Cambridge (Massachusetts) - Le 18 janvier 1996, le secrétaire d'État, M. Warren Christopher, a prononcé un important discours sur la politique étrangère des États-Unis à l'école d'administration John-Kennedy de l'université Harvard. Il a notamment précisé que les États-Unis allaient accorder une attention particulière à trois objectifs essentiels : la recherche de la paix dans des régions qui représentent un intérêt stratégique du point de vue des États-Unis, l'endiguement des nouvelles forces transnationales qui menacent la sécurité et enfin la promotion du libre-échange et de la prospérité.
Il a souligné que de plus, il fallait admettre que seuls les États-Unis avaient la perspicacité et la puissance leur permettant de consolider les progrès réalisés ces dernières années et de bâtir un monde encore meilleur.
Au sujet de la Bosnie, il a déclaré : « En 1996, le défi immédiat que nous devrons relever consistera à appliquer les clauses militaires et civiles de l'accord de Dayton. Nous attendons de toutes les parties qu'elles respectent complètement les obligations qu'elles ont contractées dans le cadre de cet accord négocié avec minutie. »
Il a en outre affirmé que la médiation des États-Unis était également indispensable à l'instauration de la paix au Proche-Orient, et que l'élément-clé qui permettrait d'atteindre cet objectif serait une percée dans les négociations entre Israël et la Syrie. « Bien qu'il reste encore beaucoup à faire, nous progressons à pas de géant et nous cherchons à sceller un accord en 1996. Les États-Unis sont déterminés à faciliter cette entreprise historique. »
M. Christopher a également abordé la question de la prolifération des armes de destruction massive. À ce propos, il a souligné la nécessité de négocier un Traité d'interdiction générale des essais nucléaires à temps pour qu'il soit signé cette année. « Et cette année, nous devons également ratifier la Convention sur les armes chimiques », a déclaré le secrétaire d'État. Il a ensuite exhorté le Parlement russe à ratifier le traité START II.
Il a affirmé que le gouvernement poursuivrait ses efforts afin d'éliminer les réseaux internationaux de criminels, de terroristes et de trafiquants de stupéfiants. « Nous avons pris des mesures sans précédent contre le cartel de Cali (...) Nous continuerons de priver les terroristes et les barons de la drogue de tout accès à leurs avoirs ; nous ferons pression sur les États qui tolèrent de telles associations ; nous intensifierons nos opérations visant à attaquer la criminalité et les stupéfiants à leur source. »
« La protection de notre fragile milieu ambiant aura aussi une profonde importance à long terme pour notre pays, et en 1996 nous essaierons d'intégrer pleinement nos objectifs écologiques à notre diplomatie, ce qui n'avait jamais été fait auparavant. Nous rechercherons de nouvelles diminutions des émissions de gaz de serre et l'adoption par le Sénat de traités sur la diversité biologique et sur le droit de la mer. »
En conclusion, M. Christopher a promis que les États-Unis allaient poursuivre sur la lancée des réussites du gouvernement Clinton, notamment au niveau de l'ALENA, des négociations d'Uruguay, de la zone de coopération économique asio-pacifique (APEC) et du Sommet des Amériques. Il a souligné que grâce à la coopération avec les pays de la zone asio-pacifique, de l'Union Européenne et du continent américain, on était en train d'éliminer les barrières au commerce et aux investissements, ouvrant ainsi des marchés aux produits américains d'exportation.
Permettez-moi de commencer par remercier M. Joe Nye de m'avoir présenté en des termes si chaleureux et d'avoir mis fin à une anecdote persistante à propos de cette belle institution. Dans certains cercles, on racontait que l'Ecole Kennedy faisait partie d'un complot visant à infiltrer le gouvernement fédéral. La nomination de M. Joe Nye prouve le contraire : le gouvernement fédéral est en fait un complot afin d'infiltrer l'Ecole Kennedy.
Il y a un an, je m'étais entretenu avec vous afin d'expliquer les principes guidant la politique étrangère du présent gouvernement et les priorités qu'il s'était fixées pour 1995. Je suis parmi vous aujourd'hui afin de faire le point d'une période de réalisations remarquables de la part de la diplomatie américaine et afin d'évoquer nos principaux objectifs pour 1996.
