LA DANSE ?LA FIN DU XXe SI・LE
Suzanne Carbonneau
La r・utation enviable acquise par la danse aux ・ats-Unis au XXe si・le repose sur l'・uvre de titans.
George Balanchine, Agn・ de Mille, Antony Tudor et J・・e Robbins ont ・?les pionniers du ballet am・icain. Martha Graham, Doris Humphrey, Katherine Dunham, Merce Cunningham et Alvin Ailey ont ouvert ?la danse moderne des voies impr・ues. Les claquettes, style de danse unique au Nouveau Monde, a eu pour ma・res Bill Robinson, dit ?nbsp;Bojangles ? John Bubbles, les fr・es Nicholas, Jimmy Slyde et Gregory Hines. En ce qui concerne la com・ie musicale, nous devons beaucoup ?Fred Astaire, Gene Kelly, Michael Kidd, Bob Fosse et Cholly Atkins. ? l'instar de Twyla Tharp, de nombreux artistes ont travaill?dans divers styles chor・raphiques.
Il y aussi les artistes, anonymes pour la plupart, qui ont donn?au monde des danses telles que le charleston, le lindy hop et le smurf, qui ont toutes fait fureur ?travers le monde.
La premi・e g・・ation de ma・res de la danse a disparu et la seconde prend de l'・e. Cependant, alors qu'un nouveau groupe fait son apparition ?une ・oque o?les subventions si n・essaires du gouvernement am・icain diminuent consid・ablement, le monde de la danse continue ?innover aux ・ats-Unis et ? produire des ・uvres d'une grande qualit? Chose importante, de nouveaux styles apparaissent tandis que la danse maintient sa pr・ence dans la mondialisation g・・ale de la culture.
La danse moderne devient classique
La danse moderne, dont le d・eloppement, aux ・ats-Unis, a eu lieu durant la majeure partie de ce si・le, a acquis le prestige de la danse classique. Et pourtant, elle continue ?se d・elopper dans de nouvelles directions. ?des compagnies portant le nom et l'empreinte chor・raphique d'artistes comme Merce Cunningham, Martha Graham et Alvin Ailey, se sont joints des chor・raphes audacieux comme Mark Morris et Bill T. Jones. Depuis la mort des fondateurs de la danse moderne, les principales troupes actuelles continuent ?rendre hommage ?ces premiers artistes en faisant preuve d'un attachement ?la danse que l'on interpr・e comme une expression du corps et de l'・e, qui contient des allusions aux id・ux sociaux et politiques et qui utilise le vocabulaire technique de leurs a・・. Avant tout, ils honorent ces pr・urseurs en faisant comme eux, en se rebellant contre les pr・ccupations et les proc・・ de leurs pr・・esseurs.
MARK MORRIS, CHOR・RAPHE
Quand on regarde la liste des projets auxquels se consacre le chor・raphe Mark Morris, on en a le souffle coup?
En r・lit? son extraordinaire omnipr・ence dans une multitude de domaines - ballet, danse moderne, op・a, com・ie musicale, enregistrements vid・ et cin・a - d・ie l'imagination. Comment un artiste peut-il faire preuve du d・ordement d'activit? du dynamisme et de la cr・tivit?d・rid・ n・essaires pour soutenir ?lui seul un tel empire culturel ?
Avant d'avoir trente-cinq ans, Morris avait d・?produit quantit?de ballets qui faisaient de lui un sujet de biographie digne d'int・・ (Mark Morris, de Joan Acocella, Editions Farrar, Straus & Giroux, 1993). Aujourd'hui ・?de quarante et un ans, il continue ?composer des ・uvres fortes, qu'il marque de son empreinte peu commune de chor・raphe et de metteur en sc・e.
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Plus que tous les autres chor・raphes contemporains, Mark Morris fait ・oluer ses danseurs dans des configurations spatiales ・onnantes, cr・nt des motifs g・m・riques qui sont l'・uivalent, en chor・raphie, du concept de ?nbsp;musique des sph・es ?de la Renaissance, la th・rie selon laquelle la preuve de l'existence de Dieu r・ide dans la beaut?des constellations.
