
Parmi les questions qui affectent directement les populations du monde entier, celle du terrorisme reste l'une des priorités à l'ordre du jour de la politique étrangère des États-Unis.
Le monde d'aujourd'hui est encore un endroit dangereux.
La chute de l'Union soviétique et la fin de la guerre froide n'ont entraîné dans leur sillage ni la « fin de l'Histoire » ni une nouvelle aube de paix et d'harmonie mondiales. En fait, ces transformations n'ont fait que préciser l'existence de graves périls et problèmes mondiaux.
Tout le monde en connaît la liste : conflits ethniques, prolifération des armements, dégradation de l'environnement, croissance insoutenable de la population, internationalisation de la criminalité et terrorisme. Toutes ces questions mondiales affectent directement notre bien-être et notre sécurité. Elles sont, par conséquent, au premier rang des priorités de politique étrangère du gouvernement Clinton.
Il est probable qu'aucune de ces questions ne cause autant
d'anxiété
aux Américains que le terrorisme.
Le terrorisme, que nous définissons comme la violence à motivation politique dirigée contre des non-combattants, est un fléau ancien et, depuis des années, les terroristes s'attaquent aux intérêts américains à l'étranger. Aujourd'hui, la menace apparaît encore plus forte. C'est peut-être parce que le risque d'une guerre classique contre les États-Unis a diminué, mais c'est peut-être aussi parce que nous avons été les victimes, à deux reprises, de graves attaques terroristes, en l'occurrence au « World Trade Center » et à Oklahoma-City. Il y a eu, en outre, les deux attentats à la bombe contre les forces américaines en Arabie saoudite et celui commis lors des Jeux olympiques à Atlanta.
Le terrorisme tue relativement peu de gens par rapport à d'autres formes de violence, et la probabilité statistique que l'un d'entre nous soit tué par des terroristes est minuscule, mais il n'empêche que le terrorisme nous préoccupe vivement, et les gouvernements prennent des mesures extraordinaires pour le combattre. Pourquoi ?
Tout d'abord, plus que toute autre forme de violence, le terrorisme provoque une crainte et une insécurité profondes. Les terroristes s'attaquent à des civils, souvent au hasard, et sans prévenir. Nous pensons pouvoir nous protéger contre d'autres formes de violence, mais nous nous sentons sans défense contre les terroristes.
Les terroristes le savent, et c'est par l'intimidation qu'ils essaient d'imposer leurs programmes politiques ou autres. Tuer n'est qu'un moyen d'atteindre cette fin. En provoquant la peur et la panique, les terroristes essaient d'extorquer des concessions ou d'affaiblir et de discréditer les gouvernements en démontrant qu'ils sont incapables de protéger leurs ressortissants.
Le terrorisme est aussi utilisé comme une guerre stratégique peu coûteuse, quelquefois par des États criminels par le biais de personnes interposées et quelquefois par des groupes motivés par l'idéologie, la religion ou l'affiliation ethnique, afin de renverser les gouvernements et changer le cours de l'histoire.
Les terroristes ont également recours à la violence de façon plus vague pour exprimer leurs protestations et leur rage, pour faire progresser des idées messianiques et religieuses fanatiques, et pour des raisons encore plus obscures.
On pourrait dire que, tout au long de l'histoire, le terrorisme a échoué en tant qu'arme stratégique, mais cela n'est pas rassurant pour autant. Il ne fait aucun doute qu'il a fortement nui aux intérêts américains et à ceux de nos alliés dans le monde. Par exemple, le terrorisme a prolongé le conflit israélo-palestinien et celui d'Irlande du Nord pendant des décennies. On n'a fait de véritables progrès en vue de régler ces conflits que lorsqu'on a renoncé au terrorisme et que l'on a marginalisé ses adeptes.
Le terrorisme a également un coût économique élevé. À lui seul, le gouvernement américain dépense environ cinqmilliards de dollars par an pour se protéger contre le terrorisme interne et externe, et ce coût augmentera probablement. Le terrorisme peut aussi complètement paralyser des économies. Par exemple en Egypte, en s'attaquant à quelques touristes, les terroristes ont pratiquement réduit à néant pendant de nombreux mois l'industrie du tourisme qui estessentielle à l'économie.
La technologie a également ajouté à la menace terroriste. En 1605, le terroriste Guy Fawkes, qui complotait d'assassiner le roi James et de détruire le Parlement britannique, y avait caché vingt-neuf barils d'explosifs. Aujourd'hui, un petit dispositif explosif dans un sac à main pourrait avoir le même effet. Et l'on trouve facilement sur l'Internet des « recettes » de fabrication de bombes.
