Andrew Fleming
Andrew Fleming est président du Comité d'organisation des Jeux paralympiques d'Atlanta. Athlète en fauteuil roulant amputé des deux jambes, il est médaillé dans plusieurs disciplines, notamment l'athlétisme, la natation et le basket, et a acquis aux États-Unis une réputation nationale.
Le pouvoir du sport
Le sport a toujours facilité la modification des comportements sociaux et est à ce titre un moyen idéal de dissiper les stéréotypes. C'est exactement ce qui s'est passé dans les années cinquante, lorsque les Afro-Américains ont fait tomber les barrières raciales dans le base-ball et dans d'autres sports. Si les handicapés peuvent se faire apprécier à leur juste valeur grâce aux compétitions d'athlétisme, ils pourront aussi faire tomber d'autres barrières - dans l'éducation, la médecine, les affaires - partout, en somme.
Le mouvement paralympique continue de s'attaquer aux barrières politiques, idéologiques, sociales et autres qui nous divisent, en créant un environnement positif qui aide à prendre conscience des problèmes des handicapés physiques et à mieux les comprendre. Lorsqu'on a vu qu'ils peuvent être des athlètes de classe mondiale, on comprend qu'ils sont également capables de réussir dans d'autres domaines.
Les États-Unis ont réalisé d'énormes progrès dans le sens de l'élimination des obstacles physiques à l'accès des handicapés aux bâtiments publics et autres structures, et afin de leur faciliter l'utilisation des transports en commun. Nous avons maintenant une loi sur les handicapés qui nous donne le cadre juridique permettant d'opérer ces changements. Mais ces réformes ne seront acceptées que lorsque nous serons capables d'oublier nos préjugés et de modifier notre attitude à l'égard des handicapés.
Que nous soyons handicapés ou non, nous nous heurtons tous aux obstacles de l'esprit et du coeur. Le caractère unique de ces obstacles internes vient du fait qu'ils ont leur source dans nos émotions. Quand nous voyons une personne se déplacer dans un fauteuil roulant ou munie d'un membre artificiel, nous éprouvons de la compassion. Nous nous sentons concernés. Peut-être nous demandons-nous avec inquiétude comment nous nous comporterions dans une telle situation. Toute passagère qu'elle soit, cette réaction dresse un voile qui déforme la façon dont nous voyons cette personne. Or les compétitions sportives peuvent nous aider à déchirer ce voile.
L'impact des Jeux
Les dixièmes Jeux paralympiques qui vont avoir lieu en août prochain marqueront un tournant décisif, comme l'ont fait, pour les Jeux olympiques eux-mêmes, les Jeux de Los Angeles en 1984. Ce sera la première fois que les Jeux paralympiques seront télévisés aux États-Unis et diffusés dans le monde entier, la première fois qu'ils donneront lieu à la vente de billets et que leurs épreuves seront parrainées et commercialisées à ce niveau. La sensibilisation aux Jeux paralympiques et leur influence seront extraordinaires.
Ces Jeux, qui verront trois mille cinq cents sportifs de cent vingt-sept pays se disputer dix-sept médailles, s'échelonneront sur dix jours de compétitions et comprendront deux sports de démonstration. Mille entraîneurs et autres responsables seront sur place ainsi que plus de mille cinq cents journalistes du monde entier. À ce chiffre s'ajouteront mille cinq cents employés, personnalités officielles et techniciens des Jeux paralympiques, ainsi que douze mille bénévoles, sans oublier le million et demi de spectateurs qui les encourageront.
Les athlètes
Tous les participants ont une histoire émouvante à raconter. Sont-ils une source d'inspiration ? Absolument. Et pourtant, selon un article récent sur les athlètes handicapés publié dans Sports Illustrated, Shawn Brown, un athlète unijambiste qui venait d'établir un record mondial officieux au lancer du disque, a déclaré au journaliste qui souhaitait l'interviewer : « S'agit-il au moins d'un article sportif ? Le côté humain ne m'intéresse pas. » Ces sportifs peuvent fort bien être une source d'inspiration, mais ils sont avant tout des athlètes et ils tiennent à être reconnus et respectés en tant que tels.
