La r・orme du Fonds mon・aire international et le recentrage de ses
activit・
Phil Gramm, pr・ident de la commission s・atoriale
des questions bancaires,
du logement et de l'urbanisme
Le Fonds mon・aire international (FMI) devrait revenir ?sa mission initiale, qui consiste ?aider les pays en proie ?une grave crise financi・e en leur accordant des pr・s ?court terme ?des taux non concessionnels, mission qui traduit son caract・e de ?nbsp;pr・eur de dernier ressort ? estime M. Phil Gramm, s・ateur r・ublicain du Texas. M. Gramm pr・ide la commission bancaire du S・at, dont la comp・ence s'・end aux textes de loi relatifs au FMI. Selon lui, le FMI devrait ・alement cesser d'accorder des pr・s ?long terme et une aide au d・eloppement, r・e qui convient mieux ?la Banque mondiale.M. Gramm, qui a toujours critiqu?la politique du gouvernement des ・ats-Unis ? l'・ard du FMI, ajoute qu'il convient de prendre des mesures pour que les avantages de l'all・ement de la dette offert par le FMI et la Banque mondiale aux pays les plus pauvres aillent bien ?la population de ces pays. ?nbsp;En l'absence de garanties sur la fa・n dont les ressources ainsi lib・・s seront utilis・s, celles-ci risquent fort de servir ? subventionner la corruption des pouvoirs publics ? dit-il.
L'an dernier, le Congr・ et le gouvernement des ・ats-Unis se sont efforc・ de trouver le meilleur moyen d'aider les pays menac・ de ruine en raison de crises financi・es majeures ou de l'・ormit?de leur dette ext・ieure En tant que pr・ident de la commission bancaire du S・at, il y a un principe sur lequel je ne suis pas pr・ ?transiger : l'aide des ・ats-Unis doit permettre aux pays de r・oudre leurs probl・es, et non de les perp・uer.
Trop souvent, au lieu d'・re utilis・ pour tirer les populations d'une pauvret? accablante, l'aide des ・ats-Unis est dilapid・ par les bureaucrates et par les tyrans, qui condamnent ainsi leurs concitoyens ?l'aggravation de leur pauvret? Nous devons cesser de gaspiller notre argent et commencer ?l'affecter dans les domaines o?il peut avoir des effets importants pour des millions de pauvres ?travers le monde. Si nous voulons mettre fin au cycle permanent de la pauvret? il nous faut r・ormer le Fonds mon・aire international en recentrant ses activit・ et en lui redonnant sa mission initiale. Et nous devons faire en sorte que l'all・ement de la dette offert par le FMI profite aux habitants des pays d・esp・・ent pauvres et non pas aux ・ites corrompues qui les gouvernent.
Aper・ de la mission et de l'ordre de priorit?du FMI
La r・orme du FMI est la premi・e ・ape indispensable. En tant que pays dont la quote-part au FMI est la plus importante, les ・ats-Unis n'obtiennent pas un tr・ bon rendement pour leur investissement. Les montages financiers du FMI en cas de crise sont devenus plus importants, plus longs et plus fr・uents, mais produisent peu de r・ultats tant sur le plan ・onomique que sur celui du d・eloppement dans les pays b・・iciaires. Un grand nombre des Texans qui m'ont ・u diraient qu'un tel investissement ・happe aux r・les du sens commun.
Le Congr・ a propos?certaines r・ormes fondamentales en 1998, lorsqu'il a vot?en faveur de l'octroi au FMI de 18,2 milliards de dollars pr・ev・ sur l'argent de nos contribuables. En ・hange, nous avons insist?pour que le FMI accorde la priorit?aux r・ormes ax・s sur l'・onomie de march?et aux mesures de bonne gestion des affaires publiques, afin de garantir que les avantages procur・ par son aide aillent bien aux cat・ories d・avoris・s de la population. Certains progr・ ont eu lieu. Mais, dans l'ensemble, nous attendons toujours que le FMI s'attelle ?la t・he et qu'il mette en ・uvre des r・ormes.
Au cours de l'ann・ ・oul・, j'ai fait pression en faveur d'une r・orme encore plus fondamentale : la r・ffirmation de la mission initiale du FMI. Si nous voulons que les populations pauvres du monde (et les contribuables am・icains) puissent profiter de notre investissement, il me semble que les ・ats-Unis devraient d・inir clairement la mission du FMI telle que nous la concevons. Cette mission devrait se rapprocher du r・e que l'on lui avait assign??l'origine. Aux termes de l'accord de Bretton Woods, le FMI avait pour mission, ?sa cr・tion, d'accorder des pr・s de liquidit・ ?court terme pour tenter de maintenir la stabilit?des changes. Mais comme tous les organismes publics, nationaux aussi bien qu'internationaux, il a red・ini sa mission et l'a progressivement ・argie lorsqu'elle n'a plus correspondu ?la r・lit?
