
En Pennsylvanie, les cours d'éducation sur le milieu sont suivis par plus de lycéens que ne le sont les cours de physique. Même le gouvernement fédéral y met activement du sien. En 1990, le président Bush a donné force de loi au texte portant création de la loi sur l'éducation en matière d'environnement et alloué soixante-cinq millions de dollars sur trois ans à un organe spécialisé de l'Agence de protection de l'environnement (EPA) qui sert de centre de documentation pédagogique pour tout ce qui touche à l'écologie.
La plus grande partie du matériel pédagogique utilisé dans les écoles, et dont l'essentiel figure d'ailleurs au centre de documentation de l'EPA, provient d'ouvrages et de manuels d'enseignement rédigés et distribués par les grandes associations écologiques. On y trouve de tout, qu'il s'agisse de la pochette documentaire du Fonds mondial de la nature sur la disparition des forêts tropicales ou des conseils de la Fondation pour la protection de la baie du Chesapeake, en passant par le cours de la Fondation pour l'étude des pluies acides intitulé « Les polluants aériens et les arbres » et le bulletin éducatif du Sierra Club publié sous le titre « Sierraecology ». Les enfants sont bombardés chez eux par le même message : un livre qui propose aux enfants « cinquante trucs simples pour sauver la planète » s'est vendu à près d'un million d'exemplaires, un dessin animé dont le héros porte le nom éloquent de « Capitaine Planète » est très prisé du jeune public, un long métrage ayant pour titre « Ravine de fougères... La dernière forêt tropicale » vient de sortir, et la liste n'est pas terminée.
Il est tout à fait légitime d'enseigner aux enfants des leçons sur l'environnement. Qui plus est, l'enseignement des sciences dans le primaire et dans le secondaire devrait obligatoirement inclure des discussions sur la chaîne alimentaire, le cycle de la vie de diverses espèces et les principes de base de la météorologie. Les randonnées dans la nature et le camping sauvage peuvent être des outils pédagogiques précieux, en particulier si on apprend aux enfants à comprendre ce qu'ils voient. Malheureusement, ce qu'on leur apprend pèche dans une grande mesure par simplisme et par inexactitude. Cette désinformation croissante sur l'environnement qui sévit dans les salles de classe se reflète à travers les dix mythes suivants, qui donnent aux enfants une idée incomplète des questions écologiques.
1) Il est toujours bon de recycler
Les écoles des États-Unis ont succombé à la manie du recyclage. D'Est en Ouest, les enfants mettent sur pied des programmes de recyclage dans leurs écoles et leurs quartiers qui visent à encourager les gens à trier leurs déchets et à déposer dans des centres locaux de recyclage bouteilles vides, boîtes de conserve, journaux et rebuts du jardin. À l'instar de l'EPA, diverses associations écologiques vantent activement les mérites du recyclage pour « faire la chasse aux gaspis ». Des personnages de dessins animés, tels « Henry Cycle » (Henri-le-recycleur) et « Capitaine Planète », se font leur affaire de convaincre les écoliers.
Dans un guide destiné aux parents et aux éducateurs et paru sous le titre « This Planet Is Mine » (Cette planète est à moi), Mmes Mary Metzger et Cynthia Whittaker arguent que le recyclage est « la technique de réduction des déchets de loin la plus logique et la plus profitable parmi les mesures visant aux économies d'énergie ». C'est un point de vue dont l'EPA se fait l'écho dans un document qui cherche à sensibiliser les enfants de la maternelle à la sixième au problème que posent les déchets solides ; l'EPA leur explique que le recyclage réduit la pollution et fait économiser des ressources naturelles, de l'énergie, de l'argent et de la place dans les décharges publiques.
S'il est vrai que le recyclage est souvent un moyen judicieux de se débarrasser des déchets solides, il n'est en tout cas pas certain que cette méthode soit toujours avantageuse pour la planète. Le recyclage des boîtes de conserve en aluminium se révèle rentable depuis des années - il y a d'ailleurs des entreprises qui en achètent des usagées - parce que le recyclage de l'aluminium consomme moins d'énergie et coûte moins cher que la production de boîtes de conserve à partir d'une matière première vierge. Mais ce phénomène relève peut-être plus de l'exception que de la règle. Ainsi le papier recyclé peut-il servir à la fabrication de journaux, de cahiers et de boîtes de carton, mais il ne convient pas pour les produits qui doivent être plus solides et qui nécessitent alors du papier non recyclé, parce que les fibres ont tendance à se détériorer pendant les opérations de recyclage. On pollue plus en blanchissant le papier recyclé qu'en blanchissant celui qui a été fait avec de la pulpe vierge. Quant aux matériaux qui sont récupérés aux fins de recyclage, le sort qui les attend n'est souvent pas celui qu'on pourrait croire. À Islip, dans l'état du New-York, par exemple, les bouteilles en verre de couleur qui sont ramassées pour être recyclées forment des piles hautes comme des montagnes, et dans la capitale des États-Unis les journaux prétendument destinés au recyclage sont en train de se décomposer dans des entrepôts.
Au cours d'un journal d'information destiné à un jeune public et diffusé par la grande chaîne de télévision CBS, les enfants ont appris que « le recyclage du papier fait économiser des arbres » et que si tout le papier était recyclé, cinq cent mille arbres par semaine échapperaient à l'abattage. Or quatre-vingt-sept pour cent de tout le papier produit aux États-Unis provient d'arbres plantés et cultivés à cette fin par l'industrie du papier. Si le marché des produits en papier vierge devenait moins important, on peut supposer que moins d'arbres seraient alors plantés. Dès lors, le recyclage a-t-il vraiment pour effet de sauver des arbres ? Ne risque-t-il pas plutôt d'inverser la tendance actuelle à l'expansion des forêts aux États-Unis ? M. Roger Sedjo, du groupe de réflexion Resources for the Future, fait observer que la forêt gagne progressivement du terrain aux États-Unis depuis quarante ans, et des entreprises à but lucratif se sont mises à planter, à cultiver et à couper des arbres « à une échelle sans précédent ». L'existence de marchés florissants pour les produits tirés de bois vierge ne peut qu'encourager ce phénomène.
Qui plus est, il n'est pas dit que le recyclage constitue toujours le moyen le plus sain pour l'environnement de se débarrasser des déchets solides. À première vue, par exemple, on peut penser qu'on gaspille moins à laver des couches en tissu qu'à mettre à la poubelle des couches jetables, mais la récupération et la stérilisation des couches en tissu nécessitent une quantité considérable d'eau, d'énergie (pour chauffer et transporter) et de lessive, sans parler du temps supplémentaire qu'on doit consacrer au nettoyage. Si le recyclage fait consommer davantage d'énergie, il ne va pas faire économiser autant de ressources que le souhaitent les écologistes.
