LA MUSIQUE ?nbsp;POP ?AUX ・ATS-UNIS :
UN
ENTRETIEN AVEC GARY BURTON
A notre ・oque, la musique populaire aux ・ats-Unis est une mosa・ue aux facettes multiples qui d・ie toute description sommaire. Vibraphoniste de jazz de renomm・ mondiale, compositeur et ・ucateur, Gary Burton brosse le tableau de la musique actuelle et les forces en jeu. Artiste qui s'est produit dans le monde entier et qui a fait de nombreux enregistrements, Gary Burton est vice-pr・ident ex・utif du ?nbsp;Berklee College of Music ? ?Boston, un conservatoire de musique o?sont enseign・s toutes les formes de musique contemporaine.
Question - Vous ・es arriv?sur la sc・e il y a une trentaine d'ann・s. Que pouvez-vous dire des jeunes musiciens de cette ・oque par rapport ?ceux que vous c・oyez aujourd'hui, ? Berklee et ailleurs ?
M. Burton - La plus grande diff・ence tient ?leur ・ucation. Dans les ann・s soixante, au tout d・ut de ma carri・e, les musiciens de jazz et de musique pop commen・ient tout juste ?s'inscrire dans les conservatoires et ?apprendre l'histoire de la musique. Autodidactes, la majorit?d'entre eux avaient appris sur le tas, par intuition plut・ que dans un milieu scolaire organis? La situation a ・olu?il y a une quinzaine d'ann・s. De nos jours, il est beaucoup plus courant de voir les jeunes musiciens s'inscrire au conservatoire, ・udier les diverses tendances et l'histoire de la musique, tous les trucs du m・ier, ce qui leur conf・e une vari・?de talents et un plus grand raffinement dans l'expression de leur art.
Question - L'exemple de Paula Cole (artiste de musique pop et l'un des chefs de file de sa g・・ation) vient tout de suite ?l'esprit.
M. Burton - C'est effectivement l'une de nos anciennes ・・es, qui a fait ses ・udes dans la production de la musique et ses aspects techniques. Sur le plan purement technique, elle est donc parfaitement ?son aise dans un studio et c'est elle qui produit ses disques.
Question - Comment le conservatoire de Berklee s'est-il adapt??l'・olution, ou devrais-je dire ?la r・olution, de la musique pop ?
M. Burton - Lorsqu'il a ・?cr蜑, vers la fin des ann・s quarante, le conservatoire visait ?donner une formation et des comp・ences pratiques aux musiciens qui se destinaient ? travailler dans l'industrie de la musique, c'est-?dire principalement aux musiciens attir・ par le jazz, forme de musique jou・ ?la t・・ision ou dans les concerts et qui accompagnait les slogans publicitaires. La mission du conservatoire a pris de l'ampleur au fil des ans ?mesure que d'autres formes de musique populaire ont ・?accept・s. D・ la fin des ann・s soixante et jusque dans les ann・s soixante-dix, nous avons commenc??proposer des cours de musique de rock-and-roll et, avec le temps, l'・entail des choix a continu? de s'・argir. Nous avons ainsi cr蜑 un programme de grande envergure concernant les techniques d'enregistrement et l'usage des synth・iseurs, parce qu'ils se g・・alisaient. Le nombre de chanteurs qui se sont inscrits dans notre ・ablissement a augment?en fl・he, car ils ・aient en demande. Nous nous sommes donc adapt・ et nous sommes efforc・ d'offrir la meilleure formation possible dans toutes ces techniques qui s'imposaient au fur et ?mesure de l'・olution de l'industrie de la musique.
Question - Le jazz, le ?nbsp;blues ?et la musique ?nbsp;country ?sont tous n・ dans la soci・? afro-am・icaine et la r・ion des Appalaches.
