Au cours d'une cérémonie organisée le 24 septembre aux Nations unies, les États-Unis se sont joints aux quatre autres États détenteurs d'armes nucléaires (à savoir la Grande-Bretagne, la France, la Russie et la Chine), afin de signer le Traité d'interdiction totale des essais nucléaires (CTBT) qui, de nombreux pays l'espèrent, offre la perspective de mettre fin à tout jamais à tous les essais nucléaires sur la terre et dans l'atmosphère.
Le président Clinton, qui a été le premier à parapher le Traité, a plus tard déclaré à l'Assemblée générale des Nations unies que le CTBT représentait « un gigantesque pas en avant » empêchant les puissances nucléaires « de mettre au point des armes plus sophistiquées et plus dangereuses. Il limitera en outre la capacité des autres États d'acquérir ce genre d'armements. Il nous entraîne vers un siècle durant lequel on pourra réduire encore davantage le rôle des armes nucléaires et le danger qu'elles représentent et, en fin de compte, les éliminer. »
Le Président a souligné que la signature des cinq puissances nucléaires, « de même que celle de la vaste majorité des nations, créeront immédiatement un règlement international contre les essais nucléaires, avant même que le Traité n'entre officiellement en vigueur ». Soixante-cinq pays ont signé le Traité le 24 septembre, et les hauts responsables des Nations unies s'attendent à recueillir quatre-vingts signatures d'ici au 9 octobre.
Le Traité n'entrera pas en vigueur tant qu'il n'aura pas été ratifié par les quarante-quatre pays qui y sont nommés parce qu'il existe sur leur territoire des réacteurs nucléaires. Cependant, de nombreux experts et hauts fonctionnaires pensent que toute nation qui le signe sera obligée de respecter immédiatement ses dispositions et que le Traité représentera une norme internationale contre les essais nucléaires avant même qu'il ne devienne une loi internationale.
L'Inde, qui avait empêché la Conférence de Genève sur le désarmement d'envoyer le Traité à l'Assemblée générale au début de l'année, a juré de ne jamais signer cet accord afin de l'empêcher de devenir une loi internationale. L'Inde est en effet l'un des quarante-quatre pays qui doivent ratifier le Traité pour qu'il puisse entrer en vigueur.
L'Inde a critiqué le CTBT parce qu'il ne comprend pas de calendrier spécifique pour le désarmement nucléaire total. Elle s'oppose aussi au fait qu'elle est l'une des quarante-quatre nations tenues de ratifier le traité. « L'Inde ne signera jamais ce traité inéquitable : ni aujourd'hui, ni demain », a affirmé en septembre le représentant indien aux Nations unies, Arundhatpi Ghose. « Ce Traité n'entrera jamais en vigueur ».
Le Pakistan, que l'on considère, de même que l'Inde et Israël, comme une puissance nucléaire non déclarée, a voté en faveur du Traité, mais a dit qu'il ne le signerait pas tant que l'Inde ne le ferait pas.
Et pourtant, la plupart des partisans du CTBT sont optimistes et pensent que la pression internationale sur l'Inde empêchera ce pays de procéder à d'autres essais nucléaires et qu'éventuellement, en dépit de l'opposition de l'Inde, on trouvera le moyen de permettre au Traité d'entrer en vigueur et d'établir le mécanisme très complexe de surveillance et de vérification qui y est prévu.
À la suite d'une initiative de l'Australie visant à soumettre le texte du Traité au vote des Nations unies, l'Assemblée générale a adopté le texte le 10 septembre par cent cinquante-huit voix contre trois, avec cinq abstentions, et a demandé qu'il soit ouvert à la signature. On pense que les cent cinquante-huit pays membres de l'ONU finiront tous par le signer. L'Inde, le Bhoutan et la Libye ont voté contre l'adoption du Traité ; le Liban, la Syrie, Maurice, la Tanzanie et Cuba se sont abstenus.
La décision de soumettre le traité à l'Assemblée générale, a déclaré Madeleine Albright, la représentante permanente des États-Unis aux Nations unies, « traduit la conviction des puissances nucléaires et non nucléaires que le moment est venu d'approuver un CTBT et que les espoirs des populations du monde entier doivent enfin être réalisés ».