PORTRAIT DES PRINCIPAUX PARLEMENTAIRES JOUANT UN
RÔLE EN MATIÈRE DE POLITIQUE
ÉTRANGÈRE
On trouvera ci-après une courte biographie des présidents des commissions parlementaires qui s'occupent de la politique étrangère ainsi que des membres principaux de la minorité démocrate au sein de ces commissions. La commission sénatoriale des affaires étrangères et la commission des relations internationales surveillent la politique étrangère des États-Unis et autorisent le budget des affaires internationales. Les commissions du budget des deux chambres affectent ensuite les crédits en fonction des critères fixés par les deux premières commissions.
JESSE HELMS (sénateur républicain de la Caroline du Nord) Président de la commission sénatoriale des affaires étrangères
Farouche conservateur, M. Jesse Helms est probablement le principal adversaire du gouvernement Clinton au Congrès sur une vaste gamme de questions de politique étrangère.
Quand il a approuvé la nomination de Mme Madeleine Albright au poste de secrétaire d'État (ministre des affaires étrangères), lors d'une séance de travail de sa commission, il s'est donné beaucoup de mal pour expliquer que son approbation reflétait son estime pour sa compétence, mais non l'approbation de ses positions. « Mon soutien ne devrait absolument pas être interprété comme l'approbation de la façon dont le Président dirige les affaires étrangères. Un grand nombre d'Américains, dont je suis, espèrent que dans ce domaine nous ne paierons pas, ces quatre prochaines années, les conséquences des errements des quatre premières années », a-t-il dit à propos de la politique étrangère de M. Clinton.
M. Helms a poursuivi en se déclarant en désaccord avec le Président sur pratiquement tous les fronts : l'intervention américaine en Haïti, la politique des États-Unis à l'égard de la Bosnie, « l'indécision » dans les rapports avec la Chine qui, dit-il, a mené à l'abandon de Taïwan, les « hésitations » de la politique à l'égard de la Somalie et ce qu'il considère comme la faiblesse de la position des États-Unis vis-à-vis de l'Irak et de M. Saddam Hussein. M. Helms réclame régulièrement une réforme « sérieuse et durable » de l'Organisation des Nations unies et s'oppose fermement au paiement des sommes énormes dues par les États-Unis à l'ONU, tant qu'une réforme satisfaisante de l'organisation mondiale n'aura pas eu lieu.
En tant que président de cette commission lors de la législature précédente, M. Helms avait lancé une campagne, déjouée par le gouvernement, visant à supprimer l'Agence des États-Unis pour le développement international, l'Agence d'information des États-Unis et l'Agence pour la limitation des armements et le désarmement, et proposant que leurs fonctions soient reprises par le département d'État (ministre des affaires étrangères). Il s'est engagé à reprendre ses efforts cette année pour « restructurer nos institutions chargées des affaires étrangères afin de nous permettre de faire face aux nouveaux problèmes qui se poseront à nous le siècle prochain ».
M. Helms, qui est âgé de soixante-quinze ans, a été réélu au Sénat en novembre dernier pour un cinquième mandat de six ans. Avant d'être élu sénateur, il a occupé les fonctions de rédacteur en chef de la rubrique des nouvelles locales du quotidien Raleigh Times en Caroline du Nord, de collaborateur de deux sénateurs et de vice-président général d'une station de télévision de Raleigh et de Tobacco Radio Network (organisme spécialisé dans la radiodiffusion de nouvelles agricoles), où il rédigeait et diffusait des éditoriaux.
JOSEPH BIDEN (sénateur démocrate du Delaware) Membre principal de la minorité démocrate à la commission sénatoriale des affaires étrangères
M. Joseph Biden, qui vient d'avoir cinquante-quatre ans, se classe septième, sur le plan de l'ancienneté, parmi les cent membres du Sénat des États-Unis. Il n'avait que vingt-neuf ans en 1972, lorsqu'il fut élu pour son premier mandat de six ans, mais avait atteint l'âge minimum requis, trente ans, avant de prendre ses fonctions. Il avait pratiqué brièvement le droit avant de se lancer dans la politique.
En 1987, il brigua brièvement, mais en vain, la candidature à l'investiture de son parti à l'élection présidentielle, investiture que remporta M. Michael Dukakis, gouverneur du Massachusetts, qui allait à son tour être battu par le candidat républicain, M. George Bush.
Réélu en novembre dernier pour son cinquième mandat, M. Biden a choisi le poste de membre principal de la minorité démocrate à la commission sénatoriale des affaires étrangères, après avoir été membre de la commission judiciaire pendant seize ans, dont huit ans en tant que président.
