
En matière de lutte antiterroriste, l'offre de primes vise à prévenir le terrorisme dirigé contre des Américains, mais les États-Unis partagent les informations qu'ils recueillent avec d'autres pays dont les ressortissants sont menacés. Ce programme a permis d'obtenir d'importantes informations concernant la préparation d'actes de terrorisme durant la guerre du Golfe et a facilité la recherche des suspects impliqués dans l'attentat contre le World Trade Center.
Dans le cadre d'un programme spécial établi en 1984 par le Congrès, les États-Unis offrent jusqu'à deux millions de dollars à ceux qui fourniraient des renseignements permettant de prévenir les actes de terrorisme international qui visent les ressortissants ou les biens des États-Unis, ou des informations conduisant à l'arrestation ou à la condamnation des auteurs de tels actes. Les récompenses peuvent atteindre quatre millions de dollars lorsqu'il s'agit d'informations concernant l'aviation civile américaine.
M. Brad Smith, responsable de ce programme qui relève du Service de sécurité diplomatique du département d'État, a déclaré à l'occasion d'une interview accordée à un journaliste de l'USIA que plus de cinq millions de dollars avaient été versés à ce jour à des indicateurs.
Le gouvernement américain maintient confidentielle l'identité des informateurs, qu'il réinstalle parfois, ainsi que leur famille, aux États-Unis ou ailleurs, afin de garantir leur protection.
« L'offre de primes a pour but de combattre les actes de terrorisme visant les Américains, mais les États-Unis partagent les renseignements qu'ils recueillent avec les autres pays dont les ressortissants sont en danger. Il est dans l'intérêt de tous les pays et de tous leurs ressortissants de faire en sorte que les terroristes soient traduits en justice et que des mesures visant à empêcher les actes de terrorisme soient mises en uvre », a expliqué M. Smith.
Selon M. Smith, le département d'État a établi, en 1990, un partenariat avec l'Association des transports aériens d'Amérique et l'Association internationale des pilotes de ligne. Ces deux organisations sont convenues de verser chacune jusqu'à un million de dollars en plus des récompenses payées par le gouvernement américain, pour les renseignements qui permettraient d'empêcher que des actes de terrorisme soient commis contre l'aviation civile des États-Unis ou qui conduiraient à l'arrestation et à la condamnation des auteurs de tels actes.
Des pourparlers ont lieu actuellement en vue d'étendre ce partenariat au secteur privé, ce qui permettrait d'offrir jusqu'à quatre millions de dollars de récompense par cas pour des renseignements concernant la préparation d'actes de terrorisme dans d'autres domaines que l'aviation civile.
Le programme, a précisé M. Smith, a permis de recueillir des informations importantes en rapport avec l'opération « Tempête du désert », l'initiative internationale mise en uvre afin de faire face à l'invasion du Koweït par l'Irak, et avec la recherche de suspects liés à l'attentat du World Trade Center à New-York.
Au début de la guerre du Golfe, un informateur d'un pays d'Asie de l'Est a fourni des informations inquiétantes concernant une série d'attaques terroristes prévues par les services du renseignement irakien. « Les terroristes avaient déjà repéré leurs cibles. Ils s'étaient procurés des armes automatiques, des grenades et des explosifs. La phase de planification était en fait terminée et ils étaient sur le point de passer à l'action », a souligné M. Smith.
Selon l'informateur, l'un des attentats prévus, une attaque à la bombe visant les comptoirs de lignes aériennes dans un grand aéroport, devait être exécuté dans les quarante-huit heures.
« L'informateur a fourni des renseignements essentiels pour contrecarrer les projets d'attaques, et ces informations ont permis aux autorités américaines et à celles des pays concernés de bloquer les terroristes dans leur foulée. Si ces attaques avaient été exécutées, elles auraient causé la mort d'un grand nombre de ressortissants des États-Unis et des pays de la coalition », a-t-il ajouté.
L'informateur et sa famille immédiate ont été réinstallés en lieu sûr aux États-Unis. « La personne qui a fourni les renseignements a sauvé de nombreuses vies et a reçu une somme importante en récompense », a-t-il fait remarquer.
Le 26 février 1993, le terrorisme international a frappé le territoire américain, lorsqu'un camion chargé d'explosifs, garé dans le parking en sous-sol de l'une des tours jumelles de cent dix étages du World Trade Center à New-York, a explosé. « Lors de son arrestation, l'un des terroristes responsables de l'acte a admis que les attaquants cherchaient à provoquer l'effondrement de l'une des tours, sinon des deux, et en fait à tuer des milliers d'innocents », a précisé M. Smith. (L'attentat a fait six morts et un millier de blessés.)
