
Au cours des douze dernières années, les participants à un programme américain d'aide à l'étranger, modeste mais efficace, se sont employés à renforcer les forces nationales de sécurité à travers le monde.
Un programme américain relativement modeste qui assure la formation et l'équipement de forces de sécurité à l'étranger en matière de lutte antiterroriste contribue notablement au renforcement des relations entre les États-Unis et les pays concernés, et à la protection des diplomates à l'étranger.
Dans le cadre du « Programme d'aide antiterroriste » (ATA), le département d'État fournit cette aide aux gouvernements de pays amis en butte à de nombreuses attaques terroristes. Depuis son entrée en vigueur, en 1983, il a assuré la formation de plus de dix-huit mille personnes de quelque quatre-vingts pays. Cette formation va de la détection et du désamorçage d'explosifs aux négociations en vue de la libération d'otages, à la protection des dignitaires, aux enquêtes sur les lieux d'un crime et à la sécurité des aéroports.
Quoique modeste, ce programme est en expansion. « Son budget a régulièrement augmenté au cours des trois dernières années. Il était d'environ deux millions de dollars il y a quatorze ans. Le Congrès le soutient très fortement et nos ressources s'accroissent, même en cette période de déficit », a indiqué le directeur de l'ATA, M. Burley Fuselier, lors d'une interview. Le budget prévu pour 1998 est de dix-neuf millions de dollars.
D'autres organismes fédéraux, notamment les ministères de la défense, de la justice, des transports, des finances et l'Agence centrale du renseignement (CIA), fournissent également de l'aide en matière de formation contre le terrorisme.
Ces programmes sont nécessaires, a expliqué M. Fuselier, car le terrorisme international peut frapper n'importe où. De nombreux groupes terroristes ont prouvé qu'ils pouvaient étendre leur action à des parties reculées du monde. Au début de 1995, par exemple, des terroristes du Proche-Orient, dont ceux qui avaient participé à l'attentat contre le World Trade Center à New-York en 1994, ont comploté, à Manille, de faire sauter des avions de lignes commerciales américaines en Asie.
« Alors que le terrorisme d'origine gouvernementale a diminué, le nombre de petits groupes terroristes indépendants est, au contraire, en augmentation. Ces derniers ne sont peut-être pas aussi importants ou aussi bien financés que ne l'étaient les groupes soutenus par les gouvernements, mais ils sont tout aussi dangereux et meurtriers. La formation à la lutte antiterroriste est donc très importante pour mener, à l'échelle mondiale, une campagne commune en vue de l'élimination de ces groupes », a dit M. Fuselier.
Le programme ATA a principalement pour but d'aider la communauté internationale à lutter contre le terrorisme, mais il aide aussi à protéger la vie et les biens des Américains à l'étranger en améliorant l'efficacité des forces de sécurité des pays dans lesquels ceux-ci se trouvent.
En fait, l'un des principaux avantages du programme est de renforcer les relations de travail et la coordination avec les autres pays. De tels liens sont inestimables quand des menaces terroristes précises ou des incidents violents exigent une coopération étroite entre les États-Unis et les autorités d'autres pays.
« Le niveau de soutien accordé à nos missions diplomatiques à l'étranger à la suite de cette formation prouve l'importance de ce programme. En Amérique latine, par exemple, où de nombreuses menaces paraissaient dirigées contre nos missions, nous avons reçu, sur un simple coup de téléphone, un appui important que nous n'aurions pas obtenu précédemment », a expliqué M. Fuselier.
Les pays qui bénéficient de l'aide de l'ATA sont choisis par le Bureau du coordinateur de la lutte contre le terrorisme qui est attaché au département d'État. Cette aide est prioritaire pour les pays amis qui doivent faire face à des menaces réelles ou potentielles auxquelles ils ne pourraient riposter munis de leurs seules ressources. Les pays dans lesquels la présence américaine est importante et ceux qui sont les dernières escales des avions commerciaux à destination des États-Unis reçoivent aussi la priorité.
Le Pérou, la Turquie, l'Argentine et le Chili ont reçu une importante aide de l'ATA durant 1995 en raison de la reprise et de la persistance des activités terroristes dans ces pays. De même, les pays qui jouent un rôle important dans le processus de paix au Proche-Orient, comme l'Egypte, la Jordanie et Israël, et qui sont le théâtre de nombreuses activités terroristes, continuent à figurer parmi les principaux bénéficiaires des cours de formation de l'ATA.