2) Le plastique est une mauvaise chose
Le plastique est l'ennemi public numéro un des « écolo-mômes ». Dans son livre intitulé « I Helped Save the Earth », M. Michael O'Brian suggère aux enfants « cinquante-cinq façons de fournir leur part d'effort » : « Utilise du papier, pas du plastique », « n'achète pas de boisson dans des bouteilles en plastique », « achète ce qui vient dans des emballages en carton, pas en plastique ». L'un des « cinquantes trucs simples pour sauver la planète » exhorte les enfants à « faire la guerre au polystyrène expansé » parce que cette matière plastique « fait gaspiller des ressources précieuses (...) et grossir les tas d'ordures ». Les auteurs de ces conseils affirment en outre que « la mousse de plastique est souvent faite à partir de produits chimiques qui agrandissent le trou de la couche d'ozone ! » Une maman new-yorkaise a révélé au New York Times qu'elle doit se cacher pour utiliser quoi que ce soit fait en plastique à cause de son fils de douze ans, qui éprouve une farouche aversion pour cette matière.
De toute évidence, le message antiplastique a des répercussions importantes. À Closter, dans le New-Jersey, l'association d'écoliers KAP (Kids Against Pollution) a réussi à faire interdire l'emploi de récipients en mousse par les collectivités locales et elle a poussé à la roue pour amener la chaîne de restauration rapide McDonald's à abandonner l'usage de boîtes en polystyrène.
La guerre déclarée aux matières plastiques tient en partie au fait qu'elles sont souvent difficiles à recycler. De surcroît, elles ne sont généralement pas biodégradables et, fait encore plus important peut-être, elles sont fabriquées synthétiquement à partir de produits chimiques qui sont eux-mêmes d'origine artificielle. L'utilisation du plastique est donc assimilée à une source inévitable de pollution et à une contribution inutile aux déchets solides.
Comme ils sont rarement recyclés, les produits en plastique finissent pour la plupart dans les décharges publiques. Ce qu'on craint le plus pour l'environnement, c'est que les déchets toxiques accumulés dans les décharges ne finissent par s'infiltrer dans la nappe phréatique. Or les matières plastiques sont généralement inertes, ce qui signifie qu'elles ne se décomposeront jamais. En réalité, leur stabilité - c'est-à-dire le fait qu'elles ne soient pas biodégradables - est un facteur de protection pour la santé de l'homme lorsqu'elles finissent leurs jours à la décharge publique.
Évidemment, beaucoup d'enfants sont très perturbés à l'idée que les matières plastiques fabriquées aujourd'hui seront encore là dans plusieurs siècles. Mais s'il est vrai que le plastique ne se dégrade pas, il faut bien reconnaître que c'est le cas de pratiquement tout ce qui est envoyé à la décharge publique. Comme l'ont démontré les recherches de M. William Rathje, de l'université d'Arizona, même les journaux mis au rebut dans des terrains vagues ne se sont toujours pas dégradés biologiquement après des dizaines d'années. Ainsi les reproches adressés au plastique peuvent-ils aussi s'appliquer au papier.
Les enfants gênés à l'idée d'utiliser du plastique feraient bien de s'interroger sur la popularité de cette matière dans notre société contemporaine. Les marchandises emballées dans du plastique risquent moins de se casser ou de s'avarier, et les produits alimentaires ou pharmaceutiques ainsi protégés peuvent être expédiés sur de plus grandes distances et à un coût moindre. Résistants et pourtant légers, les emballages en plastique peuvent servir à une foule de produits, des sucreries et des boissons gazeuses aux vitamines et aux légumes, qu'il faudrait autrement empaqueter à grand renfort de ressources naturelles. Ces avantages ne compensent-ils pas, du moins en partie, les inquiétudes nourries à l'égard de l'environnement quand on pense aux moyens de s'en débarrasser ?
Prenons le cas des emballages aseptiques, qui servent notamment à la conservation des boîtes de jus de fruits que tant d'enfants apportent à l'école pour boire à l'heure du déjeuner. L'un des reproches adressés à ce genre d'emballage synthétique, c'est qu'il est presque impossible à recycler. Pourtant, à pratiquement tous les autres égards, ce type d'emballage est meilleur que les autres pour l'environnement. Non seulement il conserve les produits en bon état sans qu'il y ait besoin de les réfrigérer, mais on utilise pour le fabriquer moins du dixième de l'énergie nécessaire à la fabrication d'une bouteille en verre.
Ce qui est vrai pour les boîtes de jus de fruits l'est aussi pour bien d'autres formes d'emballage synthétique. Grâce à ses propriétés isolantes, le polystyrène réduit considérablement le risque d'avoir des produits alimentaires avariés. (C'est parce qu'elles gardent si bien le chaud que les tasses en polystyrène sont nettement préférables aux tasses en carton pour le petit jus du matin.) En outre, il faut beaucoup moins de ressources pour fabriquer du polystyrène que du papier. Un article publié dans la revue « Science » démontre que pour produire une tasse en polystyrène on utilise le sixième des matières, le douzième de la vapeur et le trente-sixième de l'électricité qui sont nécessaires à la fabrication d'une tasse en papier. Rien d'étonnant, donc, à ce que les tasses en polystyrène coûtent jusqu'à soixante pour cent de moins. Il faut aussi noter que la production de polystyrène ne fait pas appel aux chlorofluorocarbures depuis des années, contrairement aux idées reçues, et que la couche d'ozone n'est donc pas compromise.
Les avantages du plastique pour l'environnement se font sentir jour après jour dans les écoles, puisque plus d'un million de jeunes Américains reçoivent tous les jours leur ration de lait dans des berlingots faits en plastique et pour la fabrication desquels on a employé moins de matériaux que si on conditionnait le lait dans les petites boîtes traditionnelles en carton ; qui plus est, les berlingots usagés sont moins volumineux, de l'ordre de soixante-dix pour cent, que les autres formes de conditionnement. Il faut le dire : le plastique est normalement moins encombrant que les autres types d'emballage, ce qui permet de réduire la quantité des déchets solides.