Connu pour la musicalit?transcendante de ses ・uvres, qui sont fond・s sur une compr・ension profonde et imaginative de la structure musicale, Mark Morris a compos?des ballets sur pratiquement tous les genres de musique, utilisant les mouvements de ses danseurs pour illustrer les partitions. Il est probablement connu avant tout pour sa profonde affinit?avec la musique baroque vocale, qu'il a d・ontr・ en 1988 dans L'Allegro, il Penseroso ed il Moderato, sur une musique de Haendel. La premi・e de ce ballet, qui comprenait vingt-quatre danseurs, un ch・ur de trente membres, cinq solistes et un orchestre complet, a eu lieu ?Londres et a valu plusieurs r・ompenses au chor・raphe. L'Allegro sera pr・ent??Washington pour la premi・e fois ?la fin de 1998.
Mark Morris est consid・?comme le chor・raphe des musiciens. Il collabore ・roitement avec le compositeur Lou Harrison et le violoncelliste Yo-Yo Ma. Pour le quatre-vingti・e anniversaire de Lou Harrison, il a cr蜑 un ballet sur la musique de Rhymes with Silver. Il s'agit de sa cinqui・e collaboration avec ce compositeur. Yo-Yo Ma et la troupe de Mark Morris feront prochainement une tourn・ durant laquelle ils pr・enteront la nouvelle ・uvre de Lou Harrison ainsi que Falling Down Stairs, une chor・raphie de la troisi・e Suite pour Violoncelle, de Bach.
Falling Down Stairs a ・?pr・ent・ pour la premi・e fois en avril 1998 ?la t・・ision non commerciale am・icaine, dans le cadre d'une s・ie de documentaires vid・ consacr・ ?la collaboration de Yo-Yo Ma avec des artistes divers. La version film・ de son interpr・ation de Dido and Aeneas, qui a ・alement ・?pr・ent・ pour la premi・e fois en avril aux ・ats-Unis, sur une cha・e de t・・ision c・l・, sera diffus・ dans le monde entier tout au long de 1998.
Sa troupe, le ?nbsp;Mark Morris Dance Group ? a l'un des programmes de tourn・s nationales et internationales les plus charg・ au monde. Mark Morris a fait la chor・raphie de plus de quatre-vingt-dix ・uvres pour ses danseurs, mais d'autres compagnies ont aussi recours ?ses talents. C'est ainsi qu'il compose actuellement pour le ?nbsp;San Francisco Ballet ? une chor・raphie qui s'ajoutera aux trois autres de ses ・uvres d・?inscrites au r・ertoire de cette troupe.
Depuis quelque temps, Mark Morris consacre ・orm・ent de temps ?la com・ie musicale, tant populaire que classique. Il a chor・raphi?et mis en sc・e une nouvelle com・ie musicale, The Capeman, sur une musique de Paul Simon, ・uvre qui a ・?pr・ent・ ?Broadway au d・ut de 1998. Au cours des dix derni・es ann・s, il a ・alement chor・raphi?et mis en sc・e plusieurs op・as.
Malgr?ses nombreuses et ・onnantes activit・, Mark Morris et sa troupe n'avaient jamais eu de domicile permanent, luxe qui rev・ n・nmoins une importance vitale pour la croissance et la stabilit?d'une compagnie chor・raphique. Cette lacune est d・ormais combl・ : il compte s'installer prochainement dans un b・iment situ?dans le centre de Brooklyn (quartier de New York). Ce local abritera les bureaux et le personnel artistique de sa troupe et contiendra deux studios dans lesquels il pourra poursuivre sans interruption ses activit・ chor・raphiques. Dans un certain sens, cette nouvelle adresse sera aussi celle de la danse am・icaine.
- Suzanne Carbonneau
La danse moderne a toujours ・?le reflet de son ・oque. Les jeunes chor・raphes actuels montrent souvent une pr・・ence pour l'esth・ique postmoderniste plut・ que moderniste. Cela signifie qu'ils incorporent les arts martiaux, la danse ?nbsp;de salon ? la gymnastique, les danses folkloriques et autres techniques dans leur vocabulaire, ce qui fait que les tendances de la danse moderne ne sont plus ais・ent d・inissables. Cela signifie que les formes et formules utilis・s pour composer la danse moderne sont influenc・s par une conception ?nbsp;post-Einstein ?du monde physique, par de nouveaux modes de perception apport・ par la technologie et par l'id・ postmoderniste de la r・lit?en tant qu'・・ent de la structure sociale. (Le chor・raphe Doug Elkins, par exemple, est un postmoderniste authentique pour qui l'histoire et la culture mondiales sont une manne esth・ique dans laquelle il puise pour d・onstruire et reconstruire ?volont?) Cela signifie que les chor・raphes s'interrogent ?propos des crit・es utilis・ pour choisir les danseurs, notamment pour ce qui est de leur physique, et des courants qui semblent ・re impos・. Cela signifie aussi que le contenu est de nouveau en ・idence dans la danse moderne et qu'il a la priorit?sur la forme. Ceci repr・ente une importante rupture philosophique et esth・ique avec le style qui avait domin?la danse moderne depuis que Merce Cunningham avait commenc??chor・raphier, dans les ann・s quarante, et depuis que le ?nbsp;Judson Dance Theatre ? dans les ann・s soixante, avait donn??la danse moderne son pli formaliste.
