LES INCITATIONS AUX RISQUES
ET LA STABILIT?FINANCI・E
INTERNATIONALE
Jim Saxton
pr・ident de la commission ・onomique mixte du
Congr・
Toute r・orme du r・ime financier international doit imp・ativement comporter des mesures visant ?la r・uction des incitations actuellement donn・s aux emprunteurs et aux pr・eurs, qui les encouragent ?prendre des risques en sachant qu'ils b・・icieront de mesures de sauvetage au cas o?ils se trouveraient dans l'incapacit?d'honorer leurs obligations, d・lare le d・ut?Jim Saxton, pr・ident de la Commission ・onomique mixte du Congr・.Ce probl・e dit de ?nbsp;l'al・ moral ? qui existe dans les pays d・elopp・, est nettement plus virulent dans les ・onomies naissantes, note-t-il.
Selon le d・ut?du New Jersey, le Fonds mon・aire international a contribu?au probl・e, ne serait-ce que par inadvertance, en accordant une aide qui ?nbsp;appuie ces incitations et en favorise souvent la prolif・ation ?
Pour M. Saxton, ?nbsp;une mesure possible susceptible de r・uire le nombre d'op・ations de sauvetage et de faire en sorte qu'on ne puisse plus compter sur elles ?l'avenir, ce qui att・uerait de ce fait l'al・ moral ? consisterait ?limiter les fonds octroy・ au FMI.
Les propositions s・ieuses de r・orme de l'・ifice financier international supposent une connaissance pr・lable de notre part des causes fondamentales de nos probl・es financiers internationaux actuels. Seule cette connaissance nous permettra d'instaurer des mesures pr・entives r・l・hies au lieu de nous contenter de r・gir aux ・・ements. La plupart des analystes financiers conviennent que les encouragements aux prises de risques, qui engendrent cet ?nbsp;al・ moral ? ont contribu?aux crises financi・es internationales qui surviennent actuellement. Diverses sommit・ telles que le pr・ident du Syst・e f・・al de r・erve Alan Greenspan, le pr・ident de la Bundesbank Hans Tietmeyer et m・e le directeur g・・al du FMI Michel Camdessus ont ・is des d・larations dans ce sens.
Il existe un ?nbsp;al・ moral ?lorsque les entit・ emprunteuses et pr・euses non seulement re・ivent des encouragements ? entreprendre des activit・ fort risqu・s, mais s'attendent ・alement ? b・・icier de mesures de sauvetage en cas d'・hec de leur entreprise. Les changements structurels survenus dans l'environnement financier et les subventions publiques qui encouragent la prise de risques sont des composantes importantes de cet ・at de choses. Ces incitations perverses ont un effet encore accru lorsque les capitaux propres sont ・uis・. Les analystes reconnaissent que ces types d'incitations perverses ont jou?aux ・ats-Unis dans le secteur des organismes d'・argne et de cr・it et des banques dans les ann・s 1980 et au d・ut des ann・s 1990, et que les pratiques commerciales comportant un degr? ・ev?de risque qui en ont r・ult?se sont sold・s par des pertes ・ormes, les op・ations ・ant toutefois en grande partie garanties par le gouvernement.
Mais le probl・e est nettement plus virulent aujourd'hui dans les ・onomies de march?embryonnaires, et ce pour plusieurs raisons importantes. Il faut reconna・re ce probl・e et entreprendre de le r・oudre avant de pouvoir mettre en ・uvre des r・ormes efficaces.
Les incitations dans les march・ naissants
Les changements structurels favorables aux prises de risques auxquels sont soumises les institutions financi・es des ・ats-Unis, tels que la lev・ des restrictions concernant les produits en l'absence de contr・es ad・uats, touchent ・alement les institutions financi・es de nombreuses ・onomies nouvelles. Mais dans ce dernier cas, des facteurs suppl・entaires entrent en jeu : la lib・alisation des contr・es des capitaux et les mesures de privatisation d'institutions financi・es jusqu'alors sous la tutelle de l'・at amplifient les effets des changements structurels. Ceci se produit souvent dans les ・onomies naissantes dans un contexte o? les apports de fonds propres des propri・aires sont peu ・ev・ du fait, d'une part, que ces institutions appartenaient pr・・emment ? l'・at et, d'autre part, que l'acquisition d'・ablissements financiers par des entit・ tant nationales qu'ext・ieures est assujettie ? certaines restrictions.
