Mima Nedelcovych, pr・ident du Corporate Council on
Africa
et vice-pr・ident de la soci・?F.C. Schaffer &
Associates
Ces derni・es ann・s, beaucoup de pays africains ont avanc??grands pas dans la voie qui m・e ?la r・rientation de leur ・onomie vers le secteur priv? d・lare M. Mima Nedelcovych, pr・ident du Corporate Council on Africa, association sans but lucratif de soci・・ am・icaines qui a pour vocation de promouvoir le commerce et les investissements en Afrique.On le constate ?la lumi・e des nouvelles politiques et des nouvelles attitudes vis-?vis de la privatisation, des march・ financiers et de l'int・ration r・ionale, indique-t-il. Si certains pays d'Afrique ont su laisser leur monde des affaires avoir une marche r・uli・e, d'autres en revanche sont retardataires, la recrudescence des conflits arm・ constituant un obstacle majeur ?l'・olution du continent.
Depuis 1990, un nombre croissant de dirigeants africains souscrivent ?une nouvelle conception du d・eloppement et de la croissance ・onomique qui met l'accent sur le secteur priv? sur l'ouverture aux investissements ・rangers et au commerce et sur l'int・ration ?l'・onomie mondiale. Certains pays peuvent se targuer d'avoir obtenu de brillants r・ultats sur ce terrain, alors que d'autres ont d?faire volte-face ?cause de la reprise des conflits arm・, obstacle majeur au progr・ de l'Afrique.
Ayant opt?pour cette nouvelle conception, de nombreux ・ats ont ・?amen・ ?op・er des changements fondamentaux ; ainsi ont-ils entrepris de simplifier leur r・lementation, de privatiser leurs entreprises publiques et de prendre encore d'autres mesures propres ? cr・r un environnement plus concurrentiel et plus favorable aux investisseurs. En Afrique australe, le Mozambique, la Namibie, l'Afrique du Sud et le Botswana illustrent on ne peut plus brillamment le cas des pays qui ont entrepris des r・ormes et dans lesquels le monde des affaires suit tranquillement son petit bonhomme de chemin. Ces pays se sont ouverts ?l'・onomie mondiale et ils r・ssissent ? attirer des capitaux.
Ils font partie du March?commun des ・ats d'Afrique orientale et australe (COMESA), nouvelle organisation r・ionale dans laquelle, ? quelques exceptions pr・, les affaires se font?nbsp;normalement ? et les hommes d'affaires ・rangers montrent davantage d'empressement ?s'entretenir avec des partenaires du secteur priv?qu'avec des responsables du gouvernement.
En Afrique de l'Ouest, de m・e, la C・e d'Ivoire, le S・・al, le Burkina Faso et le Mali - tous des pays francophones qui ont une monnaie commune, le franc CFA - se caract・isent par la marche r・uli・e du monde des affaires. Le Ghana, pays voisin, s'en sort lui aussi fort honorablement, et l'on fonde de grands espoirs dans le Nig・ia, dont les dirigeants ont ・?nouvellement ・us. Ce pays, qui forme le plus grand march?du continent et qui compte pr・ de 120 millions d'habitants, poss・e comme atouts un grand nombre de personnes instruites et des ressources naturelles qui soutiennent l'agriculture, sans parler de ses r・erves de p・role bien connues.
En revanche, d'autres pays sont ?la tra・e, et d'autres m・e font marche arri・e. La tragique recrudescence des conflits arm・ est souvent la cause de ce ph・om・e. Port・s aux nues il y a quelques ann・s quand on parlait de la?nbsp;Renaissance africaine ? l'Ethiopie et l'Erythr・ sont maintenant en guerre ?cause d'un diff・end de fronti・e. L'Afrique de l'Ouest conna・ des zones de conflits, par exemple en Guin・-Bissau et en Sierra Leone. L'Afrique centrale est le th蛯tre d'une situation abominable : le conflit qui s・it en R・ublique d・ocratique du Congo d・orde dans les pays voisins, qui se trouvent entra・・ comme dans un tourbillon.
Les pays en proie ?un conflit sont moins susceptibles que les autres d'aller de l'avant. Ils ne peuvent pas se concentrer sur les r・ormes, la privatisation par exemple, parce qu'ils ont l'esprit accapar?par d'autres soucis. Dans une grande mesure, ces pays se marginalisent par eux-m・es.