M. Burton - Oui, mais ces formes de musique ont ・alement subi des influences plus distantes. Notre sensibilit?? l'existence d'autres formes ?travers le monde s'est consid・ablement affin・. Nous parlons m・e aujourd'hui d'une musique dite ?nbsp;mondiale ?qui repr・ente une sorte d'amalgame d'・・ents emprunt・ ?diverses ethnies et adapt・ ? notre style occidental moderne.
Question - La musique mondiale englobe toutes sortes de courants, mais pas celui de la musique latino-am・icaine, si je ne m'abuse.
M. Burton - Non. Celle-ci forme une cat・orie ? part. Mais elle regroupe la musique africaine, indienne, asiatique, grecque - bref, toute musique ethnique qui n'est pas suffisamment importante pour former une cat・orie ?elle toute seule. Le klezmer, par exemple, ne va pas tarder ?avoir la sienne. La musique latine a commenc??s'immiscer dans le jazz d・ les ann・s quarante et cinquante. Tito Puente, Dizzy Gillepsie et George Shearing se sont mis ?recruter des musiciens latino-am・icains et c'est ainsi que la musique latine s'est peu ?peu impos・. Qui plus est, l'accroissement de la population latino-am・icaine aux ・ats-Unis a contribu??populariser cette forme de musique. Elle a trouv?un public. Sous l'effet du resserrement des liens entre les civilisations qui communiquent de plus en plus entre elles, et de l'augmentation, dans notre pays, du nombre de ressortissants originaires d'Am・ique latine, diverses formes de musique latino-am・icaine commencent ?jouir d'une popularit?accrue. Il s'en d・age m・e plusieurs genres.
Question - On pourrait dire que le jazz est la forme de musique am・icaine la plus populaire ?l'・ranger.
M. Burton - C'est exact.
Question - Est-ce que d'autres formes de musique lui font aujourd'hui concurrence ?l'・ranger ?
M. Burton - La musique pop am・icaine gagne progressivement en popularit?
Question - De quelle musique parlez-vous exactement ?
M. Burton - De la musique compos・ par des artistes am・icains dans le domaine de la chanson populaire. Je mets dans le m・e panier le hip-hop, le rap et tout le reste. C'est un peu diff・ent dans le cas du rap, car les paroles comptent beaucoup. C'est surtout une question de c・・rit? ?cause des adolescents ?l'・ranger qui lisent des articles dans la presse sur Michael Jackson, Madonna ou d'autres chanteurs et chanteuses qui passent r・uli・ement ?MTV (cha・e de t・・ision c・l・ consacr・ ?la musique populaire) et qui ont des fans dans le monde entier. Cela refl・e autant un int・・ pour la culture am・icaine que pour un style particulier de musique. J'ai l'impression que c'est en partie la raison de l'int・・ qui est port?aussi au jazz ? travers le monde. C'est per・ comme quelque chose de tr・ am・icain. Les gens qui sont attir・ par les ・ats-Unis ont le sentiment que le jazz leur parle un peu de nous.
Question - Le jazz est-il en d・lin ?
M. Burton - Non.
Question - Et les stations de radio de jazz ?
M. Burton - Elles, c'est vrai, sont moins ・out・s. Les clubs de jazz ont p・iclit?il y a une dizaine d'ann・s, mais la situation s'est stabilis・ depuis. Mais ?mesure que les stations de radio gagnent en valeur commerciale, on en trouve de moins en moins qui puissent se permettre de passer de la musique classique au jazz. De fait, le nombre de stations de radio consacr・s ?la musique classique est extr・ement limit?lui aussi. La radio, malheureusement, p・he de plus en plus par manque de diversit? Les diverses formes de rock et de musique populaire qui sont jou・s ne repr・entent plus tous les courants qui s'exprimaient autrefois ?la radio. Mais il y a encore des enregistrements de jazz qui se font, et les ventes se maintiennent. En fait, la critique qu'on entend souvent dans les milieux du jazz, c'est que les jeunes artistes re・ivent plus d'attention que ceux qui se sont d・?impos・ et qui m・iteraient peut-・re d'・re un plus remarqu・. Toutes les soci・・ qui produisent des disques esp・ent d・icher une grande vedette, le prochain Miles Davis, le prochain artiste de jazz qui saura se distinguer par le nombre de disques qu'il vendra. Le public qui aime le jazz est loin d'・re n・ligeable. Fait int・essant, le jazz et la musique classique d・iennent le m・e pourcentage du march?total du disque, soit ?peu pr・ quatre pour cent chacun. Mais ce pourcentage se distribue de fa・n plus ・ale parmi un plus grand nombre d'artistes dans le cas du jazz que dans celui de la musique classique.
