Selon le plan national d'action
élaboré par la Conférence des maires des
États-Unis pour réduire l'usage de la drogue dans
les villes, on doit mettre autant l'accent sur la
réduction de l'offre que sur celle de la demande de
stupéfiants. Les maires, auxquels s'étaient joints
des chefs de la police et procureurs de leur État, ont
remis au président Clinton, le 21 mai, un rapport dans
lequel ils soulignent la nécessité urgente qui
s'impose d'enrayer la croissance de la consommation de
méthamphétaminess, drogues qui créent une
forte dépendance et déclenche souvent un
comportement violent chez ses usagers. Les maires
déclarent également que l'on devrait faire de la
lutte contre la drogue l'un des principaux objectifs de la
politique étrangère des États-Unis.
Cette Conférence est un organisme apolitique officiel
qui représente les maires de plus de mille villes
américaines d'au moins trente mille habitants. Elle assume
un rôle national de premier plan en insistant sur la
nécessité de trouver rapidement des solutions aux
graves problèmes des villes. Elle fait part de ses
positions officielles au président et aux deux chambres du
Congrès.
Un plan national de lutte contre la drogue
Si on veut enrayer l'usage des drogues illicites dans ce pays,
on doit accorder la même importance à la
réduction de l'offre qu'à celle de la demande. Le
niveau actuel des mesures de répression doit être
maintenu et les activités en faveur d'une réduction
de la demande doivent être intensifiées. La
prévention, l'éducation, le traitement des
toxicomanes, les sanctions contre les usagers de drogue et les
examens de dépistage devraient tous être
considérés comme les éléments d'une
stratégie efficace de réduction de la demande.
1) Convaincre les jeunes des États-Unis de ne pas
consommer de drogue doit être notre priorité
numéro un.
- Les parents doivent participer à ces efforts. On doit
les aider à prendre conscience de la responsabilité
qui leur incombe d'apporter à leurs enfants le soutien et
les conseils qui les dissuaderont de consommer de la drogue ou de
l'alcool. Ils doivent comprendre qu'ils peuvent être tenus
pour responsables des actions de leurs enfants.
- Les enfants dont les parents sont absents ou incapables de
faire face à leurs responsabilités posent un
problème particulier qui doit être résolu par
d'autres membres de la famille ou de la communauté.
- Les enfants dont les parents abusent eux-mêmes de
l'alcool ou de la drogue et qui tolèrent l'usage de ces
substances dans leur foyer manquent à leurs devoirs de
parents et sapent les efforts que déploient tous les
autres membres de la communauté pour convaincre les
enfants de ne pas utiliser de drogue.
- Les entreprises doivent être encouragées
à adopter une politique favorable aux familles en
facilitant la tâche des parents dans l'éducation de
leurs enfants et notamment en mettant à leur disposition
des garderies d'enfants sur le lieu de travail et en faisant
preuve de souplesse dans l'octroi des congés.
- Des modèles à suivre doivent être
proposés aux jeunes, au niveau local comme au niveau
national, pour les motiver avec des messages explicites contre la
drogue et la violence. On doit recruter plus activement des gens
du spectacle et des vedettes sportives disposés à
s'exprimer contre la drogue et la violence pour contrecarrer les
messages favorables à la drogue que continue à
diffuser l'industrie du spectacle. Un partenariat devrait
être formé avec les médias dans le but
d'amener ces derniers à cesser de présenter la
toxicomanie et la violence sous des dehors séduisants.
- Une campagne d'information montrant de vraies victimes de
la drogue, et non pas des portraits
stéréotypés de drogués, permettrait
de sensibiliser le public en l'aidant à mieux comprendre
les dangers de la toxicomanie. La campagne médiatique
proposée par le gouvernement Clinton pour aider la
jeunesse américaine à rejeter les
stupéfiants, l'alcool et le tabac mérite
d'être soutenue.