Aujourd'hui, le FMI passe son temps ?faire face ?de graves crises mon・aires dans des pays en d・eloppement en accordant des pr・s ?long terme, souvent concessionnels. Les conditions de ces pr・s s'・endent sur des ann・s. Soixante-dix pays ont endett・ envers le FMI depuis plus de vingt ans. En mars 2000, la commission consultative des institutions financi・es internationales, connue sous le nom de commission Meltzer, a soumis au Congr・ un rapport sur le FMI et sur les banques de d・eloppement. Comme l'a soulign?cette commission, le glissement de la mission du FMI a rendu les pays pauvres de plus en plus d・endants ?son ・ard sans pour cela favoriser la r・lisation de progr・ dans le domaine ・onomique.
Le cycle de la pauvret?que favorise la dette ne sera rompu que lorsque le FMI modifiera et son ordre de priorit?et sa mission. En ce qui concerne son ordre de priorit? il devrait mettre en vigueur l'ensemble des r・ormes propos・s par le Congr・ en 1998. En incitant les pays ?adopter des mesures ax・s sur l'・onomie de march?qui encouragent la croissance ・onomique et la d・ocratie et qui d・ouragent la corruption, nous pouvons faire en sorte que ce soient les habitants de ces pays, et non les ・ites au pouvoir, qui r・oltent les avantages de l'aide du FMI.
Quant ?la r・orme de la mission du FMI, je propose trois ・apes. La premi・e consiste ?amener le FMI ?se concentrer de nouveau sur sa mission fondamentale, c'est- ?dire l'octroi de pr・s ?court terme pour rem・ier ?l'instabilit?financi・e et mon・aire, tout en renon・nt ?l'aide au d・eloppement (t・he qui convient mieux ?la Banque mondiale). La deuxi・e consiste ?restreindre et ?supprimer progressivement les m・anismes actuels de pr・s ?long terme. Pour ce qui est de la troisi・e, il s'agit de fixer pour les pr・s du FMI des taux d'int・・ traduisant son r・e de ?nbsp;pr・eur de dernier ressort ? de fa・n ?encourager les pays ?utiliser en premier des sources priv・s de financement. Avec ces r・ormes, les populations pauvres du monde pourront constater une am・ioration appr・iable de leur condition.
All・ement de la dette
Nous avons besoin de r・ormes semblables en ce qui concerne l'all・ement de la dette dans le cadre de l'initiative multilat・ale en faveur des pays pauvres tr・ endett・. ? ce jour, 22 pays d・esp・・ent pauvres - le B・in, la Bolivie, le Burkina Faso, le Cameroun, la Guyane, la Gambie, la Guin・, la Guin・-Bissau, le Honduras, Madagascar, le Malawi, le Mali, la Mauritanie, le Mozambique, le Nicaragua, le Niger, l'Ouganda, le Rwanda, Sao Tome et Principe, le S・・al, la Tanzanie et la Zambie - remplissent les conditions n・essaires pour b・・icier d'un all・ement d・assant au total 30 milliards de dollars. Il se peut que, par la suite, 11 autres pays les remplissent ・alement.
Ces 33 pays ont emprunt?de l'argent aux ・ats-Unis et ?d'autres pays. Or ils ont souvent gaspill?cet argent en le consacrant ?des programmes qui sont rejet・ dans le monde entier ; trop souvent, des bureaucrates ou des tyrans l'ont tout simplement vol? Ces pays n'ont cependant eu de cesse de r・lamer aux ・ats-Unis l'annulation de leur dette et, l'an dernier, le Congr・ a finalement accept?de le faire. Il a vot?des cr・its s'・evant ?435 millions de dollars pour la participation des ・ats-Unis ?l'initiative en faveur des pays pauvres tr・ endett・ et autoris?le FMI ?utiliser le produit de la vente d'une partie de ses r・erves d'or pour sa propre participation ?cette initiative.
?College Station (Texas), dont je suis originaire, il est tr・ difficile d'obtenir le soutien des ・ecteurs en faveur de l'annulation de milliards de dollars de dette au profit de pays qui ont pris cet argent et qui l'ont gaspill? J'・ais n・nmoins dispos??les annuler parce que je pensais que la suppression de la dette ext・ieure de pays d・esp・・ent pauvres qui n'avaient pas la moindre chance de pouvoir la rembourser ・ait une mesure rationnelle de la part des ・ats-Unis.
Je n'ai cependant pas soutenu l'accord de l'an dernier relatif au financement de l'all・ement de la dette. Si je ne l'ai pas fait, c'est parce qu'il ne pr・oyait pas m・e de garantir que les avantages de l'all・ement de la dette iraient ?la population et non pas aux pouvoirs publics des pays b・・iciaires. Le gouvernement Clinton avait pr・ent?le programme d'all・ement de la dette comme ?nbsp;une bonne pratique financi・e ?et comme ?nbsp;le bon moyen de r・uire la pauvret?nbsp;? Telle ・ait peut-・re son intention. Toutefois, en l'absence de garanties sur la fa・n dont les ressources ainsi lib・・s seront utilis・s, on court un grand risque de subventionner ainsi la corruption des pouvoirs publics dans des pays comme la Gambie et le Cameroun, ou d'encourager la violence dans des pays d・hir・ par la guerre comme le Tchad, au lieu de rompre le cycle de la pauvret?qui frappe leurs habitants.
