L'ART ET LA SOCI・? :
UN ENTRETIEN AVEC MORRIS DICKSTEIN
Quelle est la contribution de l'art ?la soci・?nbsp;? Existe-t-il un art indiscutablement am・icain ? Quels sont les points de r・・ence de la culture am・icaine et comment cette culture se red・init-elle actuellement, en particulier dans le cadre de notre soci・? dans notre monde domin?par la technique ? Dans ce dialogue avec Michael Bandler, l'historien Morris Dickstein, directeur du Centre des sciences humaines de l'Universit?de New York (CUNY) et professeur d'anglais et d'art dramatique au Queen's College de la CUNY, examine les arts contemporains et parle de ses racines historiques et litt・aires.
Question - Tout d'abord, que signifie l'art pour la soci・?nbsp;?
M. Dickstein - La culture artistique est l'examen de conscience de la soci・? C'est la fa・n dont celle-ci r・l・hit ?ses valeurs, dont elle s'observe. Nous associons aussi la culture aux loisirs. Elle nous montre qu'une soci・?ne se contente pas uniquement de travailler, qu'elle appr・ie la beaut?et ce qui lui permet de se comprendre, qu'elle peut m・e changer de comportement. La culture, c'est la critique sous forme d'imitation. Qui dit culture dit divertissement, mais aussi contemplation, amusement, clairvoyance
Question - Si on se concentre sur les arts aux ・ats-Unis, peut-on d・inir ce qu'est l'art am・icain et comment il a pris forme ?
M. Dickstein - Certains arts ont mis du temps ?se d・elopper aux ・ats-Unis. C'est le cas de a peinture par exemple. Nous avions bien des peintres, au XVIIIe si・le, mais leurs tableaux ressemblaient ?la peinture provinciale anglaise, avec quelques talents remarquables comme John Singleton Copley. La nouvelle peinture am・icaine du d・ut du XIXe si・le est tr・ primitive. Elle s'apparente plut・ ?l'art populaire. Ce n'est qu'au milieu du XIXe si・le que les arts visuels ont commenc?? ・oluer avec les grands paysagistes am・icains comme Thomas Cole et Frederic Edwin Church, et la ?nbsp;Hudson River School ? en particulier avec le d・eloppement de la peinture r・liste am・icaine. Il y a eu des gens comme Winslow Homer, un illustrateur pour la publication Harper's. Charg?par ce journal de couvrir la guerre de S・ession, il a progressivement d・elopp?son style et son int・・ pour la nature et l'art tout en continuant ?travailler pour cette entreprise. Il en va de m・e de Thomas Eakins, qui se rendit en Europe, mais fut peu influenc?par les nouvelles tendances de l'art europ・n et d・eloppa progressivement son propre style dans l'art du portrait aux ・ats-Unis, une forme authentiquement nouvelle de r・lisme. Au XXe si・le, avec la ?nbsp;Ashcan School ? on a commenc??voir appara・re des peintres r・listes comme Edward Hopper. Ils furent influenc・ par le modernisme et l'abstraction, qu'ils ont incorpor・ ?leurs ・uvres r・listes.
L'art am・icain a pris son essor quand les peintres ont rompu avec les mod・es europ・ns, m・e s'ils ・aient influenc・ par eux. Et ils ont assimil?des ・・ents qui n'existaient qu'aux ・ats-Unis, par exemple l'expansion de villes vraiment modernes, les grands espaces, les vastes terres inoccup・s, la marche vers l'Ouest et plus tard l'afflux d'immigrants qui a donn??la population des ・ats-Unis sa grande vari・? Notre pays ne fait pas de distinction absolue entre le grand art et l'art mineur comme cela se passe parfois en Europe. Un illustrateur comme Frederic Remington, ?qui nous devons quantit?de nos images de l'Ouest et des cow-boys, et qui a eu une influence extraordinaire sur les films ?nbsp;western ?de ce si・le, se situe dans cet espace impr・is entre l'illustrateur populaire et l'artiste s・ieux.
Question - Vous avez mentionn? il y a un instant, la rupture avec les mod・es europ・ns ; cette rupture s'est-elle produite dans toutes les formes d'art ?
