LA LOI DE RÉFORME DE L'AIDE SOCIALE
Le 22 août 1996, le président
Clinton a signé la « Loi de conciliation de la
responsabilité personnelle et de l'accès à
l'emploi ». Ce plan de refonte générale
du régime de protection sociale aux États-Unis, qui
a l'appui des deux partis politiques, vise à changer
fondamentalement la conception de l'aide sociale. Il
prévoit essentiellement l'octroi d'une aide
financière à court terme moyennant l'obtention d'un
emploi. Cette loi très controversée impose aussi de
nouvelles responsabilités aux États
fédérés et contient de nouvelles clauses
relatives aux enfants. On trouvera ci-dessous les grandes lignes
de cette loi de réforme de la protection sociale aux
États-Unis, notamment les modifications qui ont
été apportées à des projets de loi
antérieurs auxquels le président Clinton avait
opposé son veto.
PASSER D'ASSISTÉ SOCIAL À SALARIÉ
Obligation de rechercher un emploi. L'octroi d'une aide
sociale est limité à deux ans et, à peu
d'exceptions près, le bénéficiaire de cette
aide devra d'ici là avoir trouvé un emploi. Durant
l'année budgétaire 1997, chaque État devra
avoir réduit de 25% le nombre des familles recevant une
assistance sociale et les membres de celles-ci devront avoir
trouvé un emploi. Ce pourcentage devra atteindre 50% d'ici
à 2002. Pour pouvoir recevoir une aide sociale, les
pères ou mères célibataires devront
travailler au moins vingt heures par semaine la première
année qu'ils recevront une aide, et un minimum de trente
heures par semaine à partir de l'an 2000. Pour continuer
à recevoir une aide, les ménages biparentaux
devront à compter du 1er juillet 1997 assurer trente-cinq
heures de travail par semaine.
Aide en vue de la transition. La loi prévoit
quatorze milliards de dollars sur six ans afin de financer les
frais de garde des enfants et aider ainsi plus de mères
assistées à trouver un emploi. Elle garantit aussi
une protection médicale aux femmes (et à leur
famille) recevant une assistance sociale et qui trouvent un
emploi. Ces ménages auront droit à une couverture
médicale pendant un an dans le cadre du programme
« Medicaid ».
Le travail. Afin de répondre aux critères
imposés en matière d'emploi, les
bénéficiaires d'une assistance sociale devront soit
avoir un emploi subventionné ou non subventionné,
soit suivre une formation professionnelle sur le lieu de travail,
soit se perfectionner dans le cadre d'un premier emploi, soit
assurer un travail profitant à la collectivité,
soit suivre un stage de formation professionnelle d'un an, soit
s'occuper d'enfants dont les parents font du service social. Les
prestataires concernés par cette loi peuvent consacrer
jusqu'à six semaines à la recherche d'un emploi.
Cependant, la loi prévoit que pas plus de 20% des
personnes assistées dans un État ne pourront
bénéficier d'une formation professionnelle ou
être des parents adolescents fréquentant encore le
lycée. Les parents célibataires ayant à leur
charge un enfant âgé de moins de six ans ne seront
pas pénalisés s'ils ne réussissent pas
à répondre aux critères imposés en
matière d'emploi. Les autorités des États
peuvent exempter les parents célibataires ayant des
enfants âgés de moins d'un an de l'obligation de
rechercher un emploi.
Limites. La durée des prestations d'aide sociale
accordées aux familles ne pourra dépasser soixante
mois au total. Les États peuvent décider d'imposer
une limite de temps plus courte. Ils peuvent toutefois dispenser
20% de leurs assistés de cette limite de temps et leur
fournir une aide autre que financière, ou des bons
financés sur leurs propres fonds.
Qualification personnelle. Les États doivent faire
une première évaluation des compétences
professionnelles de leurs assistés. Ils doivent aussi
mettre au point un plan d'action tenant compte de
l'éducation, de la formation et des services de placement
dont les bénéficiaires auront besoin afin de
pouvoir trouver un emploi.