Beaucoup d'écologistes reconnaissent aujourd'hui que le choix entre le plastique et le papier n'est pas aussi tranché qu'elles le croyaient autrefois. M. John Ruston, du Fonds pour la défense de l'environnement, a ainsi déclaré au New York Times : « Nous ne disposons pas, je le crois, de preuves formelles de la supériorité d'un produit sur l'autre. » Il n'empêche : une foule d'enfants d'âge scolaire continuent de se faire abreuver de messages « antiplastique » dans le cadre des leçons faites sur l'environnement.
3) Il y a trop d'ordures
Voici un autre exemple tiré des « cinquante trucs pour sauver la planète » : « Nous produisons tellement d'ordures que, dans bien des endroits, il n'y a pas de place pour les enterrer toutes », affirment les auteurs de ce livre qui a bonne presse auprès des enfants. Une brochure publiée par EarthWorks à l'intention des héros de l'environnement en culottes courtes, « Kid Heroes of the Environment », tire la sonnette d'alarme : « Les États-Unis connaissent une "crise des ordures" ; bientôt, nous ne saurons plus où nous débarrasser de nos détritus. » Un guide réalisé par une association qui cherche à résoudre le problème des déchets solides, le Council for Solid Waste Solutions, explique aux enfants comment s'y prendre pour établir des programmes de recyclage à l'école parce que « les décharges publiques, pleines à craquer, menacent notre planète Terre ». Dans le New-Hampshire, un manuel pédagogique réalisé par l'État en prévision du Jour de la Terre en 1990, exhorte les enfants à envoyer des lettres de plainte aux entreprises qui utilisent « des emballages superflus » ; quant au programme scolaire de l'EPA sur les déchets solides, il va jusqu'à dire que la « crise des ordures », aux proportions croissantes, est un problème susceptible « d'affaiblir nos villes et de consommer une part précieuse de notre base de ressources naturelles ». Les inquiétudes que nourrissent les enfants à l'égard de l'environnement ont souvent pour origine l'hypothèse selon laquelle on produit trop de détritus et qu'on ne sait plus où les mettre.
Pourtant, on a largement la place de se débarrasser de nos ordures aux États-Unis en les entassant dans des décharges publiques, si c'est comme cela qu'on veut s'en débarrasser. Comme l'ont démontré les recherches de M. Clark Wiseman, de l'association Resources for the Future, tous les déchets solides qui seront produits aux États-Unis au cours des mille années à venir pourraient facilement tenir dans une seule décharge qui représenterait moins du millième de la superficie des États-Unis. Il faudrait qu'elle ait les dimensions d'un carré d'à peu près soixante-dix kilomètres de côté et tout juste trente mètres de profondeur. Si nous avons aux États-Unis largement la place de nous débarrasser de nos ordures, pouvons-nous vraiment dire que nous produisons trop de déchets ? Etant donné que la décharge publique revient à beaucoup moins cher que la plupart des autres méthodes d'élimination des ordures, si on s'oppose à ce que les détritus y soient déposés, on doit automatiquement s'attendre à consacrer davantage de fonds à l'élimination des déchets et à en avoir moins à allouer à d'autres rubriques. Certaines collectivités se sont même rendu compte que les décharges publiques modernes avaient un effet favorable sur la vie des quartiers, parce qu'elles créent des emplois et des ressources économiques sans compromettre l'environnement et sans susciter des objections d'ordre esthétique, comme c'était le cas avec les dépotoirs d'autrefois.
Le recours aux décharges publiques reste donc une option viable tant pour l'environnement que pour l'économie, ce qui n'empêche pas que l'on continue de rechercher d'autres méthodes d'élimination des déchets. Une formule qui a le vent en poupe concerne la création d'installations capables de transformer les déchets en source d'énergie. À mesure que les collectivités adopteront cette méthode, les détritus verront leur blason se redorer. Qui plus est, si l'on venait vraiment à manquer de place dans les décharges publiques, l'augmentation du coût de l'élimination des déchets qui en résulterait encouragerait la population à réduire la quantité de ceux qu'elle produit et à inventer de nouvelles façons de s'en débarrasser.
Il est important de se souvenir que l'activité humaine s'est toujours accompagnée de la production de déchets, et les tentatives de réduction, voire d'élimination, des détritus ne se feront qu'au détriment d'une bonne partie de l'activité humaine. Les produits d'emballage finissent peut-être bien à la poubelle, mais avant d'y arriver ils remplissent d'importantes fonctions, notamment celles de préserver et de protéger les biens périssables. Tant que la société est tout à fait capable de se débarrasser des déchets qu'elle produit, il ne semble pas y avoir lieu de tracasser les enfants au sujet d'une prétendue « crise » des ordures.
4) Les insecticides sont toujours mauvais
Publié sous le titre « ABC's for a Better Planet », un livre d'enfants qui se veut le b.a.-ba de l'environnement, et dont les principaux personnages sont les très célèbres tortues Ninja, recommande à nos chers petits de « faire acheter aux adultes des fruits et des légumes qui sont cultivés organiquement, c'est-à-dire sans insecticides chimiques. Ce qui est cultivé selon les méthodes organiques n'a peut-être pas une apparence parfaite, mais c'est délicieux... et excellent pour la santé », ajoute l'auteur. On entend le même son de cloche quand on lit le livre de Mme Linda Lowery intitulé « Earth Day », qui vise un public âgé de six à dix ans : « Les gens n'ont pas besoin d'utiliser de produits chimiques sur leurs cultures et leurs pelouses. Il y a des moyens moins dangereux et plus naturels de protéger les plantes et de les aider à pousser. »
Comme si les insecticides ne faisaient pas suffisamment parler d'eux, la Loi sur l'environnement en matière d'environnement oblige l'EPA à décerner une fois par an un prix créé en l'honneur de Mme Rachel Carson, laquelle a été la première personne à instiller au public la peur des insecticides en publiant son livre « Silent Spring » (Le printemps silencieux) en 1962. Une biographie de Mme Carson figure aussi parmi les premiers livres d'une nouvelle série d'ouvrages pour enfants publiés par Silver Burdett Press, filiale de Simon & Schuster.
Certes, Mme Carson mérite d'être félicitée pour avoir sensibilisé l'opinion au sujet des effets potentiellement dévastateurs du DDT sur les populations d'aigles et de balbuzards ; mais bien des risques qu'elle cite, notamment en ce qui concerne les résidus des insecticides dans les produits alimentaires, sont franchement exagérés. Mmes Metzger et Whittaker, les auteurs de « This Planet Is Mine », disent aux parents et aux éducateurs que les insecticides tuent des millions de gens et que les enfants « en absorbent souvent plus que les adultes ». Or un biochimiste de l'université de Californie à Berkeley, M. Bruce Ames, a démontré par ses recherches de premier ordre que les résidus d'insecticides dans les produits alimentaires, fruits et légumes par exemple, ne posent pas de risque notable pour la santé.