L'adjonction ?ces changements structurels de subventions publiques extr・ement g・・euses qui encouragent la prise de risques, souvent sans dispositif de contr・e ad・uat, fournit de puissantes incitations perverses qui favorisent la prise de risques excessifs et la cr・tion de syst・es financiers pr・ispos・ ?la crise.
La situation s'aggrave encore du fait que le secteur bancaire des ・onomies naissantes repr・ente g・・alement une part plus importante de l'activit?financi・e totale en raison du sous-d・eloppement relatif des march・ boursiers. Les facteurs des crises bancaires auront donc des effets perturbateurs plus g・・aux dans ces pays qu'aux ・ats-Unis ou dans les autres ・onomies d・elopp・s. Et comme les ・onomies nouvelles sont g・・alement plus petites et plus ouvertes que les grandes puissances ・onomiques telles que les ・ats- Unis, l'impact des incitations perverses sur les mouvements de capitaux internationaux et sur les taux de change dans ces ・onomies peut ・re significatif.
Les incitations et le FMI
Les interventions de sauvegarde du FMI, tant dans leur potentialit? que dans leur r・lit? viennent conforter et fortifier ces syst・es d'incitations perverses de multiples mani・es. ・ant donn?que le FMI octroie des pr・s aux pays qui encouragent la prise de risques, ces pr・s appuient ces incitations et en favorisent souvent la prolif・ation. Il en est ainsi tout particuli・ement lorsque, comme ? l'heure actuelle, les pr・s du FMI sont octroy・ ?des banques insolvables, c'est-?dire en faillite, plut・ qu'aux banques qui manquent de liquidit・, celles qui se trouvent en difficult? temporaire de tr・orerie. En outre, en ・ablissant un niveau suppl・entaire (international) de garantie gouvernementale, le concours du FMI favorise la prise de risques suppl・entaires, tout particuli・ement de la part des grandes institutions financi・es internationales. Car, en fin de compte, les op・ations de sauvetage du FMI prot・ent ces institutions contre le risque ・ev?que comportent les pr・s aux ・onomies naissantes dot・s d'un syst・e bancaire vuln・able. Les ・onomies de march?embryonnaires se retrouvent de ce fait avec un syst・e financier extr・ement pr・aire o?le risque est subventionn?et qui est particuli・ement expos?au risque de change. Bref, dans les ・onomies nouvelles, les pr・s du FMI accroissent tant les prises de risques que le d・・uilibre de leur situation de change.
Deux caract・istiques des pratiques actuelles du FMI viennent encore aggraver le probl・e. Tout d'abord, le FMI, on le sait, octroie ses pr・s ?des taux d'int・・ subventionn・, ce qui encourage encore davantage la prise de risques et accro・ ces incitations perverses. En deuxi・e lieu, la propension bien connue du FMI au secret et ?la non- transparence g・e la pr・aration de rapports objectifs et de comptes rendus clairs sur ses activit・ de subvention des risques. De ce fait ・alement, cette attitude insulaire perp・ue les incitations perverses et les prises de risques excessifs.
Comment limiter les incitations perverses
Il est imp・atif, dans un premier temps, de reconna・re les incitations perverses pour proc・er ?une r・orme efficace de l'・ifice financier international. Il faut alors, pour instaurer un syst・e financier stable v・itablement r・orm? tenir compte de ces incitations, y rem・ier ou du moins minimiser leurs effets. Si les incitations perverses restent en place, toute tentative de r・orme est vou・ ?l'・hec. En cons・uence, l'adoption d'une ligne d'action con・e pour limiter les incitations aux prises de risques doit ・re l'un des objectifs prioritaires de la r・orme, ・ant donn?que cela aura pour effet de stabiliser le syst・e financier international et de limiter le nombre et la gravit?des crises financi・es.
