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Les pays en d・eloppement sont pour la reprise des n・ociations, mais ?pas n'importe quel prix
Jabulani Sikhakhane
R・acteur de l'hebdomadaire sud-africain ?nbsp;Financial Mail ?
Les pays en d・eloppement ont pr・・?voir ・houer la conf・ence minist・ielle de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) ?Seattle plut・ que d'accepter la mise en route d'un nouveau cycle de n・ociations qui aurait fait le jeu des pays industriels, d・lare M. Jabulani Sikhakhane, r・acteur de l'hebdomadaire sud-africain ?nbsp;Financial Mail ? Il y a cependant des pays en d・eloppement qui appellent de leurs v・ux le lancement d'un nouveau cycle dans un avenir proche, parce qu'ils sont relativement unis en ce moment et qu'il vaut mieux battre le fer quand il est chaud, indique-t-il. Par ailleurs, les pays en d・eloppement rejettent le programme des n・ociations commerciales tel qu'il est envisag?par l'Europe et le Japon, car ils ne disposent pas des moyens n・essaires pour y participer comme il convient.
Les pays en d・eloppement sont-ils les gros perdants de la conf・ence minist・ielle de l'OMC tenue ?Seattle, au cours de laquelle les participants n'ont pas r・ssi ?se mettre d'accord sur un nouveau programme de n・ociations commerciales ? C'est ce que pense le directeur g・・al de l'Organisation mondiale du commerce, M. Mike Moore.
?nbsp;Je suis particuli・ement d蜃u parce que, du fait de l'ajournement de nos d・ib・ations, les avantages dont auraient b・・ici?les pays en d・eloppement et les pays les moins avanc・ seront diff・・, alors que les difficult・ auxquelles ils se heurtent ne seront pas aplanies ? a-t-il d・lar?lors de la cl・ure de la conf・ence de Seattle en d・embre.
Si M. Moore a raison d'・oquer les cons・uences d'un tel retard, il n'en reste pas moins vrai que la plupart des pays en d・eloppement ne pensent pas ・re les gros perdants de la tentative avort・ du lancement du cycle de n・ociations commerciales du mill・aire lors de la conf・ence minist・ielle de Seattle. Pour eux, l'・hec des n・ociations est pr・・able ?l'adoption d'un programme commercial qui aurait ・?entach?d'un parti pris marqu?pour les pays industriels riches.
Les pays en d・eloppement aimeraient que l'on passe en revue les points d・ectueux des accords conclus pendant le cycle d'Uruguay, notamment en ce qui concerne les mesures antidumping, les mesures sanitaires et phytosanitaires et les aspects des droits de propri・?intellectuelle qui touchent au commerce.
Ils sont all・ ?Seattle remplis d'amertume devant les r・ultats des n・ociations commerciales du cycle d'Uruguay conclues en 1993, consid・ant qu'elles ont essentiellement profit?aux pays industriels riches.
De leur point de vue, le programme du cycle d'Uruguay a privil・i?les secteurs ・onomiques dans lesquels les pays industriels d・iennent un avantage comparatif, alors qu'il n'a pas fait grand-chose pour ouvrir les secteurs, tels celui de l'agriculture, du textile et de l'habillement, dans lesquels les pays en d・eloppement peuvent soutenir la concurrence.
Face ?ce d・・uilibre et ?l'aboutissement du cycle d'Uruguay, les pays en d・eloppement arguent que l'application des accords conclus ?cette occasion leur a co・?des sommes tr・ importantes sans leur apporter beaucoup d'avantages en contrepartie.
De fait, la Banque mondiale a estim??150 millions de dollars le co・ pour les pays en d・eloppement de l'application de trois de ces accords seulement.
Les pays en d・eloppement font valoir que les pays industriels rechignent ?diminuer le niveau de protection qu'ils accordent ?leur agriculture, aux industries de transformation et aux secteurs du textile, de l'habillement et de la chaussure. Compte tenu du r・e dominant que joue l'agriculture dans leur ・onomie, la plupart des pays en d・eloppement, en particulier les moins avanc・, voient dans la lib・alisation du commerce des produits agricoles la meilleure chance de tirer parti de l'int・ration ・onomique mondiale.
Or les pays industriels conservent les immenses forteresses qu'ils ont ・ig・s autour de leur secteur agricole. Dans son rapport de 1999 sur le commerce et le d・eloppement, la Conf・ence des Nations unies sur le commerce et le d・eloppement (CNUCED) constate que les 29 pays membres de l'Organisation de coop・ation et de d・eloppement ・onomiques (OCDE) ont d・ens?en moyenne 350 milliards de dollars par an au titre des aides ?l'agriculture entre 1996 et 1998. Il convient de contraster ce chiffre au volume total des exportations de produits agricoles des pays en d・eloppement, soit 170 milliards de dollars.