Les terroristes se servent d'ordinateurs, de téléphones cellulaires et de logiciels de chiffrement pour éviter de se faire repérer, et ils disposent de moyens sophistiqués pour fabriquer des faux passeports et autres documents. Ramzi Ahmed Yousef et sa bande, qui ont été jugés coupables d'un complot visant à faire exploser douzeavions de ligne américains sur le Pacifique, ont utilisé tous ces moyens.
Il est encore plus terrifiant de penser que les terroristes pourraient utiliser des instruments de destruction de masse, notammentchimiques, biologiques ou nucléaires, pour accroître le nombre de victimes bien au-delà de celui atteint jusqu'ici. L'attaque au gaz sarin dans le métro de Tokyo en 1995 par Aum Shinrikyo, la secte apocalyptique japonaise, a montré que la menace de terrorisme chimique est maintenant une réalité.
Par ailleurs, la volonté de certains terroristes, fanatiques ou fous, de se suicider pendant qu'ils exécutent un attentat fait que les terroristes se servant d'armes de destruction massive constituent une menace encore plus terrifiante.
Enfin, le terrorisme est aujourd'hui beaucoup plus impressionnant que par le passé en raison des médias. Aucun sujet ne passionne les foules davantage,ou plus longtemps, qu'un attentat. Les médias d'aujourd'hui, particulièrement la télévision, multiplient l'effet de crainte du terrorisme en le montrant dans toute son horreur, ce qui accroît grandement notre sentiment collectif de vulnérabilité. Les terroristes le savent, bien sûr. Et ils cherchent à exploiter les médias pour nous mettre, ainsi que nos gouvernements, sur la défensive au plan psychologique.
Quelle est la tendance actuelle en matière de terrorisme ?
Qui sont les terroristes aujourd'hui ? Et que fait le gouvernement américain pour lutter contre eux et les mettre sur la défensive comme il se doit ?
La tendance d'abord. Certaines constatations incitent à l'optimisme, d'autres non. Le nombre réel d'attentats internationaux a diminué, passant de six cent soixante-cinq en 1987 à une moyenne s'établissant entre trois et quatre cents ces dernières années.
Plusieurs raisons expliquent cette tendance positive :
- L'Union soviétique et presque tous les nombreux groupes terroristes révolutionnaires qu'elle soutenait n'existent plus.
- Après cinquanteannées de guerre et de terrorisme, les Arabes et les Palestiniens aspirent à faire la paix avec Israël. Le OLP a renoncé au terrorisme, et la plupart des États arabes le condamnent sans équivoque.
- Il ne reste plus que quelques États criminels qui continuent à parrainer ou à soutenir le terrorisme.
- De plus en plus d'États s'accordent à penser aujourd'hui que tuer des innocents pour des raisons politiques est absolument inacceptable, quelles que soient la motivation ou la cause.
- La majorité des États veulent donc éliminer le terrorisme par tous les moyens, notamment par l'application des lois.
Mais il ne faut pas oublier le revers de la médaille :
- En dépit de l'attachement que porte la majorité des Palestiniens et des Arabes à la paix au Proche-Orient, des groupes comme le Hamas et le Djihad islamique palestinien ont mené, en 1995, une brutale campagne d'arrière-garde d'attentats à la bombe en Israël afin de faire échouer le processus de paix.
- Un terroriste israélien a assassiné le Premier ministre Rabin dans le même but.
- Quelles que soient les initiatives mises en uvre par des États-Unis afin de dompter l'Iran au moyen de sanctions, ce pays continue de se servir du terrorisme comme d'une arme de politique étrangère pour tuer les dissidents et perturber le processus de paix.
- Bien que les sanctions des Nations unies aient limité le terrorisme de la Libye à l'étranger, ce pays refuse toujours d'obéir à l'injonction des Nations unies de remettre à un tribunal britannique ou américain les deux hommes soupçonnés d'avoir commis l'attentat qui a détruit l'avion du vol 103 de la Pan Am au-dessus de Lockerbie (Ecosse).
- Il est possible qu'il y ait une recrudescence de l'exploitation de la religion par les terroristes. Au cours des décennies antérieures, la plupart des groupes terroristes étaient laïcs, mais de plus en plus de terroristes se réclament aujourd'hui de la religion, particulièrement de l'islam. Certains font partie de groupes organisés comme le Hamas, le Hezbollah libanais, le Jamaet égyptien (Société des frères musulmans). D'autres sont des groupuscules islamiques improvisés, tels que la bande de Ramzi Ahmed Yousef, dont nombre de membres ont été formés en Afghanistan.
