(Les deux principales initiatives de la politique des États-Unis au Proche-Orient, déclare l'auteur du présent article, consistent à soutenir activement les parties au processus de paix au Proche-Orient, « alors qu'elles prennent de nouveaux risques pour la paix et qu'elles adoptent les mesures pratiques nécessaires à leur réconciliation », et « à promouvoir la stabilité et la sécurité dans le golfe Persique » afin d'assurer le libre mouvement du pétrole de la péninsule arabique dont dépend la prospérité économique mondiale. Ralph Dannheisser, journaliste de l'USIA, a coordonné la mise au point de présent article qui est extrait du discours que M. Pelletreau a prononcé à Washington au début de l'année, devant le Club national des femmes démocrates.)
À l'heure actuelle, il y a peu de régions au monde où tant d'intérêts américains différents et importants convergent comme ils le font au Proche-Orient. Permettez-moi de vous énumérer quelques-uns des problèmes qui nous occupent :
En raison de l'importance de ces objectifs, la seule politique américaine judicieuse envers cette région qui revêt pour nous une importance vitale, la seule qui soit possible, en réalité, repose sur un engagement actif et soutenu. Permettez-moi de mettre l'accent sur nos deux principales initiatives : le processus de paix arabo-israélien et la sécurité de la région du Golfe.
Le processus de paix
L'instauration d'une paix juste, durable et générale est la pierre angulaire de notre politique étrangère. Les accords dont nous avons facilité la conclusion au cours des deux dernières années et l'accroissement des contacts politiques et économiques qui y a fait suite constituent la base d'un règlement général du conflit arabo-israélien. La Déclaration de principes israélo-palestinienne signée à la Maison-Blanche il y a un peu plus de deux ans et scellée par une poignée de main entre M. Rabin et M. Arafat constitue un événement d'importance historique, qui a donné une nouvelle impulsion au processus diplomatique. Pour Israël, elle a marqué le début d'un processus qui pourrait débarrasser ce pays du lourd fardeau moral et politique que représente le fait de gouverner une population étrangère hostile et améliorer la sécurité et le bien-être de son peuple. Elle a ouvert la voie à l'autonomie des Palestiniens et leur a apporté la joie et les responsabilités qui accompagnent la prise en main de leur existence quotidienne.
Les États-Unis s'emploient activement à soutenir les parties alors qu'elles prennent des risques supplémentaires et qu'elles adoptent les mesures pratiques nécessaires à leur réconciliation. Nous sommes encouragés par les accords auxquels sont parvenus les Israéliens et les Palestiniens, qui négocient presque continuellement depuis 1993, et nous sommes restés constamment en contact avec les deux parties, leur offrant nos encouragements, les aidant à surmonter leurs divergences et leur accordant notre soutien.
La structure de l'ensemble du processus de paix a, elle aussi, contribué au progrès. Elle comporte trois niveaux distincts, mais complémentaires d'interaction : des négociations bilatérales entre Israël et des partenaires précis, des initiatives multilatérales dans le cadre desquelles des groupes d'États se réunissent pour discuter de questions régionales comme les ressources hydriques et l'environnement, enfin des réunions internationales auxquelles la communauté internationale est invitée à participer pour manifester son soutien, comme la Conférence des donateurs pour soutenir le développement économique de la Palestine ou un sommet économique pour promouvoir l'intégration régionale et mobiliser les milieux d'affaires afin qu'ils profitent des nouvelles possibilités offertes par le processus de paix.
Il s'ensuit que, lorsque des difficultés ont surgi à un niveau donné, nous avons pu utiliser les activités qui se déroulaient aux deux autres niveaux pour faire tampon et pour résoudre les problèmes. Cette structure s'est révélée très efficace en dépit de sa complexité. L'accord provisoire qu'Israël et les Palestiniens ont signé à la Maison-Blanche en septembre dernier a transformé l'engagement envers la paix contenu dans la Déclaration de principes en une série de mesures pratiques qui favorisent une coopération permanente entre le peuples israélien et le peuple palestinien. Long de quatre cents pages, cet accord, qui étend l'autonomie palestinienne à l'ensemble de la Cisjordanie, a montré au monde que les deux camps désiraient sincèrement aller de l'avant et répondre à leurs exigences pratiques réciproques en recourant à la négociation et aux compromis. Même la terrible tragédie de l'assassinat de M. Rabin par un extrémiste israélien a eu pour conséquence inattendue un renforcement du soutien apporté au processus de paix. La réaction internationale à cette mort prématurée a clairement attesté l'ampleur du soutien accordé par le monde aux artisans de la paix et le peu d'avantages que rapporte aux ennemis de la paix leur opposition à ces derniers. La réaction d'Israël, en particulier chez les jeunes, a confirmé les profondes aspirations du pays à une paix juste et sûre.
Il est hors de question de faire marche arrière. Depuis la signature de l'accord, Israël a retiré ses forces de six grandes villes et de centaines de villages de Cisjordanie. Des institutions autonomes palestiniennes, qui n'existaient pas il y a deux ans, ont vu le jour à travers la bande de Gaza et la Cisjordanie.
L'un des éléments les plus importants, pour assurer la démocratie, est la nécessité d'apporter des changements pratiques à l'existence de gens qui, des décennies durant, n'ont guère connu que les conflits, la méfiance et la pauvreté. Les États-Unis ont pris la tête d'une campagne visant à obtenir un soutien financier international qui permette aux Palestiniens de mettre en place, pour eux-mêmes, les structures économiques et politiques qui soutiendront la paix et qui assureront son maintien.