- Les écoles devraient prendre conscience des
activités liées à la drogue, telles que
consommation de stupéfiants, vente de ces substances et
actes de violence, auxquels sont susceptibles de se livrer leurs
élèves à l'intérieur comme à
l'extérieur de leurs bâtiments, et s'employer
à y mettre fin. Il faut absolument que les
élèves sachent que leur établissement ne
ferme pas les yeux sur le problème de la drogue. Les
écoles, la communauté et la police devraient former
un partenariat pour tenir les écoles à l'abri de la
drogue et de la violence et leur permettre ainsi de s'acquitter
sans encombre de leur mission. Les campagnes de prévention
de la drogue et de la violence devraient être
incorporées dans tous les programmes d'études.
Étant donné tout le temps que les enfants passent
à l'école, celle-ci est un véhicule
précieux pour atteindre les jeunes avec des messages
contre la drogue.
- Si on veut que les jeunes rejettent la drogue, on doit
leur proposer des options positives comme des moyens de
distraction et des possibilités d'emploi.
2) On ne parviendra à réduire la
toxicomanie dans ce pays que si on dispose de ressources
suffisantes en matière de traitement.
- Le traitement médical est efficace et il
constitue un bon investissement. L'Etude de 1996 sur
l'évaluation nationale de l'amélioration du
traitement des toxicomanes (NTIES) a permis de constater que le
traitement des toxicomanes réduisait l'usage de la drogue.
Les usagers ont signalé avoir réduit de 50% leur
consommation de drogue dans l'année qui a suivi le
traitement. Cette étude montre que tous les types de
traitement peuvent être efficaces. Les activités
criminelles sont moins nombreuses après le traitement, la
santé des participants s'améliore ainsi que leur
bien-être. La Conférence des maires des
États-Unis estime depuis longtemps que le traitement
devrait être accompagné de services tels que suivi
médical, formation professionnelle et amélioration
de l'éducation, pour tous ceux qui ont besoin de cette
aide et qui la recherchent. La réduction de la demande,
notamment grâce à la prévention et au
traitement, doit tenir compte de l'évolution des tendances
dans l'utilisation de la drogue. On doit aussi prendre conscience
du fait que, lorsqu'on empêche quelqu'un de prendre de la
drogue, on doit, en échange, lui donner la
possibilité de se livrer à des activités
valorisantes.
- Les traitements efficaces par rapport à leur
coût devraient être plus faciles à obtenir, en
particulier pour les gens sans assurance maladie qui n'ont pas de
démêlés avec la justice criminelle. Les
polices d'assurance devraient couvrir le traitement de la
toxicomanie et de l'alcoolisme au même titre et aussi
complètement que les autres traitements médicaux.
Le remboursement du traitement dans le cadre du programme
« Medicaid » devrait être élargi
pour permettre aux États de couvrir le traitement, y
compris les soins dans les hôpitaux, les dispensaires et
autres établissements ou centres de traitement
approuvé par l'État et aussi de fournir un
traitement à tout individu qui remplit les conditions
financières nécessaires ainsi qu'aux femmes
enceintes et aux familles. Des crédits ciblés,
calqués sur ceux qui sont actuellement prévus pour
les zones de trafic intense de la drogue, devraient être
mis à la disposition des zones ayant à faire face
à un fort pourcentage de toxicomanes et souffrant d'une
insuffisance correspondante de programmes et de centres de
traitement.
- Les autorités devraient exploiter l'idée
selon laquelle la menace d'incarcération peut inciter un
individu à s'inscrire à un programme de
désintoxication et à le suivre jusqu'au bout, mais
l'objectif devrait être d'amener les gens à se faire
traiter avant qu'ils ne s'exposent à un tel danger et,
à plus forte raison, avant qu'ils n'aient des
démêlés avec la justice criminelle.
- Les autorités devraient reconnaître que tout
contact avec la justice criminelle ou avec les tribunaux pour
enfants leur donne l'occasion d'identifier les toxicomanes et
d'intervenir en leur faisant subir un examen de dépistage
et en offrant un traitement médical.
- Davantage de tribunaux pour toxicomanes délinquants
devraient être créés et des fonds devraient
être fournis pour assurer l'enchaînement
nécessaire de services. On a besoin de programmes de
traitement médical sérieux et disposant de fonds
suffisants ainsi que de moyens de sévir
immédiatement contre ceux qui s'obstinent à se
droguer.