- L'exploitation de la religion à des fins politiques, tout comme la violence, sont des phénomènes de toujours. Il est important de se souvenir que toutes les religions ont produit des groupes de marginaux pervers et dangereux, et que l'islam, comme le christianisme et le judaïsme, prêchent la paix et la non-violence. Les terroristes, qui affirment parler au nom de l'islam, se réclament de façon abusive de leur foi, et on les condamne de plus en plus dans le monde musulman.
- Le terrorisme intérieur - terrorisme qui ne concerne que les citoyens ou le territoire d'un État- a eu des hauts et des bas. Aujourd'hui, il semble connaître une recrudescence, en Asie du Sud par exemple.
- Les cultes messianiques, comme l'Aum Shinrikyo japonais, qui se servent du terrorisme pour réaliser leur vision de la fin du monde, pourraient aussi représenter une menace croissante. Ils sont d'autant plus dangereux quand ils ont accès à l'argent et à la technologie.
Les États-Unis font beaucoup pour combattre le terrorisme :
- Notre politique est de rechercher implacablement et de punir les terroristes où qu'ils se trouvent en combinant les atouts de nos services policiers, diplomatiques et du renseignement. Nous pouvons nous féliciter d'avoir réussi à poursuivre en justice les terroristes du « World Trade Center », les conspirateurs, dont le Sheik Abdoul Rahman, qui projetaient de faire sauter le tunnel Holland de New-York, le siège de l'ONU et les bâtiments du gouvernement fédéral situés à New-York, et les membres du gang qui se préparaient à faire exploser des avions de ligne au-dessus du Pacifique.
- Nous ne faisons aucune concession aux terroristes. Nous refusons de satisfaire leurs demandes de compromis politique ou de rançon.
- Nous publions le nom des pays qui encouragent le terrorisme, nous leur imposons des sanctions économiques et nous demandons à nos amis d'en faire autant. Lors d'un discours qu'il a prononcé à Stuttgart devant nos alliés européens, le secrétaire d'État Warren Christopher a déclaré : « Travailler ensemble contre les pays qui parrainent le terrorisme est un impératif, ce n'est pas un choix.L'attachement de principe que nous portons au libre-échange ne nous oblige nullement à entretenir des relations commerciales avec des régimes tyranniques agressifs comme l'Iran et la Libye. Nous devons collaborer à l'élaboration de mesures multilatérales efficaces afin d'empêcher ces régimes criminels d'obtenir les ressources dont ils ont tant besoin. »
- Les États-Unis s'appuient sur la primauté de la loi lorsqu'ils traitent avec les terroristes et font ressortir que le terrorisme est un crime sans excuse quelles que soient sa motivation ou ses causes. En renforçant les lois américaines contre le terrorisme et en faisant activement la promotion des traités internationaux et des conventions contre le terrorisme, qui sont aujourd'hui au nombre de dix, nous sommes à la tête d'un mouvement mondial qui a recours au droit comme l'outil le plus efficace contre les terroristes.
Par ailleurs :
- Nous possédons de puissants moyens militaires auxquels nous pouvons avoir recours dans les rares cas où la situation l'exige.
- Comme les terroristes opèrent clandestinement, nous investissons énormément dans la collecte et l'analyse de renseignements.
- Dans le cadre de son Programme d'aide antiterroriste (ATA), le Bureau de la sécurité diplomatique du département d'État a formé plus de dix-huit mille responsables gouvernementaux de quatre-vingtspays aux techniques du antiterroristes et à celles relatives à la sécurité de l'aviation .
- Nous avons un solide programme de recherche et de développement en matière de techniques antiterroristes, particulièrement pour la détection des explosifs.
- Enfin, à mesure que le terrorisme devient transnational, la coopération avec d'autres États devient indispensable pour arrêter les terroristes. C'est pourquoi le président Clinton a donné une haute priorité à la lutte antiterroriste dans l'ordre du jour diplomatique. Nous avons des consultations avec des dizaines de gouvernements chaque année et nous encourageons l'action multilatérale. Le Sommet pour la paix de Charm el-Cheik, les réunions de suivi sur la lutte antiterroriste à Washington et la conférence ministérielle du G-7 sur le terrorisme à Paris en sont des exemples.
Nous pouvons être fiers des résultats que nous avons atteints grâce à ces mesures et à ces instruments. Mais nous ne devons pas nous reposer sur nos lauriers, car le terrorisme est une cible dynamique et insaisissable.
Dossiers mondiaux
Revue électronique de l'USIA, volume 2,
numéro 1, février 1997