George Ayittey, professeur d'・onomie de l'American
University
et pr・ident de la fondation Free
Africa
Les pays africains sont arriv・ ?un point o?ils n'ont pas d'autre alternative que d'entreprendre des r・ormes, estime M. George Ayittey, qui est professeur d'・onomie ?l'American University de Washington et qui est originaire du Ghana. Les investisseurs ・rangers quittent l'Afrique, l'aide ext・ieure diminue et la charge de la dette est devenue ・rasante, dit-il.Il convient de consid・er, selon lui, La proposition de loi sur la croissance et les possibilit・ ・onomiques en Afrique, qui est actuellement ?l'・ude au Congr・ des ・ats-Unis, comme l'effort ultime pour aider l'Afrique ?entreprendre des r・ormes. Le monde ext・ieur ne peut pas faire grand-chose pour aider les pays africains peu d・ireux d'effectuer les changements qui s'imposent depuis longtemps.
Apr・ des ann・s de mauvaise gestion des affaires publiques, de guerres civiles, de r・imes ・onomiques et politiques en proie ?la corruption, les bailleurs de fonds de l'Afrique et les investisseurs ・rangers en ont assez. La plupart des bailleurs de fonds lient maintenant les programmes d'aide ?l'Afrique ?la bonne gestion des affaires publiques, ?la lutte contre la corruption, au pluralisme politique et ?la lib・alisation ・onomique. Les investisseurs ・rangers restent ?l'・art et attendent que les ・ats africains fassent des r・ormes fondamentales portant notamment sur la privatisation accrue des entreprises publiques, sur la limitation de l'intervention de l'・at dans l'・onomie et sur l'am・ioration de l'administration.
Par ailleurs, les institutions financi・es internationales et les grands pays industriels s'appr・ent ?lancer en faveur de l'Afrique des programmes de vaste r・uction de la dette et de promotion du commerce qui sont susceptibles de mettre fin ?des d・ennies de d・・ioration ・onomique et politique. Il est cependant loin d'・re certain que les dirigeants africains soient pr・s ?profiter de ce qui risque d'・re leur derni・e chance de r・uire la disparit?de revenus qui existe entre l'Afrique et les autres continents.
La d・・ioration des r・ultats ・onomiques et l'accroissement de la pauvret?/b>
Depuis la fin du colonialisme, les r・ultats ・onomiques de l'Afrique subsaharienne sont bien bons que ceux des autres groupes de pays en d・eloppement. Au milieu des ann・s quatre-vingt-dix, le revenu r・l par habitant dans cette partie du monde ・ait inf・ieur de 14,6% ?celui qu'elle avait enregistr?en 1965. Il s'ensuit que la plupart des Africains noirs avaient un niveau de vie bien moindre qu'au moment o?leurs pays acc・・ent ?l'ind・endance.
Quatre Africains sur 10 vivent dans un ・at de pauvret?extr・e, et selon des statistiques r・entes la pauvret?serait en hausse. Si l'Afrique veut r・uire de moiti?le nombre de pauvres au cours des quinze prochaines ann・s, elle devra atteindre un taux moyen de croissance de 7% par an. Mais comment ? L'aide ext・ieure accord・ sans condition dont l'Afrique tirait la plupart de ses ressources s'est pratiquement tarie. Les bailleurs de fonds imposent maintenant des conditions pour l'octroi de cette aide. En outre, l'aide ext・ieure subit les cons・uences de la lassitude des donateurs, des restrictions budg・aires, de la crise financi・e en Asie et du co・ de la reconstruction dans les Balkans. L'・・ent indispensable pour l'acc・・ation de la croissance ・onomique n'est donc plus l'aide, mais les investissements, tant nationaux qu'・rangers. Or, l'Afrique attire de moins en moins les investisseurs ・rangers.
Les investisssements directs ・rangers en Afrique ont diminu? consid・ablement entre 1982 et 1987 pour passer de 1,22 milliard de dollars ?498 millions. De 1989 ?juin 1994, plus de la moiti?des soci・・ manufacturi・es britanniques qui avaient des filiales dans les pays africains anglophones se sont retir・s de ces pays. Les Fran・is ont ・alement perdu leurs illusions.
Les apports de capitaux dans les pays en d・eloppement ont fortement augment?entre 1990 et 1995, lorsque leur montant annuel net a quadrupl?pour atteindre plus de 90 milliards de dollars. Toutefois, la part de l'Afrique n'a ・?que de 2,4%. Selon la Banque mondiale, les investissements ・rangers dans les pays en d・eloppement ont atteint en 1995 le chiffre record de 231 milliards de dollars. Singapour ?lui seul a re・ 5,8 milliards de dollars, alors que l'Afrique s'est content・ de 2 milliards, soit moins que les sommes investies au Chili, a indiqu?la revue The Economist en novembre 1996.