La Russie et l'Ukraine ont reçu une aide importante en matière de gestion de la sécurité des aéroports dans le cadre de la démocratisation de leurs services de sécurité et de maintien de l'ordre.
Le département d'État passe en revue le dossier des droits de l'homme d'un pays avant d'accepter de lui fournir une assistance au titre de l'ATA. Et cette aide peut être suspendue si le comportement du pays dans ce domaine cesse de correspondre à des normes acceptables.
Une fois qu'un pays a été choisi, un petit groupe d'experts du département d'État s'y rend pour évaluer sa capacité à assurer la sécurité de ses frontières et la protection de son infrastructure, ainsi que celle de ses dirigeants et du corps diplomatique. Le Bureau de la sécurité diplomatique du département d'État établit alors à son intention un programme de formation basé sur cette évaluation.
Selon M. Fuselier, la formation se concentre sur les capacités antiterroristes de la police, des forces de l'ordre et des spécialistes de la sécurité. Tous les participants doivent être employés dans le domaine de la sûreté publique. La formation du personnel militaire est interdite.
« Toutefois, si un militaire est détaché auprès d'un organisme civil de police pendant une période prolongée, ce qui est souvent le cas dans les pays d'Europe de l'Est ou d'Amérique latine, il est autorisé à recevoir une formation », a-t-il précisé.
Dans la plupart des cas, la formation est assurée à plusieurs endroits des États-Unis par les autorités fédérales, par celles des États, par les autorités locales ou par des agents contractuels. Cependant, dans le but d'atteindre davantage de gens et de réduire les coûts, les ateliers de formation ont de plus en plus fréquemment lieu à l'étranger. Presque tous les types de formation, en ce qui concerne notamment la sécurité des aéroports et des installations maritimes, la gestion des crises, le contrôle des documents, les négociations lors de prises d'otages, les enquêtes sur les lieux d'un crime et la protection des dignitaires, peuvent maintenant être assurés dans les pays intéressés, a indiqué M. Fuselier.
« Nous envoyons également des spécialistes du Bureau fédéral d'enquêtes (FBI) ou du Bureau chargé des questions ayant trait à l'alcool, au tabac et aux armes à feu dans un pays donné pendant deux ou trois semaines pour des consultations sur un problème particulier. Nous envoyons même des professeurs dans les écoles de police de ces pays pour les aider à élaborer certains cours », a-t-il précisé.
Récemment, des directeurs des écoles de police de dix-sept pays d'Amérique latine ont fait un stage au Centre fédéral de formation de la police situé en Georgie pour apprendre la façon de mettre sur pied un dispositif de formation à la lutte contre le terrorisme destiné aux Latino-Américains se spécialisant dans ce domaine.
M. Fuselier a déclaré que toute formation devait être compatible avec les valeurs démocratiques et les droits de l'homme.
« Dans chaque cours, nous passons en revue les accords internationaux sur les droits de l'homme et la façon dont ils s'appliquent à l'utilisation de la force dans la lutte contre le terrorisme. Les droits de l'homme peuvent entrer en jeu lors de l'interrogatoire d'une personne soupçonnée de terrorisme ou s'il est nécessaire d'éliminer des privilèges civils en période de crise », a-t-il expliqué.
L'ATA peut affecter jusqu'à 30% de son budget annuel à la fourniture aux pays participants d'équipement et de fournitures liés à la formation antiterroriste. Durant l'exercice 1995, il a consacré plus d'un million de dollars à la fourniture de détecteurs d'explosifs ou de métal, de chiens pour la détection des explosifs, de trousses de matériel permettant d'enquêter sur les lieux d'un crime et de téléphones portatifs pour les négociations lors de prises d'otages.
Le principal objectif du programme ATA, a dit M. Fuselier, c'est de préparer les pays à faire face eux-mêmes au terrorisme international.
« Le but ultime de tout programme d'aide à l'étranger est de devenir caduc. Nous sommes censés les aider à résoudre un problème, à rendre le bénéficiaire de l'aide autonome et ensuite aller fournir cette aide ailleurs », a-t-il souligné.
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Journaliste de l'USIA, Jim Fuller traite de questions scientifiques et techniques et d'autres dossiers mondiaux.