M. Dickstein - Effectivement. Un porte-parole ・oquent de ce ph・om・e fut Ralph Waldo Emerson, qui partait de l'id・ que les ・ats-Unis devaient cr・r une nouvelle culture, prendre un nouveau d・art et ne pas d・endre de la culture europ・nne, bien qu'il f・ lui-m・e fascin?par cette culture. Puis vint Walt Whitman, ?qui Emerson ・rivit sa c・・re lettre dans laquelle il le saluait en tant que nouvelle influence dans le monde. On peut dire que Walt Whitman et Henry David Thoreau furent les premiers ?tenter de r・liser le programme d'Emerson, mais de nombreux autres artistes et ・rivains trouv・ent aussi le moyen d'y parvenir.
Question - Appliquons un instant la m・e th・rie ? la musique.
M. Dickstein - Certains des artistes am・icains les plus int・essants, m・e s'ils n'ont pas ・?consid・・ comme tels de leur vivant, sont ceux qui ont associ?les progr・ de l'art ? ce qu'on pourrait appeler les ・・ents populistes de la culture populaire. L'un deux est Charles Ives, compositeur am・icain original et grand admirateur d'Emerson. Il s'est m・e inspir?de cet ・rivain et de son cercle pour son ・uvre la plus connue, la Concord Sonata. On trouve des exemples ・uivalents dans toutes les autres forme d'art.
Question - Stephen Foster est un autre musicien typiquement am・icain, me semble-t-il.
M. Dickstein - Assur・ent. On ne peut pas r・llement s・arer les chants artistiques de la chanson populaire aux ・ats-Unis.
Question - En dehors des influences de la nature et du pays, quels sont les autres facteurs qui ont marqu?la culture aux ・ats-Unis ?
M. Dickstein - Il ne faut sous-estimer ni l'importance des diff・ences r・ionales ni le d・eloppement d'une population urbaine vari・. Mais. comme l'a montr?Alfred Kazin dans son livre r・ent God and the American Writer (Dieu et l'・rivain am・icain), l'autre grande influence qui s'est exerc・ sur les artistes am・icains, a ・?la religion. Il ne s'agit g・・alement pas d'une religion orthodoxe. Mais elle est souvent de conception tr・ personnelle. Le grand exemple de ce ph・om・e au XIXe si・le est Emily Dickinson, qui se d・attait constamment de fa・n non conformiste avec son milieu, la Nouvelle-Angleterre, et qui avait mis au point un ensemble existentiel original de croyances religieuses tr・ modernes, en avance sur son ・oque, comme l'ont fait beaucoup d'artistes am・icains qui n'ont ・? pleinement appr・i・ que par les g・・ations suivantes.
Question - Pour revenir un moment aux arts visuels, cet accent religieux se manifeste aussi dans les ・uvres de Cole et d'autres peintres.
M. Dickstein - En effet. Les peintres dits luministes introduisaient dans leurs ・uvres un ・・ent nettement transcendantal, sinon une orthodoxie religieuse, en donnant la pr蜑minence aux effets de lumi・e et ?leurs r・ctions au milieu ambiant. Leurs tableaux avaient un c・?th蛯tral tr・ prononc? Certains de ces artistes ・aient envoy・ ?travers le monde et on leur demandait de se produire devant un public.
Question - La danse est ・idemment un autre art qui a refl・?une rupture entre l'Europe et le Nouveau Monde, avec des artistes comme George Balanchine et Martha Graham. D'ailleurs Martha Graham revint ?la religion et ?la nature, deux ・・ents que vous avez cit・, avec son ballet Shaker et Appalachian Spring.
M. Dickstein - Cela s'est produit pendant la phase populiste de la culture am・icaine, c'est-?dire les ann・s trente et quarante. Il y avait d・?des danseurs modernes aux ・ats-Unis avant Martha Graham mais aucun n'avait sa fougue ou sa d・ermination. ?propos de l'influence de l'Europe et de la rupture avec ses traditions, il faut mentionner Balanchine, un grand chor・raphe ・igr?qui s'est d・arrass?d'une bonne partie des ・・ents d・oratifs et th蛯traux du ballet russe. L'un des premiers ballets qu'il cr・ ici fut Slaughter on Fifth Avenue pour la com・ie musicale On Your T・s (dont la musique avait ・?compos・ par Richard Rodgers et Lorenz Hart). La plupart des Europ・ns qui venaient aux ・ats-Unis ・aient encore plus fascin・ par les ・・ents de la mythologie am・icaine et de la vie aux ・ats-Unis que les Am・icains eux-m・es. De nombreux Am・icains, en partie ceux de la Nouvelle-Angleterre, jugeaient la culture europ・nne sup・ieure et regardaient de haut la culture am・icaine. C'est une erreur que faisaient rarement les Europ・ns, qui n'・aient g・・alement pas int・ess・ par l'aspect intellectuel de notre culture, mais que fascinaient ses ・・ents beaucoup plus autochtones. Le compositeur tch・ue Antonin Dvorak en est l'un des premiers exemples c・・res.
