LE SOMMET ÉCONOMIQUE DU CAIRE :
    VERS LA PROSPÉRITÉ ET LA PAIX


    Stuart Eizenstat, ministre adjoint du commerce

    Le sommet économique qui va se tenir en novembre au Caire donnera aux milieux d'affaires mondiaux la possibilité d'observer les réformes économiques à l'œuvre au Proche-Orient et en Afrique du Nord, déclare M. Stuart Eizenstat, ministre adjoint du commerce.

    Le lien entre le commerce et les investissements d'une part et la paix et la stabilité d'autre part est absolument vital. Tout autour du monde, mais surtout au Proche-Orient, ce lien constitue la clé de l'avenir, car le commerce et les investissements sont les fondements essentiels du processus de paix, fondements sur lesquels il sera possible d'édifier un Proche-Orient plus stable et plus pacifique. Ce lien sera illustré par le niveau de l'engagement et de l'intérêt manifesté au Sommet économique du Proche-Orient et de l'Afrique du Nord qui doit se tenir au Caire du 12 au 14 novembre. La paix et la stabilité sont intrinsèquement liées à la création d'emplois et à la prospérité.

    Le gouvernement Clinton accorde une grande importance à la promotion de la prospérité et de la croissance économique dans la région grâce à la paix. Disons simplement que prospérité et paix vont nécessairement de pair.

    L'importance millénaire du commerce

    On oublie facilement que le commerce a toujours été la règle et non l'exception au Proche-Orient. Pendant des milliers d'années, le Croissant fertile a été le centre de l'activité économique entre Arabes et Juifs en direction de l'Europe, de l'Asie et de l'Inde. Grâce à la poursuite de leur intégration commerciale, à l'accroissement des investissements et à l'adoption de nouvelles réformes économiques, les pays du Proche-Orient ont la possibilité de devenir des marchés naissants, à l'instar des « tigres » asiatiques et de l'Amérique latine qui réalisent actuellement leur potentiel économique.

    En dépit des troubles récents, qui sont très graves, le processus de paix s'est révélé durable. Nous ne pouvons commettre l'erreur d'oublier les progrès réalisés, les bases qui ont été posées pour créer des conditions économiques favorables. Les Palestiniens se gouvernent dans une partie de la Cisjordanie et à Gaza. Israël et la Jordanie nouent des liens de coopération dans tous les domaines, politique, économique et sécuritaire. Des dizaines de milliers de touristes israéliens et jordaniens vont d'un pays à l'autre. Les relations entre Israël et le monde arabe se sont également développées.

    Le président Clinton estime qu'il est absolument indispensable que nous concentrions notre attention sur la préservation des réalisations de la paix et sur le maintien de l'élan acquis pour réaliser de nouveaux progrès. Il est également très important que nous nous engagions à jeter les fondements d'une paix durable. L'accroissement des possibilités peut apaiser les conflits qui ont empêché le Proche-Orient de progresser ces cinquante dernières années. L'amélioration de la prospérité peut aider le Proche-Orient à s'acheminer vers une nouvelle ère de réconciliation, de coopération et de pleine intégration dans l'économie mondiale.

    Le lien entre la paix et la prospérité a des manifestations concrètes qui ne se limitent pas à la réduction des dépenses militaires. Il permet aux pays d'entreprendre de grands projets, notamment en matière de production d'électricité et de gestion de l'eau. Il mène à de plus vastes échanges entre les peuples de la région grâce au tourisme, exportant l'entente mutuelle.

    Nous avons constaté les fruits du processus de paix avec les projets entrepris entre Israël et l'Egypte et entre Israël et la Jordanie. Le projet de construction d'un gazoduc entre l'Egypte et Israël est l'une des initiatives économiques régionales les plus importantes de la décennie en cours. Outre le fait qu'il fournira du gaz naturel à Israël et des devises fortes à l'Egypte, ce gazoduc créera des liens économiques tangibles entre les deux pays. Il porte sur des centaines de millions de dollars et constituera une très importante source d'énergie au siècle prochain. Nous espérons que la partie israélienne du projet sera financée et réalisée par le secteur privé. Cet été, un consortium égypto-israélien a annoncé la signature d'un marché pour la construction, à Alexandrie, d'une raffinerie de pétrole d'un coût de 1,2 milliard de dollars. Il s'agit là du projet le plus important réalisé par le secteur privé d'Israël et d'un pays arabe, et il procurera des avantages aux deux pays.