Obligations des États. Les États devront
consacrer à leur assistance sociale au moins 80% des fonds
qu'ils avaient consacrés durant l'année
budgétaire 1994. En ce qui concerne les subventions visant
à défrayer la garde des enfants, ils devront
consacrer 100% des fonds utilisés en 1994 ou en 1995 (le
montant le plus élevé étant retenu).
Subvention à l'emploi. Les États peuvent
prélever des fonds servant actuellement aux prestations
sociales afin de créer des emplois dans le domaine du
service social et de subventionner des salaires ou l'embauche
d'employés.
Primes d'encouragement. Entre 1999 et 2003, un milliard de
dollars seront distribués aux États qui se
distingueront par le nombre d'assistés sociaux qui auront
trouvé du travail.
Assouplissement des règles. Les États qui
auront présenté leurs propres plans de
réforme des programmes d'assistance sociale et obtenu une
exemption à la mise en application de la loi
fédérale avant le 1er juillet 1997 pourront
gérer leurs fonds en respectant les termes
énoncés dans leurs plans.
ENCOURAGER LA RESPONSABILITÉ
Recouvrement de la pension alimentaire
Registre national des employés nouvellement
engagés. La loi crée un registre
fédéral des nouveaux employés de
façon à mettre à jour les parents qui
chercheraient à échapper à leurs obligations
familiales en changeant d'État. Elle simplifie aussi les
règles permettant de faire saisie sur les salaires de ceux
qui se soustrairaient au versement de la pension alimentaire
destinée à leurs enfants.
Simplifier l'établissement de la paternité.
La loi simplifie les procédures légales visant
à établir la paternité et exige que les
États fassent remplir aux assistés sociaux un
formulaire officiel de reconnaissance volontaire de
paternité. Elle demande aux États de faciliter ces
formalités. Les personnes qui refuseraient de remplir les
formulaires établissant leur paternité verraient
leur aide financière réduite de 25%.
Uniformité des lois locales concernant le paiement
de la pension alimentaire. Les règles, procédures
et formalités relatives au recouvrement de la pension
alimentaire seront semblables dans les États ayant
juridiction dans les cas de non-paiement d'une pension
alimentaire impliquant des parents habitant dans des États
différents.
Réseau informatique de recouvrement des pensions.
Les États doivent centraliser les informations ayant trait
aux ordres de paiement des pensions alimentaires et
établir des centres de recouvrement et de
déboursement des fonds. Ils doivent
accélérer les procédures relatives à
l'ordre de paiement d'une pension alimentaire.
Sanctions. Les États peuvent adopter des
règles strictes afin d'obliger les gens à payer la
pension alimentaire destinée à leurs enfants, et
notamment assouplir les règles en vigueur concernant la
saisie-arrêt sur les salaires, la saisie des biens, la
révocation des permis de conduire et des licences
professionnelles des parents qui n'auraient pas payé leur
pension alimentaire.
Les familles d'abord. En vertu de cette nouvelle loi, les
familles qui ne reçoivent plus d'aide sociale seront les
premières à recevoir les fonds
récupérés au titre du recouvrement de la
pension alimentaire.
Droits de surveillance et de visite. Des dotations
aideront les États à créer des programmes
qui faciliteront la visite à ses enfants du parent qui n'a
pas l'exercice de l'autorité parentale.
CLAUSES RELATIVES AUX PARENTS ADOLESCENTS
Habiter chez les parents et continuer l'école. Pour
recevoir une aide financière de l'État où
ils demeurent, les parents mineurs non mariés devront
habiter avec un adulte responsable ou dans un foyer
surveillé par des adultes. Ils ne devront pas quitter
l'école ou alors suivre des ateliers de formation
professionnelle.
Clause relative à la grossesse des adolescentes.
