LES OBJECTIFS DES ÉTATS-UNIS EN AFRIQUE :
PROMOUVOIR LA DÉMOCRATIE, LA PAIX ET LA CROISSANCE ÉCONOMIQUE

Interview de M. George Moose
secrétaire d'État adjoint chargé des affaires africaines


(La politique des États-Unis à l'égard de l'Afrique met l'accent sur la démocratisation, la prévention et le règlement des conflits et la promotion du développement durable, déclare M. Moose. « Une occasion unique s'offre actuellement aux États-Unis pour ce qui est d'aider les peuples africains à se doter des institutions et des dirigeants dont ils ont besoin pour obtenir les changements qu'ils souhaitent, et que nous souhaitons pour eux. »)


Question - Quels sont les principaux objectifs de la politique des États-Unis à l'égard de l'Afrique ?

M. Moose - Premièrement, nous cherchons à soutenir les efforts que les Africains font pour se doter de gouvernements et d'institutions démocratiques. Nous voulons user de notre influence pour promouvoir de véritables démocraties tout en soulignant l'importance de la transparence du pouvoir, de la primauté du droit et du respect des droits de l'homme.

Deuxièmement, nous voulons favoriser la fin des conflits actuels et contribuer à prévenir leur retour.

Troisièmement, nous mettons à profit notre vaste expérience du développement international et des affaires pour aider les Africains à parvenir à une croissance économique durable, afin que l'avenir soit meilleur que le présent.


Question - Quels ont été les progrès de la démocratisation en Afrique et que font les États-Unis pour la favoriser ?

M. Moose - Nous constatons actuellement un net succès de la démocratisation dans des pays comme la Namibie, le Bénin, l'Afrique du Sud et le Mali. Il y a aussi des pays qui avaient pris un bon départ et qui ont ensuite trébuché, comme le Niger, et des pays qui ont régressé, comme la Gambie, le Soudan et le Nigeria, pour n'en nommer que trois. Les progrès de l'Afrique n'ont été ni linéaires ni monolithiques, mais ils ont bien eu lieu : en 1989, il n'y avait que cinq pays que l'on pouvait qualifier de démocratiques alors qu'on en compte actuellement vingt-trois.

La démocratie ne peut être imposée de l'extérieur. Elle doit se faire de l'intérieur. Nous devons profiter des occasions qui se présentent et être prêts à collaborer avec divers éléments : gouvernement, législature, parlement, associations civiques, pouvoir judiciaire, presse et secteur privé. Une occasion unique s'offre actuellement aux États-Unis pour ce qui est d'aider les Africains à se doter des institutions et des dirigeants dont ils ont besoin pour obtenir les changements qu'ils souhaitent, et que nous souhaitons pour eux.


Question - Quelles sont les principaux problèmes de maintien de la paix auxquels les États-Unis font face en Afrique et quelles mesures prennent-ils pour contribuer à les résoudre ?

M. Moose - Des conflits persistants et acharnés sont en cours dans le continent africain, et la plupart de nos efforts ont consisté, bien avant le gouvernement actuel, à les résoudre. Nous avons connu quelques succès notables, notamment nos efforts au Mozambique, qui ont abouti aux élections de novembre dernier, et ceux que nous déployons en Angola, qui ont mené à un nouvel accord de paix dont nous tentons actuellement d'obtenir la mise en application.

En ce qui concerne d'autres conflits, comme ceux du Libéria, du Rwanda et du Burundi, où nous avons entrepris une action diplomatique pour soutenir les initiatives africaines, nous sommes frustrés dans nos efforts, et cela à bien des titres. Toutefois, le coût humain de ces conflits et celui que supportent les contribuables américains dans leur aide généreuse aux victimes rendent impérative la poursuite de ces efforts, et c'est ce que nous faisons.

En outre, nous nous efforçons de trouver des moyens d'anticiper et de prévenir les futurs conflits. À ce propos, j'aimerais souligner en particulier notre collaboration avec l'Organisation de l'unité africaine (OUA) et d'autres organisations régionales africaines. Je pense que nous décelons, au sein de l'OUA, la volonté nouvelle des Africains d'assumer un plus grand rôle dans la prévention des conflits.

Dans les cas où nous ne pouvons éviter les conflits, nous devons améliorer la capacité des organisations, tant internationales que régionales, à y réagir. Là encore, nous collaborons avec nos partenaires européens, les États membres de l'Union européenne et les autres, pour obtenir que les pays démocratiques africains, qui ont de bons états de service et une réputation excellente en matière de participation aux opérations internationales et régionales de maintien de la paix, soient dotés des moyens d'action nécessaires.


Question - Etant donné les réductions du budget fédéral que le Congrès se prépare à adopter, vous attendez-vous à une diminution de l'aide économique à l'Afrique ?

M. Moose - Le budget que le Congrès a voté l'an dernier au titre de l'aide à l'étranger et de nos programmes d'aide a été réduit d'environ 25 %, et c'est très regrettable. Cette réduction est extrêmement inquiétante à nos yeux parce qu'elle affecte gravement notre capacité à poursuivre en Afrique les objectifs que j'ai mentionnés, à savoir la démocratisation, la prévention et le règlement des conflits et un développement durable.