Question - Et le ?nbsp;blues ? cette forme l・endaire de musique ?
M. Burton - Il forme la base d'un grand nombre de tendances musicales ; le jazz, diverses formes de musique populaire ont pu se r・lamer du ?nbsp;blues ?traditionnel ?partir du moment o?cette musique a pu atteindre des artistes tels Bob Dylan, par exemple, qui a grandi ?Minneapolis (Minnesota). Les disques de ?nbsp;blues ?qu'il a entendus ont influenc?sa musique. Je crois que ce sont les musiciens de rock des ann・s soixante - autres que Elvis Presley - qui ont ・? les premiers ?・re v・itablement influenc・ par le ?nbsp;blues ? D'une certaine fa・n, les ann・s soixante ont marqu?l'・e d'or de l'acceptation du rock. Cette forme du musique avait toujours ・?principalement l'apanage des adolescents. La population adulte n'a commenc??y pr・er attention qu'?partir des ann・s soixante. Et tout ?coup, on a vu les Beatles, Bob Dylan et le groupe Grateful Dead, entre autres, red・inir les fans de la musique rock.
Question - Si les adolescents des ann・s cinquante se sont passionn・ pour le rock, pour quelles formes de musique ceux d'aujourd'hui montrent-ils de l'engouement ?
M. Burton - Je suis p・e de deux adolescents. Je fais attention ?ce qu'ils ・outent, par curiosit? J'admets que je ne le comprends pas. C'est peut-・re parce que je me fais vieux. C'est le type de rock que l'on qualifie aujourd'hui de musique ?nbsp;alternative ?et qui est tr・ en vogue en ce moment. Je ne suis pas s・ de bien pouvoir le d・inir. Mon fils a mentionn?le ?nbsp;ska ? Il m'a fait ・outer un disque d'un orchestre de ska. C'est un amalgame int・essant de rock, de jazz et de divers autres ・・ents.
Question - Et que dire du ?nbsp;grunge ? du punk, etc. ?
M. Burton - Le punk existait d・?dans les ann・s soixante-dix. Il a ・?une premi・e version du rock alternatif. C'・ait plus rebelle. Les paroles avaient davantage de mordant. Qui se serait dout?que celles de la musique rap iraient encore plus loin ? Le ?nbsp;grunge ?vient de Seattle. Un groupe de musiciens de cette ville avaient besoin de trouver un nom pour leur style de musique. Ils ont choisi celui de ?nbsp;grunge ? je ne sais pas trop comment.
Question - La ville d'Austin (Texas) a un r・e ? jouer dans la musique d'aujourd'hui.
M. Burton - Oh, oui. Un peu de rock, un peu de jazz, mais principalement du ?nbsp;blues ? Cela tient surtout aux festivals de musique qui ont ・?organis・ par les stations de radio et cha・es de t・・ision non commerciales.
Question - Parlez-nous un peu du cheminement des musiques n・s dans les villes ; je pense, par exemple, au rap, au hip-hop, au Motown, mais aussi ?celles d'Austin et de Seattle.
M. Burton - Vous venez effectivement d'・um・er les styles que je consid・e ?nbsp;urbains ? Le Motown est sans conteste ?l'origine de la premi・e forme de musique urbaine. Le ?nbsp;blues ?lui est ant・ieur, mais il n'・ait pas consid・?urbain. C'・ait ?nbsp;country ? Le Motown avait une sophistication bien particuli・e, et il a fini par donner naissance ?ce qu'on appelle aujourd'hui le hip-hop et le rap, que l'on peut faire rentrer sous le vocable g・・al de R&B (rythme et blues). Je crois que ce qu'on appelle g・・alement la musique urbaine se ressent surtout de l'influence et du style afro-am・icains.