Les investissements directs ・rangers en Afrique ont augment?en 1996 pour passer ?4,7 milliards de dollars ; ils sont rest・ ? ce niveau en 1997 et ont diminu?brusquement en 1998 pour n'・re plus que de 3 milliards de dollars. Dans son rapport de 1998 sur le commerce et le d・eloppement, la Conf・ence des Nations unies sur le commerce et le d・eloppement (CNUCED) d・lare : ?nbsp;Au cours des vingt derni・es ann・s, l'Afrique a perdu de son attrait comme march?pour les investissements directs ・rangers par rapport aux autres zones en d・eloppement. ?
Fait aggravant, alors que l'Afrique attirait moins les investisseurs, elle devait assurer le service d'une dette croissante. Pour maintenir leurs revenus et les investissements, les ・ats africains ont fait de lourds emprunts dans les ann・s soixante-dix. Le montant de la dette ext・ieure de l'Afrique est maintenant 24 fois plus important qu'en 1970 et a atteint le chiffre record de 350 milliards de dollars en 1998, soit un montant ・al ?son produit int・ieur brut annuel. C'est la partie du monde la plus endett・. ?l'heure actuelle, le service de la dette absorbe quelque 40% des recettes d'exportation, mais seulement environ la moiti?des cr・nces ?recouvrer sont en fait rembours・s. L'autre moiti?consiste d'arri・・ qui sont r・uli・ement r蜑chelonn・.
Au cours des quinze derni・es ann・s, les pays occidentaux et les institutions financi・es multilat・ales ont lanc?diverses initiatives et soumis diverses propositions en vue de s'attaquer ?la stagnation ・onomique de l'Afrique. Les programmes d'ajustement structurel de la Banque mondiale sont les plus connus. Ils exigent que les gouvernements africains adoptent des pratiques de gestion qui soient transparentes, qu'ils r・uisent l'intervention de l'・at, qu'ils lib・alisent leur ・onomie, qu'ils d・aluent leur monnaie ou qu'ils la laissent fluctuer, qu'ils vendent leurs entreprises publiques non rentables et qu'ils suppriment la pl・hore de contr・es sur les prix, sur les taux d'int・・ et sur les loyers. En ・hange, la Banque mondiale leur accordera des pr・s en vue d'all・er leurs difficult・ en mati・e de balance des paiements, de service de la dette et de budget. En 1994, la Banque mondiale a ・alu?les r・ultats de 29 des 37 pays africains qui b・・iciaient d'un programme d'ajustement structurel. Elle a conclu que, si aucun pays africain n'avait atteint une bonne position en mati・e de politique macro・onomique, 6 avaient obtenu de bons r・ultats. Il s'agissait du Burkina Faso, de la Gambie, du Ghana, du Nigeria, de la Tanzanie et du Zimbabwe. Un an plus tard, seuls le Burkina et le Ghana figuraient sur cette liste.
En 1996, la Banque mondiale et le Fonds mon・aire international (FMI) ont lanc?l'Initiative en faveur des pays pauvres tr・ endett・. Cette initiative pr・oit un all・ement de la dette des pays pauvres qui entreprennent des r・ormes ・onomiques. La plupart des pays appel・ ?en b・・icier se trouvent en Afrique, mais seuls deux ont r・ssi ?en remplir les conditions strictes et ?obtenir une r・uction de leur dette d'origine bilat・ale. La dette de l'Ouganda a ・? r・uite de 650 millions de dollars, et celle du Mozambique devrait l'・re de 3,7 milliards de dollars.
Le Groupe des sept grands pays industriels a propos?une nouvelle initiative renforc・ en faveur des pays pauvres tr・ endett・ de sorte qu'un plus grand nombre d'entre eux puissent obtenir plus rapidement une r・uction de leur dette. La Banque mondiale et le Fonds mon・aire international sont cens・ avoir fini de r・iser les r・les en la mati・e pour leurs assembl・s de septembre.
La proposition de loi sur la croissance et les possibilit・ ・onomiques en Afrique
En juin 1997, le gouvernement Clinton a rendu public son projet de ?nbsp;Partenariat pour la croissance et les possibilit・ ・onomiques en Afrique ? L'・・ent principal de cette mesure ・ait une proposition de loi ・abor・ par des parlementaires d・ocrates et r・ublicains et portant le nom de ?nbsp;Loi sur la croissance et les possibilit・ d'investissement en Afrique : la fin de la d・endance ? Selon le principal auteur de ce texte de loi, M. Jim Mc Dermott, son objet ・ait de cr・r une voie de transition de l'aide au d・eloppement ?l'ind・endance ・onomique pour les pays d'Afrique subsaharienne. La proposition de loi est encore ?l'・ude au Congr・ des ・ats-Unis sous une forme r・is・ et porte maintenant le nom de proposition de loi sur la croissance et les possibilit・ ・onomiques en Afrique.
