
Al Gore
Vice-président des États-Unis
L'Infrastructure mondiale des télécommunications (IMT), immense réseau de réseaux de communication, modifiera à tout jamais pour tous les habitants de la planète leur façon de vivre, d'apprendre, de travailler et de communiquer.
Ce réseau mondial permettrait aux habitants des villages les plus isolés de consulter les ouvrages des meilleures bibliothèques. Il permettrait aux médecins d'un continent d'examiner des patients d'un autre continent. Il permettrait aux membres des familles de garder le contact de l'hémisphère nord à l'hémisphère sud. Et il inspirerait aux gens du monde entier un sentiment plus profond de leurs responsabilités collectives en tant que gardiens et conservateurs de notre petite planète.
Les pays développés et les pays en développement ont convenu, dans le cadre de diverses réunions internationales, que le réseau mondial d'information devait être élaboré selon cinq principes fondamentaux : investissement privé, concurrence, réglementation souple, libre accès et service universel. Ces principes ont pour but d'accélérer le développement de l'IMT et d'en assurer la pérennité.
Ils ont été adoptés à Buenos-Aires il y a deux ans, lors de la conférence de l'Union internationale des télécommunications, et réaffirmés l'an dernier à la réunion des ministres des télécommunications du G-7 à Bruxelles. Ils ont également été entérinés par de multiples instances régionales et multilatérales : Réunion de la coopération économique Asie-Pacifique, Sommet des Amériques, et Conférence sur la société de l'information et le développement.
Ces principes fondamentaux sont étroitement liés, et leur efficacité dépendra de leur application conjointe. Une analyse des modalités de leur application permettra de définir comment ils peuvent servir à la fois les intérêts distincts des différentes nations et les intérêts communs de tous les citoyens du monde.
Examinons ces principes, en commençant par l'investissement privé et la concurrence. Le président Clinton a signé la Loi de 1996 sur la réforme des télécommunications, qui ouvrira nos marchés des télécommunications à une multitude d'entreprises. Nous estimons que la libération des entreprises privées pour leur permettre de se faire concurrence est la meilleure manière, la chose a été maintes fois démontrée, de stimuler la créativité, de créer des emplois, d'accroître les bénéfices et d'offrir toute une gamme de nouveaux services aux consommateurs.
Cela présente d'extraordinaires possibilités pour le secteur privé, comme nous avons pu le voir en Amérique du Sud, en Asie et aujourd'hui dans certaines régions d'Afrique. Mais l'investissement privé, où qu'il ait lieu, doit s'accompagner d'une vigoureuse concurrence.
C'est là une leçon que nous avons apprise aux États-Unis. Après la dissolution d'AT&T ordonnée par un juge fédéral, celle du plus grand monopole mondial du secteur des communications téléphoniques, les résultats ont surpris les plus farouches partisans de la déréglementation eux-mêmes. On a assisté à une baisse spectaculaire des tarifs des communications interurbaines. De nouvelles sociétés, créant de nouveaux emplois, ont fait leur apparition. Et AT&T elle-même s'en est trouvée, à terme, renforcée, plus concurrentielle et plus novatrice.
L'évolution de la situation au Chili illustre elle aussi les avantages de l'investissement privé et de la libre concurrence. En 1994, le Chili a mis en place un dispositif réglementaire fortement favorable à la concurrence.
Le nombre de compagnies chiliennes de téléphone offrant des services interurbains est passé de une à 12. La proportion des foyers abonnés a augmenté de plus de 50 %. Et le coût de la communication est tombé d'environ deux dollars EU à 0,20 dollar par minute. De plus, le chiffre d'affaires du secteur a augmenté à peu près deux fois plus vite que l'ensemble de l'économie.
L'investissement privé et la concurrence sont essentiels pour assurer le développement de l'IMT.