M. Ames fait observer que « 99,9 pour cent de tous les insecticides que nous consommons, en poids, sont des insecticides naturels, produits par les fruits et les légumes eux-mêmes comme moyen de protection ». Ce phénomène s'observe dans un grand nombre de produits alimentaires courants. La présence d'une quantité même infime de dioxine inquiète tout le monde, mais M. Ames a découvert que « le broccoli contient à l'état naturel un composé semblable à la dioxine en quantité nettement supérieure à celle à laquelle l'homme serait exposé en cas de contamination de l'environnement par la dioxine ». Et il s'empresse d'ajouter que ces composés carcinogènes présents naturellement dans certains produits alimentaires posent un risque négligeable pour la santé.
Lorsque des rumeurs alarmistes ont commencé à circuler au sujet de l'emploi de l'Alar (substance utilisée pour renforcer la queue des pommes et éviter ainsi que les fruits ne tombent prématurément), des mères paniquées ont téléphoné à l'EPA pour demander s'il était dangereux de vider leurs bouteilles de jus de pomme dans l'évier. Or les résidus d'Alar ne faisaient pas courir le moindre danger à leurs enfants. Comme l'a noté M. Joseph Rosen, professeur à l'université Rutgers, l'Alar n'a pas été identifié « comme l'agent d'un seul cas de cancer chez l'enfant ». En fait, selon le docteur Sanford Miller, doyen de l'Ecole supérieure des sciences biomédicales qui relève de l'université du Texas, « le risque que courent les consommateurs à cause des résidus d'insecticides est nul dans la pratique ». C'est ce qu'il expliquait au regretté chroniqueur Warren Brookes : « Voilà ce qu'ont dit une quinzaine de sociétés scientifiques, représentant plus de cent mille microbiologistes, toxicologues et scientifiques de l'industrie agro-alimentaire, au moment de l'affaire ridicule de l'Alar. Mais on ne nous a pas écoutés. »
Alors que les résidus d'insecticides ne font pas courir de risque sensible à l'homme, les tentatives visant à restreindre l'utilisation de ces produits auront probablement pour effet « d'accroître les risques de cancer, parce qu'elles porteront un coup à la consommation des aliments les plus bénéfiques dans la prévention des cancers », a constaté M. Ames. Les pesticides, notamment les composés utilisés pour lutter contre les insectes, les mauvaises herbes et les champignons, permettent d'accroître la productivité agricole et d'éviter que les produits alimentaires ne deviennent avariés. Bénéfice net, le consommateur a davantage de fruits et de légumes à sa disposition, et à un coût moindre qui plus est. L'efficacité accrue de l'agriculture favorisée par l'emploi d'insecticides permet en outre aux cultivateurs de produire davantage de plantes alimentaires tout en y consacrant une superficie moindre. Autrement dit, ils ont moins besoin d'abattre des arbres et d'assécher des marécages pour répondre à la demande croissante de produits alimentaires.
5) Les pluies acides détruisent nos forêts
Les tortues Ninja disent à nos enfants que les pluies acides polluent les rivières et qu'elles tuent les poissons et les arbres. Selon encore un des « cinquante trucs pour sauver la planète », « les pluies acides sont extrêmement nocives pour les plantes, les rivières et les lacs (...) Dans certains endroits, elles détruisent les forêts. Et elles polluent l'eau dont les animaux et l'homme ont besoin pour boire. » La bibliographie de l'EPA sur le matériel pédagogique (de la maternelle à la terminale) concernant l'environnement cite la Fondation pour l'étude des pluies acides comme source d'information. Au nombre des activités suggérées figurent des expériences sur les pluies acides pour les enfants de la huitième à la quatrième et un programme scolaire pour les enfants de la sixième à la terminale, et ces accusations reviennent comme un leitmotiv dans chacune de ces activités.
On les retrouve aussi ailleurs. Par exemple, la bande dessinée pour enfants « Water In Your Hands » (De l'eau dans tes mains), publiée par une société pour la conservation des sols et de l'eau et distribuée par le gouvernement fédéral, affirme ceci : « Les précipitations acides peuvent faire du mal aux plantes qui poussent dans la terre ainsi qu'aux plantes et aux animaux qui vivent dans des ruisseaux et des lacs à des milliers de kilomètres de la source de pollution. On trouve déjà beaucoup de lacs dans lesquels la vie est extrêmement limitée à cause de l'acidité de l'eau. » La solution proposée, c'est que les gens consomment moins d'énergie. Il faudrait conduire moins et utiliser moins d'électricité. « Moins on consomme, moins les centrales qui marchent au charbon auront besoin de produire. Cela pourrait réduire les précipitations acides. »
Les programmes scolaires disent, à juste titre, que beaucoup d'arbres sont en train de dépérir dans l'est des États-Unis, que les lacs et les ruisseaux du Nord-Est ont moins de poissons, et notamment de truites, qu'au début du siècle et que l'emploi de combustibles fossiles peut rendre la pluie plus acide. Mais le Programme d'évaluation nationale des précipitations acides (NAPAP) mis en chantier à la demande du Congrès, lequel y a alloué sept cents millions de dollars, a abouti à la conclusion selon laquelle les pluies acides n'étaient pas une cause importante des problèmes observés dans les forêts et cours d'eau de l'est du pays.
Au contraire, l'azote contenue dans les pluies acides exerce un effet favorable sur une bonne partie des forêts de cette région, parce que c'est un élément nutritif nécessaire. On s'est aussi rendu compte que la plupart des lacs du Nord-Est qui sont acides le sont depuis pratiquement la nuit des temps. Les poissons s'y sont installés temporairement quand les opérations de défrichage des forêts pour les besoins de l'agriculture et de la fabrication de la pâte à papier ont rendu les cours d'eau plus alcalins ; mais ces cours d'eau ont retrouvé leur acidité naturelle lorsque les exploitations agricoles et les laiteries ont cessé d'être rentables et que les forêts se sont reconstituées. Le programme NAPAP a déterminé qu'on ne pouvait guère attribuer de dégâts aux pluies acides aux États-Unis, si ce n'est dans un petit nombre d'endroits à des altitudes très élevées et sur une petite superficie. (Les effets mineurs des pluies acides sur le continent américain, et l'histoire de l'acidité des lacs aux États-Unis, sont expliqués par un pédologue, M. Edward Krug, dans un article paru dans le numéro du printemps 1990 de la revue Policy Review, sous le titre « Fish Story »).