Question - Vous aviez des musiciens comme Aaron Copland, George Gershwin, et des ・rivains comme Ernest Hemingway, qui vivaient en Europe dans les ann・s vingt.
M. Dickstein - Il ・ait de bon ton, dans les ann・s vingt, d'aller en Europe et de se laisser influencer par le modernisme europ・n. Il est certain que les premi・es ・uvres de Copland sont beaucoup plus modernistes que la musique qu'il a compos?par la suite, dans les ann・s trente et quarante, comme Billy the Kid, Rod・, Fanfare for the Common Man et d'autres pi・es qui contenaient des ・・ents plus populistes. Il faut citer ・alement la musique tr・ sophistiqu・ des com・ies musicales des ann・s vingt et trente, compos・s par George et Ira Gershwin, Cole Porter, Irving Berlin et J・・e Kern.
Question - Vous avez parl?de culture intellectuelle et de culture populiste. La distinction entre les eux s'est-elle estomp・ ?
M. Dickstein - Ce n'est que dans les ann・s cinquante qu'une poign・ d'intellectuels essaya d'・ablir une tr・ nette distinction entre la culture intellectuelle et la culture populaire, mais cela ne dura pas parce que cela ne refl・ait pas r・llement la r・lit? m・e dans la litt・ature moderne. Les modernistes eux-m・es ne reconnaissaient pas cette distinction entre culture intellectuelle et culture populaire. T.S. Eliot ・ait influenc?par le music hall. Franz Kafka ・ait fascin?par le th蛯tre Yiddish. Samuel Beckett ・ait un admirateur enthousiaste des films de Buster Keaton.
Question - La tendance moderniste semble avoir eu un parcours mouvement?dans la culture am・icaine. Est-ce exact ?
M. Dickstein - Chacun des arts a eu des ・・ents de modernisme brillamment exp・imentaux, mais qu'on ne saurait qualifier de faciles ?appr・ier. En musique, par exemple, un grand nombre d'・・ents modernistes ・aient cens・ purger la musique des clich・ des compositions de la fin du XIXe si・le, Tcha・ovski, Rachmaninoff, etc. On voulait faire place nette, se d・arrasser des vieilles formes de sentimentalit?et de m・odies et tenter d'obtenir une version plus nette des satisfactions que la litt・ature et la musique du XIXe si・le apportaient au public. Il est int・essant de noter qu'il y a, dans la musique contemporaine, un retour ?la tonalit??l'ancienne, m・e si elle ne se manifeste pas exactement de la m・e fa・n. Il me semble qu'actuellement, les tendances nettement exp・imentales ont recul? Prenez un compositeur comme Philip Glass, qui utilisait des ・・ents tr・ limit・ dans ses premi・es ・uvres presque strictement r・・itives et rythmiques. Ses ・uvres sont devenues beaucoup plus m・odiques. L'op・a conna・ actuellement une grande vogue, non seulement parmi les compositeurs qui essaient de cr・r des ・uvres qui tiendront l'affiche, mais aussi parmi les po・es dont beaucoup sont les auteurs de livrets, comme J.D. McClatchy avec l'Emmeline de Tobias Picker. On d・ire davantage trouver des points de rencontre entre les arts, et l'op・a a toujours ・?un domaine dans lequel les diff・ents formes d'art, mise en sc・e, spectacle visuel, musique et th蛯tre se rejoignent.
Question - Les arts sont li・ ?la politique depuis des si・les, ils l'・aient peut-・re m・e d・?du temps des Grecs. Pourquoi ?
M. Dickstein - Les arts ont toujours eu une dimension politique. Ils traitent de la vie et de la culture et la politique en fait partie. Durant la p・iode moderniste, on a tent? sans succ・, d'imposer ?l'art un esth・isme rigoureux. Dans certains arts, il se manifeste une tendance ?tomber dans l'exc・ inverse. Ainsi, certaines des r・entes expositions annuelles du Whitney se sont concentr・s sur l'art politique. En fait, l'une d'elle ne pr・entait pratiquement aucun tableau, aucune sculpture. Il ne s'agissait pour ainsi dire que d'art conceptuel, de vid・s, de textes ・rits, de commentaires, principalement consacr・ aux questions raciales et aux caract・istiques diff・enciant les hommes des femmes. Cela ressemblait ?des essais qui, sur le plan purement visuel, manquaient d'int・・. Il s'agissait en fait d'id・s qu'on lan・it aux spectateurs. Je ne pense pas que ce genre d'exposition ait un avenir. Un art visuel qui ne fait pas appel au sens de la vue ne peut ・re qu'・h・・e.
