Les fournisseurs américains de services enregistrent d'importants gains sur plusieurs marchés latino-américains, notamment en Argentine et au Mexique, affirme M. Jude Kearney, vice-ministre adjoint du commerce chargé des services et des investissements.
Toutefois, selon M. Kearney, qui dirige un programme gouvernemental de promotion des exportations de services, les obstacles aux activités des fournisseurs américains de services continuent à être énormes dans certains pays d'Asie, dont la Chine, l'Inde et la Malaisie.
Le haut fonctionnaire estime que l'Organisation mondiale du commerce (OMC) peut aider à réduire ces obstacles et à régler les différends dans ce secteur.
Cette interview a été menée par Jon Schaffer, correspondant économique de l'USIA.
Question : En 1995, les États-Unis ont enregistré un excédent de 63 milliards de dollars dans leurs exportations de services, qui ont progressé de 10 milliards de dollars. Que nous réserve l'avenir dans ce domaine ?
M. Kearney : Les services seront peut-être le « produit » le plus indispensable à la croissance du commerce international dans les années à venir. Évidemment, il arrivera un moment où des augmentations énormes des exportations de services seront moins probables qu'elles ne le sont actuellement. Mais il s'agit du meilleur secteur commercial des États-Unis en matière d'exportation et il continuera à être, dans un avenir prévisible, l'un des principaux domaines sur lesquels porteront nos efforts d'expansion des échanges.
Certes nos produits manufacturés sont compétitifs sur les marchés étrangers. Mais la demande de techniques des services liées à la production de ces biens y est encore plus forte. Dans l'ensemble de l'industrie manufacturière et dans des activités comme les assurances, le commerce de détail, la santé, les télécommunications et les banques, les entreprises américaines ont mis au point des techniques de services supérieures à celles de nos partenaires commerciaux.
Quels seront les principaux services qui vont connaître la plus forte croissance en matière d'exportation ? Très probablement les télécommunications, les banques, l'énergie et peut-être l'agro-industrie.
Q. : Vous êtes chargé de diriger une nouvelle initiative en matière de services pour le gouvernement Clinton. En quoi consiste cette initiative et quels sont les principaux marchés visés ?
M. Kearney : Cette initiative, lancée au printemps de 1995, a pour but de regrouper toutes les ressources disponibles au sein du gouvernement afin de les affecter à ce secteur clé des exportations. Nous mettons à profit les divers instruments dont disposent le ministère du commerce et d'autres services gouvernementaux, notamment les missions commerciales, les séminaires et les consultations bilatérales.
Nos efforts visent les gros marchés naissants : le Brésil, le Mexique, l'Argentine, l'Afrique du Sud, la Turquie, la Pologne, l'Inde, la Corée du Sud, les sept membres de l'ANASE (Brunei, Malaisie, Philippines, Singapour, Thaïlande, Indonésie et Viêt-nam), ainsi que la zone économique chinoise qui comprend la Chine, Hong-Kong et Taïwan. Dans l'année qui a suivi le lancement de cette initiative, nous avons envoyé des missions commerciales en Chine, en Inde, en Europe de l'Est, en Afrique du Sud et en Argentine.
Nous ne négligeons pas les autres marchés plus développés, mais les missions de promotion des services américains seront envoyées dans les pays où les sociétés américaines pensent pouvoir accroître leurs possibilités d'exportation avec l'aide de notre gouvernement.
Q. : Quels sont les obstacles auxquels se heurtent les industries américaines des services sur les gros marchés naissants ?
M. Kearney : Ces marchés sont très prometteurs, mais ils posent aux sociétés américaines qui veulent y faire du commerce, particulièrement dans le secteur des services, d'importants obstacles liés aux institutions et à l'infrastructure.
Ainsi, la Chine est le plus gros de ces importants marchés naissants mais, à part deux exemples dans lesquels la Chine a fait des « expériences » en matière d'investissements étrangers, les autorités de ce pays n'autorisent pas les assureurs étrangers à délivrer des polices d'assurance. Il y a quelques mois, la Chine a promulgué une loi sur les assurances mais elle n'a pas encore publié de réglementation en la matière. C'est pourquoi il est décourageant pour les assureurs américains de tenter d'avoir des activités en Chine à l'heure actuelle. Heureusement, l'industrie américaine des assurances ne se laisse pas abattre. Elle n'a pas abandonné tout espoir et nous non plus.