?nbsp;Qu'il prenne la forme de la subvention directe des exportations ou celle de paiements directs aux agriculteurs, ce soutien ?l'agriculture a pour effet de permettre la vente de produits agricoles sur les march・ nationaux et mondiaux ?un co・ inf・ieur au prix de revient ? font remarquer les auteurs du rapport. ?nbsp;Les r・ercussions sur les producteurs des pays en d・eloppement peuvent se r・・er consid・ables, non seulement parce que ces derniers ne peuvent pas p・・rer sur les march・ du Nord, mais aussi parce qu'ils doivent subir une concurrence d・oyale sur leurs propres march・. ?
La CNUCED ajoute que la suppression des subventions et des autres autres formes de protection que les pays industriels conf・ent ?leur secteur agricole et ?leurs industries de transformation se traduirait, pour les pays en d・eloppement, par l'ouverture de cr・eaux d'exportation d'une valeur de 700 milliards de dollars.
Au vu du poids politique des agriculteurs dans les pays industriels, et en particulier dans les quinze ・ats membres de l'Union europ・nne et au Japon, l'engagement de diminuer les subventions et les autres formes de soutien offertes aux agriculteurs pourrait ・re une d・ision difficile ?prendre. Mais ce sont pr・is・ent des d・isions politiquement courageuses que doivent prendre les pays industriels s'ils veulent esp・er convaincre les pays en d・eloppement non seulement qu'ils sont acquis ?l'objectif de la lib・alisation des ・hanges, mais aussi que cet objectif se r・・era b・・ique pour tous.
La conf・ence de la CNUCED : l'occasion d'avoir de franches discussions
La difficult?imm・iate ?laquelle se heurtent les pays en d・eloppement depuis la fin de la conf・ence de Seattle, c'est de maintenir leur coh・ion tandis qu'ils cherchent ?faire avancer bon an, mal an les n・ociations commerciales de l'OMC. En faisant le point des pourparlers de Seattle, le ministre sud-africain du commerce, M. Alec Erwin, a insist?sur le degr?auquel l'Afrique du Sud et les autres pays en d・eloppement avaient r・ssi ?coordonner leurs positions sur un certain nombre de sujets.
?nbsp;J'ai l'impression que les ・roites relations de travail qui ont ・?forg・s entre le Br・il, l'Egypte, l'Afrique du Sud, Singapour et la Tha・ande - dont les positions ・aient tr・ proches - ont jou?un r・e important pendant les n・ociations de Seattle ? a dit le ministre avant d'ajouter que la pr・entation d'un front relativement uni avait incit?l'Inde ?se rallier ?une position plus mod・・.
M. Erwin s'est rendu en Inde au d・ut de l'ann・ pour y rencontrer son homologue, M. Musaroli Maran, et le consulter sur la fa・n dont l'OMC devrait proc・er. Il pr・oit d'avoir des consultations avec des ministres d'autres pays en d・eloppement.
Ces consultations atteindront leur point culminant ?la 10e conf・ence de la CNUCED, qui se tiendra ?Bangkok (Tha・ande) du 12 au 19 f・rier. Y participeront ・alement des repr・entants des pays industriels ainsi que les dirigeants de la Banque mondiale, du Fonds mon・aire international et de l'OMC.
Outre le fait qu'elle offrira aux pays en d・eloppement un forum au sein duquel ils pourront faire fond sur leur coh・ion, la conf・ence de la CNUCED donnera aux pays industriels l'occasion de ?nbsp;faire la paix ?avec eux. De surcro・, M. Moore pourra ainsi reprendre contact avec les pays membres de l'OMC.
Att・uer les divergences d'opinions sur le programme de travail
S'il est vrai que les pays industriels riches n'envisagent pas tous les n・ociations commerciales sous le m・e angle, certains pays en d・eloppement, dont l'Afrique du Sud, maintiennent cependant que ceux-ci ont au bout du compte des int・・s communs. D'o?l'importance qu'il y a pour les pays en d・eloppement de maintenir leur coh・ion, voire de la renforcer, tandis qu'ils s'efforcent de faire progresser le programme des n・ociations commerciales. C'est aussi ce qui explique que la plupart des pays en d・eloppement aient h・e de voir reprendre les n・ociations, avant que leur coh・ion ne s'effrite.
Or, tout d・end du degr?auquel les pays industriels - principalement les ・ats-Unis, l'Union europ・nne et le Japon - sont dispos・ ?r・uire les ・arts qui les s・arent.
L'une des diff・ences fondamentales qui existent entre l'Union europ・nne et le Japon, d'une part, et les ・ats-Unis, de l'autre, concerne l'ampleur de tout nouveau programme de n・ociations commerciales. Les ・ats-Unis souhaitent que les n・ociations soient ax・s sur l'agriculture, les services et l'acc・ aux march・ ainsi que sur les questions qui concernent les pays en d・eloppement ; l'Union europ・ne et le Japon plaident pour un programme plus large, qui comprendrait ・alement les r・les relatives aux investissements, les mesures antitrust et l'・aboration de nouvelles disciplines en mati・e de recours aux lois antidumping.