Cela est d?en partie au postmodernisme. Le critique Arthur Danto a ・is l'id・ qu'avec des tableaux repr・entant des objets comme les boites de tampons m・alliques ?r・urer Brillo d'Andy Warhol, on assistait ?la fin de l'art, que les pr・uppositions esth・iques de l'art n'・aient plus valables, que tout ce qu'un mus・ exposait devait ・re consid・?comme de l'art. Mais il s'agissait en fait d'une parodie de l'art par l'art, d'un commentaire sur la nature ou la fin de l'art. Tout cela ・ait peu convaincant. La vieille tendance de l'avant-garde ?tenter de d・ouvrir de nouveaux mouvements et de nouvelles orientations ?chaque nouvelle g・・ation transformait soudain l'art, tous les deux ou trois ans, en nouveaut?
J'aimerais ・alement souligner que l'un des probl・es de la culture contemporaine tient au fait que toute une g・・ation de cr・teurs a quitt?la sc・e. C'est certainement le cas en litt・ature, o?la g・・ation d'・rivains qui travaillaient au moment de la grande crise ・onomique et de la seconde guerre mondiale a pour ainsi dire disparu. Rien que dans les ann・s quatre-vingt, presque tous les grands ma・res de la nouvelle am・icaine, John Cheever, Donald Barthelme, Raymond Carver, Bernard Malamud, nous ont quitt・, ne nous laissant comme nouvelliste que John Updike. La m・e chose s'est produite, ?mon avis, dans les autres arts. Les membres de la g・・ation de l'expressionnisme abstrait et de l'art populaire ne sont plus. La g・・ation de la seconde guerre mondiale avait ・?active pendant quarante ans. Il y avait eu une activit?artistique intense. Ceci a ・?suivi de la recherche de nouvelles orientations, accompagn・ de rat・ et de beaucoup d'absurdit?et de la mauvaise influence de la th・rie post moderniste qui d・larait que tout avait ・?fait, que l'identit?individuelle ou les formes individuelles d'expression n'existaient pas, que la parodie, le pastiche et l'imitation ・aient tout ce qui restait ?ceux qui venaient tardivement ?l'art. C'est effectivement ce qui s'est pass?pendant un certain temps.
Question - Maintenant, toutefois, le tableau semble plus prometteur dans certaines disciplines comme la musique, ainsi que vous l'avez soulign?pr・・emment, de m・e qu'au th蛯tre. M・e Arthur Miller et Edward Albee sont toujours actifs.
M. Dickstein - Evidemment, mais nous associons principalement Miller et Albee ?leurs premi・es pi・es. Il est vrai cependant qu'une jeune g・・ation d'auteurs dramatiques prometteurs est maintenant en lice. C'est probablement d?? l'influence du th蛯tre r・ional qui ne d・end plus de Broadway et qui a remplac?l'ancien syst・e qui consistait ?pr・enter les pi・es de th蛯tre en dehors de New York avant de les donner ? Broadway. Vous avez l'・uivalent au cin・a avec les productions ind・endantes dans lesquelles de grands talents se d・eloppent en dehors du courant dominant.
Question - Nous n'avons pas mentionn?le cin・a dans le contexte de l'・olution des arts dont nous avons parl?
M. Dickstein - La principale chose que j'ai observ・ dans ce domaine est le d・eloppement de la culture mondiale et l'atrophie de certains cin・as nationaux qui ・aient nagu・e tr・ importants sur la sc・e mondiale, le cin・a britannique, le cin・a italien et, ?un moindre degr? le cin・a fran・is, ainsi que la domination ・rasante exerc・ sur les march・ de ces pays par la production hollywoodienne. Parall・ement ?cette tendance, il y a eu, dans une large mesure, le changement apport?aux films d'Hollywood pour les rendre plus acceptables sur le plan international, beaucoup moins de peinture de caract・es, moins de dialogue et davantage d'action. Certes Hollywood a toujours excell?dans certains domaines, la technique, le truquage, la qualit?des productions, mais cela a men??un r・r・issement du cin・a mondial. J'ai toujours pens? que plus une culture devenait monolithique et plus les ・・ents marginaux apparaissaient pour la contester. Je crois que le cin・a ind・endant est n?non seulement en r・ction aux clich・ d'Hollywood, mais aussi pour remplacer l'ancien cin・a d'art que nous associons avec la production europ・nne. Beaucoup de jeunes metteurs en sc・e actuels se sont nourris des nouveaux talents des ann・s soixante - Godard, Truffaut, Bunuel - et de ceux de jeunes Am・icains comme Martin Scorsese et Brian DePalma dans les ann・s soixante-dix. Ils semblent parfois imiter ces derniers, mais font souvent preuve d'une grande cr・tivit?en alliant ces techniques ant・ieures ?des ・・ents tir・ de leur propre milieu, qu'ils aient grandi ?Long Island (・at de New York) ou en Californie.