6) Nous consommons trop
L'année dernière, le New York Times a publié un article sur « le dernier-né des cauchemars parentaux » : il s'agit des enfants, obnubilés par l'environnement, qui n'arrêtent pas de dire à leurs parents qu'ils doivent consommer moins d'énergie, parce qu'un jour on n'en aura peut-être plus. Cette pression vient en partie des manuels utilisés à l'école, et notamment des livrets de l'EPA sur la conservation de l'eau au message éloquent : « Nous devons faire des économies d'eau ! On appelle cela "conserver" de l'eau : ne pas en gaspiller pour en avoir suffisamment à l'avenir ! » L'émission de télévision qui s'est inspirée du livre sur les « cinquante trucs » recommande aux enfants « de baisser le thermostat et de mettre un pull-over », parce que c'est faire une utilisation plus rationnelle des ressources. La Fédération nationale de la faune et de la flore sauvages n'a pas hésité à faire appel à Kermit la Grenouille et à Miss Piggy, deux Muppets bien connus, pour diffuser ce même message dans le cadre d'une annonce de service public.
On apprend aux enfants à surveiller les activités de leurs parents qui sont « sources de gaspillage ». Une mère confiait au Philadelphia Inquirer à propos de sa fillette de huit ans, écologiste convaincue : « Elle me harcèle, cette enfant. Si je laisse l'eau couler pendant que je me lave les dents, elle me crie dessus. Elle me dit de fermer ce robinet et que je gaspille de l'eau. » Fait paradoxal, certaines associations qui s'intéressent à la santé publique recommandent au contraire de laisser couler l'eau pendant une bonne minute avant d'en consommer à cause des risques de contamination par le plomb ou de la présence éventuelle de sédiments qui pourraient être toxiques.
Malheureusement, toutes ces activités d'espionnage centrées sur la consommation d'eau reflètent une vue simpliste des ressources naturelles. Les États-Unis ne vont pas « manquer d'eau », encore que l'eau puisse être mal répartie. Dans la plupart des cas, les pénuries d'eau survenues aux États-Unis ont été le résultat d'une intervention politique ; les difficultés auxquelles se heurte la Californie peuvent ainsi être attribuées au prix artificiellement bas de l'eau utilisée dans l'agriculture. En ce qui concerne l'énergie, le prix du pétrole et du gaz naturel n'a jamais été aussi bas depuis des dizaines d'années, ce qui montre clairement que les réserves de combustibles fossiles sont abondantes. Plus une ressource devient rare, plus son prix augmente. Or le prix de la vaste majorité des ressources non renouvelables, de l'aluminium au zinc, a baissé par rapport à ce qu'il était il y a un siècle.
Même en admettant qu'une ressource donnée devienne rare, ce ne serait pas le bout du monde. Son prix augmenterait, et par le jeu des lois de l'économie on apprendrait à l'utiliser plus efficacement et à mettre au point des solutions de remplacement. On comprend ainsi que quatre-vingts pour cent des améliorations apportées dans le domaine du rendement énergétique aux États-Unis entre 1973 et 1988 aient découlé de la hausse des prix de l'énergie. La crainte d'une pénurie imminente de charbon en Angleterre a encouragé non seulement la mise au point de techniques visant à améliorer le rendement énergétique, mais aussi la substitution progressive du charbon par le pétrole. De même, quand le prix de l'huile de baleine a monté en flèche parce que ce produit se faisait rare, des individus ayant l'esprit d'entreprise ont eu l'idée de raffiner le pétrole pour l'utiliser comme ersatz, notamment dans l'éclairage.
En ce qui concerne l'énergie, il faut viser non pas à la « conservation » toute bête, c'est-à-dire au fait d'utiliser moins, mais à « l'efficacité », c'est-à-dire au fait d'utiliser moins pour réaliser plus. Sans quoi, réduire la consommation d'énergie reviendrait à sacrifier la mobilité de l'individu, son autonomie, son niveau de vie. Tout effort sérieux de réduction de la consommation personnelle nécessiterait l'abandon de diverses activités humaines, du transport des personnes et des ressources au chauffage, à l'éclairage et à la préparation des aliments. Il est vrai qu'on consomme du carburant quand on va à l'école ou au bureau en voiture, mais cela permet souvent de gagner du temps, qui peut être consacré à d'autres activités importantes. Presque toutes les actions visant à l'amélioration du rendement énergétique reposent sur l'acceptation de dépenses d'investissement aujourd'hui en perspective d'éventuelles économies d'énergie demain. Cette logique sous-tend immanquablement toutes les tentatives sérieuses qui sont faites pour réduire la consommation d'énergie, et il faut toujours en tenir compte. Pourtant, elle est rarement discutée en classe.
7) La planète est trop peuplée
Plus la population augmente, plus les répercussions de l'activité humaine se feront sentir sur l'environnement naturel. Plus les habitants de la planète sont nombreux, plus il y a de gens qui se livrent à des activités destinées à façonner le monde qui les entoure. Dès lors, apprend-on aux enfants, la Terre doit s'attendre à des conséquences désastreuses pour l'écologie, allant de l'épuisement des ressources à la famine et à l'extinction. Les bulletins de l'EPA intitulés « Earth Notes », destinés aux enseignants de la maternelle à la sixième, et d'autre matériel pédagogique au titre évocateur, tel « Au nom de la Terre » ou « Le défi démographique », montrent bien que le thème de la croissance démographique est indissociable des programmes scolaires sur l'environnement.
Un guide pédagogique, distribué pour renforcer une émission télévisée sur les moyens de sauver la planète, contient une feuille de travail qui est censée montrer aux lycéens leur objectif primordial, à savoir « protéger l'environnement par le biais de la maîtrise de la croissance démographique ». Un manuel du secondaire publié par Addison-Wesley va jusqu'à parler des mesures démographiques « novatrices » appliquées en République populaire de Chine, pays connu pour ses avortements forcés et pour ses lois draconiennes portant limitation du nombre d'enfants par foyer.
