
Edmund Scherr
La lutte que les États-Unis mènent sur le plan international contre le trafic des stupéfiants vise les récoltes de plantes narcotiques, les associations de criminels et les gouvernements corrompus, et repose sur la conviction qu'il est plus efficace d'enrayer la drogue à sa source que de tenter d'en empêcher l'entrée dans le pays.
De nombreuses cibles sont visées dans la lutte internationale contre le trafic des drogues illicites : les personnes qui cultivent les plantes narcotiques, celles qui les raffinent, et les nombreux moyens - bateaux, avions, passeurs, etc. - utilisés pour leur acheminement.
Les autorités américaines reconnaissent qu'elles n'ont pas réussi à empêcher l'entrée de la drogue aux États-Unis. Les trafiquants décident du lieu, du moment et des méthodes qui leur conviennent pour contrecarrer les contrôles aux frontières et les fournisseurs de stupéfiants ont de plus en plus de drogue, de moyens de transport et d'intermédiaires à leur disposition.
Depuis quelques années, les États-Unis concentrent leur campagne internationale contre la drogue sur les domaines qui ont le plus d'effet : les cultures, les narcotrafiquants et les gouvernements corrompus qui laissent ce commerce illicite se poursuivre sans la moindre opposition. Ils ont aussi recours à la voie diplomatique afin d'encourager les gouvernements auxquels il manque la volonté politique de faire de la lutte contre le trafic de la drogue un objectif prioritaire.
De l'avis des responsables du Bureau du département d'État chargé de la campagne contre la drogue, si l'approche des États-Unis n'est pas la plus aisée, elle est du moins la plus efficace. C'est un point qu'ils ont souligné lors d'une interview accordée à l'Agence d'information des États-Unis.
« Nous avons mis en oeuvre une politique bien plus courageuse que la précédente. Nous prenons pour cibles les principaux responsables de ce commerce, et non pas les plus faciles à neutraliser. En plus de viser les récoltes, les États-Unis veulent éliminer la possibilité qu'ont les gros trafiquants d'opérer en toute impunité. Politiquement, il est très difficile d'obtenir de certains gouvernements qu'ils s'attaquent à ces cibles, mais s'ils le font, ils ont une bien meilleure chance d'enrayer le commerce de la drogue », a souligné l'un d'eux.
Les États-Unis sont plus disposés qu'ils ne l'étaient naguère à exposer au grand jour les gouvernements qui permettent le trafic de la drogue. La corruption liée à la drogue influence fortement les relations qu'ils ont avec la plupart des principaux pays fournisseurs de drogue.
Les autorités américaines s'emploient depuis des années à donner aux pays fournisseurs les moyens de réagir au problème de la drogue. « Cependant, une réponse efficace exige que les gouvernements intéressés aient non seulement les moyens, mais la volonté d'agir. Ces deux éléments sont nécessaires », a souligné un fonctionnaire du département d'État.
« Les États-Unis avaient pensé qu'après avoir acquis les moyens de lutter contre le trafic de la drogue, les gouvernements passeraient à l'action. Mais nous devons exercer de plus en plus de pressions sur eux pour qu'ils décident d'appliquer les moyens que nous les avons aidés à obtenir.
« Nous continuons à accorder la priorité à la réduction de la toxicomanie aux États-Unis. Mais si on ne s'efforçait pas de réduire l'offre, la quantité de drogue qui pénétrerait dans notre pays rendrait vains tous nos efforts en faveur d'une réduction de la demande », a-t-il ajouté.
Depuis cinq ans, a précisé un autre responsable, le commerce de la drogue est considéré comme une menace très nette à la sécurité nationale des États-Unis, alors qu'autrefois, la lutte contre le trafic des stupéfiants était jugée comme un problème d'ordre policier auquel on s'attaquait par les moyens policiers courants. Estimant que le trafic des stupéfiants constitue une menace à la sécurité nationale, le gouvernement Clinton a confié la tâche d'y faire face à plusieurs agences gouvernementales.