Cette rupture esth・ique a ・?port・ de la fa・n la plus retentissante (la plus choquante aussi) ?l'attention du grand public et des milieux artistiques en 1995, avec la publication, dans le New Yorker, de la diatribe de la critique Arlene Croce contre Bill T. Jones qu'elle accusait de repr・enter ?nbsp;l'art de la victime ? Au nom d'une partie du milieu artistique, elle exprimait son m・ris pour l'・uvre de Jones et d'autres chor・raphes, montrant, en d・initive, que ce qui la pr・ccupait le plus, c'・ait le fait que l'esth・ique moderniste, la seule qu'elle jugeait l・itime, ne guidait plus de nombreux chor・raphes de la jeune g・・ation. Les tendances contre lesquelles Arlene Croce et d'autres s'・evaient ・aient cependant d・?pr・entes dans la danse, en tant qu'influence majeure, depuis au moins une d・ennie.
Le contexte social et politique
Une tendance cyclique qui est r・pparue dans la danse moderne il y a plus de dix ans et qui continue ?se manifester aujourd'hui est l'accent mis par les chor・raphes sur le message social et politique de leurs ballets. Leur ・uvre traite des doctrines de la haine (racisme, sexisme et homophobie), de l'identit?vue sous l'angle politique, et des probl・es li・ ? l'・id・ie de sida. En plus de Jones (qui, paradoxalement, a adopt?des concepts formalistes dans ses ・uvres les plus r・entes), de nombreux chor・raphes ?travers le pays expriment de semblables pr・ccupations. David Rousseve, ?Los Angeles, puise dans des histoires personnelles pour traiter de probl・es sociaux plus vastes dans sa chor・raphie. Stuart Pimsler, de Columbus (Ohio), travaille avec du personnel m・ical pour mettre au point ses ballets. ?Seattle (・at de Washington), Pat Graney introduit la danse dans les prisons pour femmes. Dans sa chor・raphie de Urban Bush Women, Jawole Willa Jo Zollar, de Tallahassee (Floride), s'attaque ?des probl・es li・ ? l'identit?des femmes afro-am・icaines et Ralph Lemon, dont les ・uvres les plus r・entes explorent la fa・n dont la race et la culture influencent l'identit? figure parmi les nombreux chor・raphes de New York qui travaillent dans ce domaine.
M・e les troupes de danse moderne dont l'・uvre porte sur des pr・ccupations purement esth・iques adoptent des attitudes tr・ diff・entes sur le r・e du corps et celui des sexes. On prend de plus en plus conscience de la fa・n dont la danse ・ait limit・ par des notions de perfection et de ?nbsp;beaut?nbsp;?physique et on tente d'ouvrir la porte des troupes professionnelles ?des gens que l'on aurait exclus il y a encore quelques ann・s. ?un moment o?les capacit・ physiques des danseurs semblent cro・re exponentiellement d'ann・ en ann・ (comme c'est le cas pour les athl・es), on commence a accueillir, sur les sc・es am・icaines, une gamme plus h・・og・e de caract・istiques physiques. Il devient rare, chez les jeunes chor・raphes, de voir des danses qui reproduisent le r・e traditionnel des deux sexes comme il est id・lis?dans le ballet et dans la danse moderne ant・ieure. On voit aujourd'hui des danseuses soulever des hommes et des danseurs exprimer douceur et vuln・abilit?