L'am・ioration du climat des investissements
Les activit・ qui retiennent l'attention de la plupart des investisseurs ・rangers en Afrique continuent d'・re li・s aux ressources naturelles particuli・ement r・un・atrices, tels le p・role, le gaz, le bois, les min・aux, etc. Dans ces domaines, les investisseurs peuvent rentabiliser rapidement leurs capitaux ou encore peuvent-ils essayer d'・uilibrer les risques, voire de les att・uer, quand ils visent une marge b・・iciaire plus importante.
Mais m・e dans ce genre d'activit・, les entreprises iront s'installer ailleurs si le climat n'est pas favorable aux investissements.
Par ailleurs, l'Afrique poss・e d'abondantes ressources agricoles, que l'on commence ?exploiter. C'est un ph・om・e qui a son importance, parce que l'agriculture, par nature, est grosse consommatrice de main-d'・uvre. Toutefois, les investissements dans l'agriculture supposent g・・alement un engagement ?long terme. Ma soci・? F.C. Schaffer & Associates, construit des raffineries de sucre dans les pays avec lesquels nous entretenons des relations commerciales et en assure l'exploitation. Il faut compter cinq ?dix ans avant que nos investissements ne portent leurs fruits. Comme nous investissons dans la perspective du long terme, nous suivons de tr・ pr・ tout ce qui touche au climat des investissements ?l'・helon national.
D'apr・ ce que j'ai pu constater en tant qu'investisseur et dans le cadre de mes fonctions au Corporate Council on Africa, beaucoup de pays africains se sont attaqu・ ces derni・es ann・s, avec succ・, ?des probl・es qui d・ourageaient autrefois les investissements et la croissance.
La privatisation et l'infrastructure : dans toute l'Afrique, on accepte maintenant le principe de la privatisation. Elle est li・ au d・eloppement de l'infrastructure, ・ant donn?qu'une grande partie des activit・ soumises ?la privatisation rel・ent justement de ce domaine.
La production d'・ectricit?illustre cette ・olution de mani・e spectaculaire. Les ・ats africains sont aujourd'hui pr・s ?accepter les producteurs ind・endants du secteur priv? Ce changement de mentalit?rev・ la plus haute importance pour les investisseurs qui mettent en place des installations et qui doivent construire leur propre usine de production d'・ectricit? pratique courante en Afrique. Lorsqu'elles ・aluent la rentabilit?d'investissements ・entuels, les soci・・ attachent une grande importance au fait de pouvoir vendre leur production exc・entaire au r・eau ・ectrique national. La nouvelle attitude des ・ats africains proc・e de la prise de conscience du fait que l'・ectricit?n'a pas ?・re n・essairement produite par un ・orme organisme public.
De m・e, on note un int・・ croissant pour les projets d'infrastructure ?p・ge. C'est le cas des routes ?p・ge, telle la route Resano Garcia qui relie le Mozambique ?l'Afrique du Sud, et des ponts ?p・ge. En outre, certains ・ats, dont celui de la C・e d'Ivoire, ont am・ior?l'exploitation des a・oports en la confiant ? des concessionnaires. La privatisation de la gestion de l'a・oport de Libreville, au Gabon, est ?l'origine d'une plus grande efficacit?
De m・e, la privatisation va bon train dans le secteur des t・・ommunications. Faute d'avoir les ressources n・essaires ? l'expansion et ?l'exploitation de leur r・eau t・・honique, beaucoup de gouvernements africains se sont tourn・ vers le secteur priv? qui installe des syst・es tr・ perfectionn・ et moins co・eux.
Les ・ats africains sont de plus en plus nombreux ?se rendre compte qu'ils peuvent encourager le d・eloppement et avoir une infrastructure rentable en se dotant de cadres r・lementaires appropri・, sans avoir ?s'immiscer dans les moindres d・ails et ?y consacrer des ressources excessives de tr・orerie, toujours rares.
Les march・ financiers : la cr・tion de Bourses des valeurs constitue une autre ・ape notable de l'・olution de l'Afrique. Elle va de pair avec la privatisation, parce qu'une Bourse des valeurs donne un cadre aux pouvoirs publics lorsqu'ils vendent les actions d'entreprises publiques ?des investisseurs locaux.
En bonne voie, la cr・tion d'une Bourse r・ionale ?Abidjan tire parti du fait que les pays d'Afrique de l'Ouest ont une monnaie commune. Quelques Bourses de plus petite taille ont enregistr?des succ・ importants, notamment ?Nairobi et ?Kampala. La Bourse de Johannesburg, la plus grande d'Afrique, cote principalement des actions sud-africaines, mais quelques soci・・ d'autres pays membres de la Communaut?de d・eloppement de l'Afrique du Sud (SADC) y sont cot・s ・alement.