Deux facteurs font du trafic de la drogue une question de sécurité nationale, expliquent les responsables américains. Primo, la majeure partie des drogues illicites consommées aux États-Unis sont produites à l'étranger. Les États-Unis veulent réduire la production et le trafic de la drogue à l'étranger afin de donner à leurs programmes de réduction de la demande intérieure une meilleure chance de réussir.
Secundo, la production et le trafic de la drogue à l'étranger menacent de plus en plus des gouvernements et des économies importants pour les États-Unis. « Nous voulons empêcher les associations de narcotrafiquants de devenir suffisamment puissantes pour faire tomber les gouvernements avec lesquels nous traitons », a précisé un fonctionnaire du département d'État.
Un outil diplomatique qu'utilisent les États-Unis est la détermination annuelle, par le Président des États-Unis, des principaux pays producteurs ou de transit des drogues illicites. Cette liste comprend maintenant la Colombie, pays ami et allié des États-Unis. Les autres pays composant cette liste sont l'Afghanistan, la Birmanie, l'Iran, le Nigéria et la Syrie.
Conformément à la loi, le Président classe les pays dans l'une des trois catégories suivantes :
Après avoir passé en revue l'efficacité de la lutte contre le trafic international de la drogue, le président Clinton avait demandé au département d'État de renforcer ces normes et de les faire appliquer plus énergiquement. De ce fait, le nombre de pays classés dans la troisième catégorie augmente.
Ce durcissement de l'attitude des États-Unis atteste leur ferme volonté de prendre plus au sérieux le trafic international de la drogue et de tenir les pays étrangers de plus en plus responsables de leur comportement dans ce domaine, a dit un responsable.
De ce fait, certains pays ont intensifié leurs efforts et amélioré le bilan de leur lutte contre le trafic de la drogue. Les pays des deux dernières catégories veulent améliorer leur image de marque sur la scène internationale et les autres craignent de se voir refuser l'attestation du président des États-Unis.
« Face à la réprobation internationale, nous avons vu la plupart des pays prendre des mesures plus énergiques contre le trafic de la drogue. La formule de l'attestation est devenue un outil très efficace », a expliqué un fonctionnaire.
Les pays décidés à lutter contre le trafic de la drogue reçoivent de l'aide des agences gouvernementales américaines, notamment en vue de la destruction des plantes narcotiques.
Selon ce fonctionnaire, de plus en plus de pays acceptent l'idée d'une réduction de ces cultures, en particulier en Amérique centrale et en Amérique du Sud.
Il souligne que l'intensification, par le gouvernement américain, des initiatives visant la réduction de la production est plus efficace et moins coûteuse que les vastes opérations de contrôle aux frontières.
« Ces contrôles exigent davantage d'argent et de moyens techniques. Nous devons défendre en permanence toutes nos frontières et, en définitive, ces contrôles n'ont pas d'effets à long terme. Si l'on n'enrayait pas la production, celle-ci compenserait les saisies qui sont faites et les contrôles aux frontières ne pourraient affaiblir la puissance croissante des barons de la drogue », a-t-il souligné.
La cocaïne a trois sources principales : la Colombie, la Bolivie et le Pérou. Le pavot, dont est tiré l'héroïne, est cultivé dans le monde entier et met en jeu beaucoup plus d'associations de malfaiteurs que la cocaïne.
De nombreux pays hésitent à lutter contre le trafic de la drogue. « Ils estiment qu'il s'agit d'un produit qui répond à la demande des consommateurs et qui est utilisé principalement aux États-Unis et en Europe occidentale. La collaboration internationale contre le trafic des stupéfiants progresse bien lentement. Dans l'ensemble, ce sont toujours les États-Unis qui sont à la tête de la campagne contre la drogue », a souligné l'un des responsables.
M. Edmund Scherr est rédacteur de l'USIA spécialisé dans les affaires de stupéfiants et autres questions mondiales.