La fin de la guerre froide nous a donné une chance sans précédent de modeler un monde plus sûr constitué de sociétés et de marchés ouverts, un monde au sein duquel les intérêts et les idéaux des États-Unis peuvent s'épanouir. Nous sommes cependant confrontés à de graves menaces dont nos frontières ne peuvent nous protéger. Il s'agit du terrorisme, de la prolifération des armes, de la criminalité et de l'altération de l'environnement.
Ce n'est pas la fin du monde, mais les événements marquant l'histoire se précipitent. Il y a près de quatre-vingts ans, lorsque la première guerre des Balkans de ce siècle prit fin, il a fallu attendre les conclusion d'une commission internationale pour finalement comprendre ce qui s'était passé. Aujourd'hui, les images de la violence à Sarajévo sont transmises instantanément aux quatre coins du monde. Il y a plus de soixante ans, il a fallu plusieurs années avant que les retombées de la « crise économique » ne se fassent sentir ailleurs dans le monde. Aujourd'hui, une crise économique au Mexique peut, en un instant, perturber toute l'économie mondiale.
À cette époque de changements accélérés, les États-Unis doivent continuer à jouer un rôle de chef de file. Nous devons être lucides et vigilants lors de la poursuite de nos intérêts. Nous devons, par- dessus tout, reconnaître le fait que seuls les États-Unis ont la perspicacité et la puissance leur permettant de consolider les progrès réalisés ces dernières années et bâtir un monde encore meilleur.
Six ans après la chute du mur de Berlin, certains pensent encore que nous pouvons échapper aux problèmes du monde en érigeant des murailles autour de notre pays. Les événements des trois dernières années devraient régler le débat concernant le rôle des États-Unis dans le monde. Etant donné que le président Clinton a rejeté la voie du retrait, nous montrons par nos actions la valeur durable de la prééminence des États-Unis et l'engagement de ce pays.
Aidés d'internationalistes des deux partis, le Président a fait des États-Unis le moteur de la paix dans le monde. Réfléchissez-y. Si nous n'avions pas montré le chemin, la guerre en Bosnie continuerait aujourd'hui, volant la vie d'innocents ; elle menacerait de se propager et affaiblirait l'OTAN. Si nous n'avions pas montré la voie, la perspective d'une paix généralisée au Proche-Orient n'existerait pas et il y aurait peu d'espoirs de réconciliation en Irlande du Nord.
Si les États-Unis n'avaient pas montré la voie, des hommes sans foi ni loi continueraient à gouverner en Haïti et des milliers de réfugiés haïtiens essaieraient d'atteindre nos rivages ; l'économie mexicaine serait en chute libre, menaçant notre prospérité et nuisant aux marchés naissants et à l'économie mondiale. Nous n'aurions pu faire les progrès qui ont été faits en ce qui concerne le meilleur décompte possible des prisonniers de guerre et des disparus américains au Viêt-nam, ouvrant ainsi la voie à la reconnaissance de ce pays. Nous n'aurions pu obtenir une prorogation illimitée du Traité de non-prolifération nucléaire, obstacle le plus important à la multiplication des armes nucléaire, et peut-être la Corée du Nord fabriquerait-elle des bombes nucléaires.
La leçon est claire. Si nous montrons la voie, nous pouvons garder intacte cette énergie qui a vaincu le communisme, qui nous a libérés des dangers d'une guerre nucléaire et qui a permis de faire flotter le drapeau de la liberté aux quatre coins du monde. Notre force est une bénédiction et non pas un fardeau. Le président Clinton est bien décidé à l'utiliser judicieusement et décisivement.
Il est cependant impossible de maintenir notre force au rabais. Depuis un an déjà, le Président et moi-même luttons contre ces forces au Congrès qui voudraient tant réduire notre budget des affaires étrangères que nous serions obligés d'assumer un rôle de chef de file moins important, fermer d'importantes ambassades, arrêter les missions de maintien de la paix et réduire dangereusement nos projets à l'étranger. Ce ne sont pas là des propositions raisonnables. Elles affaibliraient les États-Unis au moment même où nous devons rester forts, alors que d'autres pays nous demandent de montrer la voie. Elles montrent un manque d'appréciation pour ce que les États-Unis ont accompli ces cinquante dernières années et un manque de confiance dans le fait que notre grand pays peut vraiment influencer l'avenir.