Question - Puisque nous sommes sur le sujet de la musique urbaine, je voudrais vous demander si les paroles des chansons ont toujours eu la signification, l'importance, le caract・e contest?que l'on associe ?la musique pop d'aujourd'hui ?
M. Burton - Non. Le rock avait toujours son ?nbsp;mauvais gar・n ?- comme Elvis ?son heure de gloire, qui remuait des hanches sur sc・e en chantant des chansons un peu os・s, et que l'on pouvait opposer ?ceux qui chantaient des chansons d'amour aux paroles un peu mi・res. Cela a continu? jusqu'aux ann・s soixante. Dans les ann・s soixante-dix, il y avait toujours des artistes dont le r・ertoire se composait de belles chansons et d'autres au style plus dur, avec une touche de violence ou de sexualit? La question qui se pose toujours, c'est de savoir jusqu'o?on veut aller. L'essence m・e du rock-and-roll, c'est son fort courant sexuel qui le sous-tend depuis le d・ut - et on peut en dire autant du jazz. Les g・・ations pr・・entes ont connu des ph・om・es ・uivalents. La chanson de Cole Porter, Love For Sale, a ・?interdite pendant des ann・s. Il y a eu Jos・hine Baker dans les ann・s vingt, qui ・ait consid・・ tellement d・ergond・ ?son ・oque qu'elle a d?s'installer ?Paris pour faire carri・e. Mais de nos jours, comme pour tout le reste, le ton a mont?d'un cran. On dirait que chaque g・・ation veut se distinguer de la pr・・ente en s'exprimant de fa・n plus choquante pour mieux se faire remarquer. On trouve que les paroles des chansons sont d・lorables de nos jours, mais il s'agit en fait d'une tendance ? l'emploi d'un langage de plus en plus cru qui se manifeste depuis le d・ut du si・le. Il faut y voir un ph・om・e ・olutif.
Question - On a l'impression que le rap, que l'on entend dans la rue et qui vous d・hire parfois les tympans, quand un automobiliste a baiss?la vitre de sa voiture ou qui provient d'un baladeur, tire sa valeur non pas de la musique, mais des paroles avec l'emploi d'instruments ?percussion en toile de fond.
M. Burton - On doit supposer que les adeptes de cette musique, en voiture ou n'importe o?dans la rue, n'・outent pas ・ par plaisir. Ils le font pour la galerie. Ils essaient de faire passer un message, une image. Ils veulent se faire remarquer. Le plus important, c'est qu'on remarque qu'ils ・outent. J'ai bien l'impression que s'il y a si peu de musique dans le rap, c'est justement parce qu'on ne veut pas qu'elle ait de l'importance. On dirait que plus c'est aga・nt, plus cela retient l'attention et plus cela pla・. On n'a pas fini d'analyser ce ph・om・e et d'y attacher toute une foule de consid・ations sociologiques. Ce qui est particuli・ement paradoxal, c'est que les plus grands adeptes du rap se recrutent parmi les adolescents de race blanche et de sexe masculin.
Question - La musique populaire comporte aujourd'hui deux ・・ents qui, selon moi, n'existaient pratiquement pas il y a encore dix ou vingt ans ; je veux parler de la musique ?nbsp;New Age ?et de la musique contemporaine chr・ienne - c'est de la musique populaire compos・ avec soin et soutenue par des th・es non la・ues. Il y a des albums qui sont aujourd'hui au hit-parade de la musique chr・ienne, de la musique ?nbsp;country ?et de la musique pop. Quarante-quatre millions de disques de musique chr・ienne se sont vendus en 1997, contre trente-trois millions l'ann・ pr・・ente. Comment expliquez-vous ce ph・om・e ?