Question - Evidemment, il y a aussi l'influence brouillonne de la g・・ation MTV (cha・e de t・・ision consacr・ ?la diffusion de vid・disques) et celle de la publicit?sur les films r・lis・ ?Hollywood.
M. Dickstein - Le monde de la publicit?est un exemple presque extr・e du dynamisme et des innovations techniques qui caract・isent le cin・a d'Hollywood. Le probl・e est que souvent, les techniques dont se sert MTV ne cadrent pas tr・ bien avec la continuit?d'un sc・ario ou la profondeur de la peinture de caract・es. Certains jeunes cin・stes ont du mal ? retrouver ces valeurs traditionnelles. Je connais quelqu'un qui enseigne le cin・a en Californie. Il recommande toujours ?ses ・・es de lire des romans du XIXe si・le plut・ que de voir de nombreux films, car ce n'est pas en fr・uentant assid・ent les salles de cin・a qu'ils apprendront ?structurer un sc・ario, mais en lisant de grands romans.
Question - La publicit?et MTV ont ・alement diminu? notre facult?de concentration.
M. Dickstein - La rapidit?est l'un des facteurs qui ont affect?la t・・ision. L'utilisation de cam・as ?main pour le tournage de feuilletons dramatiques comme Homicide, ou la fa・n dont deux ou trois intrigues simultan・s sont incorpor・s dans le sc・ario de s・ies comme Law and Order ou E.R (Urgences) font qu'?bien des titres, la t・・ision est en avance sur le cin・a ou les autres arts populaires, ce qui est l'inverse de ce qui se passait autrefois. D'un autre c・? certaines s・ies dramatiques et adaptations des classiques par la t・・ision britannique ont ici un vaste public, ce qui repr・ente une r・ction contre cette rapidit?et refl・e la nostalgie de l'ancien style plus mesur?de sc・ario.
Question - Ainsi donc, nous sommes dans un monde moderne o?nous avons un acc・ instantan?au divertissement, une surabondance de communications, l'obsolescence et l'Internet.
M. Dickstein - C'est ce qui explique en partie le rythme irr・ulier, saccad? qui caract・ise un grand nombre de formes nouvelles d'art. Nous assistons ・alement ?la cr・tion d'un nouvel art th・atique avec l'utilisation par la t・・ision, le cin・a et le th蛯tre de faits divers qui ont fait la une des journaux deux ou trois ans plus t・, quelque chose comme Freedomland, le nouveau roman de Richard Price (ayant pour sujet un d・ournement de voiture suivi d'un proc・ ?grand retentissement qui a d・・・?en cirque m・iatique). Les m・ias couvrent si compl・ement les ・・ements qu'ils font rapidement partie de la mythologie nationale. Nous allons voir les retomb・s du proc・ d'O.J. Simpson, par exemple, dans certaines formes d'art dans lesquelles les artistes cr・ront une ・uvre qui exprimera leurs sentiments, mais qui n'aura gu・e de rapport avec l'aboutissement de l'affaire en question.
Nous vivons dans un milieu que les m・ias saturent. Les repr・entations donn・s par les m・ias font partie de l'exp・ience principale des gens qui vivent dans notre culture contemporaine. L'Internet ne va que multiplier consid・ablement cette tendance, particuli・ement au moment o?nous commen・ns ? l'incorporer dans les films et autres formes de repr・entation. La r・lit?・ectronique occupe une place tr・ importante dans la vie contemporaine, tendance ?laquelle les artistes r・ondent et qu'ils tentent d'int・rer dans leurs ・uvres.
La Soci・?am・icaine
Revue ・ectronique de l'USIA, volume 3, num・o 1, juin 1998