
Washington - Le secrétaire d'État américain, M. Warren Christopher, a tracé une stratégie qui, selon les responsables, mettra pour la première fois la protection de l'environnement au rang des principaux thèmes de la politique étrangère des États-Unis.
« Nous sommes décidés à donner aux questions d'environnement la place qu'elles méritent, c'est-à-dire parmi les questions dominantes de la politique étrangère américaine », a affirmé M. Christopher dans un discours prononcé le 9 avril.
Pour y parvenir, M. Christopher a indiqué qu'il avait chargé les ambassades des États-Unis d'inclure les objectifs écologiques dans leurs rapports avec les autres gouvernements et de renforcer la coopération entre les organismes américains qui gèrent les programmes d'aide extérieure.
« Nous parlerons des questions d'environnement chaque fois que notre influence pourra être utile. Nous renforcerons notre capacité de mêler diplomatie et science, et de négocier des accords mondiaux qui protègent notre santé et notre bien-être », a-t-il affirmé à son public à l'université de Stanford.
Un représentant du département d'État, commentant ce discours, a indiqué que l'on ne s'attendait pas à ce que le tiers-monde cherche à s'opposer trop fortement à cette impulsion américaine.
De nombreux pays en développement, particulièrement les plus grands, affirment dans les conférences internationales qu'ils se trouvent face à des problèmes économiques si graves qu'ils ne peuvent pas protéger l'environnement aussi bien que les pays industrialisés souhaiteraient qu'ils le fassent. Les pays en développement font remarquer que le monde industrialisé a gravement endommagé son environnement au cours des cent dernières années et continue d'être responsable de la grande majorité des émissions de polluants chaque année.
Le représentant du département d'État a affirmé que les attitudes sont en train de changer dans le monde en développement à mesure que les problèmes écologiques empirent. Il a cité des discussions tenues l'an dernier avec l'Inde qui ont mené à une convergence de vues sur les problèmes environnementaux, et mentionné un autre accord de ce type passé avec le Brésil.
Les pays en développement soutiennent également qu'ils ont besoin d'une aide financière spéciale pour résoudre certains de leurs problèmes écologiques, mais qu'ils comprennent qu'il faut protéger l'environnement. On ne s'attend donc pas à beaucoup de résistance lorsque les responsables américains manifesteront outre-mer leurs préoccupations sur l'environnement, a assuré ce représentant.
M. Christopher a justifié l'intérêt récent de la diplomatie américaine pour l'environnement en faisant état de deux questions de sécurité nationale. La première est que certains problèmes d'environnement tels que l'effet de serre, qui pourrait réchauffer et modifier le climat de la terre, ne se cantonnent pas à un pays et peuvent affecter la santé et les emplois des Américains.
La deuxième est que la stabilité politique et économique de nombreux pays peut dépendre des ressources naturelles. « Ceci n'est nulle part plus évident que dans les vallées desséchées du Moyen-Orient où la lutte pour l'eau a un impact direct sur la sécurité et la stabilité. »
M. Christopher a cité quatre manières dont le département d'État essaierait de renforcer le souci international de l'environnement - au niveau de la planète, au niveau des régions et directement avec d'autres nations ainsi qu'en association avec les entreprises et les organisations non gouvernementales.
Au niveau de la planète, les négociations internationales sur toute une gamme de questions devraient s'achever en 1997, ce qui, a-t-il dit, serait la meilleure année pour l'environnement depuis que plus de cent chefs d'État se sont réunis au Sommet de la Terre en 1992 à Rio-de-Janeiro (Brésil).
D'autres négociations cherchent à faire retomber, d'ici au début du siècle, les émissions de gaz de serre - principalement le dioxyde de carbone produit lorsque l'on brûle du charbon, du bois et du pétrole - à des niveaux inférieurs à ceux de 1990.
D'autres négociations encore visent à réglementer strictement les importations et exportations de produits chimiques toxiques, notamment les pesticides, qui peuvent empoisonner les humains, la terre et l'eau.
Un groupe intergouvernemental d'experts sur les forêts tient une autre série de réunions pour parvenir à un consensus sur la façon de préserver les forêts de la planète.
M. Christopher a annoncé que vers la fin de 1997, le Département d'État inviterait des gouvernements à une conférence sur l'amélioration de l'application des accords internationaux « afin d'assurer que ces accords donnent des résultats durables et ne soient pas de simples promesses ».
Au plan régional, la Russie, l'Ukraine et certaines autres parties de l'ancienne Union soviétique ont des problèmes communs tels que la pollution nucléaire, le ciel noirci par la suie, et des rivières fortement polluées. Les programmes américains aident à atténuer ces situations dramatiques, a affirmé M. Christopher.
En Afrique, l'aide américaine vient au secours de plusieurs pays ayant des problèmes d'érosion des sols. « Notre initiative en Afrique orientale, par exemple, s'attaque aux racines des problèmes écologiques qui peuvent faire virer les sécheresses en famines, et les famines en guerres civiles. »
M. Christopher a annoncé par ailleurs que des centres écologiques seraient installés dans certaines ambassades pour aider à résoudre les problèmes régionaux de ressources naturelles et aider l'industrie américaine à vendre ses techniques novatrices qui pourraient contribuer au règlement de ces problèmes.
Au plan bilatéral, M. Christopher a cité les travaux réalisés avec le Canada et le Mexique pour résoudre des problèmes communs tels que la pollution de l'air et de l'eau.
Le président Clinton assistera fin avril à Moscou au Sommet sur la sécurité nucléaire avec le président russe, Boris Eltsine, et d'autres chefs de gouvernement pour promouvoir la sécurité de fonctionnement des réacteurs nucléaires et l'entreposage correct des matériaux qui leur sont nécessaires.
En avril également, le vice-président Al Gore doit rencontrer des dirigeants chinois en vue d'accroître la coopération sur des projets de développement écologiquement rationnel dans des domaines tels que l'énergie et l'agriculture.
Le dernier des quatre éléments de la nouvelle stratégie environnementale est d'accroître les partenariats avec les entreprises américaines et les groupes non gouvernementaux. L'industrie américaine détient les produits et l'expertise nécessaires pour obtenir une bonne partie du marché des techniques de l'environnement, qui est estimé à 400 milliards de dollars.
En matière de progrès vers les objectifs écologiques internationaux, le rôle des groupes américains non gouvernementaux n'est pas négligeable et le Vice-Président a promis d'intensifier la coopération avec ces organisations.
Il a aussi annoncé que le département d'État publierait un rapport annuel sur les défis écologiques mondiaux à partir du Jour de la Terre, le 22 avril 1997. « Ce rapport sera un instrument essentiel de notre diplomatie environnementale qui regroupera une évaluation des tendances écologiques mondiales, des faits nouveaux de la politique internationale et des priorités américaines pour l'année prochaine. »
On peut trouver le texte (anglais) du discours de M. Christopher sur Internet, à la page environnement du Service des informations des États-Unis dont l'adresse est la suivante : http://www.usia.gov/topical/global/environ/christop.htm
(Journaliste de l'Agence d'information des États-Unis, Jerry Stilkind se spécialise dans les questions d'environnement, de sources renouvelables d'énergie, et de population.) fin