La situation est la même en Inde, où le gouvernement a entrepris des réformes économiques mais où les autorités sont dépassées par les élections et la situation politique. Leurs efforts de libéralisation des services financiers, les assurances en particulier, ont été suspendus. À l'heure actuelle, aucun assureur américain n'est autorisé à faire des affaires en Inde. La Malaisie est l'un des pays qui ont le plus de mal à accepter la libéralisation des services financiers, la Corée aussi. Dans le cas de la Malaisie, il y a d'énormes disparités entre le traitement dont bénéficient les investisseurs locaux et ceux qu'on accorde aux investisseurs étrangers. Dans la plupart des cas, cela découle de la législation en vigueur.
Nous sommes parvenus à obtenir la réduction de certains de ces obstacles. En Chine, le gouvernement a manifesté le désir d'augmenter le niveau des services que peuvent fournir les juristes étrangers, selon la façon dont ils s'associent avec les firmes chinoises locales. Mais les restrictions qui subsistent montrent que nous avons encore beaucoup de chemin à faire.
Q. : Quelle est l'expérience des fournisseurs américains de services en Amérique latine ?
M. Kearney : En dépit de ses nombreux obstacles, le Brésil a moins d'interdictions manifestes que de nombreux autres marchés naissants. De ce fait, les fournisseurs américains de services financiers sont la plus grande source d'investissements étrangers du secteur de services dans ce pays.
Il ne fait aucun doute que les États-Unis connaissent des succès en Argentine. Au cours d'une mission commerciale dans ce pays, nous avons discuté de certains des obstacles aux assurances et à la gestion de fonds de retraite et on a enregistré, depuis lors, une augmentation énorme des investissements. Et même dans les domaines des télécommunications et de la passation des marchés, les sociétés américaines ont bien réussi en Argentine. Dans les pays où nous nous sommes rendus personnellement, nous avons pu obtenir de bons résultats. Un tel niveau d'attention est nécessaire si l'on veut ouvrir les marchés étrangers aux fournisseurs américains.
Au Mexique également, je pense que les fournisseurs américains de services connaissent quelque succès, en dépit des récents problèmes économiques et monétaires de ce pays.
Dans de nombreux pays de la région, le pourcentage de participation étrangère au capital social dans les services reste toutefois limité. Et certains d'entre eux exigent une capitalisation parfois onéreuse. Souvent, même s'ils peuvent obtenir une licence, les assureurs étrangers ne bénéficient pas du même traitement que les sociétés locales.
Q. : Quand les consultations bilatérales et les missions commerciales ne sont pas efficaces, l'article 301 sur les pratiques commerciales déloyales promet-il d'ouvrir les marchés étrangers aux fournisseurs américains de services ?
M. Kearney : Une fois que nous aurons un Accord général sur le commerce des services (GATS), c'est à l'Organisation mondiale du commerce que l'on s'adressera en premier pour résoudre les différends. J'ai toujours pensé que le GATS ne nous priverait pas de la possibilité de négocier bilatéralement et de développer les marchés. L'article 301 ne peut supplanter l'OMC, mais il reste important pour maintenir la communication. Nous espérons que les mesures prévues par l'article 301 deviendront moins nécessaires quand les nouvelles normes du GATS et de l'OMC seront appliquées.
Q. : Quelle est la viabilité du GATS dans la mesure où, contrairement aux autres accords conclus dans le cadre du cycle de l'Uruguay, les pays signataires peuvent ne pas prendre certains engagements précis dans des secteurs particuliers des services ?
M. Kearney : Le GATS est un document très précieux et très efficace parce qu'il introduit chez nos partenaires commerciaux étrangers des normes communes de traitement, d'accès aux marchés et d'équité. En fait, le simple processus de négociation du GATS a exposé tous les pays à un ensemble commun d'objectifs et de normes pour le commerce des services.