exp・ience d'un auteur dramatique du centre du pays d'une ・oque ant・ieure. William Inge avait ・?d・ouvert par Margo Jones dans les ann・s quarante. Bien d・id??faire jouer ses pi・es ?New York, Inge y parvient finalement, en 1950, avec Come Back, Little Sheba. Cependant, apr・ quatre grands succ・ (dont Bus Stop et Picnic), Broadway le jugea d・od? Se sentant trop d・acin?pour retourner au Kansas, il s'enfuit ?Hollywood o?il v・・a avant de se suicider, en 1973.
Cette sombre histoire a cependant une fin heureuse. Le Festival William Inge a ・?fond??sa m・oire il y a dix-sept ans par un professeur de lyc・, Margaret Goheen. Il a lieu chaque ann・ dans la ville natale de Inge, Independence (Kansas), petite ville typiquement am・icaine. Les visiteurs les plus inattendus se rendent dans ce cadre de la Grande Prairie pour y recevoir un hommage, des gens comme Arthur Miller, Edward Albee, August Wilson, Neil Simon, Wendy Wasserstein et, cette ann・, Stephen Sondheim.
Ils y vont en partie pour rendre hommage ?Inge, dont la carri・e symbolise le d・acinement de l'artiste am・icain, en partie aussi pour ・re eux-m・es honor・.La participation du compositeur et parolier de Broadway Stephen Sondheim, avec des chansons interpr・・s par Bernadette Peters, sa vedette dans Sunday in the Park With George, ・uvre qui lui valut un prix Pulitzer, et dans Into the Woods, a rassembl?un millier de spectateurs au Memorial Hall. Ils y vont aussi pour parler th蛯tre avec les ・・es de l'?nbsp;Independence Community College ?
?nbsp;Vous ・es connu comme un artiste intransigeant et pourtant, vous avez apport?des changements ?Passion lors des essais. N'est-ce pas faire des concessions ? ? lui a demand?une jeune femme.
?nbsp;Non, lui a r・ondu Sondheim, il ne s'agit pas de concessions, mais de changements. Je ne le fais pas pour plaire au public, mais pour lui faire conna・re clairement mon intention. Une fois qu'il la connaissent, ils peuvent soit l'accepter, soit la rejeter. Dans Passion, ils l'ont rejet・. ?
?Independence, nous avons ・alement entendu lire un nouveau texte de David Ives, auteur dramatique qui conna・ maintenant le succ・. Sa com・ie All in the Timing, a ・?la pi・e la plus fr・uemment jou・ dans ce th蛯tre durant la saison 1995-1996. Comment Ives est-il devenu auteur dramatique ? ?nbsp;Le th蛯tre est une v・itable question de chance. J'ai envoy?une pi・e ?quelqu'un que je connaissais ?Minneapolis, qui m'a parl?d'un th蛯tre de Los Angeles... ?.
Toute chance mise a part, il y a maintenant des fili・es ・ablies pour la mise au point des nouvelles pi・es, m・e les com・ies musicales. Il y en a tellement, en fait, que les critiques reprochent ?certains th蛯tres r・ionaux de pousser la mise au point des textes jusqu'?leur porter un coup mortel, de leur faire subir tant de r・isions, de tant en discuter avec l'auditoire qu'en d・initive, l'auteur lui-m・e ne peut plus dire de quoi traite sa pi・e. On entend ・alement la plainte inverse : un th蛯tre va garder un manuscrit pendant un an avant de le renvoyer sans commentaire ?son auteur.
N・nmoins, les jeunes auteurs dramatiques ont g・・alement moins de mal qu'autrefois ?trouver des lecteurs. Et tr・ souvent, une premi・e suivra, parfois m・e une double premi・e.