La récente fermeture partielle des services fédéraux m'a particulièrement troublé, car elle a amenuisé le sérieux et l'intégrité que l'on prête à notre pays sur le plan international. Lors de mes récents déplacements à l'étranger, j'ai été surpris des profondes répercussions que cette fermeture a eues. Dans de nombreux pays, les dirigeants et les populations ont eu le sentiment que le pays le plus puissant du monde n'était plus en mesure de fonctionner. Ne pas payer ses factures ou ses employés n'est pas une conduite digne d'un grand pays. Cela ne doit pas se reproduire.
Il y a trois semaines, on m'a décrit dans l'hebdomadaire Newsweek comme « un homme véritablement convaincu de la nécessité d'un engagement des États-Unis dans les affaires du monde ». Je plaide coupable. Je suis arrivé à l'âge adulte après la Deuxième Guerre mondiale, durant les années où nos dirigeants faisaient les investissements dont nous jouissons tous des fruits aujourd'hui. Je ne suis pas un politicien, mais j'ai un préjugé pour la sorte de politique étrangère qui fait de notre pays un chef de file qui a des principes et sur lequel on peut compter, un préjugé en faveur d'une politique étrangère qui protège le dessein et la force des États-Unis. J'espère que tous les candidats qui aspirent à la présidence garderont ces importants jalons à l'esprit.
Notre engagement à jouer un rôle primordial est le premier des grands principes qui guident notre politique étrangère, dont j'ai énoncé les grandes lignes ici l'an dernier.
Le second principe dont j'ai aussi fait état l'an dernier est la nécessité de renforcer les institutions qui offrent une base durable favorable à la paix et à la prospérité dans le monde. Les institutions telles que l'Organisation des Nations unies, l'OTAN et la Banque mondiale nous aident à répartir la charge et les coûts du « leadership ». Cette année, l'une des grandes questions prioritaires consistera à collaborer avec le Congrès en vue de nous acquitter de nos obligations financières envers l'ONU, alors que cette institution entreprend un programme essentiel de réformes.
Le troisième principe a trait au soutien de la démocratie et des droits de l'homme qui traduit nos idéaux et qui renforce nos intérêts. Notre attachement aux principes universels constitue une source essentielle de la primauté des États-Unis et de leur crédibilité. Nous ne pouvons guère jouer un rôle de premier plan sans cela. Nos intérêts sont plus protégés dans un monde où des pouvoirs publics responsables renforcent la stabilité et où la primauté du droit protège tant les droits politiques que l'économie de marché. C'est pourquoi nous apportons un soutien aussi important aux réformes courageuses entreprises dans des pays tels que l'Afrique du Sud, le Mexique et les nouvelles démocraties d'Europe centrale. C'est pourquoi nous sommes si heureux que seize présidents aient assumé le pouvoir à l'issue d'élections libres dans notre continent, ces trois dernières années. Cette année, un autre objectif important consistera à aider les tribunaux chargés de juger les crimes de guerre à garantir l'imputation des responsabilités en ex-Yougoslavie et au Rwanda pour les deux plus grandes tragédies de ces dix dernières années.
Le quatrième principe est l'importance essentielle des relations avec les grandes puissances. Ces États - nos alliés en Europe et au Japon, ainsi que la Russie et la Chine - sont le plus susceptibles d'avoir une incidence sur notre sécurité et sur notre prospérité.
Ces dernières années, certains ont dit qu'il était inévitable que les États-Unis et l'Europe se séparent peu à peu. Nous leur avons montré qu'ils avaient tort. Notre action commune en Bosnie a renforcé considérablement l'alliance transatlantique et a ouvert de nouvelles perspectives de coopération durable en ce qui concerne la sécurité en Europe. En outre, le nouveau programme transatlantique dont les États-Unis et l'Union européenne sont convenus à Madrid le mois dernier va non seulement élargir nos relations économiques, mais aussi renforcer notre coordination pour ce qui est des problèmes dans les domaines de la politique et de la sécurité dans le monde.
Par ailleurs, nous sommes en train de placer avec le Japon les trois piliers de notre alliance - la sécurité, l'économie et la politique - sur une bonne base. L'examen de nos relations, que M. Joe Rye a effectué pendant un an avec le sous-secrétaire d'État chargé des affaires de l'Extrême-Orient et de l'Océanie, M. Winston Lord, a redynamisé nos liens en matière de sécurité. Nous avons conclu vingt accords sur l'accès au marché qui ont contribué à réduire fortement, ces derniers temps, le solde déficitaire de nos échanges commerciaux avec ce pays.