- En ce qui concerne les jeunes en particulier,
l'incarcération devrait mettre l'accent sur leur
réinsertion dans la société et s'accompagner
pour eux de la possibilité de suivre le traitement
indispensable pour y parvenir.
- Les recherches de méthodes efficaces de traitement
devraient être intensifiées et une attention
particulière devrait être prêtée
à la dépendance vis-à-vis de la cocaïne
et des méthamphétamines.
3) L'amélioration de la prévention et de
l'accès au traitement doit s'accompagner de mesures
énergiques de répression.
- Les nombreuses agences fédérales
participant à la répression contre la drogue et
l'absence d'un mécanisme de communication entre elles,
ainsi qu'avec les agences locales, constituent manifestement un
problème. La coopération entre les diverses agences
fédérales de répression et la coordination
de leurs activités doivent être
considérablement améliorées. On doit
notamment encourager le partage des renseignements, des nouvelles
techniques et de l'assistance technique au sein des agences
fédérales de répression ainsi qu'entre ces
dernières et les polices locales.
- La collaboration doit se poursuivre et se
développer entre les autorités
fédérales et locales. Un réseau informatique
mettant à la disposition de tous les services de police
des données sur les membres de gangs et les trafiquants de
drogue devrait être établi à l'échelle
nationale. Pour s'attaquer plus énergiquement au
problème de la drogue, les autorités des
États et les responsables locaux devraient pouvoir
invoquer les lois fédérales dans le cadre de leur
propre stratégie de répression.
- L'IRS (Direction des impôts) et les autres agences
fédérales chargées de faire respecter la loi
devraient plus souvent recourir aux lois fiscales dans le cadre
de la stratégie nationale contre la drogue, notamment pour
poursuivre les trafiquants de drogue.
- Les procureurs fédéraux devraient concentrer
leurs efforts sur les narcotrafiquants internationaux et sur ceux
qui tirent profit du commerce de la drogue ou qui recyclent les
fonds qui en découlent.
- Les autorités fédérales devraient
assumer davantage de responsabilités dans la poursuite des
principaux délits liés à la drogue et les
tribunaux fédéraux devraient se charger d'un plus
grand nombre de procès dans ce domaine. Des tribunaux
fédéraux spécialisés dans les
affaires de drogue devraient être créés en
cas de besoin.
- Les peines devraient être accrues en fonction du
degré de participation des prévenus au trafic de
drogue et de la gravité des délits commis. Les gros
trafiquants devraient faire l'objet de peines très graves
et incontournables.
- Les lois fédérales sur le blanchiment de
l'argent devraient être renforcées et plus
rigoureusement appliquées. Le Service des douanes devrait
accroître la surveillance des biens et de l'argent qui
sortent du pays pour décourager le blanchiment de
l'argent.
- Le budget de la « Drug Enforcement
Administration » (office fédéral de
répression du trafic de stupéfiants ou DEA) devrait
être accru ainsi que la coordination de ses
activités avec les polices locales. La DEA devrait fournir
à ces dernières des renseignements sur les saisies
de drogue et les arrestations de trafiquants quand de telles
activités se rapportent à la zone relevant de leur
compétence.
- Le Service d'immigration et de naturalisation devrait
intensifier les efforts qu'il déploie pour arrêter
et déporter les étrangers en situation
irrégulière qui se livrent au trafic de la drogue
en dehors des zones frontalières.
4) Une plus grande attention devrait être
prêtée au danger que présentent les
méthamphétamines, dont l'utilisation notoire dans
les États de l'ouest des États-Unis s'étend
de plus en plus en direction de l'est.
- Les méthamphétamines sont
fabriquées au Mexique et aux États-Unis à
partir d'ingrédients faciles à obtenir. Le fait
qu'elles sont faciles à distribuer, que leur coût de
production et leur prix d'achat sont faibles, qu'elles
créent une forte dépendance et qu'elles peuvent
rendre les consommateurs violents met en lumière la
nécessité urgente de combattre ce problème.
- Il est indispensable de lancer sans délai une
campagne nationale pour faire prendre conscience au gouvernement,
aux services officiels chargés, à tous les niveaux,
de faire respecter la loi, ainsi qu'au public et en particulier
aux jeunes, du danger que présentent les
méthamphétamines. La police, le personnel du
service des urgences des hôpitaux et les conseillers en
matière de violence familiale devraient se renseigner sur
les dangers des méthamphétamines.