Elle intervient précisément à un moment où une importante transition se précise en Afrique. Nous constatons, depuis une dizaine d'années, une augmentation du nombre de pays qui s'acheminent vers des réformes démocratiques et économiques. Cette évolution s'accompagne de la mise en place de gouvernements plus stables et plus capables d'assumer le rôle qui leur incombe dans la solution de leurs problèmes intérieurs et dans la coopération avec notre pays et avec les autres pour résoudre les grands problèmes internationaux.

Il serait regrettable que cette transformation échoue en raison de la diminution de notre soutien à ces réformes. Et je pense que nous nous exposerions ultérieurement à des coûts élevés et à de graves conséquences.

Une occasion remarquable s'offre donc à nous quant à la consolidation de ce qui a été accompli et à l'exploitation de ces résultats pour l'avenir.


Question - Vous avez parlé d'une collaboration croissante entre les États-Unis et les organisations africaines, collaboration qui implique la participation du secteur privé et des organisations régionales africaines. Que font les États-Unis pour continuer cette collaboration ?

M. Moose - C'est en Afrique australe que nous sommes le plus directement engagés à l'heure actuelle. Lors de sa visite en Afrique australe, en décembre dernier, le vice-président des États-Unis, M. Al Gore, a signé un mémorandum d'accord avec le secrétariat de la Communauté de développement de l'Afrique australe, qui regroupe douze États d'Afrique australe. L'objectif est simple : il s'agit de tenter d'aider ces pays à mettre au point un mécanisme qui permettrait le libre mouvement des biens, des services et des personnes, afin de créer en Afrique australe une zone plus vaste pour le commerce et les investissements.

Les économies d'Afrique australe sont pour la plupart trop petites, trop fragmentées pour attirer d'importants investissements et pour susciter l'industrialisation. La collaboration économique est la clé de leur développement et de leur croissance économique.

Toutefois, le rôle du secteur privé est également très important. Les dirigeants de la région mettent l'accent, comme il se doit, sur la création du cadre économique et commercial qui devrait permettre au secteur privé africain et international de stimuler plus activement l'économie de ces pays.

Notre contribution est donc triple : premièrement, nous encourageons cette évolution ; deuxièmement, nous faisons bénéficier ces pays de notre propre expérience des autres communautés économiques telles que l'ALENA (Accord de libre-échange nord-américain) ; troisièmement, nous cherchons à encourager notre propre secteur privé à jouer un rôle plus actif dans cette partie du monde.


Question - Les États-Unis ont fortement soutenu le passage de l'Afrique du Sud de l'apartheid à une démocratie multiraciale. Quelles sont leurs relations actuelles avec le nouveau gouvernement Mandela ?

M. Moose - Je pense qu'il convient avant tout de voir ce qui a été accompli en Afrique du Sud au cours des cinq dernières années. Une transformation remarquable, miraculeuse pourrait-on dire, s'est produite, une transformation qui, selon les prédictions de certains, ne pouvait se faire de façon pacifique. Ceci est, plus que toute autre chose, un bon présage pour l'avenir de l'Afrique du Sud et pour son potentiel.

L'Afrique du Sud doit maintenant résoudre un certain nombre de problèmes pour surmonter les graves injustices léguées par l'apartheid sur le plan des revenus, de la condition sociale, des possibilités offertes dans cette société. Elle entreprend également une profonde réforme de ses institutions publiques. Elle a mis en place une nouvelle forme de gouvernement au niveau national et elle réorganise également ses structures administratives au niveau local.

La transition signifie clairement que les relations très tendues que nous entretenions avec le gouvernement sud-africain du temps de l'apartheid ont cédé la place à une coopération très étroite avec le président Mandela et avec les membres actuels du gouvernement d'unité nationale. À bien des titres, nous constatons, aux États-Unis et en Afrique du Sud, un attachement à des causes communes, dont l'une, et non des moindres, est notre désir de prouver que les sociétés multiethniques, multiraciales et multiculturelles peuvent non seulement prospérer, mais s'épanouir dans le monde nouveau dans lequel nous vivons. Et je pense que cet attachement est à la base des liens officiels et personnels étroits qui unissent nos deux pays.


Question - Comment des problèmes internationaux tels que le trafic illicite des stupéfiants le terrorisme et la criminalité affectent-ils nos relations avec l'Afrique et quelles mesures les États-Unis prennent-ils pour y faire face ?

M. Moose - Ces maux, qu'il s'agisse du sida, du syndrome d'Ebola, du trafic des stupéfiants - et nous devons rappeler à ce propos que de 30 à 40 % des drogues dures qui entrent aux États-Unis passent par les cartels africains - ainsi que du terrorisme, qui trouve généralement ses racines dans le mécontentement et dans les privations qui règnent dans les régions sous-développées du monde, tout cela menace de façon croissante la sécurité des États-Unis.

Ce sont là des problèmes qui ne se prêtent pas à des solutions unilatérales. Ils exigent de la coopération et de la collaboration. Ce n'est qu'auprès des États qui ont des objectifs et des principes communs que l'on peut trouver cette collaboration, et c'est l'une des raisons pour lesquelles nous attachons une telle importance au soutien et à l'encouragement de la démocratie en Afrique. Notre expérience nous montre que les démocraties sont beaucoup plus susceptibles de partager notre crainte des conséquences de ce genre de problème de sécurité.

Propos recueillis par Peg McKay, journaliste de l'USIA

Les objectifs de politique étrangère des États-Unis,
Revues électroniques de l'USIA, volume 1, numéro 4, mai 1996