Deux des terroristes présumés, Abdul Rahman Yasin et Ramzi Ahmed Yousef, ont fui les États-Unis après l'attaque.
Après leur mise en accusation, les États-Unis ont lancé une chasse à l'homme internationale massive pour les appréhender. Des affiches offrant jusqu'à deux millions de dollars de récompense pour leur capture et des dépliants en plusieurs langues ont été distribués dans le monde entier. On a même apposé la photo des fugitifs sur des boîtes d'allumettes et placé des annonces sur l'Internet.
Le 8 février 1995, la police pakistanaise et des agents des services de sécurité américains, agissant sur la foi d'informations obtenues grâce à l'offre de primes, ont retrouvé Ramzi Ahmed Yousef au Pakistan et l'ont appréhendé. Il a été extradé aux États-Unis pour répondre de ses actes devant la justice. Abdul Rahman Yasin, lui, se serait réfugié en Irak.
Soulignant le danger que présenterait la détention de matériaux nucléaires par des terroristes, M. Smith a indiqué que le Congrès a étoffé la définition du terrorisme international en autorisant l'octroi de récompenses à ceux qui soumettraient des renseignements concernant tout acte facilitant l'acquisition par un particulier, un groupe, ou un État non doté d'armes nucléaires, de matériaux nucléaires spéciaux non protégés, ou de tout engin explosif nucléaire.
« Nous nous acquitterons énergiquement de nos responsabilités afin d'empêcher tout terroriste de se procurer ou d'utiliser des armes de destruction de masse », a-t-il affirmé.
On trouvera ci-dessous une liste d'actes terroristes pour lesquels les États-Unis recherchent des informations :
- Attaque terroriste, le 25 juin 1996, contre les forces multinationales de maintien de la paix à Dharan (Arabie saoudite) au moyen d'un engin explosif qui a fait dix-neuf morts et des centaines de blessés dans l'immeuble Al-Khobar. Le département d'État offre jusqu'à deux millions de dollars pour des renseignements conduisant à l'arrestation ou à la condamnation des responsables. Le Gouvernement saoudien offre de son côté une récompense de trois millions de dollars.
- Enlèvement du docteur Donald Hutchings, professionnel américain de la santé, le 4 juillet 1995, par des inconnus, dans les régions montagneuses du Cachemire.
- Abdul Rahman Yasin est recherché en rapport avec l'explosion du World Trade Center de New-York. Il s'est probablement réfugié en Irak.
- Mir Aimal Kansi est accusé d'avoir, le 25 janvier 1993, assassiné deux personnes et d'en avoir blessé trois autres au cours d'une attaque au pistolet-mitrailleur sur des voitures arrêtées à un feu rouge à proximité du siège de l'Agence centrale du renseignement des États-Unis (CIA). Il se cacherait au Pakistan, en Afghanistan ou en Iran.
- Le 21 décembre 1988, des terroristes ont causé l'explosion en vol d'un Bing de la Pan American, vol 103, au-dessus de l'Ecosse. Une bombe avait été dissimulée dans les bagages. Tous les passagers (deux cent cinquante-neuf), qui représentaient trente pays, ont péri. Onze personnes ont été tuées au sol par les débris. Lamen Khalifa Fhimah et Abdel Basset Ali Al-Legrahi, tous deux citoyens libyens et officiers des services du renseignement de Libye, sont soupçonnés d'être responsables de cet acte et se cachent actuellement en Libye.
- En avril 1986, l'explosion d'une bombe sur le vol TWA 840 dans l'espace aérien de la Grèce a tué Demetra Stylian Klug, âgée de neuf mois, l'une des plus jeunes victimes du terrorisme. Les auteurs présumés de cet attentat se cacheraient au Liban, en Libye ou en Iran.
- Des terroristes ont détourné le vol TWA 847 en Grèce le 13 juin 1985 et ont frappé à mort un Américain, M. Robert Stethem. Les responsables présumés de cet acte se cacheraient au Liban, en Libye ou en Iran.
- Durant les années 80, plusieurs ressortissants américains (neuf à un moment donné) ont été enlevés et détenus en otages au Liban. Trois d'entre eux ont été assassinés durant leur captivité. Les responsables présumés de ces actes se cacheraient au Liban, en Libye ou en Iran.
Ceux qui, à l'étranger, posséderaient des informations sur ces cas sont priés de se mettre en rapport avec les autorités locales ou avec l'ambassade ou le consulat américains les plus proches. Ils peuvent également communiquer leurs informations par téléphone, courrier postal ou courrier électronique.
Pour plus de détails sur le programme de
récompenses, consulter le site du programme sur le
World Wide Web à :
http://www.heroes.net
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Journaliste de l'USIA, Edmund F. Scherr écrit des articles sur le terrorisme et d'autres dossiers mondiaux.