    En Jordanie, nous nous attendons à de nouveaux plans d'aménagement en commun de la vallée du Jourdain, projet pour lequel la Banque mondiale a établi un plan directeur détaillé. Nous sommes également au courant d'autres projets du secteur privé, tels que des projets d'électrification en Jordanie exécutés en commun par une société israélienne et par une société américaine. L'Initiative trilatérale de développement industriel financée par le gouvernement des États-Unis, par la Jordanie et par Israël encouragera la coopération du secteur privé.

    Les progrès du commerce et les réalisations économiques peuvent être éclipsés par les soulèvements et par les accrochages, mais on ne saurait les négliger. Il est clair que l'avenir dépend d'un climat économique bon et sûr.

    Sous la présidence de M. Clinton, le ministère du commerce s'emploie activement à encourager la croissance économique et à soutenir le processus de paix avec l'élaboration de programmes commerciaux régionaux et leur mise en œuvre.

    En février 1995, le ministre américain du commerce, Ron Brown, s'était entretenu avec ses homologues d'Egypte, d'Israël, de Jérusalem et de l'Autorité palestinienne pour lancer le programme de Taba. Dans la déclaration de Taba, les ministres du commerce ont, pour la première fois, apporté leur soutien au processus de paix et pris notamment la décision d'appuyer tous les efforts visant à mettre fin au boycottage d'Israël. Ils ont également effectué une étude d'accès au marché pour identifier les petits obstacles au commerce et se sont engagés à les supprimer activement et à faciliter la création sur l'Internet d'une« autoroute » de l'information pour le Proche-Orient qui sera connue sous le nom de « Peace Net ».

    Depuis lors, des réunions ont eu lieu dans la région, ainsi qu'à Washington, pour mettre en œuvre certaines des quatorze recommandations contenues dans l'étude sur l'accès au marché. Nous sommes fermement décidés à continuer cet excellent programme.

    Un cadre de coopération économique régionale, l'exposé des progrès réalisés, la possibilité pour les hommes d'affaires de s'associer, tel est le rôle des sommets économiques annuels des pays du Proche-Orient et d'Afrique du Nord, dont le premier a eu lieu il y a trois ans à Casablanca. À ce sommet, la réunion a constitué le message. L'an dernier à Amman, où le processus a été officialisé avec la décision de faire de ces sommets une réunion annuelle, le message a été que le Proche-Orient s'ouvrait aux milieux d'affaires. En fait, au moins dix grands projets industriels régionaux ont été soit amorcés, soit développés, soit conclus au sommet d'Amman, des projets qui portaient sur des milliards de dollars. Ce sont les résultats tangibles qu'on obtient en abordant sous l'angle économique le processus de paix.

    Le sommet du Caire approche rapidement, et nous avons l'intention d'encourager ce processus à faire un pas de plus. Nous pouvons relancer le processus de paix en nous concentrant sur les avantages très positifs qui découleront des mesures susceptibles d'être prises au Caire. À ce sommet, de nouvelles possibilités de participation du secteur privé pourront être identifiées et, chose plus importante encore, elles pourront être liées aux mesures précises que prendront les États pour réformer et libéraliser leur économie et leur réglementation commerciale.

    L'engagement des États-Unis

    Les États-Unis accordent une très grande importance à ce sommet, qui donnera à la région une possibilité unique d'attirer l'attention des milieux d'affaires mondiaux sur ses réformes économiques. Ces derniers pourront y constater de première main ce qui a été réalisé, la transformation du climat de la région en un environnement bien disposé à leur égard et recevoir l'assurance que les gouvernements de la région comprennent l'importance des réformes économiques favorables aux investissements étrangers et qu'ils sont décidés à les encourager.

    Le sommet du Caire apportera une importante contribution au processus de paix du Proche-Orient. Nous y participerons en y envoyant une délégation importante et diverse composée de représentants des milieux d'affaires et du gouvernement. Grâce à cet engagement à la fois public et privé, les États-Unis pourront montrer clairement au Proche-Orient la fermeté de leur soutien, la sincérité de l'intérêt qu'ils lui portent et le sentiment qu'ils ont pleinement conscience des changements en cours et des possibilités extraordinaires qui s'offrent dans la région.

    Perspectives économiques
    Revues électroniques de l'USIA, volume 1, numéro 16, novembre 1996