Il est ・idemment primordial, pour assurer le succ・ de la r・orme, de limiter les incitations perverses au niveau national. Dans toute la mesure du possible, l'octroi de subventions publiques en faveur du risque doit ・re limit? Il convient ・alement de prendre des mesures pour s'assurer que les profits comme les pertes soient privatis・. Mais il faut aussi entreprendre des r・ormes au niveau international. Les organismes internationaux tels que le FMI, qui accentuent involontairement les incitations perverses, doivent faire l'objet d'une attention particuli・e. Une mesure possible susceptible de r・uire le nombre d'op・ations de sauvetage et de faire en sorte qu'on ne puisse plus compter sur elles ?l'avenir, ce qui att・uerait de ce fait l'al・ moral, consisterait ?limiter les fonds octroy・ au FMI. Ces mesures qui r・uisent l'al・ moral ont pour effet de stabiliser les march・ financiers internationaux et ne sont donc pas isolationnistes contrairement ?ce que veulent bien affirmer les partisans de l'octroi de fonds au FMI. Au contraire, elles favorisent la mise en place d'incitations stabilisatrices et donc l'instauration d'un syst・e financier international sain.
Mais la limitation des ressources du FMI n'est pas la seule mesure envisageable de r・uction de l'al・ moral. Celui-ci serait ・alement r・uit par l'adoption de taux d'int・・ aux conditions du march? et ajust・ en fonction du risque. De plus, des r・ormes exigeant une ouverture et une transparence consid・ablement accrues de la part du FMI feraient ・alement ressortir les pratiques de subvention des risques. Ces r・ormes font partie des principales mesures propos・s dans le projet de loi de 1998 sur la transparence et l'efficacit? du FMI (H.R. 3331), que j'ai d・os?devant la Chambre des repr・entants.
?l'horizon plus lointain, les objectifs du FMI devraient ・re clarifi・ et limit・ ?l'octroi de pr・s (non subventionn・) pour faire face aux probl・es de liquidit?pour aider les pays ? surmonter les difficult・ temporaires d'ajustement ?court terme. Cette mesure contribuerait ?minimiser l'al・ moral et ?stabiliser les march・.
Autres recommandations
Outre les mesures correctives ?apporter aux incitations ・onomiques, la politique am・icaine peut contribuer ?assurer la stabilit?du syst・e financier international. La politique mon・aire du Syst・e f・eral de r・erve, par exemple, devrait se fixer pour principal objectif politique d'assurer la stabilit?des prix. Je me suis exprim?en faveur de cet objectif non seulement lors des s・nces de travail de la Commission ・onomique mixte consacr・s ?ce sujet, mais aussi dans le texte des mesures l・islatives de stabilisation des prix que j'ai propos・s (H.R. 2360).
Une politique mon・aire de stabilisation des prix de la part des ・ats-Unis peut contribuer de mani・e significative ?la stablilit? des prix et des march・ financiers mondiaux, en raison du r・e important du dollar en tant que principale monnaie de r・erve mondiale. Dans leurs efforts de stabilisation des prix, les autorit・ mon・aires charg・s de la monnaie de r・erve mondiale devraient accorder une attention toute particuli・e ?la valeur du dollar des ・ats-Unis en tant qu'indicateur important (?savoir le prix du march? ou en tant que guide des mesures visant ?la r・lisation de l'objectif de stabilisation des prix. Cette d・arche aura pour effet non seulement de promouvoir la stabilit?des prix, mais aussi de stabiliser le march?des devises.
Ainsi, des mesures de stabilisation des prix au niveau mondial conjugu・s ?des incitations financi・es stabilisatrices contribueront puissamment ?la stabilit?du syst・e financier international.
Perspectives
・onomiques
Revue ・ectronique de l'USIA, volume 3, num・o
4, ao・ 1998