Il en est de même du troisième principe, celui d'une réglementation rationnelle et souple. Pour que les investisseurs prennent des risques, pour que le mécanisme de la concurrence fonctionne, la réglementation doit assurer la stabilité, la liberté et la flexibilité, tout en offrant aux consommateurs des prix équitables et une large gamme de choix.
Aux États-Unis, nous réglementons un grand nombre d'entreprises de télécommunications par l'intermédiaire d'un organisme indépendant, la Commission fédérale des communications (FCC). Cet organisme spécialisé possède les connaissances requises pour prendre des décisions techniques. Et avec d'autres organismes du ministère de la Justice et du ministère du Commerce, la FCC est également en mesure de surveiller les fluctuations du marché.
De même que les nouvelles techniques mettent fin au vieil ordre commercial établi, ceux d'entre nous qui gouvernent la nation doivent mettre fin aux dispositions réglementaires dépassées, mais sans trahir leurs valeurs et leurs idéals sous-jacents.
Un autre principe fondamental, étroitement lié à ceux de l'investissement privé, de la concurrence et d'une réglementation souple, est celui du libre accès. Toutes les nations et toutes les parties doivent pouvoir se raccorder à l'IMT.
Cet impératif se justifie, en partie, par une loi de la science informatique dite loi de Metcalfe. Selon cette loi, la puissance d'un réseau informatique augmente approximativement d'une valeur équivalente au carré du nombre des gens qui y sont raccordés.
C'est pourquoi l'Internet se développe si rapidement. Plus il y a de gens qui s'y raccordent, plus il y a de gens qui veulent s'y raccorder. Si l'on double le nombre de personnes en ligne, on quadruple le nombre de connexions possibles entre ces personnes et de combinaisons possibles de leurs talents et de leurs idées.
C'est pourquoi la liberté d'accès est si importante. Si on limite l'accès au réseau, le réseau n'a pas la même valeur. Si on favorise l'accès au réseau, la valeur de celui-ci pour tous ses membres augmente dans des proportions considérables.
Il faut donc que les propriétaires des réseaux établissent des prix d'accès non discriminatoires. La seule façon de réaliser le plein potentiel de l'IMT est de garantir que toutes les personnes qui s'y raccordent aient accès à de milliers de sources d'information, depuis les programmes vidéos jusqu'aux magazines en ligne et aux bulletins électroniques, de tous les pays, dans toutes les langues.
Le cinquième et dernier principe est peut-être le plus important : le service universel. Nous pensons que le service universel sera la suite naturelle des quatre premiers principes. Incontestablement, la conjonction du libre accès, de la réglementation flexible, de la concurrence et de l'investissement privé nous oriente dans cette direction. Mais elle ne nous permettra pas d'elle-même d'atteindre pleinement cette destination.
C'est pourquoi le président Clinton et moi avons lancé au secteur privé américain le défi de contribuer au raccordement de tous les établissements d'enseignement des États-Unis à l'autoroute de l'information d'ici à la fin de la décennie. Et c'est pourquoi je réitère mon appel en faveur de la création d'une Bibliothèque numérique mondiale, afin que tous les habitants de la planète aient accès plus rapidement et plus largement à toutes les informations disponibles dans le monde.
Certes, le service universel aura des caractéristiques qui varieront dans le détail d'un pays à l'autre, mais il devrait présenter des similitudes dans la plupart des lieux du globe. Il devrait, par exemple, être offert au niveau des services de base à un tarif abordable pour tous quelle que soit leur catégorie de revenus, mettre les services évolués à la disposition de tous, sans distinction de lieu ou d'aptitude physique, et apprendre aux consommateurs à utiliser les nouvelles techniques de manière efficace.
L'IMT est une entreprise historique. Elle sera renforcée par la participation, favorisé par l'ouverture et appuyé par les nations fortes et les gens de talent qui oeuvrent à l'avènement d'un avenir meilleur.
Participez avec moi à la première grande réalisation du XXIe siècle.