Au del?de ces changements, toutefois, il se manifeste dans la danse une nouvelle tendance encore plus audacieuse qui, avec les ?nbsp;wheelchair companies ?(troupes chor・raphiques ayant pour membres des personnes handicap・s), conteste l'esth・ique corporelle. Ces troupes sont parfois enti・ement compos・s de personnes handicap・s, parfois de quelques handicap・ qui se produisent aux c・・ de danseurs ?nbsp;debout ? La chor・raphe am・icaine Victoria Marks, qui est actuellement bas・ ?Los Angeles, a ・?la premi・e ?s'int・esser ?cette forme de ballet avec son film de 1994 intitul?Outside In (mis en sc・e par Margaret Williams), auquel participaient les membres de la compagnie britannique CanDoCo. En 1997, la ?nbsp;Boston Danse Umbrella ?a lanc?un d・i ?son auditoire avec son ?nbsp;Festival international Festival de danse en fauteuils roulants ?auquel participaient huit troupes de danseurs handicap・ ainsi que des troupes venues d'Europe.
D'autres artistes contestent aussi les crit・es utilis・ dans la s・ection des danseurs en faisant participer ?leurs spectacles des gens qui, auparavant, n'auraient jamais pu s'exprimer par la danse. Liz Herman, directrice artistique de Dance Exchange, de Washington, D.C. a d・i?les pr・ug・ contre les personnes ・・s en admettant dans sa troupe des personnes de plus de soixante ans, qu'elle appelle ?nbsp;les danseurs du troisi・e ・e ? De m・e, le chor・raphe new-yorkais David Dorfman a cr蜑 une s・ie de programmes qui recrutent des danseurs sans formation dans diverses villes des ・ats-Unis pour leur faire interpr・er des versions personnalis・s de danses illustrant leur propre exp・ience. Le ?nbsp;Everett Dance Theater ?de Providence, (Rhode Island) a gomm?la distinction entre l'art et la vulgarisation en mettant l'accent sur des ・uvres contenant un message social, des danses improvis・s et fa・nn・s en tenant compte des r・ctions de la communaut?qu'elles ont prises comme sujet. Et la chor・raphe new-yorkaise Ann Carlson est connue pour sa s・ie de ballets faisant appel ??nbsp;des personnes ordinaires ? dans lesquels les danses sont interpr・・s par des personnes unies par une profession ou activit?commune. Jusqu'?maintenant, elle a utilis?des avocats, des gardiens, des joueurs de basket, des p・heurs ?la mouche, des violonistes, des chefs d'entreprise, une agricultrice et sa vache laiti・e, des instituteurs, des religieuses et des cow-boys.
La danse et le jazz
L'un des avantages secondaires de l'expansion de la danse moderne a ・?le renouveau d'int・・ pour la musique am・icaine vernaculaire. Le jazz, ?son ・e d'or, avait n・lig?la danse moderne, mais ce n'est plus le cas. La collaboration entre les chor・raphes modernes et les compositeurs de jazz est actuellement suffisamment importante pour qu'on la consid・e comme une tendance s・ieuse. Garth Fagan, chor・raphe du Roi Lion, com・ie musicale qui conna・ un grand succ・ a Broadway, avait collabor?pour la premi・e fois, en 1991, avec le compositeur Wynton Marsalis, laur・t d'un prix Pulitzer, pour GriotNew York. Fagan et Marsalis travaillent de nouveau ensemble ?la cr・tion d'un ballet qui n'a pas encore de nom. Les chor・raphes Dianne McIntyre, Bebe Miller, Bill T. Jones, Danny Buraczeski et Donald Byrd ont command?de la musique ?des compositeurs de jazz qui mettent leur musique ?la disposition d'une nouvelle g・・ation de danseurs. Et l'?nbsp;American Dance Festival ?et le Centre Kennedy en font autant. Ils cherchent ?associer des chor・raphes ?des compositeurs de jazz, y compris Billy Taylor qui cr・ actuellement une nouvelle partition pour la chor・raphe Trisha Brown. Le monde du ballet lui-m・e s'adapte ?cette tendance : Peter Martins, directeur artistique du ?nbsp;New York City Ballet ? (NYCB), a demand??Marsalis de composer sa premi・e ・uvre compl・e pour un orchestre symphonique pour la saison 1999-2000, durant laquelle le compositeur dirigera l'orchestre du NYCB. Ce sera la premi・e composition de Marsalis pour un orchestre symphonique.