Nous continuons aussi de rechercher à renforcer notre coopération avec la Russie et la Chine, à un moment où ces deux pays subissent une transition difficile.
Depuis son entrée en fonctions, le président Clinton a reconnu que c'était seulement en nous engageant avec la Russie que nous pourrions protéger nos intérêts nationaux. Notre stratégie a procuré des avantages concrets en ce qui concerne la sécurité du peuple américain. Nous avons réussi à réduire considérablement nos arsenaux nucléaires et à rendre plus sûres les matières nucléaires. En oeuvrant de concert avec la Russie, nous avons avancé sur la voie de la réalisation de nos objectifs en Bosnie et au Proche-Orient.
Bien entendu, il est facile d'énumérer nos divergences avec la Russie, telles que celles portant sur la coopération nucléaire avec l'Iran et sur la guerre en Tchétchénie. Les événements de cette semaine montrent encore davantage que la solution militaire actuelle en Tchétchénie ne fera qu'aggraver la guerre. On ne peut mettre un terme au cycle de la violence que par la négociation.
Toutefois, comme je l'ai déjà dit, je n'ai pas le luxe de dresser une liste de nos désaccords avec la Russie et de ne rien faire à ce sujet. Ma tâche consiste à trouver des terrains d'entente et à élaborer une politique destinée à aplanir nos divergences.
En 1993, lors de mon premier grand discours en qualité de ministre des affaires étrangères, j'ai indiqué que les efforts de transformation de la Russie seraient longs et difficiles et que la réussite n'était nullement assurée. Je n'ai pas changé d'avis depuis. Après quatre années d'après-soviétisme, l'économie russe est de plus en plus régie par les principes de l'économie de marché, et les élections libres, qui étaient impensables il y a quelques années, sont devenues chose courante. Toutefois, la Russie ne s'est pas encore débarassée des séquelles ruineuses de soixante-dix ans de communisme, notamment la criminalité, la corruption et la pauvreté.
Les événements récents constituent des signes inquiétants des difficultés de mise en oeuvre des réformes. Le peuple russe aura à faire un choix important lors de l'élection présidentielle de juin prochain. C'est seulement lui qui peut choisir ses dirigeants et décider de son avenir. Notre obligation - l'obligation des États-Unis - est d'encourager les principes démocratiques et les institutions démocratiques et de défendre nos intérêts nationaux à tout moment.
Lorsque je m'entretiendrai avec le nouveau ministre russe des affaires étrangères, M. Primakov, je lui dirai que les États-Unis sont résolus à continuer d'oeuvrer de concert avec la Russie pour résoudre les nombreux problèmes communs auxquels nous devons faire face. Toutefois, je lui indiquerai clairement que l'adhésion de la Russie aux institutions de l'Occident, qui est dans notre intérêt mutuel, dépend de l'empressement de son pays à respecter le droit international et à rester sur la voie des réformes.
En ce qui concerne la Chine, nous avons un grand intérêt à faire en sorte que ce pays puissant poursuive sa modernisation d'une manière qui contribue à la sécurité et à la prospérité de la région. Ceci est dans notre intérêt et dans celui de nos principaux alliés et amis. C'est pourquoi nous poursuivons une stratégie d'engagement, qui est destinée à intégrer la Chine au sein de la communauté internationale et de renforcer notre coopération en vue de résoudre des problèmes communs, tels que le programme nucléaire de la Corée du Nord, le trafic illicite des stupéfiants et l'immigration clandestine.
Nous continuons d'avoir de profondes divergences d'opinion avec la Chine dans plusieurs domaines, notamment les droits de l'homme, la prolifération des armements et le commerce. Nos relations avec ce pays ont traversé une période difficile ces derniers mois. Les États-Unis sont prêts à restaurer une dynamique positive dans ces relations. Nous avons réaffirmé notre politique de la « Chine unique » et rejeté les conseils malavisés de ceux qui veulent isoler ou endiguer ce pays. Le président chinois a affirmé que son pays cherchait également à instaurer une relation positive. Laissez-moi dire clairement ceci : les États-Unis feront des efforts de leur côté, mais si nous voulons établir une relation durable et constructive, la Chine a la responsabilité de prendre des mesures tangibles dans les domaines qui nous préoccupent particulièrement et de respecter certains principes universels.