M. Burton - Dans les deux cas que vous citez, c'est une question de style, de psychologie et de spiritualit? En ce qui concerne la musique contemporaine chr・ienne, on peut dire que cela fait maintenant dix ou vingt ans qu'elle est associ・ aux m・ias. Alors qu'avant on ne l'entendait qu'?l'・lise le dimanche, elle passe maintenant ?la t・・ision sept jours sur sept. Parmi les personnalit・ religieuses marquantes qui se sont impos・s sur la sc・e, on constate qu'elles sont de plus en plus nombreuses ?avoir acquis une c・・rit??la t・・ision. Progressivement, on a vu appara・re davantage d'artistes ex・utants qui ont ・argi l'horizon des auditeurs et t・・pectateurs plus habitu・ ?la musique pop et au rock qu'aux chants religieux europ・ns. Cela a ouvert la porte aux artistes qui ont d・id?que ce style leur convenait, sur le plan de la musique et du message.
Question - Et la musique ?nbsp;New Age ?nbsp;?
M. Burton - ?une ・oque pr・・ente, on aurait appel?cela de la musique d'ambiance. La plupart des musiciens la d・aignent, parce qu'elle sonne creux, elle est pratiquement vide. Il ne faut pas la confondre avec le minimalisme, qu'incarnent par exemple Steve Reich et John Adams. La musique ?nbsp;New Age ?ne brille certainement pas par l'intelligence de son contenu. En fait, elle cherche pr・is・ent ?・iter d'accrocher ses auditeurs. Elle invite ?la d・ente, ? l'abandon des petits soucis. Les musiciens s'en offusquent, parce qu'ils pensent que la musique doit provoquer une r・ction chez l'auditeur. On peut classer un tas de formes musicales entre la musique mondiale et la musique ?nbsp;New Age ? suivant le caract・e rythmique ou la complexit?de leurs ・・ents. On a tendance ?consid・er les formes simples comme de la musique ?nbsp;New Age ? et comme de la musique mondiale les formes plus charg・s, plus bruyantes et aux consonances ethniques plus marqu・s. Mais il faut reconna・re que la d・arcation n'est pas tr・ nette.
Question - Ces cat・ories musicales sont-elles connues ?l'・ranger ?
M. Burton - J'en doute. Le ?nbsp;New Age ? peut-・re un petit peu. N'oubliez pas que beaucoup de pays ont leurs chanteurs de musique populaire, dont les chansons ?l'eau de rose passent ?la radio. Les auditeurs plus raffin・ pr・・ent, eux, la musique classique, le jazz ou les grands artistes de musique pop tels Sting ou Paul Simon.
Question - Nous n'avons pas parl?de ce genre d'artistes.
M. Burton - C'est dr・e. Pour la premi・e fois, on a une cat・orie de chanteurs de rock entre deux ・es. Bruce Springsteen, Billy J・l, Paul Simon, James Taylor, Arlo Guthrie. L'image de musiciens pour jeunes leur colle toujours ?la peau. C'est le cas de James Taylor. Des musiciens qui ont marqu?leur g・・ation il y a trente ans et qui sont toujours l? Ils ont tous ・orm・ent de m・ier et comptent ?leur actif un tr・ grand nombre de disques qui d・inissent leur musique. Leur influence ? l'・ranger est consid・able et m・e sup・ieure ?celle des nouveaux artistes qui n'ont produit qu'un seul disque, m・e si celui-ci a ・?un grand succ・. C'est la vedette ・ablie de longue date qui exerce l'influence la plus forte.
Question - C'est vrai aussi en ce qui concerne la musique ?nbsp;country ? Je pense, par exemple, ?George Strait et ?Reba McIntire.
M. Burton - C'est exact.
Question - Et il y a de bonnes raisons aussi d'inclure Barbara Streisand dans ce groupe. Cela fait trente-cinq ans qu'elle chante, elle a une foule d'admirateurs et elle continue sur sa lanc・.