Contrairement ?ceux qui craignaient le pire pour le ballet am・icain ?la mort, en 1983, de George Balanchine, directeur-chor・raphe du ?nbsp;New York City Ballet ? celui-ci, dans l'ensemble, se porte au mieux sous la direction de Peter Martins qui a command?toute une s・ie de nouveaux ballets a d'autres chor・raphes, ajoutant J・・e Robbins et d'autres ?la tradition mise en place par Balanchine. De son c・? l'?nbsp;American Ballet Theater ? premi・e troupe des ・ats-Unis ?poss・er un r・ertoire, a entrepris de vulgariser le ballet ?travers le pays en ・ablissant une pr・ence et des racines dans la communaut? dans des endroits aussi divers que Newark (New Jersey), Detroit (Michigan), Washington, Costa Mesa (Californie) et Los Angeles. Et le ?nbsp;Dance Theater of Harlem ? fond?en 1968 par le danseur Arthur Mitchell ?la suite de la mort de Martin Luther King, est consid・?depuis longtemps comme l'une des plus importantes compagnies internationales. Elle l'a prouv?en 1992 ?Johannesburg en donnant une repr・entation devant un auditoire compos? pour la premi・e fois, de Noirs et de Blancs. Un autre ph・om・e r・ent est la grande maturit?acquise par les troupes r・ionales de ballet ?travers les ・ats-Unis. En fait, plusieurs compagnies ・ablies en dehors du foyer de la danse qu'est la ville de New York se sont d・arrass・s de leur ・iquette r・ionale en se produisant sur la sc・e nationale et internationale.
L'une d'elles est le ?nbsp;Miami City Ballet ? fond?? la fin des ann・s 1980 dans cette ville de Floride dans laquelle la population hispanophone se d・eloppe rapidement. Cette compagnie est dirig・ par Edward Villella, dont la pr・ence virile en qualit?de soliste du ?nbsp;New York City Ballet ?dans les ann・s cinquante, soixante et soixante-dix a beaucoup contribu??・iminer les st・・types n・atifs dont souffraient les danseurs de sexe masculin. En tant que directeur artistique, Villella a cr蜑 une troupe de classe mondiale en partant de z・o. Refl・ant ses racines r・ionales, cette troupe est empreinte d'un style latino-am・icain, comme en t・oignent la fougue et l'esprit de ses danses et le nombre important de danseurs hispanophones qu'elle compte dans ses rangs, ainsi que la contribution de son chor・raphe r・ident, Jimmy Gamonet De Los Heros, natif du P・ou.
Une autre compagnie qui a r・emment acquis la notori・? sous la direction d'un ancien ・・e de George Balanchine, est le ?nbsp;San Francisco Ballet ? Cette compagnie chor・raphique est la plus ancienne de toutes, ayant exist?de fa・n continue depuis sa fondation, en 1933, mais elle a retrouv? une nouvelle jeunesse quand Helgi Tomasson, originaire d'Islande, en assume sa direction en 1985. Elle interpr・e des ・uvres du XXe si・le ainsi que des classiques du XIXe dans des versions modernis・s par Helgi Tomasson.
L'・uilibre fondamental du ballet am・icain est maintenu par les petites compagnies ind・endantes qui ont pour mission de r・liser la vision du chor・raphe qui les dirige, ce qui est le cas le plus fr・uent dans la danse moderne. L'exemple le plus remarquable est fourni par Eliot Feld, qui s'efforcer toujours d'assurer la pertinence du ballet classique pour les ・ats-Unis et pour notre ・oque. Feld, qui avait d・ut?en 1967 avec ses ballets Harbinger et At Midnight, a ensuite dirig? une s・ie de troupes qui avaient pour but de pr・enter son esth・ique. Cr蜑e il y a tout juste un an, sa nouvelle compagnie, ?nbsp;Ballet Tech ? se compose exclusivement de jeunes danseurs form・ gratuitement ?l'・ole de danse du m・e nom. En choisissant tous ses ・・es dans les ・oles publiques de la ville de New York, ?nbsp;Ballet Tech ?d・ocratise et diversifie un art qui a eu son origine dans les cours royales d'Europe. Dans des danses comme Yo Shakespeare , cette compagnie refl・e la culture, l'aspect, l'esprit et l'arc-en-ciel ethnique de l'Am・ique urbaine contemporaine.