Cette année, nous accorderons une attention particulière à trois objectifs primordiaux : premièrement, la recherche de la paix dans des régions qui représentent un intérêt stratégique du point de vue des États-Unis ; deuxièmement, l'endiguement des nouvelles forces transnationales qui menacent la sécurité ; et troisièmement, la promotion du libre-échange et de la prospérité.
Il y a un an, la guerre en Bosnie était le plus grand problème qui n'était pas encore résolu. Bien entendu, rien n'est encore définitif. Cependant, en combinant le recours à la force avec la diplomatie, nous avons transformé une situation que certains considéraient comme désespérée en une situation où la reconstruction, la réconciliation et la justice sont devenues possibles. La visite que le Président a rendue à nos troupes la semaine dernière nous a rappelé une fois de plus toute l'ardeur et la confiance avec lesquelles elles abordent leur mission.
L'accord de paix que nous avons négocié à Dayton signifie que nous pouvons maintenant regarder au-delà de quatre années d'horreur caractérisées par les camps de concentration, l'épuration ethnique, la faim et la mort. En 1996, le défi immédiat que nous devrons relever consistera à appliquer les clauses militaires et civiles de l'accord de Dayton. Nous attendons de toutes les parties qu'elles respectent complètement les obligations qu'elles ont contractées dans le cadre de cet accord négocié avec minutie.
Il est important de reconnaître que le succès en Bosnie aura également de vastes implications au niveau de notre objectif consistant à construire une Europe intégrée et en paix. Nos actions en Bosnie ont prouvé que l'OTAN est là pour rester en qualité de garante de la sécurité transatlantique. Sans l'action de l'OTAN, il ne fait aucun doute que la guerre continuerait de faire rage aujourd'hui.
La nature même de la coalition que nous avons forgée et que nous dirigeons en Bosnie a des implications historiques. C'est la première fois que des soldats de toutes les puissances européennes serviront au sein de la même opération militaire. Les Russes et les Lituaniens, les Grecs et les Turcs, les Polonais et les Ukrainiens, les Britanniques, les Allemand et les Français, se sont joints aux Américains et aux Canadiens afin de partager les mêmes risques, sous le même drapeau, et d'atteindre le même objectif noble. En aidant la Bosnie à dépasser ses divisions, nous aidons l'ensemble de l'Europe à faire de même.
La mission en Bosnie donnera à nos nouveaux alliés du Partenariat pour la Paix l'occasion de montrer qu'ils peuvent relever les défis de l'adhésion à une alliance élargie de l'OTAN. Le processus d'élargissement est déjà en train de faire de l'OTAN un puissant facteur de stabilité et de démocratie à l'Est. Nous avons clairement indiqué à nos partenaires qu'afin de devenir membres de l'OTAN, ils doivent consolider les réformes démocratiques, placer leurs forces armées sous contrôle civil, et régler les disputes avec leurs voisins.
C'est en Europe centrale et orientale que se trouvent les plus grandes menaces qui pèsent sur la sécurité du continent : les conflits ethniques, la prolifération des armements et la pauvreté. On doit faire face à ces menaces. C'est pourquoi il serait totalement irresponsable d'empêcher la moitié de l'Europe de participer aux structures qui assurent la sécurité et la prospérité du continent. C'est pourquoi l'Union européenne est en train d'aller de l'avant avec ses propres plans d'élargissement. L'élargissement de l'OTAN devrait avoir lieu parallèlement.
Nous sommes conscients du fait qu'alors que la Russie est en train de redéfinir son rôle international, l'élargissement de l'OTAN doit être orchestré d'une manière progressive, délibérée et transparente. Mais la Russie devrait également comprendre que l'Alliance avec laquelle elle coopère si étroitement en Bosnie ne menace pas sa sécurité. En effet, nous ne cessons d'exhorter la Russie à établir une relation spéciale à long terme avec l'OTAN.
Au Proche-Orient, l'action des États-Unis est également indispensable. Aujourd'hui, pour la première fois en cinquante ans, nous sommes sur le point de mettre fin au conflit israélo-arabe. Une paix générale entre Israël et ses plus proches voisins, et en fait avec l'ensemble du monde arabe, n'est plus un rêve, mais une possibilité réelle.