La pi・e de Christopher Sergel intitul・ Black Elk Speaks est pass・ de son d・ut ?la ?nbsp;Denver Theater Center Company ?au ?nbsp;Mark Taper Forum ?de Los Angeles en 1995, en ・hange de la pr・entation, par le Mark Taper Forum, de Nine Armenians de Leslie Ayvasian. Black No More, de Syl Jones, a ・?pr・ent・ par le Guthrie Theater et par l'Arena Stage de Washington. Le festival annuel de l'?nbsp;Actors Theatre ?de Louisville a fait conna・re au public am・icain plus d'une douzaine de nouveaux auteurs dramatiques de talent. Le ?nbsp;Denver Center Theater ? organise deux festivals consacr・ aux nouvelles pi・es, dont l'un aux pi・es d'auteurs dramatiques f・inins.
Bien que les auteurs dramatiques f・inins ne soient pas encore sur un pied d'・alit?avec leurs homologues masculins aux ・ats-Unis, on note des signes encourageants de progr・ dans ce domaine. Tina Howe, Marsha Norman, Wendy Wasserstein et Emily Mann continuent ?se faire un nom, Emily Mann ・alement en tant que directrice artistique du ?nbsp;McCarter Theater ?de Princeton (New Jersey). En r・lit? certaines des pi・es in・ites les plus applaudies ?New York cette saison avaient une femme pour auteur : Tina Howe (Pride's Crossing), Jane Anderson (Defying Gravity) et Amy Freed (Freedomland).
Les dramaturges afro-am・icaines sont particuli・ement en vue ?l'heure actuelle. En plus de Naomi Wallace, Suzan-Lori Parks et Cheryl West, Pearl Cleage a vu sa pi・e Blues for an Alabama Sky pr・ent・ pour la premi・e fois aux Jeux Olympiques d'Atlanta en 1996, avant d'・re jou・ a travers les ・ats-Unis. Et Kia Corthron est un nouvel auteur prolifique dont les ・uvres ont ・?jou・s de Baltimore (Maryland) ?Seattle (・at de Washington).
Pour boucler cette discussion du th蛯tre am・icain, je dois porter mon regard au-del?de Minneapolis, en direction de la c・e Est et des banlieues du Connecticut. Une ancienne ferme de Waterford abrite le ?nbsp;O'Neill Theater Center ? fond? en l'honneur du grand dramaturge am・icain de la premi・e moiti? de ce si・le. Ce centre sert de cadre ?une conf・ence d'auteurs dramatiques, ?un atelier consacr?aux com・ies musicales et ?un s・inaire pour critiques. La conf・ence organise des lectures d'une douzaine de nouvelles pi・es chaque ann・. Parmi les participants ont figur?John Guare, Isra・ Horovitz et August Wilson, l'auteur dramatique afro-am・icain le plus c・・re des ・ats-Unis.
Wilson s'est r・emment attir?des critiques pour avoir adopt? une position que certains jugent s・aratiste ?l'・ard du th蛯tre afro-am・icain. Il maintient que les ・rivains et artistes afro-am・icains doivent r・ister ?l'?nbsp;establishment ? th蛯tral am・icain blanc, fonder leurs propres th蛯tres et s'y produire. Ce qu'il y a d'ironique, c'est que Wilson lui-m・e continue ?faire jouer ses propres pi・es dans les th蛯tres bien ・ablis des ・ats-Unis.
Cela ne retire rien ?son argument fondamental selon lequel les ・ats-Unis pourraient avoir davantage de th蛯tres afro-am・icains, asio-am・icains et latino-am・icains pour r・ondre ?l'enthousiasme d'auditoires multiculturels de plus en plus importants. Cela pourrait mener ?la pr・ence dans ce domaine d'un plus grand nombre de critiques multiculturels qui se joindraient aux deux ・inents critiques afro-am・icains actuels, Sandra Brooks-Dillard du Denver Post et Richard Preston du Minneapolis Star-Tribune.
Le th蛯tre am・icain a donc encore beaucoup ?faire. Mais il s'agit du moins, ?pr・ent, d'un th蛯tre authentiquement am・icain.
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Dan Sullivan est critique th蛯tral au Minneapolis Star-Tribune, au New York Times et au Los Angeles Times. Il enseigne ?l'Universit?du Minnesota.
La Soci・?am・icaine
Revue ・ectronique de l'USIA, volume 3, num・o 1, juin 1998