Certains messages éducatifs sont encore plus explicites quant à la nécessité de limiter les naissances. Les auteurs du livre « This Planet Is Mine » incitent les enseignants à apprendre aux enfants que la croissance démographique provoquera de graves problèmes écologiques « si la pratique de la contraception ne gagne pas du terrain ». Ils encouragent les éducateurs à « parler avec les enfants de ce qui arriverait à la planète si tous les habitants du monde fondaient des familles nombreuses génération après génération ». Le fameux « Capitaine Planète » et ses compagnons, les « Planétaires », font une recommandation du même ordre aux enfants : « Quand vous serez en âge de fonder une famille, faites-la petite. Plus il y a d'enfants, plus les pressions sur la planète s'intensifient. » Ce message démographique est bien résumé dans un « message vert » paru dans une bande dessinée mettant en jeu les tortues Ninja : « La population mondiale augmente de 95 millions d'habitants par an ; les États-Unis, de trois millions. Ce qu'on peut faire, c'est avoir moins d'enfants et penser à adopter. » L'émission télévisée diffusée sous le titre « Un enfant, une voix » affirme que la croissance démographique est responsable de l'avancée du désert du Sahara en Afrique, alors que la revue Science fait observer que le désert recule depuis quelques années, et que ce sont les conditions climatiques, plus que la pression démographique, qui ont été à l'origine de sa progression.
Si la croissance démographique représente une telle menace, comment expliquer la concomitance du relèvement du niveau de vie dans le monde entier et de l'augmentation de la population mondiale ? Même au tiers monde, la production agricole progresse normalement plus vite que la croissance démographique. S'il est vrai que l'expansion constante de la population finira par épuiser les ressources alimentaires mondiales, pourquoi la plus grande partie du monde voit-elle sa productivité agricole augmenter bien plus vite que la population ? La famine continue certes de sévir dans certaines régions, mais la plupart du temps il s'agit de régions en proie à la guerre civile et à des actes de violence qui perturbent la distribution des vivres. Il ne faut pas s'étonner que les pays au régime totalitaire connaissent des pénuries alimentaires, comme on l'a vu récemment en Ethiopie où le gouvernement vient d'être renversé. Mais ces pénuries tiennent plus à des problèmes politiques qu'à l'insuffisance des réserves mondiales de nourriture.
En outre, on apprend rarement aux enfants que le rythme de croissance démographique se ralentit, et que les ressources sont utilisées plus efficacement, avec moins de répercussions sur l'environnement, à mesure que les sociétés deviennent plus prospères.
8) La qualité de l'air se détériore
La documentation scolaire sur la pollution aérienne serine régulièrement que « les problèmes sont là » et qu'ils s'aggravent « à un rythme alarmant » (« This Planet Is Mine »). Les auteurs des « cinquante trucs simples » ne veulent pas en être de reste : « Aujourd'hui, l'air est tellement pollué dans certains endroits qu'il n'est pas bon pour la santé ! », alors qu'il y a « environ cent cinquante ans, il était pur et propre ». Cette idée est également exprimée dans un film de la série Charlie Brown produit par l'American Lung Association avec une subvention de l'EPA. Dans ce film, l'air est tellement pollué que Lucy ne peut même pas voir la balle de base-ball qui a été lancée dans l'air à cause de la présence d'une épaisse nappe de brouillard d'origine industrielle.
Les programmes scolaires rechignent à admettre que la qualité de l'air est en fait en train de s'améliorer, à en juger d'après la plupart des mesures enregistrées. Selon les données de l'EPA, les niveaux de l'ozone au sol, ce polluant qu'on appelle le « smog », affichent un recul notable dans la plupart des zones urbaines. Même dans les endroits où le taux d'ozone ne diminue pas, il n'y a pas beaucoup de preuves que les niveaux modérés observés dans la plupart des villes soient à l'origine d'effets à long terme sur la santé.
Le « petit canari » du service de lutte contre la pollution aérienne en Virginie a du mal à voler à cause de « la saleté répugnante » créée par l'intensification de l'activité industrielle et commerciale. Pourtant, après la première phase de l'industrialisation, la croissance économique aboutit normalement à la diminution des particules aériennes, la forme de pollution de l'air la plus néfaste pour la santé. La concentration de particules dans l'atmosphère à Téhéran et à Calcutta, pour prendre ces deux exemples-là, est presque dix fois plus forte qu'elle ne l'est à New-York. Comme l'a noté M. Paul Portney, vice-président de Resources for the Future, « il est important de se rappeler que les villes des États-Unis considérées comme relativement polluées d'après nos normes passeraient pour propres dans d'autres régions du monde ». Cette réflexion est particulièrement juste lorsqu'on fait une comparaison avec les villes de l'ancienne Union soviétique.
On conditionne les enfants à prendre la voiture en grippe, mais on ne leur dit pas que les voitures ne sont pas toutes aussi polluantes, ni que dans la plupart des cas les émissions individuelles des véhicules contribuent de façon négligeable à la pollution. La pollution aérienne provient principalement de la combustion incomplète des carburants. Grâce aux améliorations techniques survenues au fil du temps, les voitures sont devenues plus efficaces et, partant, elles polluent moins. Beaucoup de gens attribuent ces gains aux lois fédérales, mais les émissions des véhicules ont commencé à baisser bien avant l'adoption de la première loi nationale sur la salubrité de l'air.
L'environnement lui-même est une autre source de pollution aérienne qui est souvent négligée. La pollution aérienne a beau être presque toujours attribuée à l'activité humaine, il n'en reste pas moins vrai qu'elle est d'origine naturelle pour une bonne part dans certaines régions. Il est des endroits où l'émission de méthane et d'autres composés organiques volatiles - l'un des principaux composants de la formation du « smog » - provenant des plantes et des animaux est particulièrement prononcée. En outre, de par leur topographie, certains lieux sont de véritables pièges à pollution aérienne naturelle. C'est pour cela que les villes situées dans des vallées ou des dépressions, comme Los Angeles, sont souvent plus affectées par la pollution que ne le sont d'autres régions dans lesquelles les émissions pourraient être en fait plus importantes.
9) Nous allons tous succomber au réchauffement de la planète
La menace du réchauffement de la planète figure aujourd'hui en tête de liste des sujets de préoccupation liés à l'environnement. La teneur accrue de l'air en gaz carbonique, en méthane et dans d'autres gaz à effet de serre provoquerait un changement irréversible du climat de la Terre en relevant les températures mondiales de plusieurs degrés. On ne s'étonnera donc pas de savoir que ce sujet est discuté en long, en large et en travers dans les salles de classe. Un bulletin distribué aux éducateurs par la société Scholastic et consacré au « défi du CO2 » affirme que « le monde est aujourd'hui plus chaud qu'à toute autre époque depuis qu'on consigne les températures », mais omet de préciser que cela fait à peine cent ans qu'on sait faire correctement ces mesures.
