
Selon Larry Irving, ministre adjoint du
commerce chargé des communications et de l'information,
aucun pays ne peut être vraiment riche sans un solide
secteur des télécommunications et de l'information.
Il affirme aussi que les pays en développement peuvent et
doivent entrer dans l'ère de l'information, et que des
millions de gens qui vivent dans la pauvreté « en
sortiront parce que les télécommunications leur
offriront un niveau de vie plus élevé
».
Question - La société de l'information est-elle encore loin ?
M. Irving - Nous vivons dans un monde où les trois quarts des ménages n'ont pas de téléphone. Nous vivons dans un monde où la moitié des gens n'utilisent pas le téléphone, où la moitié des gens habitent à deux heures de marche d'un téléphone. Dans la société occidentale, nous tenons pour acquis les ordinateurs personnels, les téléphones cellulaires et les récepteurs d'appel, mais ce sont des choses qui n'existent pas dans nombre de sociétés.
La promesse de la révolution de l'information est qu'on pourra améliorer les soins médicaux et l'enseignement, et relancer tous les secteurs de l'économie, et non pas seulement celui des télécommunications. Quand on installe une infrastructure de télécommunications dans un pays, c'est l'ensemble de son économie que l'on améliore.
Il est impossible de gérer une entreprise du XXIe siècle où que ce soit dans le monde sans avoir accès à une infrastructure de télécommunications. Alors, à mesure que l'ère de l'information prendra de la vitesse, des centaines de millions de personnes qui vivent dans la pauvreté vont en sortir parce que les télécommunications leur donneront de meilleures conditions de vie. Ça, c'est enthousiasmant.
Question - Que pensez-vous de la croissance du secteur des télécommunications aux États-Unis et dans le reste du monde ?
M. Irving - Dans les pays développés, il existe une amélioration potentielle des soins médicaux, de l'enseignement et de la création d'emplois. Compte tenu de l'avance technologique des États-Unis, le secteur des télécommunications va représenter une part grandissante de l'économie américaine. À l'heure actuelle, les techniques de l'information et des télécommunications représentent le dixième de notre économie. Dans dix ans, elles devraient en représenter près du quart. Le secteur de l'information et des télécommunications sera sans doute le segment le plus important de notre économie.
Sa part de l'économie mondiale passera sans doute de 6 à 12 %. La technique des télécommunications et de l'information sera pour le XXIe siècle ce que le charbon et le pétrole ont été pour le XXe siècle. Pour avoir des emplois ou une économie qui marche, il faudra comprendre et exploiter ces techniques. Aucun pays ne sera vraiment riche sans un solide secteur des télécommunications et de l'information.
Question - Est-ce que les pays en développement peuvent faire l'impasse sur les vieilles techniques de l'information et adopter immédiatement celles des télécommunications de pointe ?
M. Irving - Il est possible que les techniques avancées, comme les techniques de transmission par ondes hertziennes et par satellites, fassent passer les pays en développement directement dans des systèmes de pointe.
Quand on pense aux sommes énormes qu'il a fallu dépenser aux États-Unis pour tendre des fils de cuivre sur tout le territoire, vous pouvez imaginer ce qu'il en coûterait s'il fallait faire la même chose en Afrique ou en Asie.
Mais cela n'est plus nécessaire. On peut utiliser les techniques de transmission par ondes hertziennes et par satellites pour une fraction du coût de la pose de fils de cuivre et réaliser des économies importantes tout en donnant aux gens accès à toute une masse de services et de produits au plan des télécommunications.
Le prix des techniques avancées d'information chute devant la concurrence. Les pays en développement peuvent entrer dans l'ère de l'information à un point plus élevé sur la courbe de l'apprentissage et à un point plus bas sur la courbe des coûts.
Une fois qu'une technique de base, par exemple celle du téléphone cellulaire, a été maîtrisée aux États-Unis, il a été possible à des ingénieurs du Brésil, de la Sierra-Léone ou de l'Inde de l'améliorer. Une fois qu'ils ont compris la technique fondamentale, beaucoup d'ingénieurs sont capables de le faire n'importe où dans le monde. Ils ne sont plus simplement importateurs et utilisateurs, mais fabricants et créateurs.
Question - À longue échéance, les États-Unis et les autres pays industrialisés ne vont donc pas continuer à dominer le marché du matériel de télécommunications ?
M. Irving - Les États-Unis, l'Europe de l'Ouest, le Japon ou les pays en développement d'Asie ne vont pas dominer ces techniques pendant longtemps. Il existe d'énormes marchés inexploités au plan des télécommunications en Chine, en Indonésie, dans le continent africain et en Inde. Lorsque vous fabriquez des produits électroniques dans ces régions, vous développez vos propres techniques et vos propres compétences.
Donnez des téléphones aux gens, ouvrez les marchés, augmentez les investissements étrangers dans les pays en développement et vous verrez leurs économies décoller. Vous verrez des partenariats se créer entre les pays. Et nous apprendrons tous quelque chose - qu'un vrai marché mondial des télécommunications est bénéfique à tous.
Question - Le gouvernement dit que la construction d'une infrastructure des télécommunications doit être laissée au secteur privé. Quel rôle le premier jouera-t-il ?
M. Irving - Son rôle est de montrer la voie, et non pas de gérer. Le gouvernement va essayer d'élaborer un cadre permettant au secteur des télécommunications de réaliser les investissements nécessaires, d'offrir aux clients les choix qu'ils veulent et dans les régions et sur les marchés qui seraient autrement inaccessibles.
Dans les secteurs qui sont de son ressort, c'est-à-dire les soins médicaux, l'enseignement, la protection sociale, l'État doit trouver le moyen d'utiliser plus efficacement la technique de l'information.
Il est un rôle qui revient clairement à l'État et c'est celui de créer une structure permettant d'utiliser ces techniques afin d'améliorer les conditions de vie de la population.
Question - Comment les organismes régionaux peuvent-ils encourager la création d'une infrastructure mondiale de l'information ?
M. Irving - Les pays de l'APEC envisagent de créer une infrastructure pacifico-asiatique et les pays d'Amérique latine ont engagé des discussions sur l'information. Beaucoup de choses se passent et elles se renforcent mutuellement. Nous essayons d'avoir une vision d'ensemble, telle que l'ont décrite le président Clinton et le vice-président Gore, et de l'utiliser pour créer une société et une infrastructure de l'information au plan national, puis régional et enfin mondial.
Toutes les tentatives régionales faites en vue de constituer une infrastructure mondiale de l'information sont vraiment fondées sur une infrastructure locale. C'est aux États et aux municipalités de déterminer comment déployer leurs infrastructures de manière à les intégrer au mieux dans d'autres plus larges. Je suis très enthousiaste sur le potentiel de certaines de ces coopérations régionales.
Journaliste de l'USIA, Edmund Scherr écrit des articles concernant l'information et les autres grands dossiers mondiaux.