À partir de 1998, cinquante millions de dollars par an de
fonds fédéraux seront ajoutés aux fonds
déjà réservés à l'organisation
de classes encourageant la continence. Le ministère de la
santé et des affaires sociales élaborera et mettra
en uvre une stratégie visant à
prévenir les grossesses chez les mères adolescentes
non mariées et à garantir qu'au moins un quart des
collectivités du pays auront mis en place des programmes
de prévention des naissances chez des mères
adolescentes. Par ailleurs, le ministère de la justice va
étudier le lien qui existe entre le détournement de
mineurs et la grossesse des adolescentes. Il est prévu que
les responsables policiers recevront des informations à
propos de la prévention du détournement de mineurs
et de la poursuite en justice de ceux qui en seraient coupables.
MODIFICATIONS PAR RAPPORT AUX PROJETS DE LOIS AUXQUELS LE
PRÉSIDENT AVAIT PRÉCÉDEMMENT OPPOSÉ
SON VETO
Couverture médicale garantie. La nouvelle loi
maintient la garantie à l'échelle nationale de la
couverture médicale des enfants pauvres, des
handicapés, des femmes enceintes, des vieillards et des
personnes assistées par l'État.
Financement accru des frais de garde des enfants et
obligation de poursuivre les initiatives mises en uvre dans
ce domaine. La loi prévoit un financement plus important
des frais de garde des enfants et exige que les États
prévoient les fonds nécessaires au maintien des
initiatives déjà mises en uvre.
Encourager les États à faire passer leurs
assistés sociaux dans les rangs des travailleurs. La loi
réserve un milliard de dollars afin de financer des primes
à l'intention des États qui parviendront à
réaliser les objectifs préconisés.
Maintien des programmes liés à la nutrition.
La loi préserve le filet de sécurité qui
existe au niveau national en matière de nutrition en
maintenant le programme fédéral de bons
alimentaires. Une proposition qui avait été faite
de doter les États de crédits en bloc en vue de
financer ce programme n'a pas été retenue.
Protection de l'enfant et adoption. La loi maintient les
lois en vigueur dans ce domaine ainsi que le niveau de
financement ciblant les programmes concernés par le
bien-être de l'enfant, la prévention des
sévices aux enfants, l'accueil en familles
nourricières et l'aide à l'adoption.
Caisses de prévoyance. Davantage de fonds seront
réservés pour ces caisses afin de protéger
les États confrontés à une croissance
démographique ou à une crise économique.
Critères sanitaires et de sécurité
des garderies d'enfants. La loi ne change pas la
réglementation en vigueur concernant ces
établissements et prévoit le même niveau
d'aide financière pour un grand nombre d'enfants
handicapés.
Aide maximum aux familles. Les États peuvent
limiter, s'ils le souhaitent, les aides sociales qu'ils versent
aux familles. Le Président a opposé son veto
à une loi qui aurait obligé les États
à limiter les prestations aux familles, à moins
qu'ils n'aient adopté une loi explicite concernant
l'octroi de ces aides.
MODIFICATIONS FUTURES POSSIBLES DE LA LOI
Le président Clinton s'est engagé à
modifier deux clauses de la loi qui n'ont, à son avis,
rien à voir avec la réforme de l'aide sociale.
Il estime que la loi inflige des coupes trop profondes au
programme de bons d'alimentation, notamment pour les familles qui
travaillent et dont les coûts du logement sont
élevés.
En vertu de la nouvelle loi, les immigrants
légalement admis aux États-Unis ne pourront, dans
la plupart des cas, recevoir aucune aide sociale pendant cinq ans
ou tant qu'ils n'auront pas obtenu la citoyenneté
américaine. Le président Clinton pense qu'il faut
aider les immigrants dont la situation précaire n'est pas
de leur responsabilité, mais qu'il faut aussi que les
personnes qui ont parrainé leur immigration assument
davantage de responsabilités à leur égard.
La
société américaine
Revues
électroniques de l'USIA, volume 1, numéro 20,
janvier 1997