Le livre « The Greenhouse Effect: Life on a Warmer Planet » (L'effet de serre : la vie sur une planète plus chaude), manuel destiné aux enfants à partir de la septième et dont le School Library Journal vante « le caractère particulièrement méritoire pour son traitement calme et pondéré d'une question d'actualité », s'adresse en ces termes aux enfants :
« On ne peut pas penser sans effroi à l'épuisement des réserves alimentaires mondiales ou à l'engloutissement d'îles entières sous les mers dont le niveau monte. Pourtant, c'est l'avenir que prédisent les scientifiques pour notre monde au siècle prochain si les gaz à effet de serre continuent de s'accumuler dans l'atmosphère. »
Après la première diffusion d'une émission intitulée « Après le réchauffement », la Maryland Public Television, qui en avait assuré la réalisation, a rédigé un manuel pédagogique à partir de cette émission censée retracer « la genèse » de la dégradation de l'environnement jusqu'à l'an 2050, comme si elle relatait des faits, alors qu'elle se fondait sur des hypothèses tirées par les cheveux et se perdait en conjectures abracadabrantes. Selon l'émission « Un enfant, une voix », l'effet de serre ferait augmenter la température de cinq à six degrés. Le musée d'Histoire naturelle, en association avec la Fondation nationale de l'avancement des sciences et le Fonds de défense de l'environnement, donne un battage publicitaire à une série d'activités et de programmes éducatifs qui s'inspirent de son exposition organisée sur le thème suivant : « Le réchauffement planétaire : Comprendre les prévisions. » Les livres qui se veulent instructifs, comme celui des « cinquante trucs », font croire aux enfants qu'à cause de l'effet de serre « les régions où il fait bon deviendraient trop chaudes pour être habitables, et (...) celles où poussent la plupart des plantes alimentaires deviendraient trop chaudes pour les cultures ». Bref, le réchauffement de la planète est dépeint dans les salles de classe comme une menace pour l'ensemble de la civilisation humaine.
Ces arguments sont avancés dans les écoles comme s'ils avaient la véracité des faits scientifiques, alors qu'à la vérité, à en juger d'après les divers sondages effectués auprès des climatologues, les changements que le climat fera subir à la Terre au cours du siècle à venir sont loin de faire l'objet d'un consensus, et on peut en dire autant de la relation entre l'activité humaine et ces changements. On se chicane encore davantage sur la question de savoir si les États-Unis doivent entreprendre une action de toute urgence. En fait, un sondage réalisé auprès de climatologues par l'association Greenpeace a révélé que le nombre de scientifiques convaincus de la nécessité d'agir sans perdre de temps pour contrer l'effet de serre (45 pour cent) était inférieur à ceux qui pensaient le contraire (47 pour cent).
Même s'il est vrai que la planète est en train de se réchauffer, le relèvement des températures pourrait avoir un effet favorable. Beaucoup de travaux de recherche ont démontré que les plantes pousseraient très bien dans une atmosphère plus riche en gaz carbonique et qu'un climat légèrement plus chaud ferait de notre planète un lieu plus sain. Comme le gaz carbonique sert d'engrais à la plupart des plantes, font remarquer les agronomes, sa concentration accrue dans l'atmosphère entraînera le relèvement de la productivité agricole. De surcroît, la plupart des augmentations de température enregistrées ces dernières années se sont produites pendant la nuit, d'où des écarts moindres de température entre le jour et la nuit et, partant, moins de gelées blanches aux conséquences néfastes pour l'agriculture.
Toute tentative sérieuse visant à enrayer la prétendue menace du réchauffement par le biais de la réduction massive des émissions de gaz à effet de serre aurait des conséquences foudroyantes pour l'économie. Selon une étude récente du ministère de l'Energie, la réduction des émissions de gaz carbonique de vingt pour cent seulement par rapport au niveau de 1990 coûterait jusqu'à quatre-vingt-quinze milliards de dollars par an, et les réductions de cet ordre ne représentent que le premier pas pour un grand nombre d'écologistes. Quand on affecte des crédits massifs à la lutte contre le réchauffement, on a moins de ressources à consacrer à d'autres secteurs de l'économie, de la nutrition à l'enseignement et des soins de santé au logement. M. Richard Stroup, du Centre de recherche sur l'économie politique, expliquait précisément ce point de vue à la Commission économique conjointe du Congrès, qui l'avait invité à faire une déposition : « Si ��'assurance?contre un risque particulier, disons la menace du réchauffement de la planète, s'achète au détriment de la croissance économique, alors le recul de l'assurance automatique que représentent la richesse, et la solidité du tissu social qu'elle engendre, sera l'un des coûts que devront assumer les générations futures. » Ces coûts de la prévention sont rarement pris en compte lors des discussions dans les salles de classe qui prônent la prise d'une action décisive.
Au contraire, on exhorte les enfants à faire pression sur les dirigeants politiques. On les a notamment invités à écrire au président Bush pour lui demander d'assister au sommet « planète Terre » qui a eu lieu à Rio-de-Janeiro sous les auspices des Nations unies et durant lequel les changements climatiques ont figuré en tête de liste de l'ordre du jour. La série d'émissions diffusées sous le nom de « Save the Earth », et au cours de laquelle le célèbre « Capitaine Planète » et ses « Planétaires » sont passés à l'action pour convaincre les jeunes téléspectateurs de l'importance de se rendre à Rio, s'inscrivait dans le droit fil d'une tentative de mobilisation des jeunes esprits influençables pour cette cause politiquement populaire, à grand renfort d'émissions pour enfants et de matériel éducatif.