M. Burton - C'est vrai. C'est un nom que tout le monde conna・. Dans le domaine du jazz, m・e quelqu'un qui ne s'int・esse absolument pas ?cette musique est capable de citer le nom de Louis Armstrong et de Duke Ellington. En musique ?nbsp;country ? c'est le nom de Hank Williams qui viendrait probablement sur le tapis, et cela fait des ann・s qu'il est mort. C'est parce qu'il a compos?tellement de chansons qui sont rest・s.
Question - La technologie moderne joue-t-elle un r・e dans la musique pop ?
M. Burton - Dans certaines formes musicales, absolument. Pensez aux sons dont vous parliez tout ?l'heure qui s'・happent des voitures aux vitres baiss・s. M・e les gens qui ne sont pas musiciens, qui n'ont pas la moindre id・ de ce qu'est la musique, sont capables de confectionner un arrangement sonore dont l'・uivalent culinaire serait un repas compos?de plats surgel・ cuits au four ?micro-ondes. Ce qui compte, ce n'est pas la fa・n dont il a ・?pr・ar? c'est l'effet qu'il produit sur l'auditeur. Si l'effet voulu est produit, on est mal plac?pour critiquer la personne qui en est responsable, m・e si elle se r・lame d'une d・arche peu orthodoxe et qu'elle ne suit pas les conseils que l'on donne g・・alement ?nos ・udiants. De ce point de vue, donc, le r・e de la technologie est indiscutable et son influence est tr・ diffuse et subtile dans la mesure o?elle facilite aujourd'hui les enregistrements. Ils sont moins co・eux, de meilleure qualit?et plus raffin・.
Question - Que pouvez-nous dire du ph・om・e d'enchev・rement culturel qui se ressent dans toute la musique contemporaine ?
M. Burton - Je dirais que nos influences culturelles s'exercent beaucoup plus librement et qu'elles s'entrecroisent beaucoup plus qu'avant. Nous ne nous orientons pas vers un style homog・e et unique qui s'imposerait de fa・n massive. Nous constatons au contraire la crois・ d'influences int・essantes au travers de projets entrepris ici ou l? Les motivations varient en fonction de l'artiste. J'ai r・lis? moi-m・e un grand nombre de projets en dehors du jazz. Je viens de sortir un disque de musique de tango. Ce n'est pas parce que je pensais que ce style de musique conna・rait un march? ph・om・al. Il se trouve que cela m'int・esse beaucoup, un point c'est tout. On fait ce genre de choses pour toutes sortes de raisons - politiques, commerciales, artistiques aussi.
Question - Parlez-moi de l'・uvre que vous avez cr蜑e ?l'aide du vibraphone. Qu'est-ce qui vous a pouss??choisir cet instrument ? Qu'est-ce qui fait que le son du vibraphone vous attire autant ?
M. Burton - Le vibraphone a ・?invent?en 1929, et j'ai commenc??en jouer en 1949 ?l'・e de six ans. Je ne connaissais rien de son invention ni de son r・e. J'ai d・ouvert cet instrument parce qu'une voisine en jouait et donnait des le・ns. Ma s・ur a・・ faisait d・?du piano, et quand mes parents ont d・id?de me faire prendre des le・ns de musique, ils ont voulu que je joue de quelque chose d'autre. C'est seulement ? l'・e de l'adolescence que je me suis rendu compte que l'univers de la musique ・ait illimit? et c'est ?cette ・oque-l?que j'ai commenc??rechercher des disques. J'avais d・?acquis une certaine aisance avec cet instrument, et j'en avais tellement jou?que c'・ait devenu pour moi tr・ naturel. Ainsi, m・e si je jouais d'un autre instrument pendant quelques mois, je revenais toujours au vibraphone. C'・ait une chance extraordinaire pour moi parce que c'・ait un instrument r・ent, et il restait encore tant de techniques et d'utilisations nouvelles ?exploiter. Comme je frayais la voie, j'ai pu ・ablir mon identit?et marquer cet instrument de mon empreinte. C'est une de ces occasions qu'on ne rencontre qu'une seule fois dans sa vie.