En annonçant sa décision dans un communiqué de presse en date du 3 décembre, M. Biden a énuméré certains des grands problèmes qui, selon lui, vont se poser à l'aube du XXIe siècle : « Comment pouvons-nous nous préparer le mieux possible à faire face aux dangers qui menacent la sécurité des États-Unis ? Comment allons-nous traiter avec la Chine, qui accède au rang de géant économique et de puissance mondiale ? Comment pouvons-nous aider la Russie à préserver sa jeune démocratie et son économie de marché ? Pouvons-nous aider Israël à conclure avec ses voisins arabes un accord de paix durable ? »
Le Sénat « jouera un rôle important dans l'élaboration des réponses à ces questions et à bien d'autres problèmes internationaux en ratifiant ou en rejetant des traités, en approuvant ou en rejetant des nominations d'ambassadeurs, en autorisant et en affectant les crédits nécessaires au maintien de notre dispositif de politique étrangère et de nos forces militaires et en exprimant ses vues sur toute une gamme de questions de politique étrangère. »
M. Biden est marié et père de trois enfants. Presque tous les jours de la semaine, il continue à faire la navette entre Washington et son domicile qui est situé dans la banlieue de Wilmington (Delaware), à environ cent cinquante kilomètres de la capitale fédérale.
BENJAMIN GILMAN (représentant républicain de l'État de New York) Président de la commission des relations internationales de la Chambre des représentants
M. Gilman et son homologue au Sénat, M. Jesse Helms, sont tous les deux républicains, mais, en dehors de ce point commun, ils ne se ressemblent guère sur le plan politique. Tandis que M. Helms est le favori des conservateurs, M. Gilman se situe à l'autre extrémité de l'éventail républicain. En 1994, il a voté dans 55 % des cas à l'opposé de la majorité de son parti, plus souvent qu'aucun autre républicain. Et autant M. Helms attire la controverse, autant M. Gilman adopte une attitude discrète.
Représentant depuis 1972, il s'était élevé au rang de membre principal de la minorité républicaine à la commission des affaires étrangères, qui porte maintenant le nom de commission des relations internationales, au moment où les républicains ont obtenu la majorité à la cent quatrième législature.
Il soutient depuis longtemps les droits des croyants dans l'ex-Union soviétique et est le coauteur d'un amendement à la loi sur l'aide à l'étranger qui a mis fin à l'embargo sur les livraisons d'armes à la Bosnie. Il a toujours soutenu Israël, s'est opposé à un grand nombre de ventes d'armes aux pays arabes et s'est prononcé avec vigueur en faveur de la guerre du Golfe. Au cours de ces dernières années, il a préconisé la coordination, entre les États-Unis, l'Organisation des Nations unies et l'Organisation des États américains, de la lutte contre le trafic des stupéfiants.
Ce parlementaire chevronné a exprimé son opposition générale aux positions du gouvernement Clinton peu après que les victoires républicaines de 1994 l'eurent mis sur les rangs en tant que président de la commission des relations internationales. « Au lieu de recevoir de Washington un signal puissant et régulier en politique étrangère, a-t-il dit, le monde n'a malheureusement entendu qu'une série de notes imprécises sortir d'une trompette hésitante, ce qui inquiète nos alliés et déconcerte nos ennemis. » Il s'est engagé à oeuvrer « pour que le Congrès soit pleinement et ouvertement consulté sur toute nouvelle intervention militaire des États-Unis à l'étranger ».
M. Gilman s'était joint à M. Helms, durant la dernière législature, pour faire adopter une loi qui aurait incorporé dans un département d'État (ministère des affaires étrangères) modernisé trois agences chargées des affaires étrangères, l'Agence des États-Unis pour le développement international, l'Agence d'information des États-Unis et l'Agence pour la limitation des armements et le désarmement. On s'attend à ce que ces efforts reprennent cette année.
LEE HAMILTON (représentant démocrate de l'Indiana) Membre principal de la minorité démocrate à la commission des relations internationales de la Chambre des représentants
M. Lee Hamilton jouissait d'une grande estime chez les républicains comme chez les démocrates lorsqu'il présidait la commission des affaires étrangères de la Chambre des représentants, maintenant appelée commission des relations internationales, durant les deux années qui ont précédé la victoire des républicains à la Chambre, aux élections de 1994.
Avocat de profession, il siège à la Chambre depuis sa première victoire électorale, lors du raz de marée démocrate de 1964 ; il a annoncé qu'il ne se représenterait pas en 1998.
Il a été président de la commission spéciale du renseignement de la Chambre de 1985 à 1987, puis président de la commission d'enquête sur l'affaire Iran-Contra en 1987 et 1988, poste qui l'a fait connaître à l'échelle nationale. On a dit que M. Michael Dukakis en 1988 et M. Bill Clinton en 1992 avaient songé à lui comme éventuel colistier.