10) La couche d'ozone est en voie de disparition, et nous aussi
L'autre danger qui menace la planète et empêche les petits enfants de dormir la nuit, c'est la peur que l'activité humaine ne soit à l'origine de la destruction de la couche d'ozone et que, du coup, le rayonnement solaire prenne des proportions dangereuses pour l'homme, et tant qu'à faire pour toutes les espèces de la flore et de la faune. Les tortues Ninja ont une explication pour les enfants : « La couche d'ozone nous protège contre les rayons dangereux du soleil (...), mais la couche d'ozone s'amenuise au fil des ans. » Selon les auteurs de « This Planet is Mine », l'amincissement de la ceinture d'ozone aura des répercussions nocives sur l'ADN et il provoquera des malformations congénitales. En outre, « les rayons ultra-violets contribuent à l'augmentation spectaculaire des cancers de la peau et des cataractes (...) et ils affaiblissent la réponse immunitaire de l'organisme, ce qui rend l'homme moins capable de résister à la maladie ». À la tribune du Sénat, M. Albert Gore déclarait récemment : « Nous devons dire aux enfants qu'ils doivent redéfinir leur relation vis-à-vis du ciel et qu'ils doivent commencer à considérer celui-ci comme une composante menaçante de leur environnement. »
Mais on informe rarement les enfants du fait que la fluctuation de la quantité de l'ozone est un phénomène naturel qui suit un cycle saisonnier sous l'influence du soleil. Les chlorofluorocarbures (CFC) sont mis au banc des accusés, alors qu'on ferme les yeux sur les substances d'origine naturelle qui contribuent, elles aussi, à l'amenuisement de l'ozone (celles qui proviennent des océans et des volcans, par exemple). Bien que les molécules de chlore aient leur rôle à jouer dans la disparition de l'ozone, M. Linwood Callis, de la division des sciences atmosphériques de l'Administration nationale de l'aéronautique et de l'espace (NASA), attribue aux effets naturels liés à la variabilité solaire « soixante-treize pour cent de la diminution de la couche d'ozone observée entre 1979 et 1985 ». Incontestablement, cette opinion ne fait pas l'unanimité parmi la communauté scientifique, mais il n'empêche qu'on ne raconte aux enfants qu'une petite partie d'une histoire très complexe... et qui est loin de justifier la crainte d'une apocalypse imminente.
Contrairement à ce qu'on leur dit, l'amenuisement marginal de la couche d'ozone qui pourrait être le fait des CFC n'entraînerait qu'une augmentation marginale des rayonnements ultra-violets B. Par exemple, si la couche d'ozone au-dessus de la ville de Washington diminuait demain de dix pour cent (estimation de la disparition maximale potentielle de l'ozone couramment retenue), ces rayons augmenteraient au point de gagner à peu près le niveau de ceux qui atteignent actuellement la ville de Richmond, en Virginie, à près de cent soixante kilomètres au sud de Washington. En fait, les rayonnements ultra-violets B augmentent rapidement plus on s'approche de l'équateur ou qu'on s'élève au-dessus du niveau de la mer. Ainsi un habitant de Denver est-il nettement plus exposé au rayonnement ultra-violet B qu'un habitant de Minneapolis, mais c'est une raison qu'on n'invoque jamais pour dissuader les gens de s'établir dans cette ville à haute altitude. Il faut ajouter que certains signes donnent à penser que l'atmosphère était peut-être plus riche en ozone dans les années 1980 que dans les années 1950.
Enfin, le matériel pédagogique fait l'impasse sur les avantages importants pour l'homme qui ont découlé de l'utilisation des CFC. Par exemple, des millions de vies ont pu être sauvées grâce à ces produits chimiques qui permettent de réfrigérer, et donc de conserver, les produits alimentaires et pharmaceutiques dans le monde entier et à faible coût. Il en va de la chasse aux CFC comme de bien d'autres croisades écologiques : même si elle se justifie théoriquement, elle implique des compromis qu'il faudrait aussi enseigner aux enfants.
Un « vert » plus nuancé s'impose
La science de l'environnement restera probablement une matière importante dans les programmes scolaires des années à venir, mais cela ne veut pas dire pour autant que les petits Américains sont condamnés aux demi-vérités et aux plaidoyers politiques. Ils peuvent, et ils doivent, apprendre des faits, et non pas des conjectures, et il faut leur présenter tout le tableau, y compris la façon dont les craintes pour l'environnement s'insèrent dans un contexte écologique et économique plus large. Au lieu de les inciter à faire pression sur les dirigeants politiques, il faut les encourager à trouver des solutions par eux-mêmes une fois que tous les faits leur ont été présentés. Si la consommation d'eau pose problème, il faut enseigner le cycle hydrologique à l'enfant ; si ce sont les déchets solides qui sont préoccupants, il faut lui apprendre d'où vient le papier et ce qui lui arrive quand on en n'a plus besoin. À ce moment-là, il serait peut-être utile que les écoliers émettent des hypothèses quant aux mesures susceptibles d'être prises par des organismes publics ou des groupes privés face à tel ou tel problème. Mais les enseignants n'ont pas à demander à leurs élèves de signer des pétitions, de souscrire à des programmes politiques ou d'écrire au président.
Les enfants doivent comprendre que les activités modernes n'ont pas que des côtés « négatifs » et que les tentatives visant à atténuer les répercussions sur l'environnement ne sont pas toutes exclusivement « positives ». Il faut leur dire que des compromis sont toujours implicites. Le recyclage du papier peut freiner l'abattage des arbres (il ne faut quand même pas oublier que ce sont des ressources renouvelables), mais il risque d'entraîner une consommation accrue d'eau et d'énergie. L'interdiction des CFC pourrait théoriquement affecter la quantité de l'ozone dans la stratosphère, mais elle réduirait les possibilités de réfrigération des produits alimentaires et pharmaceutiques, dont le tiers monde, par exemple, a grandement besoin.
En outre, les enfants doivent apprendre à aborder les questions liées à l'environnement avec pondération. Si la probabilité d'un bouleversement climatique planétaire, avec son cortège de conséquences, suscite quelque incertitude parmi les scientifiques, il est inacceptable de dire aux enfants que leurs parents sont en train de détruire la planète. La réglementation inspirée par le souci de l'environnement est souvent lourde de conséquences pour les économies régionales et nationales, et pourtant les sociétés les plus riches sont non seulement les plus saines pour la santé, mais aussi les plus susceptibles de se préoccuper du milieu. Voilà une autre considération importante qui mérite d'être notée.
La science de l'environnement est une discipline dont l'intégration aux programmes scolaires peut se révéler utile, mais uniquement si elle est enseignée consciencieusement, sérieusement et à l'abri de toute idéologie. Après tout, la mission de l'école est d'enseigner, et non pas de se livrer à l'endoctrinement politique. Si les éducateurs abordent ces questions avec pondération, nos enfants ne seront peut-être pas « politiquement corrects », mais ils seront au moins des « écolos-fûtés ».
Analyste spécialisé en écologie au Competitive Enterprise Institute de Washington, M. Jonathan Adler a apporté son concours à la rédaction de l'ouvrage publié par Praeger sous le titre « Environmental Politics: Public Costs, Private Rewards » (La politique de l'environnement : coûts publics, récompenses privées).