Les troupes de ballet sont de plus en plus nombreuses ? reconna・re leurs responsabilit・ envers les communaut・ dans lesquelles elles sont implant・s, et elles mettent au point d'importants programmes ・ucatifs et de vulgarisation ayant pour but de servir des gens qui, traditionnellement, n'avaient pas acc・ ?l'・ole de danse ou au th蛯tre. Bas・ sur le mod・e ・abli ?New York par Eliot Feld, le ?nbsp;Boston Ballet ? le ?nbsp;Pacific Northwest Ballet ?de Seattle (・at de Washington), le ?nbsp;Hartford Ballet ?(Connecticut) et d'autres encore ont commenc??consacrer d'importantes ressources ?l'・ablissement d'・oles et de programmes gratuits. D'autres compagnies saluent leur communaut?en commandant des ・uvres mettant l'accent sur cette derni・e. C'est ainsi que ?nbsp;Ballet Arizona ? de Ph・nix, pr・are une nouvelle ・uvre sur des th・es am・indiens et des histoires bas・s sur des dialogues avec des membres de tribus am・indiennes locales, afin de jeter une passerelle entre les mondes anglo-saxon et indien.
Le ?nbsp;bruit corporel ?/B>
La tendance dominante de la danse contemporaine semble ・re l'extr・e popularit?de diverses formes de danse utilisant la percussion, comme les danses irlandaises, les claquettes, le flamenco et autres formes hybrides de ?nbsp;bruit corporel ? La danse n'avait pas connu une telle popularit? dans le th蛯tre commercial am・icain depuis le d・ut du si・le, ・oque ?laquelle la danse ?nbsp;de salon ?dominait Broadway et les th蛯tres de vari・・. Aujourd'hui, diverses formes de danses utilisant la percussion se font conna・re dans les th蛯tres de New York et d'ailleurs, gr・e ?des tourn・s comme celles de Riverdance et Lord of the Dance, Bring in 'da Noise ! Bring in 'da Funk !, Tap Dogs et Stomp, certaines venues de l'・ranger et d'autres locales, qui attestent toutes l'engouement soudain et apparemment insatiable du public pour ce type de danse ?la fois accessible et tr・ th蛯tral. Cette passion a peut-・re pour origine la renaissance des claquettes, survenue en 1970, qui a fait conna・re ?une nouvelle g・・ation une forme de danse comportant son propre rythme. Bien que l'esth・isme aille du caract・e populaire et commercial non d・uis?de Riverdance et Stomp, dont les effets reposent sur des ・lairages chatoyants, des rideaux de fum・ et une clameur assourdissante, ?l'utilisation plus complexe et plus subtile des claquettes pour raconter l'histoire afro-am・icaine dans Bring in 'da Noise ! Bring in 'da Funk !, tous ces spectacles doivent leur attrait ?une nouvelle d・inition des notions sur la danse inculqu・s aux auditoires contemporains.
Bring in 'da Noise ! Bring in 'da Funk ! a attir?sur Savior Glover, jeune prodige de vingt-quatre ans, l'attention qu'il m・ite. Pratiquement ?lui seul, il a mis les claquettes au go・ des jeunes en modernisant ses rythmes de jazz pour qu'ils rejoignent la sensibilit?du hip-hop. La technique ・louissante de Glover a incit?les ma・res chevronn・ des claquettes avec lesquels il a fait son apprentissage ?le consid・er comme le plus grand danseur de claquettes de tous les temps.
L'engouement pour ce type de danse gagne le monde entier, attirant l'attention sur des formes de danse qui ont leurs racines dans d'autres cultures. Bien que la danse ait toujours exist?aux ・ats-Unis sous sa forme folklorique, donnant aux gens un moyen de c・・rer leurs racines ethniques au sein de ce pays d'immigrants, on observe actuellement une tendance ? professionnaliser les danses traditionnelles dans des compagnies qui suivent le mod・e des danses et ballets modernes. Ce mouvement refl・e le changement qui s'est op・?aux ・ats-Unis dans l'utilisation d'une m・aphore pour d・rire l'assimilation des immigrants dans la soci・?nbsp;: l'image du creuset est remplac・ par celle d'un rago・ savoureux dans lequel les ingr・ients c・xistent et se compl・ent, au lieu de se fondre.