Je viens juste de rentrer de mon seizième voyage dans la région. La semaine dernière, j'étais aux côtés du roi Hussein de Jordanie lorsqu'il a dédié un service de traumatologie à la mémoire de l'ancien Premier ministre Rabin. C'est difficile à croire, mais ce service est à l'hôpital de Tel-Aviv. Peu d'événements illustrent mieux à quel point l'atmosphère de la région a changé. De plus, dans deux jours, près d'un million de Palestiniens vont voter pour la première fois en Cisjordanie et dans la bande de Gaza.
Mais nous devons nous attacher à compléter le cercle de la paix au Proche-Orient. L'élément-clé en sera une percée au niveau des négociations entre Israël et la Syrie. Les deux pays impliqués sont convaincus que la médiation des États-Unis est essentielle. Sous nos auspices, Israël et la Syrie sont maintenant en train de participer à une série de négociations intensives dans les environs de Washington. Bien qu'il reste encore beaucoup à faire, nous progressons à pas de géant et nous cherchons à sceller un accord en 1996. Les États-Unis sont déterminés à faciliter cette entreprise historique.
Nous allons également poursuivre les démarches que nous avons entreprises afin de résoudre les conflits et de renforcer la sécurité dans d'autres régions. Nous allons poursuivre les initiatives qui ont été prises en Irlande du Nord, en Haïti, à Chypre, en Angola, au Burundi, au Pérou et en Equateur. Nous allons renforcer les fondations de la paix et de la sécurité en Asie et en Océanie en resserrant notre coopération en matière de sécurité avec nos alliés, ainsi que par le truchement de notre participation à l'ANASE, une association régionale très prometteuse. Et sur ce continent, nous allons poursuivre sur la lancée du nouveau niveau de coopération politique qui a été atteint lors du sommet des Amériques récemment organisé à Miami.
Notre deuxième grand dossier de cette année a trait aux nouveaux défis que nous devrons continuer de relever en matière de sécurité internationale. Ainsi que l'a souligné le Président dans un discours de première importance qu'il a prononcé à l'ONU en octobre dernier, les périls transnationaux que représentent la prolifération, le terrorisme, la criminalité internationale, les stupéfiants et les atteintes à l'environnement, pèsent sur tous les peuples de notre monde interdépendant.
Nous continuerons de travailler à juguler la prolifération des armes de destruction massive, qui représente la menace potentielle la plus grave qui puisse peser sur les États-Unis et sur leurs alliés. Il y a trente ans, les puissances nucléaires ont, pour citer le président d'alors, John Kennedy, « fait reculer d'un pas les ombres de la guerre » en concluant le Traité d'interdiction partielle des essais nucléaires. Nous devons maintenant parachever un Traité d'interdiction générale des essais nucléaires, à temps pour l'ouvrir cette année aux signatures. Et nous devons aussi, cette année, ratifier la Convention sur les armes chimiques.
De plus, nous devons pérenniser de profondes réductions des arsenaux nucléaires des États-Unis et des États issus de l'ex-URSS. Je recommande vivement au Sénat ainsi qu'à la Douma russe de ratifier le traité START II, qui éliminera cinq mille ogives supplémentaires des arsenaux de nos deux pays.
Nos efforts régionaux de non-prolifération revêtent, eux aussi, une importance vitale. Il est essentiel que le programme nucléaire nord-coréen demeure enlisé et voué à une disparition définitive. Il faut aussi contrarier les États parias, tels l'Irak, l'Iran et la Libye, dans leurs tentatives d'acquisition d'armes de destruction massive. Les renseignements que les inspecteurs de l'ONU ont recueillis sur le programme bactériologique de l'Irak sont effrayants. Il est maintenant clair que Saddam Hussein possédait des armes bactériologiques et était sur le point d'en faire usage contre des populations civiles lors de la guerre du Golfe. Ces révélations nous rappellent avec urgence que Saddam Hussein reste un adversaire dangereux et qu'il faut maintenir les sanctions contre l'Irak.
Le président Clinton a également placé la lutte contre les réseaux internationaux de criminels, de terroristes et de trafiquants de stupéfiants au centre de notre politique étrangère. Nous sommes résolus à poursuivre notre chasse implacable contre ces prédateurs internationaux. Nous avons pris des mesures sans précédent contre le cartel de Cali, dont nombre de chefs sont aujourd'hui derrière les barreaux. Nous continuerons de priver les terroristes et les barons de la drogue de tout accès à leurs avoirs ; nous ferons pression sur les États qui tolèrent de telles associations ; nous intensifierons nos opérations visant à attaquer la criminalité et les stupéfiants à leur source.