- Les initiatives prises par le gouvernement pour
empêcher les méthamphétamines de gagner du
terrain devraient être soutenues.
- Les lois en vigueur sur la distribution des produits
chimiques précurseurs et la réglementation dont ils
font l'objet devraient être renforcées dans toute la
mesure du possible.
- Les activités des services de police visant les
trafiquants de méthamphétamines devraient
être encouragées. Les agences
fédérales et locales devraient s'employer à
coordonner leurs activités et la formation de leur
personnel.
- Des recherches scientifiques devraient être faites
pour aider à comprendre les tendances comportementales des
usagers de métamphétamines et résoudre les
problèmes que pose la fabrication de ces drogues sur le
plan de la sécurité publique et de
l'environnement.
5) Étant donné que tous les
éléments de la collectivité doivent
participer à la lutte antidrogue, le rôle que joue
le secteur privé dans la prévention de la
toxicomanie, notamment sur le lieu de travail, devrait être
fortement accru.
- Dans le secteur public comme dans le secteur
privé, les employeurs devraient garantir l'absence de
drogue dans leurs locaux.
- Les employeurs devraient mettre des programmes
d'assistance médicale à la disposition des membres
de leur personnel qui admettent consommer de la drogue et
sollicitent une aide.
6) La lutte contre la drogue et les mécanismes
intergouvernementaux par l'intermédiaire desquels elle est
menée devraient être renforcés et
simplifiés.
- Le Bureau chargé de la politique nationale en
matière de lutte contre la drogue devrait être
reconduit et le rôle de son directeur
considérablement renforcé. Ce dernier devrait avoir
la haute main sur les activités de la cinquantaine
d'agences fédérales qui participent à la
lutte contre la drogue et ces dernières devraient
améliorer la coordination de leurs activités. La
visibilité de ce Bureau devrait être accrue et ses
effectifs augmentés dans la mesure nécessaire pour
lui permettre de s'acquitter de sa mission.
- Les sources fédérales de financement des
programmes locaux contre la drogue devraient être
restructurées pour leur permettre de répondre plus
efficacement aux besoins des collectivités et fournir
directement aux gouvernements locaux une partie au moins des
crédits nécessaires. Le programme
fédéral COPS (Services de police axés sur la
communauté) doit servir de modèle pour mettre
directement les fonds à la disposition du service
gouvernemental responsable de l'activité, au niveau
où le besoin se fait le plus sentir. En outre, tous les
crédits fournis aux agences locales doivent être
acheminés au responsable local approprié,
c'est-à-dire à la personne qui doit être au
courant des besoins de l'ensemble de la collectivité et
pouvoir y répondre. Les résultats de la
législation contre la drogue adoptée il y a dix ans
ont été pour le moins divers. Il est difficile
d'évaluer l'efficacité des programmes
fédéraux dans les villes étant donné
que les crédits sont versés aux États sous
forme de subvention globale et qu'ils sont utilisés
principalement à la discrétion du gouverneur et des
autres responsables de l'État.
7) Les drogues illicites devraient être
considérées comme l'une des principales
préoccupations sur le plan de la politique
étrangère et les États-Unis devraient
refuser leur aide aux pays d'origine de la drogue qui ne
coopèrent pas suffisamment avec eux pour empêcher
les exportations illicites à destination de notre
pays.
- Les pays étrangers devraient faire l'objet
d'une attestation de coopération à la lutte contre
les stupéfiants pour pouvoir bénéficier de
l'aide des États-Unis et cette aide devrait être
refusée à ceux dont la coopération dans ce
domaine est insuffisante.
- Il faudrait encourager les gouvernements étrangers
à renforcer leurs lois et règlements pour
empêcher le blanchiment de l'argent et autres délits
financiers et les faire appliquer plus rigoureusement.
- Les initiatives des agences fédérales contre
la contrebande de stupéfiants devraient être
renforcées pour mieux empêcher les trafiquants de
franchir nos frontières terrestres, maritimes et
aériennes.