La plupart des pays en d・eloppement jugent d・oyales ces revendications des Europ・ns et des Japonais, parce que l'adoption d'un programme de travail de grande envergure alourdirait le fardeau d・?pesant qu'ils doivent porter depuis la mise en ・uvre des accords du cycle d'Uruguay.
Les inconv・ients d'un programme de grande envergure
La formulation d'un programme de grande envergure est lourde de cons・uences pour les pays en d・eloppement, ne serait-ce qu'?cause du fardeau suppl・entaire qu'elle leur imposerait sur les plans financier et humain dans la perspective de leur participation aux n・ociations. Le rapport de la CNUCED sur le commerce et le d・eloppement dans le monde (1999) indique que, des 42 pays africains membres de l'OMC, 19 n'ont pas de repr・entant charg?des affaires commerciales au si・e de l'OMC ?Gen・e. En revanche, les pays membres de l'OMC en ont en moyenne un tout petit peu moins de sept chacun. L'absence ou l'insuffisance de la repr・entation des pays en d・eloppement ?Gen・e compromet s・ieusement leur capacit?de participer aux activit・ de l'OMC.
En l'・at actuel des choses, les moyens des pays en d・eloppement qui sont repr・ent・ ?Gen・e sont loin de suffire, en raison du nombre exceptionnellement ・ev?des r・nions de l'OMC (46 en moyenne par semaine en 1996) et des consultations tenues ?Gen・e.
?nbsp;Cet ・at de fait gr・e consid・ablement la capacit?qu'a un pays de maintenir ?Gen・e une d・・ation comp・ente, polyvalente et de bonne taille et qui serait capable de participer ?des r・nions et ?des consultations journali・es propres ?faire avancer le processus de l'OMC ? constatent trois ・onomistes - Richard Blackhurst, Bill Lyakurwa et Ademola Oyejide - dans un rapport ・abli ?la demande de la Banque mondiale en pr・ision de la conf・ence de Seattle. ?nbsp;Il fait aussi ressortir l'importance de l'apprentissage sur le tas et du d・eloppement de la m・oire institutionnelle, deux consid・ations qui se trouvent consid・ablement dilu・s du fait de l'insuffisance du nombre des d・・u・ et des remaniements fr・uents du personnel. ?
Par ailleurs, le mode de prise des d・isions ?l'OMC peut jouer contre les pays qui disposent de moyens limit・.
?nbsp;Les principaux organes de l'OMC prennent leurs d・isions essentiellement par consensus dans le contexte g・・al de l'・ualit?des membres, expliquent les trois ・onomistes. On pourrait donc penser que cette m・hode prot・e les int・・s des pays plus petits et plus pauvres contre d'・entuelles d・isions arbitraires ・anant des pays grands et riches.
?nbsp;Or ?la v・it? lorsqu'une d・ision est prise par consensus, cela signifie qu'aucun membre pr・ent lors de la r・nion o?la d・ision est prise n'a formul?d'objection officielle. De toute ・idence, un tel mode d'action conf・e une importance consid・able au fait d'avoir sur place une repr・entation permanente ou, plus exactement peut-・re, une repr・entation active et bien inform・ ? concluent-ils.
Malgr?l'absence de d・・u・ dynamiques et bien inform・ sur les questions commerciales, ?Gen・e comme chez eux, la plupart des pays en d・eloppement demeurent fid・es au syst・e multilat・al des ・hanges, dans lequel ils voient leur seule planche de salut pour mieux s'int・rer ?l'・onomie mondiale.
De m・e, ils reconnaissent que seule l'int・ration ?l'・onomie mondiale peut acc・・er la croissance ・onomique, multiplier les possibilit・ d'emploi et faire reculer la pauvret?dans leur pays.
?cet ・ard, les pays en d・eloppement ont h・e de reprendre les n・ociations en vue de la formulation d'un nouveau programme commercial. Mais sachant ce que leur co・e la mise en ・uvre des accords du cycle d'Uruguay, ils demandent que les pays industriels riches s'engagent ?reconsid・er les aspects de ces accords qui ont des r・ercussions n・atives sur les pays en d・eloppement.
En outre, les pays industriels doivent convaincre les pays en d・eloppement que leur plaidoyer pour un nouveau programme commercial de grande envergure, sur lequel se grefferaient des questions non commerciales, relatives par exemple au travail et ?l'environnement, vise des objectifs plus ambitieux que ?nbsp;le simple d・ir de d・endre un ・at de richesse per・ comme un privil・e (par les pays en d・eloppement) ? pour reprendre l'expression de M. Pascal Lamy, commissaire de l'Union europ・ne charg?du commerce ext・ieur.
Si les pays industriels rechignent ?prendre ces engagements, les pays en d・eloppement pourraient bien conclure qu'ils gagneraient ?choisir le moindre de deux maux - c'est-?dire ?diff・er l'・ablissement d'un nouveau programme de n・ociations plut・ qu'?s'incliner devant un programme qui ferait le jeu, une fois de plus, des pays riches.
Note : les opinions exprim・s dans le pr・ent article ne repr・entent pas n・essairement le point de vue ou la politique du gouvernement des ・ats-Unis.
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