En tant que membre influent de la commission des relations internationales, M. Hamilton met fortement l'accent sur la lutte contre la prolifération des armes, faisant passer au second plan la promotion de la démocratie, de l'économie de marché et des droits de l'homme. En ce qui concerne la Chine, en particulier, il a soutenu la position des gouvernements Bush et Clinton en faveur de la poursuite des relations commerciales avec ce pays et préconisé, en 1994, l'élimination du lien entre l'octroi de la clause de la nation la plus favorisée et le respect des droits de l'homme.
Dans une interview accordée l'an dernier à l'USIA, il a exprimé son découragement devant ce qu'il considérait comme un financement insuffisant des activités gouvernementales en politique étrangère et l'absence de réalisations dans ce domaine depuis l'accession des républicains à la majorité au Congrès.
« Je ne constate aucune réalisation importante récente du Congrès en politique étrangère, a-t-il dit alors. Nous, les démocrates, nous sommes employés à faire échouer un grand nombre d'initiatives que nous considérions comme néfastes et qui faisaient obstacle à la politique étrangère des États-Unis. » M. Hamilton a ajouté que les efforts déployés par les républicains pour réduire les crédits affectés aux relations internationales avaient rendu plus difficile la conduite de la politique étrangère des États-Unis.
TED STEVENS (sénateur républicain de l'Alaska) Président de la commission sénatoriale du budget
Sénateur depuis décembre 1968, M. Ted Stevens vient au sixième rang d'ancienneté au Sénat, et juste après M. Jesse Helms parmi les républicains de la majorité.
Né à Indianapolis (Indiana), il s'est établi en Alaska au début des années cinquante. Diplômé de l'université de Californie et de la faculté de droit de Harvard, il a été procureur à Fairbanks (Alaska), puis a fait partie du ministère des domaines et des affaires améridiennes pendant cinq ans à Washington, avant de retourner en Alaska pour ouvrir un cabinet juridique à Anchorage, en 1961. Il avait été membre de la Chambre des représentants de l'Alaska pendant deux mandats quand le gouverneur de l'Alaska l'a nommé à un siège vacant au Sénat des États-Unis.
M. Stevens a été chef de file adjoint des républicains au Sénat de 1977 à 1985, mais a perdu de peu l'élection au poste de chef, qui est allé à M. Robert Dole.
Il était président de la commission sénatoriale du règlement durant la dernière législature, mais a décidé cette année d'assumer la présidence de l'importante commission du budget quand le président de cette commission, M. Mark Hatfield (sénateur de l'Oregon), a pris sa retraite. Outre la commission du règlement, il présidait la sous-commission des océans et de la pêche et la sous-commission des services postaux et la fonction publique. Il a en outre été co-président du groupe d'observateurs du Sénat aux pourparlers sur la limitation des armements.
Tout en s'intéressant aux grands problèmes nationaux, M. Stevens accorde autant d'attention que n'importe quel autre parlementaire aux intérêts de ses administrés, qui sont si éloignés de Washington et séparés des quarante-huit autres États du continent. « Nous voulons jouir d'une considération particulière, a-t-il dit, parce que personne n'est aussi éloigné que nous de la capitale fédérale, personne n'a nos problèmes ni notre potentiel et personne d'autre n'a à traiter avec le gouvernement fédéral jour après jour comme nous le faisons. »
ROBERT BYRD (sénateur démocrate de la Virginie occidentale) Membre principal de la minorité démocrate à la commission sénatoriale du budget
Si vous essayez de vous représenter un sénateur américain, il est fort probable qu'il ressemblera à M. Robert Byrd.
Ce sénateur chevronné a la chevelure argentée qu'on associe aux parlementaires et un style oratoire fleuri qui le distingue de la plupart de ses collègues plus jeunes, qui, à côté de lui, paraissent quelque peu falots.
M. Byrd s'est fait une réputation d'érudit hors pair pour ce qui touche à la Constitution et à l'histoire. Il pigmente ses discours d'allusions aux classiques, de la Rome antique à Shakespeare, et est lui-même l'auteur d'une histoire des deux cent premières années du Sénat. Toutefois, sa tendance à faire part de son érudition et sa solennité ne l'empêchent nullement de se mettre spontanément à jouer des airs de « country music » sur son violon à la moindre provocation.
M. Byrd a été chef de file de la majorité au Sénat pendant six ans, quand les démocrates y étaient majoritaires, à la fin des années soixante-dix et au début des années quatre-vingt. Il a quitté ce poste en 1989 pour devenir président de la commission du budget, ce qui, selon lui, lui conférait davantage de pouvoir.