Je pensais alors, et je continue ?penser, que si nous nous proposons d'annuler la dette de ces pays, nous devons veiller ?ce que les avantages de cette annulation aillent bien ? leurs habitants et non pas aux ・ites corrompues qui les gouvernent. Sinon, notre geste de bonne volont?・uivaudra simplement ?jeter cet argent par les fen・res. D'autres que moi sont parvenus ?la m・e conclusion.
Conditions de l'annulation de la dette
Voici un exemple qui illustre mes craintes : le jour m・e o?l'Ouganda, l'un des premiers pays ?pouvoir pr・endre ?l'annulation de leur dette ext・ieure, remplissait les conditions n・essaires ?cet effet, son pr・ident s'achetait un avion ?r・ction de grand luxe, un ?nbsp;Gulf Stream ?de 32 millions de dollars, pour ses voyages ? travers le pays. La ?nbsp;bonne ?nouvelle semble ・re le fait qu'?l'origine cet avion co・ait 47 millions de dollars. Mais elle perd toute importance quand on songe que ces 32 millions de dollars auraient pu faire beaucoup de bien aux Ougandais pauvres et travailleurs s'ils avaient servi ?promouvoir la croissance ・onomique du pays.
Autre exemple : le Tchad, pays qui remplit peut-・re les conditions n・essaires pour b・・icier d'un all・ement de la dette au titre de l'Initiative en faveur des pays pauvres tr・ endett・, occupe une place importante dans le rapport annuel du d・artement d'・at sur les violations des droits de l'homme. Le dernier en date de ces rapports signale que les forces de s・urit?du Tchad continuent ?proc・er ?des ex・utions extrajudiciaires et ?torturer, battre, maltraiter et violer des personnes. Je ne suis pas en faveur d'all・er la dette d'un ・at qui inflige des s・ices (torture, viol, exactions) ?sa population.
Il est vrai que les gouvernements civils issus d'・ections sont de plus en plus nombreux, mais ce n'est pas le cas dans un grand nombre de ces pays. Il existe peut-・re de nouvelles fa・ns d'emp・her que notre argent ne serve ?subventionner les budgets militaires ou ?remplir les comptes en banque en Suisse des dictateurs, mais le FMI ne veut pas les utiliser. Le r・ultat risque d'en ・re la poursuite de la guerre, des vols, des s・ices et des souffrances inflig・ aux populations ?l'・helle d'un continent.
Je consid・e que la solution en mati・e d'all・ement de la dette est comparable ?celle adopt・ par les m・ages am・icains apr・ que l'huissier eut sonn??leur porte : ils calculent combien ils gagnent et combien ils d・ensent, puis d・ident des changements ? adopter pour ・re de nouveau solvables. En d'autres termes, ils modifient leurs habitudes et leur comportement.
C'est pourquoi j'ai propos?que nous posions les deux conditions suivantes pour l'annulation de la dette : premi・ement, on ne doit annuler aucune partie de la dette d'un pays dont les pouvoirs publics commettent de graves violations des droits de l'homme ; deuxi・ement, le pays qui b・・icie d'un all・ement de sa dette doit ・ablir des crit・es ax・ sur l'・onomie de march?pour mesurer les progr・ r・lis・ en mati・e de r・ormes ・onomiques et de bonne gestion des affaires publiques. J'estimais que c'・ait le moyen le plus efficace d'assurer que la contribution des ・ats-Unis mette fin aux souffrances des habitants de ces pays. C'・ait ce que je proposais l'an dernier lorsque le Congr・ a vot?les cr・its n・essaires pour l'all・ement de la dette, et ma proposition tient toujours.
Rompre le cycle de la pauvret?/B>
Des millions de gens, de par le monde, vivent dans des conditions de pauvret?et de souffrances accablantes. Ils m・itent mieux de leurs dirigeants. La r・orme du FMI et le recentrage de ses activit・ auraient pu peut-・re apprendre ?leurs dirigeants que les mesures structurelles ax・s sur l'・onomie de march?qui favorisent la croissance ・onomique et la bonne gestion des affaires publiques sont une solution plus judicieuse que celle qui consiste ?continuer ?recourir aux m・hodes socialistes qui rejettent la libert?・onomique et qui favorisent la d・endance vis-?vis des pr・s du FMI et d'・ats ・rangers. Gr・e ?un all・ement international de la dette assujetti ?l'affectation des ressources nouvellement disponibles ?un usage productif, les ・ats en question auraient pu am・iorer le niveau de vie de leur population.
Je regrette que ni la r・orme du FMI ni les garanties relatives ?l'all・ement de la dette n'aient beaucoup progress?l'an dernier. J'esp・e n・nmoins, dans l'int・・ des populations pauvres du monde, que des progr・ auront lieu dans le domaine ・onomique. En attendant, j'ai l'intention de continuer ?me battre pour obtenir que l'aide des ・ats- Unis permette ?des pays de rompre le cycle de la pauvret?et non de le perp・uer.
(Note : les opinions exprim・s dans le pr・ent article ne refl・ent pas n・essairement les vues ou la politique du gouvernement des ・ats-Unis.)