La protection de notre fragile milieu ambiant aura aussi une profonde importance à long terme pour notre pays, et en 1996 nous essaierons d'intégrer pleinement nos objectifs écologiques à notre diplomatie, ce qui n'avait jamais été fait auparavant. Nous rechercherons de nouvelles diminutions des émissions de gaz de serre et l'adoption par le Sénat de traités sur la diversité biologique et sur le droit de la mer. En collaboration étroite avec le Vice-Président, j'ai également cherché à mettre nos initiatives sur le front de l'environnement au service d'objectifs stratégiques et économiques plus vastes. C'est ainsi, par exemple, que nous encourageons des projets conjoints d'adduction d'eau au Proche-Orient, que nous élargissons notre coopération écologique avec nos partenaires mondiaux, et que nous aidons nos industries environnementales à saisir une part plus grande d'un marché mondial qui atteint quatre cents milliards de dollars.
Le troisième point à l'ordre du jour consiste à poursuivre les réalisations économiques qui constitueront un héritage durable du gouvernement Clinton. L'impulsion personnelle qu'a donnée le président Clinton à l'ALENA, aux négociations d'Uruguay, à l'APEC et au Sommet des Amériques a fait des États-Unis le noyau d'un régime mondial d'échanges commerciaux de plus en plus ouvert. Cette année, le mot d'ordre est l'exécution, c'est-à-dire que nous devons nous assurer que les engagements et les accords commerciaux que nous avons réalisés donnent des résultats concrets de façon que les entreprises et les travailleurs des États-Unis puissent se mesurer à armes égales à la concurrence étrangère. Dans la région Asie-Pacifique par l'intermédiaire de l'APEC, avec l'Union européenne par le truchement du Marché transatlantique, et dans le continent américain grâce au processus de Miami, nous éliminons les obstacles aux échanges et aux investissements, ainsi qu'à l'ouverture de marchés aux exportations américaines. Nous demeurons également résolus à obtenir par une voie accélérée l'autorisation de négocier l'adhésion du Chili à l'ALENA.
En ce début d'année électorale, nous entendons de nouveau prêcher le discours dangereux du protectionnisme et de l'isolationnisme. C'est le chemin qu'empruntèrent à une époque les États-Unis et le monde entier, et cette erreur les précipita dans une grande crise économique et prépara le terrain à la Seconde Guerre mondiale. Fermer notre pays au reste du monde serait tout aussi insensé aujourd'hui que cela ne l'avait été il y a plus de soixante ans. Comme l'a déclaré le président Clinton au début de son mandat : « Nous devons engager la concurrence et non battre en retraite. »
Mesdames, messieurs, où que je me déplace, je constate que les nations du monde se tournent vers notre pays à la recherche d'une direction fiable et réfléchie. Elles voient des soldats américains jetant des ponts et bougeant des montagnes afin de consolider la paix en Bosnie. Elle nous voient en train d'oeuvrer en faveur de la paix au Proche-Orient et de la sécurité en Corée. Elles nous voient en train de négocier des accords commerciaux qui permettent à toute nation de trouver des récompenses dans les marchés naissants. Elles voient la première puissance du globe en train de défendre partout des peuples persécutés, car cette cause est juste et ceux qui luttent pour la liberté représentent l'avenir.
Le monde voit en nous un peuple optimiste, motivé par une vue large de ses intérêts et poussé par une optique à long terme de ses potentialités. Le monde nous suit parce qu'il comprend que la lutte des États-Unis en faveur de la paix et de la liberté, c'est sa lutte à lui aussi. À la fin du « siècle des États-Unis », le président Clinton est résolu à ce que nous continuions d'agir dans la meilleure tradition de notre nation et de notre peuple.
La réponse du Président aux voix isolationnistes est claire. Nous ne pouvons pas plus isoler notre nation du reste du monde que nous ne pouvons isoler nos familles de nos quartiers, ou nos quartiers de nos villes. Pour la puissance mondiale aux intérêts mondiaux que constituent les États-Unis, la retraite n'est pas une option responsable. Nous devons continuer de montrer la voie. Si nous persévérons, la fin de ce millénaire pourrait marquer l'aube d'un deuxième « siècle des États-Unis ».
Les objectifs de
politique étrangère des
États-Unis,
Revues électroniques de l'USIA,
volume 1, numéro 4, mai 1996