À ce poste, il a réussi à obtenir le transfert dans plusieurs villes de son État de nombreux services fédéraux : un bureau du FBI, des services du ministère des finances, un bureau du service chargé de veiller à l'application de la législation sur l'alcool, le tabac et les armes à feu ainsi qu'un centre de recherche de l'Administration nationale de l'aéronautique et de l'espace. « Je veux être l'industrie qui rapporte des milliards de dollars à la Virginie occidentale », a-t-il déclaré à ses administrés.
Sa connaissance approfondie des grands problèmes, sa familiarité incomparable avec la procédure parlementaire et sa contribution permanente à l'élaboration des projets de travaux publics lui ont permis de continuer à exercer une influence considérable au Congrès, malgré son appartenance au parti de l'opposition.
ROBERT LIVINGSTON (représentant républicain de la Louisiane) Président de la commission du budget de la Chambre des représentants
L'homme qui partage avec son homologue au Sénat un rôle clé dans l'attribution des deniers publics est un ancien procureur de la région de La Nouvelle-Orléans, puis de son État, qui fait partie de la Chambre des représentants depuis 1977.
Conservateur farouche, il a constamment obtenu les meilleures notes de l'Union des conservateurs américains et les plus mauvaises notes des progressistes de l'organisme Americans for Democratic Action.
Alors qu'il ne venait qu'au cinquième rang des républicains de la commission du budget quand son parti a remporté la majorité à la Chambre des représentants aux élections de 1994, il s'est néanmoins vu confier la présidence de cette commission par le nouveau président de la Chambre, M. Newt Gingrich, qui voyait en lui un homme plus disposé à mettre fin à certains programmes fédéraux en supprimant leur financement que ne l'étaient ses collègues ayant plus d'ancienneté que lui.
« Je suis devenu la personnification du manque de générosité, a-t-il dit au « New York Times », mais cela réserve des compensations. Après avoir passé dix-huit ans dans l'obscurité, je suis maintenant le centre de l'attention, pour le meilleur comme pour le pire. »
Avant son accession soudaine à la présidence de cette commission, il a fait partie, sans se faire remarquer du public, des sous-commissions des activités à l'étranger et de la défense. Il a contribué à faire bénéficier les chantiers navals d'Avondale, où il avait travaillé des décennies plus tôt pour payer ses études universitaires, de plus de un milliard de dollars de travaux de construction pour la défense. Il a soutenu un proposition de loi, adoptée l'an dernier, qui donne au Président le pouvoir d'user de son droit de veto pour réduire des dépenses approuvées par le Congrès.
DAVID OBEY (représentant démocrate du Wisconsin) Membre principal de la minorité démocrate à la commission du budget de la Chambre des représentants
M. David Obey a fait pratiquement toute sa carrière dans la politique.
Il a été élu à l'Assemblée du Wisconsin à l'âge de vingt et un ans, peu après avoir obtenu une maîtrise de sciences politiques à l'université du Wisconsin ; six ans plus tard, il a remporté une élection spéciale lorsqu'un siège fut laissé vacant à la Chambre des représentants par la démission de Melvin Laird, qui venait d'être nommé ministre de la défense par Richard Nixon.
Il siège à la Chambre depuis près de vingt-huit ans et ses états de service ont incité les auteurs de l'ouvrage de référence sur la vie politique américaine Almanac of American Politics à le décrire comme « l'un des législateurs les plus compétents et les plus motivés de l'opposition ».
Selon cet ouvrage, M. Obey est un partisan sincère du progressisme traditionnel, des théories économiques de Keynes et de la redistribution des revenus - un homme qui pense que « l'État devrait assurer la sécurité économique, créer des emplois et bâtir une infrastructure grâce à des investissements publics, limiter le coût des soins médicaux et garantir une couverture médicale à tous avec la faculté pour chacun de choisir son médecin ».
Il a été en mesure de défendre un grand nombre de ces positions durant ses deux mandats à la présidence de la Commission économique mixte, sorte de groupe de réflexion du Congrès dont les membres se recrutent au Sénat et à la Chambre. Durant cette présidence, il a préparé des études visant à montrer que la politique économique des gouvernements Reagan et Bush avait favorisé les riches aux dépens de la classe moyenne.
Il a perdu de peu le poste de président de la commission du budget de la Chambre des représentants en 1980 et a finalement accédé à un poste de président quand il a été nommé à la tête de la cous-commission du budget de la commission des activités à l'étranger. Il a été choisi comme président de cette commission en 1994, à la mort de William Natcher et a occupé brièvement ce poste jusqu'à la victoire des républicains à la Chambre, à la fin de l'année dernière.
Farouchement attaché à son parti tout au long de sa carrière, M. Obey continue à exercer une influence qui, pour être officieuse, n'en est pas moins forte, sur les parlementaires démocrates qui partagent ses idées.
Les objectifs de politique
étrangère des États-Unis
Revue
électronique de l'USIA, volume 2, numéro 1, mars
1997