Question - Comment d・iniriez-vous votre technique ?
M. Burton - J'ai trait?cet instrument comme un clavier. Le vibraphone ressemble au piano. Mais jusqu'?ce que je m'y int・esse, les gens en jouaient ?l'aide de deux maillets pour cr・r un continuum unique de m・odie, comme le ferait un cor ou une voix. Je jouais seul, dans ma petite ville de l'Indiana, et je voulais des accords parce que le son me paraissait vide. Je me suis donc mis ?utiliser quatre maillets, pour rajouter des notes et faire des accords, et c'est comme ・ que j'ai peu ?peu trouv?mon style. Je pense comme un pianiste et je joue comme avec un clavier. Cela permet d'・argir le champ des possibilit・ qu'offre le vibraphone. Il peut accompagner d'autres instruments. On peut en jouer sans accompagnement et r・ssir quand m・e ? produire une impression compl・e. On peut ainsi exprimer davantage les nuances de la sensibilit?et de l'・otion.
Question - Les ・・ents qui marquent les paroles de la musique pop et le son rev・ent des composantes sociales, psychologiques, ・otionnelles, sensuelles, intellectuelles. C'est probablement un peu de tout cela.
M. Burton - Oui. La musique compte parmi les exp・iences humaines les plus fondamentales. ?ma connaissance, l'homme est le seul animal qui r・gisse ?la musique. Mettez un disque qui a du rythme, installez-vous confortablement dans votre salon et avant que vous ne vous en rendez compte, vous commencez ?vous mouvoir au son de la musique. Mais que fait votre chien install?sur le divan ?c・?de vous ? Rien ! Il ne ressent m・e pas le rythme. Il n'a pas envie de faire le moindre mouvement. La r・ction de l'homme ?la musique est une facult? unique, un langage fantastique et intuitif. En ce qui me concerne, peu m'importe que la musique soit classique, pop ou japonaise. Elle d・ient ce pouvoir sur l'homme et, par-del?son influence subliminale, elle nous invite ?communiquer entre cultures.
Question - Peut-on dire qu'il existe un son am・icain ?
M. Burton - Oui. On ne peut pas le ramener ?un ph・om・e unique, tout comme on ne trouverait pas de son europ・n unique - il y a la musique classique fran・ise, l'op・a allemand et italien, les quatuors ?cordes. N・nmoins, certains ・・ents sont fr・uemment r・nis, et il en ressort une forme de sensibilit?que l'on arrive ?identifier comme ・ant la musique pop am・icaine - un style qui s'impose par sa pr・ence, m・e si les mots nous manquent pour le d・rire. C'est un style qui respire la diversit? la fra・heur, et qui trahit cette influence unique qui ・ane de la musique pop am・icaine et du jazz : celle du ?nbsp;blues ? M・e si cette pr・ence a fortement influenc?d'autres formes de musique, elle distingue malgr?tout la musique pop am・icaine de celle des autres pays.
Question - Envisagez-vous l'apparition de nouveaux courants de la musique pop ?
M. Burton - Non. On me pose toujours cette question ?propos du jazz : vers quelle destin・ s'achemine-t-il ? La diversification du jazz et de la musique pop est telle que l'avenir est impr・isible. Il y avait autrefois un ?nbsp;hit-parade ? le palmar・ des dix tubes de l'ann・. Il existe maintenant tant de cat・ories et de sous-cat・ories que la diversit?est devenue le mot d'ordre. L'・entail des choix est consid・able ; quelle que soit l'humeur ou les circonstances, on trouve toujours quelque chose qui pla・, une influence qu'on recherche. C'est formidable, et pour la musique et pour l'auditeur.
La Soci・?am・icaine
Revue ・ectronique de l'USIA, volume 3, num・o 1, juin 1998