Quand Tony Volpentest court le cent mètres en un peu plus de onze secondes, il est si rapide que ce n'est que lorsqu'il s'arrête qu'on remarque que ses pieds sont des prothèses et qu'il n'a pas d'avant-bras. L'enthousiasme déclenché par une passe extraordinaire du basketteur hollandais Gert-Jan Van der Linden n'a rien à voir avec le fauteuil roulant dans lequel il se déplace. Les records de course en fauteuil roulant de l'Américain Scot Hollenbeck dans le huit cents mètres et du Suisse Heinz Frei dans le cinq mille mètres sont supérieurs à ceux de leurs homologues olympiques, le Britannique Sebastian Coe et le Marocain Saïd Aouita.
Les Jeux paralympiques marquent un tournant, tant pour les athlètes que pour le public. Ils nous fournissent une occasion de surmonter nos propres obstacles internes, de dépasser la gêne qui fausse nos rapports avec les handicapés. La pure compétitivité et l'excellence de ces athlètes nous aident à faire abstraction du fauteuil roulant, de la prothèse, du handicap et de ne voir en eux que l'athlète, le concurrent, la personne. Les athlètes paralympiques sont aussi exceptionnels que tout autre athlète de renommée mondiale. En dehors du sport, ce sont des gens comme les autres, des êtres qui affrontent une difficulté et s'efforcent de la surmonter. Une personne doit être définie par ses qualités intrinsèques, et non par son handicap. Tout individu doit être jugé selon ses mérites, selon sa personnalité.
Une chance unique
Un grand nombre d'athlètes des pays en développement feront pour la première fois l'expérience d'une société relativement conviviale pour les handicapés. Ils logeront à Atlanta, une ville moderne qui reflète les nombreux progrès réalisés aux États-Unis afin de rendre les transports publics, les magasins, les restaurants, les hôtels et les parcs d'attractions plus facilement accessibles aux handicapés.
Le troisième Congrès paralympique, qui se tiendra pendant les Jeux, du 12 au 16 août, favorisera le dialogue et l'adoption de nouvelles mesures d'élimination des obstacles auxquels se heurtent les personnes handicapées. À l'ordre du jour figureront de nombreux sujets, notamment l'élaboration d'un programme relatif aux droits des handicapés ; l'avenir des activités sportives offertes aux adultes et aux enfants handicapés ; l'accroissement des possibilités d'emploi et l'autonomie sur le plan économique ; la prise de conscience, dans les pays en développement, des difficultés auxquelles se heurtent les sportifs handicapés et l'expansion des débouchés qui leur sont offerts. Plus de cent cinquante organismes publics et privés d'une cinquantaine de pays y participeront. Les activités organisées en marge du Congrès comprendront une Initiative commerciale et économique internationale, pour représentants de gouvernements et les chefs d'entreprises ; une exposition des techniques et des services conçus à l'intention des handicapés ; et la Paralympiade culturelle, qui rendra hommage aux artistes handicapés de renommée mondiale.
Un marché lucratif
Les organisateurs des Jeux paralympiques ont réussi à démontrer de façon convaincante qu'avec leurs familles, les handicapés constituent, aux États-Unis, un important groupe de quarante-neuf millions de consommateurs. Diverses études montrent que les handicapés physiques représentent un marché de quatre cent soixante et un milliards de dollars. Les sondages révèlent également que cinquante-quatre pour cent des Américains sont prêts à acheter les produits ou services d'une entreprise promettant de contribuer financièrement à une bonne cause, que trente-huit pour cent d'entre eux sont favorables à l'achat des produits ou services d'une société versant une partie de ses bénéfices aux Jeux paralympiques, et que trente-deux pour cent sont disposés à acquérir les produits ou services d'une société finançant une manifestation organisée au profit des handicapés. Du point de vue des entreprises concernées, il ne s'agit pas de charité, mais d'activités commerciales lucratives.