Ses dispositions pr・oient notamment des r・nions annuelles de haut niveau portant sur la politique en mati・e de commerce et d'investissement, la mise sur pied d'un forum ・onomique am・icano- africain destin? entre autres, ?encourager, la cr・tion de c・ntreprises, l'engagement d'・ablir une zone de libre-・hange compos・ des ・ats-Unis et de l'Afrique subsaharienne, la lev・ des restrictions ?l'importation par les ・ats-Unis de textiles et de v・ements africains, ainsi que l'entr・ en franchise de douane d'un nombre accru de produits africains aux ・ats-Unis.
Pour participer ?ce programme, un pays africain doit montrer sa ferme volont?de mettre en ・uvre des r・ormes ・onomiques et politiques, de lib・aliser son ・onomie, d'encourager la croissance du secteur priv?et de r・uire la pauvret?
Cette initiative des ・ats-Unis constitue un effort ultime en vue d'aider l'Afrique. Les pays africains doivent entreprendre des r・ormes ou accepter de conna・re des r・ultats ・onomiques de moins en moins bons. Les autres possibilit・ ne sont gu・e acceptables. Le gouvernement Clinton, le Congr・ des ・ats-Unis et le groupe des parlementaires noirs (Black Caucus), qui soutient toujours l'Afrique, ne peuvent gu・e faire plus. Le pr・ident Clinton avait raison lorsqu'il a d・lar?en f・rier 1996, dans son rapport sur la politique commerciale et de d・eloppement envers les pays africains : ?nbsp;Il incombe aux pays africains de s'engager en faveur de ces objectifs et de faire des choix politiques qui leur permettent de les atteindre. L'aide ext・ieure ne peut se substituer au manque de volont?ou aux mauvais choix faits par les ・ats africains. ?
Les dirigeants africains ont eux-m・es ont reconnu ce fait en mai 1986. Ils ont admis collectivement, lors de la session extraordinaire que l'ONU a consacr・ ?l'Afrique, que leurs propres erreurs d'ordre politique, notamment le fait d'avoir n・lig?l'agriculture, avaient ・orm・ent contribu??l'aggravation de la crise ・onomique ?laquelle leur continent ・ait en proie. Un rapport de l'Organisation de l'unit? africaine exhorte les ・ats africains ?prendre des mesures en vue de renforcer les programmes d'incitation, de modifier les politiques d'investissement public, d'am・iorer la gestion ・onomique, notamment en faisant preuve d'une plus grande discipline et d'une plus grande efficacit?lors de l'utilisation des ressources. Fait encore plus remarquable, le rapport souligne qu'il convient d'encourager le r・e positif du secteur priv?
Malheureusement, les ・ats africains ou les institutions internationales telles que la Banque africaine de d・eloppement ont peu progress?sur la voie des r・ormes. Ils prennent ainsi le risque de voir les bailleurs de fonds en arriver ?penser que les dirigeants africains ne sont pas s・ieux au sujet des r・ormes et ?ne plus pr・er attention ?leurs appels ?l'aide. En fait, il semble que c'est d・?le cas. Il y a quelque mois, le Haut-Commissariat des Nations unies pour les r・ugi・ a lanc?un appel d'urgence afin de recueillir 8 millions de dollars destin・ ?faciliter la r・nstallation des r・ugi・ sierra-l・nais et ?leur procurer des vivres. En juin, il n'avait encore re・ que 1,3 million de dollars. Par ailleurs, lass・ des ・hanges incessants d'accusations, les casques bleus de l'ONU se sont retir・ de l'Angola. ?l'heure actuelle, il n'est m・e pas question de les envoyer au Congo.
Une affaire de choix
L'absence de r・ormes finira un jour par entra・er l'effondrement et l'implosion des ・ats. La Somalie, le Rwanda, le Burundi, le Liberia, la Sierra Leone et le Za・e ont fait l'objet d'une implosion ?cause du refus obstin?de leurs dirigeants d'entreprendre des r・ormes ・onomiques et politiques. En revanche, les Blancs en Afrique du Sud ont r・orm?leur r・ime abominable de l'apartheid et r・ssi ? sauver leur pays de la destruction.
Les dirigeants africains peuvent choisir de suivre la voie trac・ par le Rwanda ou celle trac・ par l'Afrique du Sud. Il leur incombe de faire ce choix. La proposition de loi sur la croissance et les possibilit・ ・onomiques en Afrique, qui est actuellement ?l'・ude au Congr・, leur donne l'occasion d'am・iorer le niveau de vie de leurs concitoyens.