Les États-Unis voient plus loin que les succès des relations israélo-palestiniennes. Ils poursuivent l'objectif à long terme d'une paix générale qui englobera la totalité du Proche-Orient. La promotion d'une paix régionale sert un certain nombre d'intérêts américains tout en montrant la volonté inébranlable de notre pays de soutenir la sécurité et le bien-être d'Israël.
La paix qui fait son apparition a une structure complexe, et les nouvelles relations se nouent à des rythmes différents. Il reste encore beaucoup à faire pour consolider les progrès récents et pour stimuler de nouvelles mesures. Nous serons là pour soutenir cette tendance et pour saisir les nouvelles possibilités de paix qui se présenteront. Il s'agit là d'une priorité et d'un engagement sincère de l'ensemble de notre gouvernement, du président Clinton et du secrétaire d'État, M. Christopher, jusqu'au bas de la hiérarchie.
La sécurité dans le golfe Persique
Je pourrais facilement m'étendre sur les succès de notre diplomatie dans le processus de paix, mais il est important d'attirer également l'attention sur l'intérêt primordial que nous avons de promouvoir la stabilité et la sécurité dans le golfe Persique. Ce n'est pas simplement une préférence de notre part, mais une nécessité. À ce stade, la sécurité et la prospérité de l'économie américaine et du monde entier dépendent du libre approvisionnement en pétrole provenant des vastes réserves de la péninsule arabique, et cela à des prix raisonnables. Il s'ensuit que nous devons contenir les États comme l'Iran et l'Irak qui foulent aux pieds les règles internationales de conduite et qui cherchent à dominer cette zone stratégique extrêmement riche.
Cinq ans se sont écoulés depuis que les États-Unis et une trentaine d'autres pays ont lancé l'opération Tempête du désert, une extraordinaire intervention multinationale qui a délogé du Koweït les forces d'occupation de Saddam Hussein. Cette opération n'aurait pas été possible si les États-Unis n'en avaient pas résolument pris la direction. Notre participation était indispensable pour mettre en échec l'incroyable acte de piraterie internationale de l'Irak et pour empêcher un dictateur cruel de faire mainmise sur une partie importante des ressources pétrolières mondiales et d'exercer sur toute la région une influence politique fondée sur le chantage.
Nous avons entendu, de la part de certains, des critiques révisionnistes selon lesquelles la coalition avait perdu la guerre ou tout moins ne l'avait pas remportée comme il l'eut fallu. D'aucuns, prenant un recul confortable, déclarent que les forces de la coalition auraient dû poursuivre leur avance jusqu'à Bagdad et chasser le dictateur du pouvoir. Aussi séduisante que puisse paraître cette perspective, ni la coalition ni nos partenaires arabes n'auraient été en mesure de soutenir un élargissement aussi exagéré de notre mission internationale.
Du point de vue des intérêts des États-Unis, le bilan de l'opération Tempête du désert a été nettement positif. Une bataille de courte durée qui a entraîné de faibles pertes américaines a permis de sauvegarder l'approvisionnement de l'Occident en pétrole. Les tentatives faites par l'Irak pour acquérir des armes nucléaires et autres armes de destruction massive ont été déjouées, la sécurité d'Israël et de l'Arabie saoudite a été mise à l'abri des attaques de missiles et d'une éventuelle invasion, Saddam Hussein a été stigmatisé en tant que paria de la communauté internationale, la menace qu'il faisait peser sur la région a considérablement diminué, et les négociations de paix sont entrées dans la phase la plus dynamique de leur histoire.
Il est regrettable, en particulier pour la population irakienne, que le gouvernement de Bagdad continue à faire fi de la volonté de celle-ci et de celle de la communauté internationale. La détermination de cette dernière a atténué et contenu, mais non pas éliminé, le danger qu'il pose. C'est pourquoi il est indispensable que les diverses sanctions prises à l'égard de l'Irak soient pleinement maintenues jusqu'à ce que ce pays s'acquitte des obligations que lui a imposées le Conseil de sécurité des Nations unies.
L'autre menace importante qui pèse sur la région vient de l'Iran, qui soutient le terrorisme international, s'oppose par la violence au processus de paix au Proche-Orient et s'efforce d'acquérir des armes modernes, nucléaires et autres. En l'absence de résolutions de l'ONU, l'Iran pose un problème plus subtil et plus complexe à notre diplomatie. Certains de nos principaux alliés, attirés par les possibilités commerciales offertes par ce pays, se montrent trop tolérants à l'égard du comportement hors-la-loi de l'Iran.
Nous avons exhorté tous les grands pays industriels à s'associer aux États-Unis pour refuser d'accorder à l'Iran des armes, des techniques nucléaires et un traitement économique préférentiel. Leur réaction n'a été que partiellement positive en dépit des discussions patientes et suivies que nous avons eues avec eux. Nous collaborons donc avec le Congrès pour élaborer des mesures plus complètes et plus efficaces visant à encourager la communauté internationale à exercer des pressions supplémentaires sur l'Iran afin qu'il respecte les normes internationales de conduite.
Nous sommes convaincus que ce n'est que par des pressions constantes et en leur faisant supporter des conséquences réelles dans le domaine économique que l'on amènera les dirigeants iraniens à renoncer à leur politique agressive et à devenir moins menaçants pour leurs voisins.
Notre gouvernement est résolu à promouvoir la paix et à contenir les pays qui menacent la stabilité de la région. En donnant l'exemple, nous sommes fidèles aux plus nobles traditions de notre pays et de notre peuple. Nous devons continuer d'oeuvrer en faveur d'un avenir meilleur pour le Proche-Orient et pour nous-mêmes, d'un avenir marqué par le développement de la paix et de la coopération ainsi que par l'accroissement de la sécurité et de la prospérité.
Les objectifs de
politique étrangère des
États-Unis,
Revues électroniques de l'USIA,
volume 1, numéro 4, mai 1996