Il convient également de noter que ce sera la première fois que les Jeux paralympiques auront été financés en majeure partie par le secteur privé.
Les Jeux
Les Jeux paralympiques sont l'expression la plus frappante de l'idée selon laquelle les handicapés physiques sont capables des plus brillants exploits, au même titre que les athlètes olympiques. Dans de rares cas, nous voyons les deux groupes converger. Cette année, une athlète handicapée visuelle, Marla Runyan, s'est qualifiée pour les éliminatoires d'athlétisme des compétitions olympiques et paralympiques. Spécialiste de l'heptathlon, elle donne toute sa mesure dans les deux séries de compétitions car elle est avant tout une athlète. La distinction entre athlète olympique et paralympique devient secondaire. Son cas illustre la vaste portée des Jeux paralympiques. Ces Jeux seront sans aucun doute passionnants. De plus, ils amélioreront plus que jamais la condition des handicapés aux États-Unis et, il faut l'espérer, dans le monde entier.
Le rôle du bénévolat
Un mot maintenant sur le bénévolat et l'altruisme des Américains :
Il est souvent plus facile de demander aux gens de consacrer de l'argent que du temps à une cause. Mais, dans ce cas particulier, la réaction du public a été des plus encourageantes.
L'influence des douze mille bénévoles qui prêteront leurs services aux Jeux paralympiques s'étendra bien au-delà des Jeux. Quand les compétitions auront pris fin, ils auront acquis une expérience de première main et une nouvelle appréciation de la vitalité des handicapés qui marqueront leur existence et qu'ils feront partager autour d'eux. Il ne fait aucun doute que les millions de spectateurs qui, aux États-Unis et dans le monde, suivront les Jeux en personne ou sur le petit écran acquerront également une perspective et une sensibilité dont profiteront les futurs athlètes et leur public.
Le vrai succès des Jeux paralympiques d'Atlanta ne se mesurera ni aux cérémonies de clôture du 25 août, ni aux médailles d'or remportées par les athlètes, ni aux bénéfices réalisés par les entreprises privées. Les résultats positifs de la campagne acharnée que nous menons pour faire tomber les cloisons dont souffrent les handicapés seront le critère le plus sûr et le plus durable de leur succès.
Épreuve Record paralympique Record olympique100 m messieurs 10,72 9,86 Ajibola Adoye, Nigéria Carl Lewis, (amputé d'un bras) États-Unis 11,63 Tony Volpentest, États-Unis (amputé des bras et des jambes) 200 m dames 25,31 21,34 Marla Runyan, Florence Griffith États-Unis Joyner, États- (malvoyante) Unis 800 m messieurs 1:40.63 1:41.71 Scot Hollonbeck, Sebastian Coe, États-Unis Grande-Bretagne (fauteuil roulant) 1500 m dames 3:45.23 3:53.96 Connie Hansen, Danemark Paula Ivan, Italie (fauteuil roulant) 1500 m messieurs 3:54.61 3:29.46 Javier Condé, Espagne Saïd Aouïta, (amputé du bras) Maroc 5000 m messieurs 11:10.41 12:58.39 Heinz Frei, Suisse Saïd Aouïta, (fauteuil roulant) Maroc Saut haut. mess. 1,96 m 2,38 m Arnold Bolt, Canada Guennadi Avdeenko, (amputé d'une jambe) URSS 1,98 m Jonathan Orcutt, États-Unis (malvoyant) Saut long. mess. 5,58 m 8,90 m Dennis Oehler, Robert Beamon, États-Unis États-Unis (amputé d'une jambe)
Photo de Chris Hamilton, avec l'autorisation du Comité d'organisation des Jeux paralympiques d'Atlanta