La pr・ervation des traditions culturelles
Parmi les meilleures troupes professionnelles de danse folklorique figurent ?nbsp;DanceBrazil ? bas・ ?New York et dirig・ par Jelon Vieria. Principale repr・entante aux ・ats-Unis de la ?nbsp;capoera ? style de danse alli?aux arts martiaux qui avait d・ut?au Br・il ?l'・oque de l'esclavage, ?nbsp;DanceBrazil ?cherche ?fusionner la danse traditionnelle et la danse moderne. Cette troupe a r・emment termin?un s・our prolong??San Antonio (Texas) o? elle avait travaill?avec des membres de gangs dans les quartiers les plus pauvres de la ville. La ?nbsp;Carribean Dance Company ? qui c・・re cette ann・ son vingt-cinqui・e anniversaire, est bas・ ?Sainte-Croix (Iles Vierges) et vise, elle aussi, ?pr・erver le patrimoine culturel de la r・ion tout en utilisant la discipline inh・ente ?la danse pour donner une formation et de l'espoir ?la jeunesse d・h・it・ de l'・e.
L'important mouvement pour la pr・ervation du patrimoine africain qui a pris de l'essor au cours des trente derni・es ann・s a ・alement ・?aid?par l'・ablissement de ?nbsp;DanceAfrica ? festival annuel fond?il y a vingt ans et comprenant des repr・entations et des ateliers dans huit points des ・ats-Unis. Il r・nit des troupes dont les danses c・・rent les racines africaines de la diaspora.
Une autre forme d'enrichissement culturel est apport・ aux ・ats-Unis par de nouveaux immigrants venus y trouver refuge. Ce mouvement vise ?la pr・ervation de formes de danse menac・s par des ・・ements politiques r・ents. Un exemple important est la danse classique cambodgienne, tradition mill・aire qui, en tant que puissant symbole d'unit?nationale, ・ait menac・ d'extinction par les Khmers rouges. Des survivants des ?nbsp;champs de la mort ?ont r・ssi ?venir aux ・ats-Unis o?ils d・loient des efforts syst・atiques pour donner ?la danse cambodgienne une nouvelle patrie. Des groupes comme le ?nbsp;Cambodian Network Council ? de Sam Ang Sam, ? Washington, D.C., pr・ervent cette forme de danse, initiant ?cet art une nouvelle g・・ation. Un effort semblable est actuellement en cours pour pr・erver les traditions de l'ex-Yougoslavie. Bas? ?Granville (Ohio), le ?nbsp;Zivili Kolo Ensemble ? qui se sp・ialise dans les danses des Balkans, se concentre actuellement sur les danses de zones dont les fronti・es et les populations sont actuellement en train de changer, en particulier les r・ions de Slavonie, de Vojvodine, et du corridor de Posavina.
Une autre tendance de la professionnalisation de certains styles de danse a lieu avec le transfert ?la sc・e de danses n・s dans la rue, dans les bals etles dancings. En tant que ph・om・e de la rue, le smurf a maintenant plus de vingt ans d'existence, mais ce n'est que derni・ement qu'il est apparu sur la sc・e. Il est in・itable ・alement, dans ce domaine d'・hantillonnage culturel, que le smurf soit incorpor?dans le vocabulaire d'autres formes de danse. Le hip-hop exerce une grande influence sur le bhangra, exemple d'un ph・om・e am・icain particulier ayant des racines internationales. Dans? ? l'origine, par les paysans du Pendjab, le bhangra conna・ un grand succ・ sur les campus universitaires am・icains. Un r・ent concours interuniversitaire de bhangra a rempli un auditorium de trois mille sept cent places ?Washington, D.C.
Bien que je n'aie pu ・oquer que sommairement, dans cet article, la vari・?et la richesse de la danse am・icaine, il est clair qu'en d・it de la p・urie de moyens financiers qui s・it dans les secteurs public et priv? cette forme d'art continue ? refl・er de fa・n vivante et vitale la culture am・icaine, en tenant compte des r・lit・ sociales. On peut s'attendre ?ce que la danse continue, durant le prochain si・le, ?refl・er nos pr・ccupations et nos espoirs les plus profonds, nos r・es les plus mesquins, notre id・lisme le plus radieux et, en d・initive, notre moi v・itable.
Comme le d・larait Martha Graham, citant son p・e :
?nbsp;le mouvement ne ment jamais ?
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Suzanne Carbonneau a ・rit de nombreux articles
sur la danse dans le Washington Post et dans d'autres
publications.
La Soci・?am・icaine
Revue ・ectronique de l'USIA, volume 3, num・o 1, juin 1998