Les Bourses des valeurs contribuent ?attirer des capitaux, notamment des fonds institutionnels, parce qu'elles m・agent une porte de sortie aux investisseurs. En outre, elles permettent aux Africains qui gardent leur argent ?l'・ranger d'investir plus pr・ de leur pays natal.
Un cadre juridique commun et l'int・ration r・ionale : on d・ombre 48 pays au sud du Sahara, et la plupart d'entre eux sont de tr・ petits pays. Il est extr・ement important d'・aborer des lois, une r・lementation et des pratiques commerciales uniformes, notamment en mati・e de comptabilit? que tout un groupe de pays africains accepteraient de suivre. Une ensemble de pays s'av・e beaucoup plus attirant lorsqu'il est soumis ?des r・lements et ?des lois qui s'appliquent uniform・ent ?100 millions de personnes, par exemple. L'Afrique de l'Ouest francophone a beaucoup progress?dans cette voie, en partie gr・e ?sa monnaie commune.
La capacit?d'acheminer des biens d'un pays ?un autre sans d・ais excessifs constitue une autre composante fondamentale de l'int・ration r・ionale. Le March?commun de l'Afrique orientale et australe (COMESA) a d'ailleurs r・ssi ?faciliter dans une certaine mesure la circulation des marchandises et des personnes.
Les pots-de-vin et la corruption : la Convention de l'Organisation de coop・ation et de d・eloppement ・onomiques (OCDE) sur la corruption d'agents publics ・rangers dans les transactions commerciales internationales pr・ente une grande utilit?pour la lutte contre les pots-de-vin. Parce qu'elle interdit aux entreprises des pays industriels membres de l'OCDE de commettre des actes de corruption, les soci・・, comme la mienne, qui n'offrent pas de gratifications illicites ne se trouvent pas p・alis・s. Toutefois, le probl・e de la petite corruption - les paiements indus que r・lament les policiers et autres petits fonctionnaires- reste pos? Cela tient au fait que les ・ats emploient beaucoup trop de fonctionnaires sous- pay・ qui ont l'habitude d'augmenter leur traitement par des pots-de- vin. Malheureusement, cette situation se r・・e dans beaucoup de pays en d・eloppement, et il faudra s'armer de patience pour en venir ? bout. La Banque mondiale a ・abor?des programmes destin・ ?corriger ce probl・e, mais au bout du compte c'est ?chaque ・at qu'il incombe de pr・arer correctement le budget des services qu'il propose.
Les institutions financi・es internationales et l'all・ement de la dette : comme c'est le cas dans le reste du monde en d・eloppement, la part des apports de capitaux priv・ en Afrique est en progression. N・nmoins, beaucoup de pays africains continuent d'avoir besoin de pr・s de la Banque mondiale et des autres institutions financi・es internationales pour combler les lacunes du secteur priv? Souvent, les investissements priv・ sont subordonn・ au financement par l'・at de projets d'infrastructure. La collaboration du secteur public et du secteur priv?rev・ donc une dimension absolument essentielle. Les programmes de pr・s de la Banque mondiale s'attaquent ・alement ?d'autres questions cruciales de d・eloppement, telles l'am・ioration de la conduite des affaires publiques et la r・orme de la fonction publique. Ils comprennent notamment des programmes de lutte contre la corruption qui mettent en place des filets de s・urit?n・essaires ?la protection sociale des fonctionnaires licenci・ ?cause des r・ormes.
Les institutions financi・es internationales peuvent ・alement intervenir dans l'all・ement de la dette, mesure qui est devenue in・itable. Dans certains pays, le poids de la dette ne cesse de s'alourdir ?cause du cumul des int・・s. S'ils ne b・・icient pas d'une r・uction importante de leur dette, ces pays ne pourront pas aller de l'avant.
Cela dit, l'all・ement de la dette doit se faire de mani・e s・ective. Si les fonds lib・・ sont affect・ ?l'infrastructure ・onomique et sociale, la r・uction de la dette se r・・e utile. Mais si l'annulation des cr・nces sert ?financer l'achat d'armes ou des investissements qui devraient ・re faits par le secteur priv? c'est une autre affaire. Il faut poser des conditions.